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Docteur G. -J. WITKOWSKI
SES LICENCES SYMBOLIQUES, SATIRIQUES ET FANTAISISTES
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE ET ARTISTIQUE DES ÉDIFICES RELIGIEUX
Ouvrage illustré de 534 gravures et de 16 planches hors texte
avec le concours de G.-A. Payraud
PARIS
Jean SGHEMIT, Libraire
52, RUE LAFFITTE, 52
1908
Digitized by the Internet Archive
in 2016
https ://arch i ve . org/detai Is/b24886920_0002
76
Docteur G. -J. WITKOWSKI
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE ARCHÉOLOGIQUE ET ARTISTIQUE DES ÉDIFICES RELIGIEUX
ÉTRANGER
Ouvrage illustré de 534 gravures, avec le concours de G.-A. Payraud
PARIS
Jean SGHEMIT, Libraire
T32, RUE LAFFITTE, 52
1908
H. A
Wellcoir ^iw.ry
for the i-üsiory
and Understandlng
of Medicine
AVErrnSSEMEINT
Xu comme un mur d’egMise.
A. UF, Mussft.
Ce nouvel ouvrage est le complément naturel de notre Art
proffme à Véglise. Là, nous examinions les images licen-
cieuses que contiennent les édifices religieux de France ; ici,
nous étudierons les représentations légères et piquantes des
églises de f étranger.
Loin de nous la prétention de donner un catalogue de tous
les monuments qui pourraient intéresser notre sujet. Beaucoup
n’ont pas été reproduits et nous n’avons pu toujours aller en
prendre directement connaissance. Un rat de bibliothèque n’est
pas un pigeon voyageur et l’on ne saurait pourvoir à tout.
D’ailleurs les documents sont innombrables ; il est pratique-
ment impossible d’en dresser une liste complète. Gomme les
églises de France, celles de l’étranger ont été hospitalières
aux conceptions les plus profanes et souvent les plus risquées.
Autrelois, on ne s’elfarouchait pas plus des images que des
mots. C’est avec la même désinvolture que sermonnaires et
(( ymaigiers » ont mêlé le sérieux et le frivole, « passant du
A V E R T I S S E M E A T
grave au doux, du plaisant au sévère ». Les uns et les autres
ont eu la même tendance à envelopper de formes plaisantes
le sévère enseignement qu’ils voulaient distribuer. Le profane
s’alliait naturellement au sacré, et l’on n’en trouverait pas de
meilleur exemple que dans ces anciennes parodies liturgiques,
au cours desquelles les hosannah et les évohé se croisaient
allègement sous les voûtes des cathédrales.
O
Lt n’allez pas croire que ces libertés qiLon prenait au vieux
temps aient nui le moins du monde à la ferveur religieuse et
à l’observance des pratiques. Les « bonnestes dames » qui
faisaient leurs délices des licences des prédicateurs ou des artistes
assistaient à trois messes par jour. Que leur foi devait être
profonde ! En tout cas, ce n’est pas à nos snobinettes à en
médire, elles qui ne se montrent plus à l’église qu’aux ma-
riages et aux enterrements. Conjonctures également tristes.
Puisse notre livre leur apprendre qu’il est possible encore, à
l’église, de s'écbaulfer les yeux à de vifs tableaux !
Mais non, elles s’indigneraient sans nul doute : la pudibon-
derie a remplacé aujourd’hui la pudeur. La saine plaisanterie
gauloise qui s’esclafait publiquement paraît grossière à nos
mijaurées. La gaudriole ne leur agrée que dans le privé. Fini
le temps de rire en chœur. On affecte ramour des idées aus-
tères et des livres qui distillent Eennui. Mais on n’en est pas
meilleur, au contraire, et nous pensons plus que jamais que le
(( vieux jeu » avait du bon. Il était plus gai au moins, et c’est
pourquoi il nous plaît singulièrement de réunir encore en ce
volume quelques-unes des productions les plus intéressantes
de la bonne jovialité d’autrefois.
P.-S. — « Le lecteur français veut être respecté » : il entend
qu’on ne lui cèle pas la vérité en la maquillant ou en l’enguirlan-
dant de Heurs de rhétorique au point de l’étouffer. A cet elfet,
A V !■: u n s s EM ent
III
loiil noire « respect » lui esL acquis ei nous ne saurions prendre
de meilleur guide que le PrésideiiL de la Société des (xens de
Lettres. Ddcjacfé de tout dogme religieux^ il doit metlre toute
son espérance en la raison, en la liberté, en U éducation pro-
gressive du peuple : « Personnellement, ajoute M. (yeorges
Lecomte, j’ai toujours défendu la littérature de vérité. C’est
cette littérature-là que j’essaie de pratiquer selon mes forces.
Je la défendrai toujours ». Bravissimo î On ne saurait mieux
dire ni mieux penser.
* X
SUPPLKMKN l' ALX EUHATA DK l/KTHANGKH
Page 255, ligue 37, au lieu de fuj. ^285 (PL XII h
méridionale du 3‘^ pilier, lisez: fig. 283 (IL
(P labié au, face
XI), 3® tableau,
face orientale du 2^ pilier.
Page 256, ligue 15, au lieu de (PL XI), lisez : ; PL XII).
PI. XI, au lieu de fuj. 283, p. 263, lisez: ficf. 283, p. 23.).
PL XII. au lieu de fiçf. 283, p. 263; lisez : fiif. 286. p. 2.36 el
263.
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L’ART PROFANE A
LICENCES ARTISTIQUES
I
ALLEMAGNE — ALSACE-LORRAINE'
Aix-la-Chapelle. Cathédrale. — Avant Frédéric Barberousse,
un sarcophag-e romain en marbre de Paros servait de sépulture à
Fig. 1. Sujet principal.
lemagne. Le plus intéressant de ses bas-reliefs met en scène
\ Enhvement de Proserpine (%. 1-8) .• L, fiHe de Déméter-Cérès est
entraînée sur e char du dieu des enfers sous la conduite d’IlerniS-
ae Prre;pm"e est?ar "'"T' le rapt
t^roseipine est 1 allégorie du passage de la vie à la mort. Mercure
g re ICI en qualité de messager des dieux ; entre temps, ce facto-
1. Nous avons suivi l'orclro alphabétique pom- les nations et les villes.
l’aht profane. — II.
1
0
l’art profane a l’église
tum de l’Olympe, cet ang*e mythique ailé — ange en grec signifie
messager — dont les archanges Gabriel et Michel se partagèrent la
Fig. 2, 3. — Motifs latéraux.
charge, aidait à retirer les âmes des corps
et faisait roffice d’accoucheur.
Le cercueil tout païen est actuellement
enfermé dans une vitrine. C'est Othon 111
qui, selon la légende, le substitua en
l’an 1001, au trône de marbre sur lequel
on trouva assis l’empereur « à la barbe
fleurie^ », qui, paraît-il ne portait que la
moustache ou était rasé. Encore un exem-
ple de la fusion du paganisme et du chris-
tianisme, si fréquente au moyen âge. 11 n’était pas rare de voir
ciselés sur certains reliquaires les figures de Vénus et de Bacchus
(fig. 4), compagnons inséparables de la vie joyeuse.
Un ambon en bois du xi« siècle, couvert d’incrustations en cuivre
1. Le siège de Charlemagne, d’après Xavier Marinier, se compose de quatre lames
de marbre de Carrare : le dossier, les accoudoirs et le siege. Celui-ci repose sur un
massif en maçonnerie qui laisse un espace vide où se glissent les rhumatisants
superstitieux, prenant la chaise impériale pour une niche du bamt-aux-rems. « On
les entretient dans cette erreur, parce que c’est le prolit particulier du sacristain,
qui nous faisait des railleries sur ces pauvres gens dont il prend 1 argent. »
Aussi bien les chanoines de l’endroit tiennent à leurs prérogatives pécuniaires;
depuis Louis XL les rois de France, à la veille de leur sacre étaient tenus de taire
déposer le linceul de leur prédécesseur sur le tombeau de Charlemagne. 1 ourtant
scs ossements firent une éclipse assez prolongée : ils disparurent
et ne furent retrouvés — sans garantie de leur authcnlicitc ([u en e lo. q
n’empêcha les chanoines, au dire de Gaston Paris, à chaque nouveau régné, « de
faire renouveler la rente de quatre mille livres tournois que Louis XI avait constituée
à leur prolit. » N’est-ce pas du temporel et du casuel que vit le spirituc .
A L L E M A G N E
A LS ACE-LORRAINE
3
rouge comprend plusieurs panneaux où sont sculptées des femmes
nues
Sur le corps de la chaire sont incrustées quatre plaques d’ivoire,
curieusement com23osées et habilement
fouillées. Elles dateraient d’Henri II
selon les uns, ou de l’époque de la
fondation de la cathédrale, suivant
rig. O.
Fig’. G.
Fig-. 7.
au les une montre saint Georges, combattant l'ennemi ter-
restre ; la seconde, saint Michel le protecteur de l’humanité por-
an sur ses épaulés deux (îgurines nues de sexe différent (fîo- 0)
et terrassant Satan, l'ennemi céleste, lî, Fôrster ^ voit, dans^'al-
legone figurée par le satyre, la danseuse et l'essaim des amours
qm s agitent autour d’elle (lig. 8), ha double représentation de l'&rfec
et de 1 ErjUse triomphante qui élève un temple. Le symbolisme de
fLillmlnt AnT^d-f obscur. Nous reconnaissons
lement Aphrodite portée par un monstre marin, en compagnie
1. On en trouvera le dessin dans l’/Z/ç/ rio /’o../ / i i
• Jiist. (le i di t en Allem., t. ii, p. 353 U.
4
l'art profane a i/église
d'amours, d’un triton et d’une néréide ; elle allégorise le paganisme
(( avec ses désirs charnels ».
Il ne serait cependant pas impossible, cjuoic|ue ce fut un lait étrange et
peut-être unicjue, de rencontrer dans la naissance de Venus le symbole
d’un mystère chrétien. Nous voyons souvent le soleil et la lune dans des
représentations chrétiennes, nous y voyons Tellus et l’Océan ; nous y
rencontrons aussi la visite de Jupiter a Sémele et à Danae comme symbole
de l’immaculée conception. La naissance de Vénus de l’écume de la mer,
une naissance sans conception, pourrait bien avoir été prise pour le sym-
bole de la naissance du Christ qui, par la seule volonté du Tout-Puissant,
est né de la Vierge éternelle.
Parmi les reliques plus ou moins authentiques que le clergé de
Notre-Dame exhibe à l’admiration des fidèles, il nous faut men-
tionner les langes purs, langes radieux ! du divin poupon et le drap
qui ceignait les reins du Christ sur la croix. Or, vous le savez, les
légionnaires romains se gardaient bien de donner du linge aux
suppliciés, puisque eux-mêmes en étaient privés. Si, d autre part,
on admet la tradition selon laquelle la Vierge détacha le voile qui
enveloppait sa tête pour en couvrir son divin Fils^ comment un
voile transparent a-t-il pu devenir un (( drap » ^ ?
Nous continuerons à signaler, chemin faisant, les tableaux reli-
1. On montre anssi une relique anatomique, le bras de saint Charlemag:ne qui,
d’après le récit de Sophie Gay, serait une jambe. Lors de la visite de l’empereur a
la cathédrale d’Aix-la-Chapelle, ce bras fixait particulièrement son attention ; i
demanda à Gorvisart à quelle partie de ce bras formidable appartenait ce grand
os conservé sous verre depuis tant d'années. « A cette question, Gorvisart sourit
et garde le silence ; mais, interrogé de nouveau, il répond à voix basse que cet os
est un tibia, qu’il appartenait peut-être à la jambe de Charlemagne, mais qu il n a
jamais fait partie d’aucun bras. - Eh bien, gardez cette decouverte pour vous, dit
l’empereur, il faut respecter tous les prestiges. -> A cette epoque, la porte de
l’armoire de fer qui contenait les reliques de la cathédrale était niuree et on ne es
montrait au peuple que tous les sept ans.
Dans la première moitié du xviiV siècle, on montrait donc les reliques tous les
sept ans et du haut d'un clocher, suivant le récit du baron Pollnitz ; de sorte que
les pèlerins, couverts de leurs coquilles d’huitres et munis de leur gouide
attributs parlants — ne voyaient absolument rien de ces merveilles ; ils pelerinaient
pour le roi de Prusse. La montre de chaque pièce était accompagnée d une proc a-
mation .. faite par un prêtre. Citons celle de la plus précieuse des reliques, « la che-
mise » que portait la Vierge à la naissance de Jésus ; « On vous montrera bnge
le saint vêtement, duquel la Sainte Vierge Marie de Dieu étoit ve ue en a nui c c
sainte Nativité de Notre Seigneur, lorsqu’elle enlanta de Jesus-Ghris ,
vrai homme ; c'est pourquoi, prions Dieu que nous puissions legai er ce sc
Relique d’une telle manière, que l’honneur et la gloire de Dieu en soit augmentes et
que nous puissions obtenir sa grâce et sa sainte bénédiction. •>
A LLEM Afi NE
ALSACE-LORRAINE
5
g-ieiix des Musées qui, le j^lus souvent, proviennent d’anciennes
églises. A ce titre, ils peuvent revendiquer leur place dans notre
inventaire. Par ailleurs, les
édifices du culte ne sont-ils
pas aussi, pour la plupart,
de véritables musées de l’art
chrétien ?
Nous ne voyons à la ga-
lerie de l’ancienne capitale
de l’empire de Charlemagne
que les Damnés de Rubens,
tableau où le maître fla-
mand s’est plu, selon son ha-
bitude, à peindre des chairs
féminines aliondantes et redondantes.
Augsrourg. P Cathédral©. — Un des bas-reliefs d’une porte
d airain donne une représentation de la Naissance cfÈve, unique
par l’étrangeté de son anachronisme : la Vierge Marie crée la
première femme et la tire elle-même du thorax d’Adam. Cette
scène obstétricale n est pas banale ; la Vierge transformée en sage-
femme ! A Florence, ce sont deux angelots qui remplissent cet
office (fig. 7 Lis).
Saint-Alrich et Sainte-Afra. — Sur le portail en bronze est
sculpté un centaure qui vise un lion avec son arc ^ ; sans doute une
figure du Sagittaire, le neuvième signe du Zodiaque?
Kotzebue, en 1806, a remarqué dans cette église catholique,
adossée à un temple protestant, un Jugement dernier d’une ima-
gination singulière. C’est d’ailleurs le sujet qui permettait le mieux
aux artistes de se livrer à leur fantaisie et de se laisser entraîner par
elle jusqu aux dernières limites de l’extravagance ; tels les Juge-
ments de Michel-Ange — le plus fameux de tous — à la Sixtine, de
Signorelli à Orviéto, de Pontorme à Florence, de Lucas de Levde
et de Bosch en Hollande, de Jean Cousin au Louvre, etc.
Fig. 7 his.
Cf. Bull, mon., t. 20, p. 545.
0
l’art profane a l’ÉCxLISE
Voici les réflexions que le tableau licencieux d’Augsbourg suggéra
au célèbre littérateur allemand :
Pour exprimer, par une allégorie, que le péché de la chair mérite
l’Enfer, on voit, entre autres, dans ce tableau une espèce de Laocoon
serré dans les replis d’un serpent qui le mord impitoyablement à l’endroit
qui, dans sa vie, lui procurait les plaisirs charnels ; un diable porte sur
ses épaules une jolie femme, quoique damnée, et pour prouver que c’est
par l’abus de ses charmes qu’elle a mérité l’Enfer, ce démon impur a sa
griffe enfoncée précisément dans l’endroit qui donnait libéralement aux
mortels les plus vives jouissances.
Ce châtiment de la lubricité dont Kotzebue est surpris revient
fréc|uemment dans l’exposition des scènes
d’horreur des tourments infernaux.
Ironie du sort ! Un ancien couvent, de-
venu la Galerie de peinture d’Augsbourg,
abrite le portrait d’une comédienne qui
eut de nombreux adorateurs, Mlle Mars,
peinte par Gérard. Cette Madeleine non
repentie disait, en montrant ses dia-
mants : « Ah ! si nos bijoux étaient
indiscrets ! »
Bamberg. Cathédrale. — Portail. Nos
premiers parents dissimulent leur sexe et en chassent les mou-
ches à l’aide d’un grossier éventail à manche, dont les cuisinières
se servent pour activer le feu (fîg. 8).
Chœur. Tombeau de Clément 11 (fig. 9). Les cjuatre faces de cet
élégant mausolée sont consacrées aux Vertus cardinales, La Force
en lutte avec un lion n’a que les bras nus, bien que la symbolique
chrétienne paganisée et sensualisée par la Renaissance l’autorisât
à découvrir amplement son torse. Par contre, la Prudence (fig. 11)
peu prude dévoile en grande partie son buste ; elle tient par la
gorge un dragon, succédané du serpent, « le plus rusé des animaux »,
au dire de la Genèse, La Justice ,, comme la Force,, n a de nu que
ses bras séculiers. Quant à la Tempérance (fig. 10) au torse nu,
qui opère et semble encourager le coupage des vins trop généreux,
le tombier lui a réservé deux figures, « comme s il avait fallu, écrit
I
(
A L L E :\I A G N E — A L S A C E - L 0 R R A 1 iS' E
Cahier insister sur une vertu, en certains lieux plus difficile ». Un
personnage nu, un fleuve antique, assis sur un rocher, verse a flots
Teau de son urne et désigne du doigt ce breuvage comme plus salu-
taire encore.
Trésor. Le diptyque en ivoire servant de couverture à un évangé-
liaire manuscrit, offert par Henri II au chapitre de la cathédrale et
actuellement à la bibliothèque de Munich, présente une riche et
curieuse ornementation. Au-dessus de la Crucifixion^ sujet prin-
cipal, paraissent Apollon, le dieu du soleil, sur son char à quatre
chevaux, et Diane, la déesse de la lune, dans un quadrige traîné par
1. Mèl, (l’Archéologie
8
l'art profane a l'église
quatre bœufs. Au-dessous sont représentées trois ligures allégoriques
dont deux personnilient la Terre et la Mer avec ses pinces d’écre-
Fii
11.
visse sur la tête b Celle-ci (fîg. 12), au lieu d'enfants comme dans
un diptyque du trésor du roi de Bavière (fîg. 13), allaite un serpent “.
Une ligure énigmatique — l’Eglise ou
la Religion triomphante ? — se place
entre Tellus et l’Océan.
Pi<v |i)
1 If,. 1
13.
Bas-Lngeliieim. — A l'ancienne chapelle du palais consacrée au
culte protestant, une pierre tumulaire sous l’orgue rappelle Emma,
lîlle de Charlemagne, qui s’éprit d’Eginhard, le sécrétaire de son
père, et s’enfuit dTngelheim avec lui : vous n’ignorez pas qu’elle
1. Dans l'Arl profane à V église, en France, p. 455, c’est par erreur que nous avons
signalé cet attribut maritime sur le diptyque de Sens.
2. D’Agiucourt reproduit deux autres emblèmes de la Terre tirés d’Exultets du
xV siècle. Sur 1 un (lig. 14), toujours placée au-dessous du Fils de l’homme, la bonne
Mère, comme la Nature à Ephèse, donne son lait à des animaux, un cerf et une
vache. D’une main, elle tient une corne d’abondance; de l’antre, elle paraît repousser
un personnage assis et dans l’attitude de la tristesse. Sur le second emblème (lig. 15),
la Terre allaite une génisse et un serpent pour indiquer qu’elle nourrit indistincte-
ment le bon et le méchant.
ALT. K M A r. N E
ALSACE- LORRAIN E
9
l'enleva sur ses épaules pour ne laisser dans la neige que 1 empreinte
de ses petits pas *.
Breitenau. Eglise conventuelle. — Les impostes des piliers du
chœur sont ornées de sculptures pittoresques; l’une d’elles repré-
sente un duel à la lance entre un centaure et une centauresse
(fig. 16).
Fig-. IG.
^ Brunswick. Eglise des Frères. — Portail. La statue en gaine
d une femme nue (fig. 1 /) tire une épée et porte au niveau du pubis
une tête de Gupidon, accompagnée des attributs du petit dieu
malin. Eros figure trop souvent dans les temples chrétiens, devenus
à la Renaissance des sanctuaires d’une religion sensuelle, pour que
nous nous étonnions outre mesure de le rencontrer ici. D’ailleurs,
1 oiseau de Gypris, la colombe, n’est-il pas devenu le Saint-Esprit
qui fécondé la Vierge-? Milazzo, en Sicile, n’a-t il pas un monti-
1. J. Art profane a l’écflise, en France, p. 301.
Dans la Ilaute-Bretagae, suivant Saintyves, un sanctuaire de Vénus est dé-
nommeau i^ysiecle Sanctæ Veneris ; plus tard, par analogie phonétique, il passe
nom de baint-Venier, ^ *
cule jadis consacré à Aphrodite qui porte une chapelle dédiée au
Saint-Esprit*? Rien n’est chang-é que le nom.
Cologne. R Cathédrale. ■ — Dans une cha-
pelle, on voit un tableau représentant le
supplice de Sainte Ursule avec les onze mille
Fig-. 17 his. — Reproduite par P. Saintyves,
dans les Saints successeurs des dieux.
vierges. Le tombeau de la martyre portait cette épitaphe : sancta
VRSVLA, XI. M. V. Au lieu de lire: XI Martyres Virgines^ les com-
pag-nes d’Ursule, un chroniqueur médiéval, Sig'ebert, rapporta :
XI Millia Virgines ; de là l’erreur propagée par la suite-. Les
reliques de ces vierges sont conservées dans des châsses vitrées
et celles que l’humidité altère « sont remplacées par d’autres,
toutes les fois qu’elles sont pourries », assure un voyageur digne
de foi.
De tous côtés apparaissent des figures grimaçantes de diables, de
monstres, de moines, etc.; « représentation des mauvais esprits que
l’Église tient enfermés dans ses murs et soumet à son empire » .
2® Saint- Géré on. — Sur les stalles capitulaires sont sculptées
1. D’après cet auteur et A. Gayet, les Grecs, réceiumeut convertis et imbus des
légendes mythiques de l’Egypte ({ui attribuaient la naissance de Sésostris a 1 inter-
vention d’Ammon sous la ligure d’un épervier, rapportaient la naissance de Jésus
au Saint-Esprit sous forme de faucon, tel que le représente la ligure 17 his, tirée
d’une église copte chrétienne.
2. Les armes de la ville sont d’argent a onze flammes de gueules, en mémoires
des vierges martyres.
une grande femme sans voiles \ difficile à identifier, et une néréide
au buste nu, les deux mains sur les hanches^.
3« Musée Waltraf-Richartz. — Cette Galerie possède deux tableaux
d'église intéressants : la Vision de saint Bernard (fig. 18), par
Marienlebens, où la Vierge prend son sein pour en faire jaillir du
lait, et le Jugement suprême^ de Stephan Lochner (fig. 19, 20), qui
donne un développement important au côté bouffon et satirique de
sa composition. Si beaucoup de religieux se dirigent vers le Paradis,
par contre, du côté de l’Enfer, Satan et ses suppôts agrippent et
agriffent nombre de désespérés, parmi lesquels on distingue des
personnages de marque, un roi, une dame galante coilfée de ses
cornettes, en compagnie d’un pape, d^un cardinal, d’un archevêque et
d’un moine. Cet adipeux tonsuré sachant que où il v a de la gehenne
il n’y a pas de plaisir, est celui qui oppose la plus vive résistance.
1. Ann. d’Arch., t. 9, p. 183.
1*. J. Gaihabaud, l'Archilect. du ,uz XVII% t. 4.
l"art profane a l’église
1 •=>
1
On compte une centaine de damnés et d’élus sans costume; mais
tous, sauf un homme et une femme mis en Purgatoire, se montrent de
Fiff. 19.
dos. De légères draperies voilent sans la cacher la nudité des rares
personnages qui se risquent de face.
4° Eglise des Macchabées. — Un crucifix portait une « réchauf-
fante », et cette perruque avait ceci de miraculeux : les pèlerins en
coupaient chacun une longue mèche et la coilfure postiche ne dimi-
nuait jamais ! Enfoncée la pilocarpine !
5® Chartreux. — Ces religieux disaient posséder la robe de Jésus,
que V hémorroïsse toucha ; aussi, d'après Reiskius, les femmes de
Cologne incommodées par des pertes utérines portaient-elles du
vin aux chartreux pour y faire tremper une partie de la relique,
puis le buvaient en guise d’antihémorragique.
ALLEMAGNE — AL S A G E- L 0 K R A 1 N E
13
Dantzig. Sainte-Marie. — La perle de l’église est un triptyque de
la chapelle Sainte-Dorothée, attribué à Memling ou encore à Roger
Fig-. 20.
Vander Weyden ; il a pour sujet le Jugement universel. La scène
représente un cimetière borné, au fond, par une mer orageuse; on
se croirait sur une plage d’un « petit trou pas cher ». Les morts
sortent de leurs sépulcres, avec le geste et l’expression de la crainte
ou de Lespoir, les bras levés, mais sans suaire. Du côté de l’Enfer,
des démons épouvantables précipitent dans les flammes éternelles
les réprouvés qui se tordent les mains de désespoir. L’un se déchire
le visage, un autre s’arrache les cheveux, un troisième joint les
mains dans l’attitude de la prière trop tardive. Les élus semblent
pris de compassion et émus pour les damnés, alors que leur phvsio-
nomie habituelle exprime une indifférence marquée à l’égard des
pécheurs.
Sur le fameux Crucifix de Dantzig, il y a une légende lugubre,
racontée, dans la langue des dieux, par Léon Duplessis’.
1. Rev. (lu Temps présent, 2 fé\ i'ier 1908.
14
l’art profane a l’église
Vers l’an quinze cent trois, si j’ai dij^me mémoire,
Un sculpteur appelé, je crois, maître Gaspard
S’illustrait à Dantzig en exerçant son art.
Le Sénat le chargea de sculpter une croix
qui devait orner la cathédrale.
11 cherchait, sans trouver, le modèle idéal
D’un beau christ expirant sur le gibet fatal,
Qui fût en même temps sublime et réaliste.
Son apprenti Frédéric, « le cœur plein de
pitié », lui proposa de l’aider.
M’aider, toi, mon garçon! Ah quel orgueil t’égare.
Je vous offre ma chair sanglante pour modèle ;
Sculptez-en dans l'ivoire une image immortelle.
Le statuaire accepta l'holocauste du pauvre
Frédéric et le crucifia; son œuvre terminée, il
la remit au Sénat.
Puis, on trouva son corps pendu dans une lande.
Dresde. Musée. — Notons, parmi les toiles
qui ont trait aux religions chrétienne et
pa'ienne : une Madeleine de Franceschini, sans autre vêtement
que sa luxuriante chevelure; un Saint Sébastien banderillé, de
Lotto, cible vivante à qui l’extrémité empennée d'une flèche sert
de feuille de vigne (fig. 21), et VEnlèvenient de Ganyniède^ épisode
mythologique interprété par le pinceau réaliste de Rembrandt
(fig. 22). Le maître hollandais a physiologiquement rendu le senti-
ment de la peur par Pun des effets réflexes familiers aux conscrits
impressionnables. Un autre flux, l’alvin, est de règle en pareil cas,
et si I on en croit Tallemant des Réaux, le « panache blanc » du
vaillant Béarnais fut souvent un pan de sa chemise : « Quand on lui
venoit dire : Voilà Fennemi! il lui prenoit toujours une espèce de
dévoyement et que tournant cela en raillerie, il disoit : ((Je vais
faire bon pour eux » .
Ganymède, écrit une plume pudibonde, est un hideux marmot enlevé
du sein de quelque nourrice flamande. Son visage fait une affreuse gri-
mace. Suspendu au bec de l’aigle, il se tortille comme un ver, et dans la
Fi^. 21.
A L I. E M A 0 N i:
A L S A G i : - 1. 0 R R A I N E
15
peur qui ro})presse, il laisse
(le la réalité.
Bref, le peintre a poussé à bout l’imitation
C)S)
A quoi bon ces réticences pour exprimer un acte naturel dont le
délicat auteur des Plaideurs a tiré un si piquant ellet, en désig-nant
les deux petits chiens qui « ont pissé partout » ? Qui nous délivrera
du pbarisaïsme littéraire et artistique' !
1. N’est-il pas légèrement écœurant, par exemple, de voir des criticpies draina-
IG
l’art profane a l’église
Erfurt. Cathédrale. — Contre la façade Sud-Est, s’élève le
monument funèbre du comte Louis de Gleichen qui, marié avec la
comtesse Orlamünde, partit pour la Palestine à la suite de Louis le
Saint, J fut fait prisonnier, puis vendu comme esclave au sultan
d^Egypte. Celui-ci l’envoya au Caire, où il épousa la fille du sultan
Meleck-Sela. Cet acte de bigamie fut autorisé par le pape Grégoire IX
qui baptisa la seconde femme du comte. Il est représenté entre ses
deux épouses qui vécurent en bonne intelligence, si nous en
croyons cette inscription <( touchante » :
Mes deux femmes s’aimaient comme deux sœurs, et m’aimaient comme
leur époux. L’une me suivit et renonça au Coran, l’autre ne voulut pas
me quitter à mon arrivée. Pendant notre vie, nous partagions tous trois
la même couche, et maintenant une même tombe nous réunit.
tiques non sans valeur, passant pour des esprits libéraux, réclamer à grands cris
le rétablissement de la censure, alors que le public seul a le droit et le devoir
de l’exercer? Ne l’a-t-il pas fait d’ailleurs avec beaucoup de mesure en plusieurs
circonstances qu’il est inutile de rappeler ici ? Ce qui ne manque pas d’ajouter
quel({ue piquant à l’alVaire, c’est que nos moralistes, si prompts à s’effaroucher,
n’éprouvent toutefois aucune gêne devant les péripéties scabreuses de ])ièces dans
le genre de N'avez-voiis rien h déclarer y des Passagères, etc. Ils ne nous passent
aucun détail et paraissent s’y complaire ; ils soulèvent le coin du rideau tombé
pour surprendre les secrets d’alcôve... et encore, s’il y avait une alcôve ! Cependant
CCS paladins de sacristie. « à pudeur d’hermine », partent en guerre contre l’immo-
ralité révoltante du répertoire de la Comédie F’'rançaise ! L'un d’eux n’a-t-il pas
reçu, à l’en croire, une missix e d'une vigilante mère qui s’indigne de ne plus pouvoir
mener sa fille, demi-oisclle ne partageant certes pas l’opinion de son oiselle maternelle,
à ce théâtre pervers. Excellente mesure, et grand bien leur fasse à toutes deux, mère
et fdlc, si toutefois elles existent ailleurs que dans rimagiiiation de notre plumitif
bien pensant. Tel autre confie au papier, de sa belle plume d’oie blanche, que le
libertinage de nos spectacles nous attire le mépris et le dégoût de l’étranger.
Ignorc-t-on que la principale clientèle de nos music-halls et de nos théâtres, â côté,
est constituée par ces cosmopolites dont les mœurs n’ont rien de supérieur aux
nôtres? Suffîra-t-il d’être étranger, môme Allemand, pour être vertueux du coup (a)?
(a) La natalité au pays des homosexuels comprend le quart d'enfants naturels. A ces indices
de turpitude, les Allemands opposent des exemples contrastants d'une pudidonderie outrée.
Même après son décès, l’empereur Maximilien voulut qu’on respectât sa ]mdicité ; « il ordonna
dit Montaigne, ])ar paroles expresses de son testament, (pi’on luy attacliast des calessons quand
il seroit mort. Il debvoit adiouster, par codicille, qm^ celuy qui les luy monteroit eust les yeulx '
bandez. » De nos jours à Düsseldorll, les élèves de l’Ecole des Beaux- .\rts iloivent se contenter
de modèles d'hommes pour leurs études, — à l’Ecole de Paris, jusqu’en bS85, le sexe masculin
avait seul le privilège de .se diicouvrir pour poser l'ensemble, — et (piand l'imix'ratrice visite
une exposition de peinture, comme à Barmen, on retire les « lemmes nues ». Pas de femmes !
c’est la consigne du comte KUno de Molke ; pour lui, « une lemme est une losse d aisance ».
Ces « précautions inutiles » ne sont-elles pas pour beaucoiq) dans le développement des g-oûfs
de la noblesse tudesque, la'vélés par les tribuna<ix de Berlin, — le comte d Eulenbourg, }>ar
exemple, a pris tro}> à la lettre le précepte de saint Paul : Quod reclum est tenete, — goûts
peu ragoûtants en concordance avec les scandales d'une autre nation non moins pudique
(Albion, A'allws blanc, vocable oblig-e), dénoncés naguère par la Pall Mail Galette? Mais nous
n’avons rien à envier à nos voisins : on peut opposer à notre unique Jeanne d'Arc une légion
de Messalines et encore plus de Tartuffes; demandez à l’immaculé Père la Pudeur, combien il
a de loups dans sa hérengerie.
ALLEMAGNE — A L S A C É- L 0 R R A 1 N r-
17
Egsterstkine'. Grottes. — On a trouvé dans ces cavernes des
sculptures peintes que certains archéolog'ues considèrent comme des
débris du paganisme des Chérusques ou des Saxons; mais^ pour
Forster, il n j a aucun doute sur leur origine chrétienne (fîg. 23),
Fig. 23. — Fragment de devant d’autel.
elles remonteraient à l’an 1098. Au-dessous d’une Passion naïve-
ment expressive se trouve le groupe de la Prière et de l'Espérance,
personnifiées par un homme entièrement nu et une femme qui ne
l’est qu en partie. « A l’aide du dragon, observe le même savant,
on aurait pu donner satisfaction au sentiment de la pudeur, comme
on l’a fait pour l’homme. »
Certes, on parle assez mal de nous au delà des frontières 5 mais quoi de moins
significatif, en somme, et surtout quoi de plus humain ? Ce sont là de bons procédés
qu’on échange entre voisins, et nous ne sommes pas nous-mêmes en reste de
semblables gentillesses. L ivrogne français se console de sa démarche titubante en
convenant de bonne grâce qu’il est « saoul comme un Polonais ». Et n’appelons-
nous pas « mal de Naples » cette même avarie que les Napolitains stigmatisent de
« mal français »?
Mais pour en revenir à nos critiques scrupuleux, qu'ils nous permettent de leur
conseiller plus de tolérance. Laissons à chacun le choix de son plat pimenté ou
sucre, et le plaisir de s’en repaître à son aise. Eh! Messieurs, si les représentations
lestes vous déplaisent, allegez-les encore de votre présence. Nul n’y contredira car
nul n’y perdra, sauf peut-être vous. Rien ne vous oblige à pénétrer dans les
« mauvais » théâtres, â alTronter ces « foyers » de perdition. Mais reconnaissez à
chacun 1 usage de la liberté qu’on vous laisse ; qu’il soit permis à tous d’entendre
et d eenre au besoin des pièces immorales, comme de lire ou de composer de
mec lants comptes rendus. Ce dont vous êtes persuadés, n’est-ce pas? La liberté doit
etre complété dans la mesure où elle ne gêne personne. On ne saurait trop s’élever
contre la moindre exhibition extérieure de nature à offenser les regards* mais
pourquoi divulguer ce qui se passe â huis clos, ce qu’on ne va voir qu’â bon escient'^
i y aurait-il pas quelque impudence et quelque duplicité â se plaindre d’un
plaisir qu on a cherche ? Et surtout, croyez-nous, critiques critiquables quand vous
voudrez prêcher, choisissez un peu mieux vos exemples. Amen ' ’ ^
1. Près de llorn.
l’aut raoi'ANE. — II.
2
18
i/art profane a l’é(;lise
Forstenfeldt. Abbaye’.
FreirergF Cathédrale. — Un motif allé-
gorique sur la porte d’or, porta aurea, mon-
tre une femme nue, vue de face, aux ma-
melles puissantes, dont le dos et le haut
des cuisses sont seuls drapés (fîg. 24). Sa
signification nous échappe.
Gorze^
Haeberstadt. Notre-Dame. — Au milieu
d’arabesques et de décorations qui enjolivent
les parois du chœur, au-dessus de Marie et
de Jésus, s’ébat une centauresse avec ses
deux petits ; l’un deux tend à son frère de
lait la mamelle opposée (fig. 25).
Hall. Saint-Martin. — Une peinture retrace le Supplice de sainte
Catherine (fig. 26). La martyre est nue, attachée à un poteau par
les cheveux, et deux bourreaux la flagellent avec ardeur.
Hildesheim. U Cathédrale. — Les fonts en bronze du xiii« siècle
1. Ce monastère, comme cEautres, dut son érection à un crime passionnel; cette
histoire dramatique vaut d'être contée. Louis le Sévère, duc de Bavière, pendant une
courte absence, confia la garde de son épouse Jeanne à sa tante. La duchesse chargea
un messager de porter une lettre à son mari et une autre au ministre du duc; mais
l’écervelé se méprit et intervertit les missives. Louis trouva que sa temme « parloit
trop obligeamment à un sujet : il en conçut une jalousie qui dég’énéra en lureur ».
Il pressa son retour et massacra successivement son favori, le portier du château et la
tante de Jeanne; à sou épouse, il lit trancher la tète. La nuit qui suivit ces forfaits, les
cheveux de Louis blanchirent, bien qu’il n’eût que vingt-huit ans. Le meurtrier vit
dans cette transformation subite un avertissement du ciel en faveur de l’innocence
de sa femme: il alla, à pied, demander au pape l’absolution de ses crimes et l'obtint
à la condition de faire bâtir une église et de fonder un monastère a h orstenfeldt.
Comme quoi le lâche et stupide « Tue-la » était mis en pratique bien avant Dumas.
2. Le même document est attribué â la cathédrale de Fribourg ; voir bibliothèque
des Arts décoratifs : Eglises de l’Allemagne, du moyen âge.
3. Au XVI® siècle, raconte Malte-Brun, Guillaume harel, célèbre prédicateur
réformé, interrompit, le jour de Noël, un cordelier au milieu d un sermon sur
VImmaculée ConcepLion. Les femmes catholiques qui remplissaient l’eglise se
jetèrent sur le mécréant, lui arrachèrent la barbe et les cheveux; elles commençaient
à le deshabiller quand intervinrent les soldats protestants de Guillaume de
Fürstenberg, dont les troupes occupaient la ville.
A L L E M A G N E
ALS ACE-LORHAINE
19
sont supportés par trois hommes nus ; chacun d’eux tient un vase
renversé d’où l’eau s’écoule.
2^ Saint-Michel. — De curieuses figures en stuc (xi« siècle), les
Huit Béatitudes, historient la balustrade du transept Nord.
^ Karlsruhe. Musée. — A voir : le sein de la Sainte Ursule par
Nuovelone (fîg. 27) et l’embarras d'Adam et Ève congédiés du
Paradis, tableau de Van der WertF, qui ne savent comment cacher
leur nudité ; dans leur confusion et le doute, ils s’abstiennent.
Lureck. Sainte-Marie. — L’auteur humoriste de De Tout assure
que le bon larron de la Crucifixion de Grunewald est un vieillard
qui porte pour tout vêtement un suspensoir. C’est encore trop,
pensons-nous, car si la tradition veut que Marie ait gazé la nudité
de Jésus avec son voile transparent, elle ne souflle mot de celle des
deux larrons.
Pour Oscar Comettaiit, de toutes les curiosités que renferme cette
e-lise, la plus divertissante est la Bonde des Morts qui décore la
chapelle des trépassés. D’ordinaire, les squelettes des Danses ma-
cabres étalent avec cynisme « la nudité suprême qui aurait dû rester
^0
ï/art profane a l'église
vêtue de terre dit Michelet ; mais ceux de Lübeck sont pleins de
vie et amusent par leur esprit satirique. Ces joyeux ébats d outre-
tombe nous remettent en mémoire la pièce de vers du grand ura-
niste^ Frédéric, sur la Mort, qui se termine par ce quatrain phdoso-
phico-physiologique :
Mille chemins nous sont ouverts
Pour quitter ce triste univers ;
Mais la nature, si féconde,
N’en fit qu’un pour entrer au monde.
d. Son ami Voltaire avait cloimé au précurseur des homosexaeh le surnom de
Lac, le patron des amateurs de Famour à l’envers : « Quand Sa Majesté, c 1 1
Voltaire, était habillée et bottée, le stoïque donnait quelques moments a la secte
d’Epicure : elle faisait venir deux ou (rois favoris, soit lieutenants de son régiment
tit^pages, soit heiduques ou jeunes cadets. On prenait le cale. Celui ^
ietaiUe mouchoir restait un demi-quart d’heure tete a tete. Les choses na c
pas jusqu’aux dernières extrémités, attendu que le prince, du vivant de pe c
Lail été fort maltraité dans scs amours de passades et non
pouvait jouer le premier rôle, il fallait se contenter des seconds. Ces amusements
étant finis, les alfaires d’Etat prenaient la place. »
ALL miAGNE
ALSACE-LORRAINE
21
Magderourg. Cathédrale. — Un groupe hétérogène intrigue fort
les touristes ; il se compose d’un aigle ou d’un corbeau, d’un singe
jouant de la musique et d’une femme nue, maiïlue, mamelue et
fessue chevauchant un bouc (fig. 28). Un
symboliste attardé a découvert Neptune dans
le singe, Jupiter dans l’aigle et Vénus dans
l’écuyère qui est une sorcière habituée à enfour-
cher des escouvelles, des ramons, des balais ou
des boucs. Elle se rend au Brocken, où une
tradition populaire fait rassembler les sabba-
tières pendant la nuit de Walpurgie, du
30 avril au mai. N’oublions pas non plus
que la Luxure est souvent personnifiée de la
sorte. 28.
Maniieim. Eglise des Jésuites. — Ecoutons Gérard de Nerval :
Je n oserais affirmer que le portail ne soit pas orné de divinités mytho-
logiques ; peut-être aussi sont-ce de simples allégories chrétiennes, mais
alors la Foi ressemblerait à Minerve, et la Charité à Vénus. Du reste, le
théâtre est situé tout en lace, et ses muses classiques paraissent être de la
même époque et des mêmes sculpteurs.
Mayence. Cathédrale. — Les dames, d’après Malte-Brun, ont
érigé en 1842 un monument à la mémoire de leur chantre de prédi-
lection, le ménestrel Henri de Meissen, dit Frauenlob (chanteur des
femmes), mort en 1318. Un chroniqueur contemporain, Albert de
Strasbourg, raconte que, de sa maison jusqu’à son dernier asile, il
fut porté par des femmes qui poussèrent de grandes lamentations,
à cause des louanges infinies qu’il avait décernées, dans ses poésies,
au sexe féminin sur ses vertus. De plus, il fut versé sur sa tombe
une telle quantité de vin qu’il se répandit dans tout le cloître. Les
Françaises ne s’emballèrent pas de la sorte aux obsèques de
Legouvé, 1 auteur du Mérite des Femmes; elles se contentèrent de
lui lendre la pareille, sans métaphore, en le couvrant de couronnes
et de fleurs. Le monument, œuvre de Schwanthaler, est constitué
par une femme déposant une couronne sur un cercueil. L’heureux
Frauenlob avait déjà un mausolée dans le même Munster; il con-
siste en un portail gothique, avec le buste du ménestrel, au centre,
l’art profane a l’église
99
et, au-dessous, un haut-relief où de zélés prosélytes, du sexe dit
faible, portent un cercueil sur lequel est déposé une couronne.
Les stalles du chœur sont admirablement sculptées de sujets fan-
taisistes où l’élément profane domine ; les spécimens des figures
28 bis et 29 n’en donnent qu’une faible idée.
Metz b L Saint-Etienne b — Extérieur. — Nous n’avons à men-
tionner qu’une femme nue, mutilée, repoussant un serpent qui lui
1. Dans scs impressions de voyage en Ganle, vers 1 an 417, Glaudius Rutilius
Numatianus, préfet de Rome, reconnaît qu’à Metz le nombre des divinités locales,
de peuplades, de tribus, de familles, est incalculable : « Vous concevez qu’il doit
exister une lutte acharnée entre tous les chels réunis à Metz ; cest a qui brisera
ou transformera le plus d’imag-cs adoptées par une religion qui n’est pas la sienne.
Ces jours derniers, je vis à l’angle d’une rue trente ou quarante personnes age-
nouillées devant un buste de femme, représentée voilée et mamelle pendante
(fm. 29 hiü) : c’étaient des chrétiens et des païens mêlés ensemble et adorant, les
uns, une certaine Vierçje qu’ils appellent Maria, les autres, une déesse Maire (hg. 30)
génératrice ou nourricière ; quelques-uns Isis, la messagère des songes heureux, »
2. Cf. G. Bcgin, Hisl. de la calhèd. de Metz (1840).
A LL E.-^rAGNE
A T. S A C I> L 0 R R A I N E
23
dévore les seins. Cette imag’e de la Luxure occupe le tympan de la
porte d'entrée de la cathédrale, qui donne sur la place Saint-Ctienne.
Intérieur. — Au-dessus des arcades de la nef planent des modil-
lons à figures grotesques et quelques-unes immodestes qui mettent
en gaîté les visiteurs non recueillis. Mais c’est surtout le jubé qui
attirera notre attention ; les nudités y pullulaient. A la balustrade
de la galerie supérieure, entre les pilastres et sur des cartouches for-
més de branchages entrelacés, étaient interprétés plusieurs traits
croustillants de l’Ancien Testament, entre autres « les obscénités
de Sodome et de Gomorrhe, les crimes de bestialité punis par le feu
du ciel ».
Les arcades latérales présentaient une profusion de sculptures
allégoriques, où les sujets de l’histoire sainte se mêlaient aux fictions
de l'antiquité.
A côté d’une nymphe messagère des songes et d’Apollon dieu-lyre,
paraissaient les têtes de nos vieux patriarches et V Enlèvement de Déja-
nire. Les luttes amoureuses des satyres et des faunes servaient de pen-
dants aux exploits du jeune David ; les cyclopes se trouvaient associés au
géant Goliath et à saint Christophe 5 partout enfin les légendes sacrées
étaient melées aux traditions profanes.
Du côté de la chapelle Saint-Michel, un pilastre offrait en saillie
24
l’art profane a l’église
dans son socle une statuette d’Orphée, haute de 32 cent. ; le tendre
et inconsolable époux d’Euridice, qui fut déchiré parles Bacchantes,
était nu et jouait de la lyre.
Le socle des pilastres, du côté gauche, près de la porte du chœur,
était orné de figurines de mêmes dimensions : un berger nu, vu de
face, tenait de sa main droite une corne à bouquin et, de sa gauche,
une torche enflammée, et la Folie, nue aussi, était assise sur une
pierre, une marotte à la main gauche et une massue dans l’autre ;
(( l’extrémité d’une draperie légère passait sous ses fesses et venait
se replier sur son bras gauche ».
Vers la même porte, mais au socle des jambages du côté opposé,
« un ange femelle, nu et accroupi, les ailes étendues, les cuisses
élargies de manière à montrer ses parties sexuelles », portait un
cartouche avec le millésime 1522, date de la construction du jubé.
Au-dessous de cette figure angélique, Samson, entièrement nu,
terrassait un lion. En regard de l’amant de Dalila se dressait « une
jeune fille toute nue, vue de face, tenant un long serpent dans ses
mains, comme si elle eût voulu se faire mordre le sein. » Etait-ce
Cléopâtre ou le symbole de la Prudence? se demande G. Bégin; il
sé pourrait que ce fût la punition de la Lubricité ou VHygic gallo-
romaine (fig. 30 bis et ter).
Du côté de l’Epître, sur deux pilastres contigus, on voyait deux
amours nus ; l’un, debout sur une sphère, avec un arc détendu,
venait de décocher une flèche à son voisin.
La face du jubé qui regardait la chapelle de Notre-Dame était
agrémentée de sujets non moins curieux. Sur un médaillon était
sculpté un personnage nu, assis, des pampres à ses pieds ; il montrait
un autre médaillon où figurait Hermès sans draperie pareillement.
(( C ’était évidemment le dieu de la Santé ; il avait guéri le person-
nage qui le désignait comme son sauveur et qui s’applaudissait
d’avoir fait choix d’un tel médecin. » L’impudent messager de
l’Olympe, métamorphosé en Esculape se retrouvait sur divers piliers
en d’autres postures, mais toujours avec le même costume primitif,
tantôt son caducée en main, tantôt terrassant un dragon ailé.
Sur la face tournée du côté de la chapelle Saint-Nicolas, David
chaussé, pour tout vêtement, d’une paire de brodequins qui montent
au genou, était accoudé à l’un des piliers; Neptume, le trident en
A LLEM AGN E
A L S A G E - L 0 R R A 1 N E
main, contemplait le roi des Juifs. Un peu plus loin, le dieu de la
mer était traîné par un cheval marin et accompag'iié d amours.
Au-dessous d un sphinx a tête de bélier
et d'un énorme singe, la tête appuyée sur
un sceptre qu'il tenait en main, on voyait
Apollon nu et à cheval, deux jnques à la
main droite et sa Ivre en bandoullière.
«y
Vis-à-vis se livrait le combat du centaure
Fiff. 30 bis.
Fis?. 30 ter
et du lapithe qui se disputaient une femme nue couchée sur le dos,
les cheveux épars et faisant de vains efforts pour échapper aux
étreintes du monstre. Le peuple, simpliste et ignorant, prétendait
quVn avait voulu figurer le diable enlevant une femme à son mari.
20
L ’ A R T P R O F A N E A L ’ ELISE
Au-dessus d’Adam et Eve « paraissant embarrassés de leur nu-
dité », Gupidon, appuyé sur son arc, les ailes déployées, retenait par
un ruban un petit chien, le syml)ole de la Fidélité qui jure entre
les mains du volage enfant de Gypris. Ges images étaient surmontées
de la figure d’un jeune homme nu, (( occupé à s’habiller », et de
deux amours, dont l’un était assis sur des brasiers ardents, tandis
que l’autre bandait son arc et préparait ses flèches.
Terminons la description de cette galerie émoustillante où se
mêlent à Tenvi « les divinités de l’Olympe avec les sanctifications
de la Bible, les héros dTIomère avec ceux de l’Evangile », par une
figure en pierre à'Isis, mesurant 4.‘1 cent, de haut sur 29 de large
et qui provenait du vieux cloître. La saillie de ce haut-relief était
de 18 cent. ; il représentait un buste nu de femme, mais si maigre,
que, pour nous servir d’une expression imagée de l’abbé Brantôme,
« elle ne pouvoit rien monstrer que le bastiment » ; sa tête était
couverte d’un voile. « Deux mamelles sèches pendaient à sa poi-
trine » comme celles des Dianes d’Ephèse. La peau était colorée
en rouge et la draperie qui contournait la taille en noir: le rouge
dans les mystères d’Eleusis signifiait, paraît-il, l’innocence, et le
manteau noir indiquait « la messagère des songes heureux ».
Une statue analogue existait à Saint-Germain-des-Prés et à Saint-
Etienne de Lyon.
L’/5i5 de Metz a donné lieu à une légende accréditée, non seule-
ment par le vulgaire, mais par le chapitre messin lui-même ; laissons
la parole à Bégin :
Certaine jeune femme extrêmement belle, idolâtre de ses charmes, fut
frappée par où elle avait péché. Dieu la rendit aussi laide qu elle avait été
jolie, et lorsqu’elle mourut, elle voulut qu’en mémoire de cette punition,
et par acte d’humilité chrétienne, on sculptât sur son tombeau, d une
manière exacte, l’image qu’elle présentait alors. Ainsi se trouvaient con-
firmées les paroles du sage : Vanâ est pulchriiiido ,* millier timens Deum
ipsa laudabitur.
On appela la jeune résignée la Rechigna ; mais son histoire est un
conte fait à plaisir et n’a pas la saveur de celle de la Vergognosa
qui nous attend à Pise.
Sur les boiseries des stalles, saint Glément, le premier évêque de
Metz, terrasse le Graouilli et l’enchaîne avec son étole. G est une
ALLEMAGNE A L S A G E - L 0 R R A 1 N E
27
légende mystique et romantique souvent utilisée par les hagiogra
Vis. 31.
phes et qu’ils appliquent aux épiscopes sans histoire ; seule la
forme du monstre varie.
On voit encore une scène du Délu f/e « palpitante d’émotion » : une
mère échevelée, presque nue, est assise sur un arbre et allaite le
fruit de ses entrailles quand, patatras, l’arbre se brise et entraîne la
malheureuse famille dans les flots.
Le long de la rampe de la chaire est sculpté un loup prêchant des
brebis séduites par ses paroles. A Amiens, le prédicateur est un
renard^ dont le capuce est rempli de poulettes; il cherche à attirer
celles qui picorent au bas de sa chaire.
Abside. La Irise des chapelles du chevet est décorée de trois
tableautins bizarres, au milieu de feuillages entrelacés. Le premier
(fig. 31) est un sujet « érotique » ; le second (fîg. 32) offre les svm-
holes de la force brutale, c’est-à-dire un lion, un taureau et Hercule
nu armé de sa massue ; le dernier motif (hg. 33) donne « l’image des
plaisirs sensuels », l’ivresse du vin et des belles.
1. La queue de cet animal servait autrefois de goupillon; en vieux français, ^onnf7
signifie renard.
28
i/art profane a l’église
Sur 1 un des vitraux échappés au vandalisme révolutionnaire et
conservés par le chapitre Ggure Vichnou, sous l’incarnation de la
Trimourti indoue', couché sur une feuille de lotos et bercé par les
Fig. 33.
ondes lactées primitives. Près de lui, deux têtes de femmes, celles
vraisemblablement de Lakchmi et de sa rivale Mohanimaïa, ont fait
considérer ces diverses figures, propres aux mythes indous, comme
emblèmes des anciennes confréries de la Mère folle. Mais, à Chartres,
au-dessus de la grande porte, ne trouve-t-on pas aussi plusieurs
scènes copiées dans la mythologie indienne?
Une autre verrière, toujours diaprés le même auteur, représentait
au milieu d’une rosace l’/o/ii, la source de tout, la demeure éter-
nelle du Linr/ain, phalle adoré sur les bords du Gange : « le Lingam.^
naît dans un triangle, qui lui-même est sorti du lotos ou padma ».
Ces ornements mythiques d’une église carlovingienne n’ont pas
lieu de nous surprendre, quand on songe aux emprunts faits par le
dogme et la liturgie catholiques au bouddhisme — Jean de Saint-Saba
ne s’est-il pas occupé à christianiser le Bouddha ? — et à la fré-
quence du mélange de l’élément païen et de l'élément chrétien
dans l’art, dès le début du moyen âge, où la fusion du mysticisme
et de l’érotisme, delà foi et de la joie, existait déjà, à l’état latent,
dans les esprits.
Munich. Musée. — Rubens, dans son Massacre des Innocents.,
trouve une heureuse occasion d’exposer un nombre respectable de
gorges gonflées de lait. De même, ses Jugements derniers (fig. 34,
pl. 1 et 35) ne sont que des œuvres de chairs, où domine le nu féminin ;
1. Brahma créateur, Vichnou conservateur et Cica destructeur: les trois éuergies
de la nature.
Planche I
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ALLEMAGNE — A L S A CE- L U R R Al NE
29
véritable avalanche de gros flocons neigeux qui roulent dans 1 abîme.
Cette interprétation ultra-réaliste du maître flamand n a rien de
commun avec celle de Michel-Ange; elle s’en distingue surtout par
le tohu-bohu désordonné et fantastique, ce que les Italiens appellent,
à l’adresse de G. Mazzuola, « una stupcnda fiiria dipenello », une
étonnante furie de pinceau. Le style, c’est l’homme, aussi bien en
peinture qu’en littérature : Rubens, en raison de son caractère géné-
30
L ’ A R T P R O F A N K A L ’ É G 1. 1 S 1<:
reux et chevaleresque, a laissé à l’apre Buonarroii le coté terrible
de cette page religieuse et n'en a gardé que le a coté consolant »,
selon la remarque de IL Durand.
Ces amas d’académies sont traités
avec une ampleur, une exubé-
rance de fougue et une maestria
qui trahissent la touche du maître.
G esL trop de j^raisse humaine éta-
lée, grognonne le D*" himile Laurent,
que toutes ces l)rutales visions du
stupre, écroulements formidables de
ventres et de fesses, grappes dé-
nouées de mamelles et de hanches,
clos annelés de plis gras, vautrements
presque obscènes de génisses mame-
lues, avec une lumière crue éclairant
leurs seins et leurs cuisses.
Dans l’un de ces tableaux vivants (hg. 35), une des ressuscitées,
assise et sans voiles, les mains croisées sur la poitrine, attire l’œil;
c est le portrait d’Hélène Fourment, seconde femme de Rubens. Sa
carnation capiteuse resplendit souvent dans son œuvre; ce qui
n’empêcha pas cette prude u poseuse », à la mort de son mari, de
vouloir brider plusieurs de ses tableaux qu elle trouvait indécents,
elle qui étala si complaisamment sur ses toiles sa gorge opulente
et cette saillie cpi’en équitation on qualifie d’arrière-train !
Le peintre s’est aussi portraituré et s’elface modestement derrière
son épouse. Ce tableau avait été demandé par ^^mlfgang-Guil-
laume, duc de Neubourg, pour décorer l’église des Jésuites de cette
ville. Tout de même, l’art et la littérature doivent beaucoup aux
disciples de Loyola, aussi bien qu’à Alexandre VI : Rubens, le
Voltaire de la peinture, est un élève des Jésuites, comme l’auteur
de la Piicelle^ et Rorgia délivra Florence du farouche iconoclaste
Savonarole.
Nuremberg. RSaint-Sebald. — Getemple protestant, contrairement
à la règle inflexible du puritanisme calviniste, est un véritable musée :
bas-reliefs, peintures, ornements y foisonnent et récréent la vue et l’es-
prit. Il contient la merveille de l’art nurembergeois : le tombeau et la
Fii;-. 3(1.
ALLPniAGNE — ALSAGG- L ORR A IA E
31
châsse (le saint Sébald^, en airain, œuvre du maître fondeur Pierre
Msclier. Cette châsse, supportée par des escargots pour rappeler le
silence de la tombe, olfre une bigarrure choquante de figurines my-
thiques et chrétiennes, vêtues ou non (tig. 3b). Des apôtres, des pères
de l’Église et des anges se mêlent
aux amours, aux divinités des
bois et des eaux, faunes et né-
réides, et aux héros fabuleux,
Samson, Nemrod, Hercule et
37
Fiy-. 38.
Thésée, qui occupent avec des harpies les piliers des angles
(fig. 37). Les petits Cupidons qui jouent avec des animaux ou des
instruments sont nus et s’ingénient à mettre en évidence leurs
organes procréateurs (fig. 38).
Les figures nues, assises au pied du tombeau, ont la vigueur des créa-
tions de Michel-Ange ; et les sirènes aux formes fuyantes qui soutiennent
des candélabres, aux quatre angles (fig. 39) semblent avoir été posées là
par la main aristocratique du Primatice. Mélange naïf et charmant du
spiritualisme chrétien et de la mythologie païenne, de la religion de la
souffrance et de la religion de la joie.
La chapelle de Lœffelhalz renferme une cuve colossale en fonte,
où aurait été baptisé à sa naissance Pempereur Wenceslas, qui, à
l’exemple de Constantin VI Copronyme, salit l’eau baptismale.
A l’extérieur, vers l’Anschreibthüre, porte donnant accès dans le
1. Ce sailli jiatroii de Nuremberg- serait le üls d’un roi de Danemark. A la suite
d’une scène de jalousie, selon les uns, pressé par le désir de vouer son existence à
Dieu, selon d’autres, il aurait abandonné sa femme, le jour de ses noces, et serait
venu prêcher l’Evangile dans la contrée de Nuremberg, où il mourut en 801.
ili
32
l'art profane a l’église
collatéral Nord, on aperçoit une sculpture de personnag-e nu, vu
de dos, couvert de crapauds et de serpents qui lui déchirent les
chairs ; c’est la sanction pénale de la
Luxure.
Au portail des Trois Maries^ le
torse découvert de Marie-Madeleine
fait une saillie dont la proéminence
surprend et étonne l’œil de l’igno-
rante
2® Fontaine de la Vertu. — Ce
monument hydraulique, élevé sur
la place de l’église Saint-Laurent,
revêt un caractère religieux grâce
aux sept Vertus qui en forment l’or-
nementation. Nos lecteurs connais-
sent de longue date ces figures al-
légoriques qui versent des filets
d’eau par leurs seins-. Les deux jets
qui s’échappent des mamelles de la
Charité seraient plus volumineux
que ceux de ses voisines : « Ils vont
nourrir comme d’un lait substantiel
les deux enfants qu’elle tient près
d’elle », écrit un auteur d’ailleurs mal renseigné, car il n’a vu
que trois Vertus., les théologales.
Fi«-. 39.
3® Musée. — René Mélinette décrit, dans ses Instantanés T Alle-
magne., un Jugement « rempli de cocasseries » :
Un de ces diables, muni de deux ailes rondes de papillon, vole et montre
son train de derrière osseux ; entre ses jambes on aperçoit sa tête ren-
versée, ses yeux ronds et ses oreilles de chauve-souris. Et que fait-il ?
Eh ! bien !... — C’est le supplice ad vitam æternam infligé à l’évêque qui
se trouve au-dessous de lui, — ce diable... pète sans cesse au nez du
prélat.
1. Bihl. des Arts déc. Kj^liscs 51, ii“ 2.
2. V. nos Anec. hisl. et relig. sur les seins (lig. 5).
ALLEMÀGNÉ — ALSACE-LORRAINE
33
D'autres artistes ont été plus loin en matérialisant des scènes
analog'ues. Mais ce personnage impétueux qui, comme le couple des
diablotins de Cousin % évoque à l’esprit léger l’encouragement
d’Arrie à son époux : Pæie non
dolet, n’est-il pas le démon, au
geste non moins pétulant, de la
cathédrale de Strasbourg ?
Quoi qu’il en soit, il n’a certes
rien de commun avec Mme du
Plessis, sœur du cardinal de
Richelieu, c[ui croyait avoir en
verre « ce qu’il faut pour s’as-
seoir » et demeurait debout
crainte de se casser, ni avec le
péripatéticien Métroclès, lequel se croyait déshonoré
parce qu’un lapsus recti, lui avait échappé en pré-
sence de ses disciples. Vous savez comment le stoï- ,
cien Lrates « lui osta ce scrupule », a laide d ar-
^ , Fig. 41.
guments ad honiineni : « se mettant à peter à l’en-
vuy avecques luy », dit Montaigne^.
Fig. 4Ü.
Ratisbonne. Cathédrale. — Un archéologue allemand, M. Rolle,
a vu un moine embrassant une religieuse dans une sculpture de la
Visitation^ où Marie et Elisabeth se congratulent de leur passage
à l’état sphéroïdal.
2® Saint-Jacques [Schottenkirche) . — « Elle a au portail Nord
des sculptures singulières » , assure Bædeker ; la néréide de la figure 40
est sans doute l’une de ces singularités artistiques.
Rosiieim. — L entablement d’un pilier de cette église est agré-
menté d’un obscenum de petite dimension, mais de grande licence.
SciiLEswiG. Cathédrale. — Au maître-autel est représentée une
Eve (tig. 41), statue en bois de Hans Bruggemann (1520). Pour
1. L’Art profane à l’église, France, fig. 170, 171.
2. Cf. PiBURB Pic, Pilules apérilives à l'extrait de Montaigne.
I.'ART PROFANE. — II. .1
34
l'art profane a l'église
mieux cacher sa nudité, le sculpteur ne se contenta pas d’une seule
feuille de vigne, il en fît un paquet sous forme de rondelles et fixa
le tout à l’aide d’un gros clou (fîg. 42). C’est peut-être une addition
postérieure qui^ certes, attire beaucoup
plus le regard que ne le ferait la région
anatomique au naturel.
Fig. 42.
SoEST. Saiïite-Marie-des-Prés [Wiesenkirche). — A l'un des
vitraux, sur la table de la sainte Cène^ au lieu de l’agneau pascal, il
y a une tête de cochon et un superbe jambon de Westphalie,
Jambons crossoienL de tous côtés,
Ainsi que s’ils étoient plantés.
Accessoires qui donnent à cette solennité une couleur locale toute
spéciale et rappellent les 12 preux de la Table- Ronde... de Liebenberg.
On remarque encore des sculptures sur bois se rapportant à la
Passion, « mais d’un tel réalisme, dit Malte-Brun, que nous ne pou-
vons entrer ici dans aucun détail à leur sujet ».
Strasbourg. 1° Notre-Dame. — Extérieur. — Exposition des sept
péchés capitaux, dont le plus capiteux, Luxuria, attire spécialement
le regard.
Au tympan se trouve une représentation de nos premiers parents
en costume paradisiaque; Adam ne cache rien, mais il tient la main
de son épouse et lui forme un écran naturel. Quel est ce petit per-
sonnage nu qui, à l’ouverture de la gueule du Léviathan, appuie sa
main gauche sur la tête d’Eve?
Sur la corniche du Sud-Ouest est taillé le Sabbat : les esprits
infernaux enlèvent les sorcières dans les airs. A la frise extérieure
un diable traîne par les pieds un damné, le mauvais riche (fig. 43),
Ar.r. K.AIAC.NE ALSACE-LORRAINE
35
taudis qu’un autre approche son siège du visage de ce patient et, orc
rotundo^ s’apprête à l’embrener, après lui avoir donné un soulïlet.
Cette incongruité, que nous avons déjà rencontrée dans un coin de la
Tentation de saint Antoine^ parCallot,se retrouvera au Canipo Santo
de Pise. Elle est souvent mentionnée dans les supplices de l’Enfer;
un manuscrit du xii*^ siècle, les Visions de Fiilher't^ j fait allusion :
Quidam {dæmones) fœtidum slercus in os projecerunt,
Et quidam in faciem ejus comminxerunl. . .
(Quelques-uns (des démons) évacuèrent dans sa bouche un excré-
ment fétide; quelques-autres lui urinèrent sur la ligure).
Dans le voisinage, un groupe non sympathique (fîg. 44) allégorise
la lune rousse matrimoniale ou « la lutte
pour la vie conjugale » : un personnage nu,
le mari, est terrassé par sa douce et faible
moitié. Ce niais porte une grosse pierre pour
établir que la force physique est asservie par
le pouvoir psychique, ou plutôt sensuel, et
qu’à l’exemple d’Hercule, il lui faut filer doux
aux pieds de son Omphale courroucée. C’est
une variante de <( la dispute de la culotte »,
si souvent reproduite sur les stalles. Moralité
sociale à rebours, en révolte avec la loi civile
et religieuse qui impose à la femme mariée l’obéissance passive,
et dangereux enseignement pour un sexe déjà trop enclin à l’esprit
d’imitation.
Intel leur. Nef. Le bas-relief d un des chapiteaux des grands
piliers reproduit une procession satirique où l'on distingue un
pourceau porteur d’un bénitier, suivi d’ânes revêtus d’habits sacer-
dotaux et de singes munis de divers attributs de la religion, ainsi
qu’un renard enfermé dans une châsse. C’est la Procession du Renard
ou de la Fête de V Ane (fig. 45).
Un autre chapiteau est occupé par une néréide à qui le petit caresse
familièrement le sein (fig. 46).
A 1 étage supérieur de la nef, côté droit, une verrière très déla-
brée symbolise \aLutte des douze Vices et des douze Vertus jDrésidée
par Ezéchiel et Aristote dont la logique était celle de la scolastique
médiévale.
De « plaisantes figures » couvraient autrefois l’appui-main de
la rampe et la porte de la chaire à prêcher, chef-d’œuvre de la
sculpture ogivale fleurie. En fait de sujets profanes, il ne reste plus
aujourd’hui, au pied de la chaire, que les portraits de Jean Ham-
merer, le sculpteur qui l’exécuta en 1486, et de sa femme.
En 1698, Misson vit sur le « pulpitre » de la cathédrale un bas-
relief inoui : « une nonne, écrit-il, est couchée auprès d un moine qui
AI.L 1<]MA(;NE
A L s A C E - L 0 R R A 1 IN P:
37
tient son bréviaire ouvert, d’une
de la religieuse (tig. 47)^ ».
Cette idylle profano-sacrée est
un reflet des mœurs monacales
d'antan et en même temps la
mise en pratique du précepte
évangélique : Aimez-vous les
uns les autres. Mais il est pro-
bable que cette représentation
a disparu : les œuvres d’art des
main, et passe l’autre sous la jupe
édifices religieux, depuis la
1. A a t-il heu de se scandaliser de la présence de telles images au sein môme
du sanctuaire, si l’on songe à celles que les missels et autres livres de piété
exposaient sous les yeux des üdéles ? Nous avons donné un avant-goût de c^ette
iconogTaphie epicee dans nos Seins à l’église; nous n’ajouterons à ces spécimens
1 usage de Charles V (Bibl. nat. Mss français, 16G) (tig. 47 his — 47
quinque]
38
li ART PROFAN Fi A L KfUilSF
Fig-. 47 quarte. — P. i.xiit. « ... Signifie que par
ivresse personne est appareillé à tout vice, et
la foule de damnation lui est due et à son
père et à ceux qui ne les ont corrigés à qui ils
appartiennent. »
Fig. 47 qiiinque. — P. xia. « Un des
fils d’Israël surpris dans le tabernacle
avec une mauvaise femme, sont percés
tous deux par un des fils d’Eléazar (a).
(cl) Le gaillard et paillard d’Absalon commit un dëciqdc inceste à meilleur compte, quand
il s’empara des dix femmes de son père David et les viola les unes après les autres, en présence
de toute la ville (Samuel ii-xvi, 22).
AL LEMAT. N E
ALSACE-LORRAINE
39
Réforme, ont été soigneusement expurgées par les censures
ecclésiasti([ues.
Art monumental reproduit, sans explication, une sculpture de
Fig. 48.
la même église (fig. 48) ; un saint nimbé, nu, est entouré d’animaux
fantastiques. Le Père Allegranza, dominicain, le grand maître des
symbolistes, eût pu seul expliquer ce groupe, mais il est mort !
La fameuse horloge de la cathédrale est peuplée de divinités
mythiques, sans draperies, comme il convient aux habitants de
l’Olympe : Apollon et Diane symbolisent le Soleil et la Lune ; Vénus
trône parmi les divinités auxquelles chaque jour de la semaine est
consacré.
2® Saint-Thomas. . — Ce temple protestant, contrairement au
dogme réformé, est orné du mausolée de Maurice de Saxe, dû au
ciseau de Pigalle sous l’inspiration de l’abbé Gougenot (lig. 49).
Le maréchal appartenant à la religion réformée ne put être enterré
à Saint-Denis.
Voici le détail du monument. En avant. Hercule, sans autre vête-
ment que la peau du lion de Némée sur les épaules, prend l’attitude
10
i/ar'I' 1' ko fa ni-: a i/éoiosi:
de la Désolation ; plus loin, la France, sein gauche dévoilé, cherche
à empêcher le héros de descendre dans la tondre ouverte à ses pieds,
et, en même temps, repousse la Mort qui attend sa victime, le
sablier Audc à la main. Au second plan, Eros, par lequel le vain-
queur de Fontenoy fut maintes fois subjugué, pleure comme le fils
d’Alcmène et éteint son flambeau. Des puritains refusent de voir le
AL LEMAGNE
ALSACE-LORRAINE
41
lîls de Gypris profaner un temple luthérien et en font le Génie de la
i^uerre ; mais alors il ferait double emploi avec la larmoyante victime
de Déjanire.
Le petit Génie qui est à côté du maréchal, dit de Saiiit-Foy, m a paru
équivoque. On ne sait si c’est le Génie particulier du Héros, le Génie de
la Guerre, ou le Génie de l’Amour. Gomme, par l'emblème d’Hercule ou
de la Force, l’Artiste avoit lig-uré la force prodigieuse et le courage du
Maréchal, il a sans doute voulu exprimer, par l’emblème de l’Amour, son
penchant à la g-alanterie; mais des Critiques judicieux lui ayant repréfenté
qu'un pareil symbole seroit déplacé dans un ouvrage destiné pour une
Eglise, il a ôté tous les attributs qui caractérisoient l'Amour, et en a fait
un Génie qu’on ne devine plus.
Un peintre, à qui Gabrielle d’Estrées avait commandé un jDortrait
d’Henri IV, fut plus explicite :
il peignit le brave vert galant
tenant son casque qu’un Amour,
sous les traits de la favorite,
entourait de laurier, avec cette
inscription : Ad dit fortihus
alas. G’est vraisemblablement
la même idée qu’a voulu in-
terpréter le ciseau de Pigalle.
il,
Fig. oO, 51.
A gauche sont rangés les emblèmes des puissances vaincues par
le maréchal dans les guerres de Flandre : Y aigle d’Autriche, le lion
de Hollande et le léopard d’Angleterre.
Le sarcophage d’Adaloch, qui eut un court pontificat, est enjolivé
de sculptures gothiques (fig. 42), où nous relevons la Mer (fig. 50),
sous les traits d’une femme nue à cheval sur un monstre marin, et
la Terre (fig. 51), sous la figure d’un personnage nu, couvert de
poils, avec un appendice caudal et des pieds de bouc; il tient des
serpents que la même allégorie, mais féminine, allaite à Bamberg.
Stuttgart. Musée. — Signalons d’abord une Eve de Van Dyck,
« violemment colorée, dit le E. Laurent, effet de la honte ou de
la pudeur sans doute de se voir toute nue avec un ventre de femme
hydropique » ; ensuite, une Madeleine éplorée de Rubens, chargée
d une poitrine qui déborde et déferle sous ses doigts occupés mais en
vain à la contenir.
42
l/ A R T PROFANE A [/ É G L I S E
Trêves ^ l*’ Saint-Pierre. — L’auteur des Instantanés (V Allemagne
se réjouit de voir dans cette cathédrale une religion « plantureuse » ;
des statues « bien nourries » ; des anges joufflus aux « petites
cuisses grassouillettes » , on dirait des Amours, et la taille de la Vierge,
serrée à « faire saillir les chairs en bourrelets » .
Les panneaux de la chaire de Vérité expliquent les Sept OEuvres
de miséricorde corporelle .
— (( J’avais faim, et vous m’avez donné à mander. J’avais soif, » etc.
— Ces alfamés n'ont pas l’air de trop souffrir. « Niidus eram, dit l’un,
j’étais nu, et vous m’avez vêtu. » Et on voit s’avancer un mendiant
robuste et plutôt gras, à qui une personne charitable essaye d’enfiler une
chemise. Derrière lui, sa femme, nature forte et rebondie, attend patiem-
ment que ce soit son tour de recevoir la chemise. Pour le moment, elle
n’en a pas ni quoi que ce soit qui en tienne lieu.
C’est de l’art bien humain, bien charnel, rien d’ascétique et de triste,
mais de la vie, de la santé. Et tout cela, d’autre part, porte la marque du
XVII® siècle.
Trésor de la cathédrale. En dehors du divin clou — le « clou »
de cette inestimable collection, — l’une des pièces importantes,
par son ancienneté sinon par sa facture, est un ivoire roman du
xE siècle qui décore un manuscrit des prophètes de l’Ancien Testa-
ment. Sur cette plaque, deux motifs superposés sont sculptés en
vigoureux relief : la Vierge et 1 Enfant-Dieu reçus au temple de
Jérusalem par Siméon ; et, au-dessus, le Baptême du Christ
(fig. 51 his)^ où les personnages ressemblent à des caricatures. Le
Sauveur est absolument nu, aséxué ; les eaux du Jourdain, formées
de celles qui sortent des urnes du J or et du Dan, ceux-ci sans le
moindre costume, montent en arrière de Jésus et le submergent.
Saint Jean, sous les traits d’un patriarche, de sa droite, lui fait subir
la triple immersion du baptême primitif, mais ne le baptise pas par
1. L’évcque Rustique de Trêves, jaloux de saint Goar qui avait acquis la réputa-
tatioii de faire des miracles, le manda auprès de lui pour qu’il donnât une preuve
publique de sa vertu miraculeuse. Rustique ordonna au saint de faire dire à un
enfant trouvé, qu’il lui désigna le nom de son père. Aussitôt la vérité sortit de la
bouche de l’enfance dans ces mots articulés distinctement : « L'évêque Rustique
est mon père ». L’histoire ne dit point si le prélat considéra cette réponse comme
surnaturelle ou naturelle. Cette lég-ende a servi à d’autres saints.
La cathédrale de Tré^■es, comme l’église d’Argenteuil, possède nne tunique sans
couture de Jésus, tissée de lils élastiques de la Vierge, apparemment, s’il est vrai
que ce vêtement se soit élargi au fur et à mesure de la croissance du Seigneur !
ALLEMAGNE A L S A CE - L 0 B R A 1 N E
43
infusion, comme le veulent L. Palustre et X. Barbier de Montault,
ce qui serait contraire au texte. Deux anges tendent une draperie
Fig. 51 his.
pour essuyer le seigneur à la sortie du bain et un troisième barbu
tient sa tunique.
2° Saint-Mathias. — Trésor. Les émaux et plaques filigranées qui
encadrent le tableau du xiii® siècle où est exposée la vraie croix
portent de nombreux ornements païens. Sur un camée, on distingue
le buste d’un empereur romain, Commode vraisemblablement; dans
un autre, Didron reconnaît Romulus apprivoisant Taigle de Rome et
X. Barbier de Montault, Ganymède abreuvant l’aigle de Zens. Des
intailles montrent l’Abondance ou Gérés tenant des épis et la corne
d’Amalthée, en compagnie d’Arès, d’Hermés et d’Eros nu, une coupe
à la main ; on y voit encore un cheval marin, monté par un triton,
évoluer au milieu d’apôtres, de saints et d'anges thuriféraires.
Ulm. Cathédrale. — Aux stalles du chœur, en stvle renaissance
menuisées et sculptées vers 1469 par Georgius Surblin ou Svrlin,
sont accrochées quelques indécences et grossièretés qui font des
44
l’art profane a l’église
grimaces ou sont parfois inconvenantes. Mais elles sont plus rares
que sur nos miséricordes de France^ celles d’Amiens, par exemple.
En Allemagne, la qualité le cède à la quantité : ainsi, une femme
échevelée lève ses jupons et un petit homme grotesque commet une
« salauderie ».
Si, au xii"^ siècle, l’austère défenseur de la règle cistérienne, saint
Bernard s se récriait déjà contre les tendances libertines de l’art
laïque qui succédait à celui des moines et substituait l’allégorie
satirique au symbolisme religieux, qu’aurait-il dit des caprices des
décorations ornementales des siècles suivants?
A coté de ce dévergondage excessif du ciseau, de nombreuses
figures en bois de femmes et d’hommes sont séparées dans le chœur,
comme au temps de la primitive Eglise, et forment une étrange dis-
parate. Le sexe féminin s'aligne sur trois rangs, à gauche ou au Sud
et le sexe masculin, sur trois rangs, à droite ou au Nord. En regard
des philosophes sont placées les Sibylles ; les Prophètes font face
aux illustres juives, et les Apôtres aux Saintes. Tout de même une
exception est faite en faveur des médecins, les saints Luc et Corne :
ces privilégiés voisinent avec sainte Madeleine. La pécheresse
démoniaque, possédée de sept démons, y est désignée sous le quali-
ficatif de Fœcuncla, qui n’est pas latin, mais est mis là pour
fecunda.
Indiquons une autre ^particularité qui ne plaide pas en faveur de
la modestie des artisans d'autrefois, quoi qu’en dise la tradition : le
sculpteur, une verge en main, s'est placé à la tête des philosophes
pour les diriger et a mis sa femme, arrogante, à la suite des saintes
femmes pour les surveiller.
Weciiselburg (Saxe). — Les chapiteaux de Péglise du monastère
d'augustins de Zschillen, fondé en 1174 par Dedo le Gras^ sont ornés
de figurines grotesques. Dedo, le dodu, y fut enterré avec son
épouse, après une mort singulière : désirant suivre Henri VI dans
son expédition en Italie, il voulut se débarrasser de sa corpulence et se
laissa enlever, par le médecin du couvent, charcutier à ses heures,
1. « Dans les cloîtres, s’écrie ce saint, à quoi servent ces monstruosités ridicules,
ces admirables dilTormités ?... Grand Dieu! si l’on n’est pas honteux de tant de
lutilités, comment du moins ne pas regretter tant de dépenses ! »
ALLEM A(1NK
ALSACE-LORRAINE
45
la graisse qui le gênait : Dedo perdit sa panne et la vie en même
temps ^
1. Nous rassemblons ici divers documents figurés qui appartiennent à des édifices
religieux de l’Allemagne, mais dont nous ne pouvons autrement désigner l’identité.
Tels : une gargouille (fig. 52) provenant d’une église Wende et reproduite par
Grand Carteret dans scs Images galantes — elle jette l’eau par la fente équivoque
d’une tire-lire — et plusieurs motifs détacliés de viti-aux, une famille de satyres
(fig. 55), une cariatide à buste suggestif (fig. 54), un évêque qui est accompagné d’une
oie (le démon) et porte un calice d’où surgit, non la couleuvre symbolisant le poison
versé à saint Jean, mais une femme nue, la croix à la main (fig. 55). Notons enfin les
armes sépulcrales d un eveque agrémentées de deux chimères mamelues (fig. 55 his
y
St
mât
;• y.-’
■SJ “
II
AMÉRIQUE
New-Hampsiiire. Eglise de Mitcheldever. — Mausolée dû au
ciseau de Flaxman, élevé par le baronet sir Francis Baring- à son
Fig. 56.
épouse. On remarque un bas-relief (üg-, BO) où le nu domine ; c’est
48
i/aut profane a i/église
une allégorie, Que votre règne arrive, tirée du Pater et qui fait
pendant à un autre tableau emblématique, Délivrez-nous du mal.
Sarayacu (Pérou). Eglise des Franciscains’.
Guzco. Monastère de Santa-Clara^
1. M. Paul Marcoy, dans le Tour du Monde de J8G.o, nous donne deux représen-
tations intéressantes de la femme de Sarayacu : 1 une la montre dans son
intérieur, vêtue seulement de son pagne ^ l’autre, en costume d église, la poitrine
cachée par une mante, à la mode espagnole, qui, de plus, lui encapuchonné la tête.
2. Le même voyageur, en 1863, fut témoin d’une scène étrange et qui pourrait
s’intituler le saphisme au monastère. Une religieuse, avec sa guitare, vint chanter
une chanson d’amour, devant une cellule, dans une attitude extatique, les yeux
langoureux. Une religieuse sortit d’une cellule voisine, courut sur la virtuose, s em-
para de sa guitare et la lui cassa sur la tête, puis lui infligea « cette correction
manuelle dont la seule menace fait frémir les petits enfants » : la femme ou la morue,
n’est bonne que battue, dit la sagesse des nations. Aux cris de la victime, 1 abbesse
accourut et eut toutes les peines du monde a l’arracher aux mains de son bour-
reau. M. Paul Marcoy eut bientôt l’explication de cette voie de fait : la nonne dilet-
tante s’était attiré cette correction pour avoir donné une sérénade à l’amie de cette
rivale vindicative.
A Gurzo également, il vit le Seigneur des tremblements de terre, dont les mem-
bres mus par des ressorts tremblent pendant les processions, la tête couverte d une
chevelure noire d’e.xtraordinaire longueur provenant d’une pécheresse que ses excès
conduisirent prématurément au tombeau. Le père de cette Madeleine, un intendant
de police, lit don au chapitre de la cathédrale des cheveux de sa fllle, « tant pour
racheter les fautes de la pauvre enfant que pour remplacer l’ancienne chevelure du
Christ que les vers avaient rongés ».
III
ANGLETERRE — ÉCOSSE — IRLANDE — ISLANDE
On donne le nom de Shelah-na-Gir/ ou Julie-la-Giddij (fille
publique) à des fig*ures obscènes que 1 on rencontre encore, mais
rarement en France, et qui ornaient de nombreuses églises d ’outre-
Manche; elles servaient, comme le phallus, d’images protectrices
contre le mauvais œil.
La figure 57 provient dTine vieille église d’Irlande et est visible
au musée de Dublin. L'a figure 58 a été trouvée dans une église à
lV,chestone, comté de Tipperoy; elle était placée en haut du cintre
de la porte d’entrée et a été reproduite par Richard Payne Knie-ht •
enfin, la figure Q9, plus fruste et plus grossière que les autres, est
I races du .. loyer de ou du .. passade du 1 ,!!n, v e rj T"
dans le monde ((ui SC qualilie modcslement de « grand ». ’ * ' " "=iigncnr
L ART PROFANE.
II.
50
i/arï PIIORANE a i/église
orig“inaire d’une église du comté de Gavan et se voit au Musée de la
Société des Antiquaires de Dublin.
Cambridge. Collège de Saint- Jean. — Mausolée de William Ashton.
Le défunt est richement costumé à la partie supérieure du monu-
ment; mais, à la partie inférieure, ce n’est plus qu’un affreux cadavre
nu et décharné, rongé par les vers. La nudité des effigies est l’em-
blème de l’humilité.
Canterrury. Cathédrale. — A l’un des chapiteaux des arcatures
fausses, on remarque une femme nue à côté d’un animal fantas-
tique.
Ely. Cathédrale. — Deux personnes jouent à saute-mouton sur
une miséricorde (hg. 60) ; des polissonneries sont sculptées à d’autres
stalles, par exemple la Tentation (hg. 60 bis\ où le démon préside
aux ententes cordiales.
GilliiNGHAM. — Sur un vitrail, le corps virginal de sainte Agnès
est couvert d’un vêtement par un ange. Il n’est donc pas tenu compte
ici de la légende qui attribue ce rôle à la pousse miraculeuse de sa
chevelure.
Grenjadarstadur. — Dans ce temple d’Islande, une tapisserie au
métier du xiii® siècle raconte la vie d’un évêque. Deux de ces épisodes
(6g. 61, 62) sont identiques à ceux qui sont attribués à saint Romain,
sur des quatre-feuilles de la cathédrale de Rouen, et se rapportent à
A i\ G 1. \ ] T !•: n R E — c o s s i<: — i R l a n D K
ISLANDE
51
la tentation du saint par le démon, sous les apparences d’une
ribaude en eostunie d’bive.
Eiff. (il
Fi^.
Hertford. CathédralG. — Sous une sellette du chœur un cordon-
nier ou un vilain, et non « un moine paillard », comme on l’a écrit
a tort^ puisqu’il n a pas la robe à capuce, prend ou essaie la chaus-
sure d une ménag'ère et glisse son autre
main plus haut qu il ne convient. Le galant
décontit reçoit à la tete, non « une écuelle
d eau en guise de douche réfrigérante », mais
une assiette, un plat ou le couvercle d’une
marmite (tig. (>3).
Londres. L Westminster. — Tombeau de
Gray. Le sculpteur a représenté la muse de
Gray en demi-relief, de grandeur naturelle, Fig. (13. — Reproduite
tenant contre son sein le buste en médaillon ^yvighL
du poète. ,< Cette ligure accroupie, dit Mme de Geiilis, a beaucoup
de grâce, mais cette composition profane est bien peu convenable
pour un tombeau, et sans convenance. »
Qu’eût dit la prude institutrice des enfants du duc d’Orléans en
presence du tombeau d’Isabelle, lille du comte de Glocesteret veuve
du fameux Warwick, qui voulut que sa statue destinée à son tom-
beau lut exactement nue : grande preuve alors d'humilité ?
1, 2. Reproduites par A. Demmiii, loc. cil.
52
t/*AUT l’UOKA.NK A i/k(;usi:
Le tombeau d'Elisabelli Warren, ciselé par Weslmacoti, est une
statue de jeune fille à demi-nue et accroupie, comme la Madeleine
de Ganova. Le sculpteur s'est appliqué à imiter la grosse toile d une
chemise « de laquelle on compterait les fils ». Singularité puérile
qui rappelle le Christ sous le suaire et le Péché dans le filet de la
chapelle délia Pietra de Sanr/ri, à Naples.
2^ Saint-Paul. — Rien d’impudique à blâmer dans cet édifice,
mais sur le piédestal du monument de Thomas Dundas qui prit k
la France les îles des Indes Orientales — se dresse une allégorie
impudente et immodeste i VAiif/leterre défend la Liberté contre la
Rébellion et la Fraude^ à la façon de Robert -Macaire. Un comble !
3® South Kensington. Muséum. — Une moquerie plaisante, relevée
sur une miséricorde provenant dune église de h rance, montre un
franc-archer en bonne ou plutôt en mauvaise fortune chiffonnant le
corsage d’une Lucrèce qui file et fait filer son agresseur après une
défense héroïque L
Le Musée possède le dessin du tombeau de Gaston de Foix
(fig. G4) qui devait être exécuté par Agostino Busti dans une église
1. L'Art profane h l’iùjlise, en France, 11^'.
A N c. I . v: T i <: R R 1-:
IRLANDE
53
ÉCOSSE
I s L A N I ) E
de 1 \aveniie. où « le Foudre d’Italie » fut tué. Ce monument gran-
diose était orné de plusieurs ligures de femmes complètement nues.
Milan possède de nombreux fragments de ce tombeau, provenant de
1 ancien couvent de San Marto ; la bibliothèque Ambroisienne en a
recueilli dix-sept, au musée archéologique ; diverses parties se
trouvent à Gastellazzo-Arconate, à Turin, et dans d’autres localités.
Parmi les tableaux religieux, le National Gallerij possède une
Annonciation naturaliste de Fra Filippo Lippi, peinte pour Cosme
de Médicis. Gette composition se distingue de ses congénères par la
direction logique que prend l’oiseau de Gypris : il gagne un autre
conduit que l'auditif pour féconder la Vierge (fîg. 64 bis).
M ». f/iX
Fig’.
V'A FA ^\VAV\W^
Lüüunv. — Wright a doimé le dessin d’une diablerie sculptée
sous une sellette de stalle : une cabaretière vient de mourir ; le
diable 1 emporte, toute nue, sur ses épaules « jambe de-ci, jambe
de-là », la tête renversée en arrière ; puis, au son de la cornemuse
écossais, précipite la marcbande de bière, fraudeuse et libidineuse
dans FFnfer (hg. (Jbj. ’
XORTIIA.MPTÜN, Saint-Pierre. — Un auteur y signale de nombreux
emblèmes profanes et indécents ».
«
Noiiwicii. Saint-Jean-Madder- Market. — Un panneau de la clôture
du chieur montre le Supplice de sainte Atjathe : le sein gauebe de la
54
i/aRT profane a l/ÉflLlSE
martyre est pris dans des tenailles. A l’église de Wiggenhall, comté
de Norfolk, la même vierge a le couteau sur la poitrine à nu.
Oxford. — Dans les créneaux des cloches de Magdalen-College
se cache une statue de la Luxure (fîg. 66), dont nous avons atté-
nué les détails inférieurs ; elle est conçue dans le même esprit,
mais plus libertin, que la fontaine de Jean Bologne (Musée de Douai)
(%• 67).
Siierrorne. (Comté de Dorset). — Une stalle de la cathédrale
indique comment on corrigeait et corrige encore en Angleterre les
écoliers paresseux (fîg. 68) ; ce choc choquant n’est pas shocking
pour John Bull, qui se refuse à prononcer le mot culotte, mais non à
déboutonner la chose ni exhiber la saillie charnue appelée mappe-
monde par les géographes, verso par les bibliophiles, revers par les
numismates, arrière-garde au régiment, culasse par les armuriers,
gras-double par les charcutiers, lune par les astronomes, cupidon
ou krupp (prononcez croupe) en Allemagne, prussien en France,
enfîn la dix-septième lettre de Falphabet dans les couvents k
So.MMERSET. U East-Breilt. — Sur les miséricordes sont sculptées
des représentations satiriques et caricaturales, surtout contre le
1. Marie de Médicis fut, un jour, indignée de voir Henri IV louetter le dauphin ;
elle lui dit: » Vous ne traiteriez pas ainsi vos bâtards. — Pour mes bâtards, répondit
le Vert-Galant, on les pourra fouetter s’ils font les sots ; mais lui, il n aura per-
sonne qui le fouette ».
A N G r. E T E R R E
ECOSSE
I R L A N DE ' — ISLANDE
55
clergé régulier. On y voit un renard-capucin pendu par une oie
(ouaille), tandis que deux renardeaux glapissent au bas du gibet ; un
autre renard-abbé, coiffé
de la mitre et la crosse
en patte ; un troisième
renard enchaîné, tenant
un sac d’argent, au milieu
d'oies, de grues et de bé-
casses ; un singe avec
une hallebarde de suisse ;
un second quadrumane
Fig. 66.
Fiir. 67.
Fiff. 68.
en prière, un hibou perché sur la tête, etc. (J. Mason Neale et
Benj-Webb).
2® Eglise de Nailsea. — Les mêmes auteurs indiquent, mais sans
le moindre détail, une sculpture a des plus grossières », sur le nord
de 1 arc de triomphe de cet édifice religieux.
Stamfort. Entre autres sujets peu convenables qui historient les
culots des stalles, on remarque le baptême d'un chien.
Stevington. — Sur une stalle (fîg. 68 his), une Victime de la
dyspepsie s’apprête à restituer le trop-plein stomacal : c’est la
punition de la Gourmandise. Sursum corda!
Tewksbury. — Comme à Cambridge pour le tombeau de Wiliam
Ashton, celui de lord Abbat offre les mêmes particularités : le
50
L A HT PROFANE A I. EOEISE
défunt est somptueusement habillé sur l'entablement et paraît au
soubassement à l’état d'borrible squelette couvert de vers.
Wellingrorougii. — Augustin Filon, dans la Caricature en An-
f/le terre, parle d'un bas-relief de cette église qui représente une
jeune cabaretière {alewife) grassouillette et appétissante.
Elle est habillée avec une certaine recherche... Son corsage s'échancre
très bas sur la poitrine ; un petit treillis formé de cordons entre-croisés
s’oppose à l’invasion d’une main brutale, sans refuser le passage à un
doigt indiscret: demi-précaution pour une demi-vertu. Le costume dit les
mœurs. Quand on a vu ce corsage, on sait ce qui se passait dans les ale-
hoiises, meme sans lire les vers de Skelton à dame Elinour.
Mais un proverbe anglais dit : « Sein découvert ne met pas le cœur
à nu ». Aussi, comme le rappelle Georges Duval, vhz temps de
Shakespeare, à la cour d’Elisabeth, il était d’usage que les vierges
aient le sein nu. La reine elle-même observera cette coutume à
l’âge de 70 ans, ainsi qu'en témoigne llentzer qui la vit à Green-
wich « le sein découvert, comme toutes les dames anglaises jusqu’à
ce qu’elles se marient ».
Wells. Cathédrale. — A signaler une néréide peu commune, elle
tient un lion de la main droite et relève sa queue de la gauche (fig.69) :
le symbole de la toute-puissance des charmes féminins?
Nous n’insisterons pas sur la sortie des tombeaux; les ressuscités,
hommes et femmes à l’état de nature, sont isolés ou groupés sous
diverses arcades gothiques. Le motif en est banal, quoique vif
A NG u:ti:khk — écosse — Irlande
I s 1. A N D I
r ^
O /
(fîj;'. 70, 71) ; riiii d’eux étend la main qui ne cache rien : tenons
lui conqile de rintention (li^. 72).
Winchester h
ORCESTER. 1® Cathédrale. — Tombeau de la comtesse de Salis-
bury, en 1 honneur de qui Edouard III institua Tordre de la Jarre-
tière. On voit des anges ou des amours qui jettent sur le sarcophage
des jarretières, comme d’autres elïeuillent des roses. « Il est inutile
de remarquer, d après Mme de Genlis, combien il est ridicule de
rappeler sur une tombe une anecdote de ce genre - ».
L ordre du Collier — devenu TAnnonciade sous le pieux Amé VU
1. ly comte Crooclwin, vers lOEi, sur la foi de l'ahljc Holicrt, appelé eu Auj^leterrc
par L.douard le Coiilcsscur, accusa la reine iMiime, mèi‘c d’Edouard, « tTuii com-
merce scandaleux » avec Alwin, évê(pic de ’UdnchesLer. J^a reine démontra son
innocence par 1 épreuve du feu : les yeux haiulés, elle marcha sans éprouver la
moindre douleur sur douze socs de charrues rougis au feu ou seulement rougis à
la peinture, car le juf-ement de Dieu, en l’espèce, nous paraît èti*e une couleur.
Néanmoins, le roi se déclara convaincu et demanda pardon; il consentit, en expia-
tion, a recevoir le fouet avec la discipline, de la main de l’évêipic ininstenient
accusé.
2. llappelons, en passant, un des nombreux illo-isines des imeurs brilanniinics :
le mot iiantalon est schocliiiuf, improper, chacun sait ça, et la jarretière ipii est
au-dessous ne l’est pas ! Le pantalon n’existe même pas dans le vocabulaire
Ang-lais; les Ecossais ont fait mieux, ils l'ont supprimé.
58
i/aht profane a l église
— a aussi une orig’ine amoureuse, ce qui ne rempêclie pas d’être
porté en l'église de Westminster par des princes d’Albion. Cet
ordre vient d’un bracelet qu’une
dame avait tressé avec ses cheveux
pour Amé V, en lacs d’amour ; il
portait cette devise passionnée :
F. E. R. T. (Frappez, Entrez, Rompez
Tout).
Sur une autre sépulture est sculp-
tée en bas-relief la JVaissance cVEve
(fig. 73). Adam accouche debout et
son corps à deux troncs simule un
monstre dicéphale, variété des mé-
lionides, genre Rita-Gristina.
2^^ Grcat-Malvern. — Une miséricorde du chœur dissimule dans
son ombre le groupe burlesque et inconvenant d’un personnage qui
souille au derrière d’un diable ; de même les Scythes souillaient
Fig-. 73 his. Fig. 73 ter.
dans l’anus des cavales pendant qu’on les trayait. Cette grossièreté
ne nous est pas inconnue et vous savez que des esprits subtils y ont
découvert une satire à l’adresse des « soulïleurs », des hermétiques
chercheurs de la pierre philosophale (lig. 73 bis). Mais nous diront-
ils pourquoi les beignets souillés ont été gratifiés du vocable mondain
« vent d’ange », vulgo « pet de nonne » ?
Sous une sellette voisine, un malade et son médecin semblent
trinquer à leur santé, l’un avec un pot de tisane et l’autre avec un
urinai; à moins qu’il n’y ait qu’une simple coïncidence dans le geste
élévateur, en quel cas la facétie ne serait plus qu une simple image
d’un trait de mœurs (fig. 73 ter).
Fig. 73.
ANC.T.ETERRE — ■ ÉCOSSE IRLANDE
l S L A N D E
59
Nicosie (Chypre). SaintG- Catherine. — Détail du portail Nord :
une néréide tient deux poissons à la place des extrémités de sa
queue bifide, attitude ordinaire de
cette ligure allégorique (fig. 74).
Bemsouef (Égypte). Couvent St-
Antoine. — La boiserie qui ferme
le sanctuaire de l’église grecque et
les murailles du couvent sont ornées
de plusieurs tableaux sans perspec-
tive ; l’im des saints du schisme,
Barsoum le Nu, y est représenté au
naturel^ en justification de son qua-
lificatif.
Avant le protectorat anglais, on rencontrait dans les villages des
bords du Nil des Sainions absolument dévêtus, ermites vénérés de la
population, surtout des femmes qui désiraient être fécondées.
Fig-. 74.
AUSTRO-IIONGKIE.
TYROL
\iENNE. R Eglise de la Cour. — Tombeau d’une archiduchesse,
sœur de Joseph IL Un i^énie, les ailes repliées et appuyé sur un
lion, pleure <( la Grandeur et la Beauté moissonnées dans leur fleur ».
Sa nudité est al)solue, sauf une feuille de vig-ne qui l’accentue encore ;
Ganova en a fait une sorte d’Amour adolescent a pleurant sa pre-
mière défaite ».
2^^ Belvédère. — Peinture religieuse de Jean Van Eyk (1452) où
le nu abonde : le sein droit de la Vierge tout entier est dévoilé,
comme le torse du Bcimbino y a coté d’eux, Adam et Eve, en peau
naturelle, grignotent la pomme fatale qu’ils tiennent d’une main,
tandis que l’autre leur sert de pagne.
En visitant les églises viennoises, nous avons trouvé beaucoup
d’ornements de mauvais goût, mais, pas la moindre nudité, à l’ex-
ception toutefois de celle, bien anodine, que nous venons de signa-
ler. Dans cette ville ultra-catholique, la censure administrative v
est très sévère, excessive même. Si la pudeur est une vertu chez la
femme et son plus bel ornement, dans l’administration elle frise
souvent le ridicule. Ainsi un correspondant du Temps raconte qu’en
août 1907, les autorités préposées à la pudeur publique ont interdit
à la devanture des libraires et papetiers toutes les nudités, mêmes
artistiques ! Défense d’exhiber la Petite plisse de Rubens, ^ que tout
le monde peut admirer, couleur en plus, au Musée, et les Filles de
Leiicippe du même peintre !
1. V. nos Seins et V Allaitement dans l'Histoire, lig-. 13;i.
02
L ’ A R T 1‘ R O F A N F A l/ !■] G L I S i:
L’autorité viennoise entend sans doute marquer à Castor et Pollux sa
désapprobation. Nous ne saurions le lui reprocher. Il est fâcheux seule-
ment que Rubens soit atteint par contre-
coup. 11 n’est pour rien dans l’acte lui-
même. Son rôle s’est borné à raconter,
le plus loyalement qu’il a pu, ce déplo-
rable attentat aux nnjeurs. Tout au plus
pourrait-on lui reprocher d’avoir plaidé
pour les divins ravisseurs les circons-
tances atténuantes, par la manière dont
il a exposé le corps du délit... Après
tout, cette aventure s’est terminée par
un double mariage mythique. Voilà ce
que les autorités viennoises ne devraient
pas oublier.
Et cette toile appartient à la Pina-
cothèque de Munich, où elle est
visible. Voilà donc le maître anver-
sois et son modèle favori, Hélène Fourment, convaincus de por-
nographie ! Ces pudiques ronds de cuir viennois, ces fanfarons
de vertu, émules de notre sot Sosthène de La Rochefoucauld,
tiennent-ils tant a rappeler que les Austro-Hongrois ont du sang
d Ostrogoth dans les veines? La pudeur et la chasteté sont des
sentiments contre nature; ils n’ont été imaginés que par les lai-
drons : (,asla est quam nemo j'oçjavit (Celle qui est chaste est celle
que personne n’a sollicitée), dit fort bien Bussy-Rabutin.
3® Saint-Etienne-.
Egra (Bohème). — Sur un chapiteau de cette église, les deux
sexes exposent les organes réputés souverains contre les maléfices
(lig. 75). Quelques esprits pointilleux et fervents de Pau delà
assurent y reconnaître une audacieuse liguration de nos premiers
parents, mais il est plus logique de rapprocher ces images chrétiennes
des priapes, phallus et Shelah-na-Gig protecteurs reproduits sur
les anciens édifices civils et relisrieux.
O
1. Bien que les yeux chassieux des chastes aient la berlue, nous avons expurgé à
leur intention le réalisme trop criard de ces images religieuses.
-1. Le pavé de la cathédrale viennoise est jonché de tombes. A celle de l’empe-
reur Frédéric II, sur son sceptre se lisent les cinq lettres initiales A. E. I. O. de
la célèbre devise de la maison d’Autriche : Austriæ Est Imperare ürhi Universo.
Fig. 7â. — D’après von Ilamnicr-
P ü rgs t al 1 , Eu ndcjr ii h e n
des Orients, vol. VI. p. 20 L
A USTUU- HONGRIE — TYRüL
63
l)RixEN (Tyrol). — Misson a vu dans l’église de cette ville un
tableau curieux : Jésus fait couler dans un grand bassin le sang de
son côté, ouvert par la lance de Longin; la Vierge presse ses mamelles
et le lait qui en jaillit tombe dans le même récipient. Le trop-plein
s’écoule dans un second bassin et se perd au fond d un gouffre de
flammes, où les âmes du Purgatoire des deux sexes, en bustes nus,
« s’empressent à recevoir cette précieuse liqueur qui les console et
les rafraîchit ».
Au bas de cette vieille peinture on lit une inscription, en latin de
sacristie :
Dum finit e Christi benedicto Vulnere sanc/uis,
Et dum Virçjineum lac pia Virgo premit,
Lac finit et sanguis, sanguis conjungitnr et lac,
Et sit Fans vitæ, Fous et Origo boni.
(Tandis que le sang s’écoule de la blessure bénie du Christ et que la
Vierge sainte presse son sein virginal, le lait et le sang jaillissent et se
mélangent, et deviennent la Fontaine de vie, la Fontaine et la Source du
bien ).
Trente h — Prague^.
1. Le même voyageur rapporte les deux derniers vers d’une épitaphe qu’il a lue
dans l’église Saint-Marc. C’est une jeune femme débonnaire, Dorothée Tonna, qui
s’adresse à son mari :
Inimalura péri ; xed la diulariiior, armos
Vive jneos, Conjux optime, vive laos.
(Je suis morte prématurément; mais toi, mon excellent époux, vis plus longtemps,
vis mes années, vis les tiennes.)
2. Entre les multiples statues qui ornent le pont de la Moldau, celle de saint
Jean Népomucéne, le patron révéré de la Bohême, est l’objet d’un culte tout
particulier. Tandis qu’il était aumônier de l’épouse de W'enceslas l’Ivrogne, cet
alcoolique le tit précipiter dans le fleuve, parce qu’il refusa de violer le secret de la
confession, en lui dénonçant les fautes dont la reine s’accusait. Hippolyte Durand
a vu de pauvres gens s’agenouiller devant le saint et a remar([ué qu’ils se relevaient
plus « sereins >» ...On le serait à moins.
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V
BELGIQUE
Aerschot. — Une miséricorde, d’après Maeterlinck, porte deux
femmes nues qui fondent l’une sur l'autre, la lance en arrêt; elles
(( chevauchent sur des hommes qui rampent sur les genoux et les
Alosï. Saint-Martin. — Cette église possède un tableau historico-
allégorique de Hubens, la Peste d’Alosl (fig. 70), qui ne manque pas
de valeur, quoique peint en huit jours. Nous y voyons saint Roch
envoyé par le Christ au secours des pestiférés qui l’implorent. La
femme dépoitraillée qui, dans tous les thèmes semblables, étale ses
mamelles au premier plan, est ici reléguée au second ; elle use large-
ment de ce privilège, bien qu’elle n’ait pas, comme à l’ordinaire
et pour excuse, un enfant auprès d’elle et qu’elle soit entourée
d hommes. Pour un tableau d autel, ce nu est excessif j Rubens n’est-
il pas coutumier de ces libertés ' ?
Anvers. 1» Notre-Dame ^ — Transept Sud. Inutile d’appeler l’at-
tention du visiteur sur la Descente de Croix de Rubens, la plus
mains ».
1. Dans les Flandres, autrefois, la pudibonderie de l’école Béi
Ognic de Luxembourg, épouse de Baudoin à la belle barbe, lièi
devenue enceinte dans un Age fort avancé, lit dresser une b
drenger était inconnue.
al des troubles fut traînée la corde au cou à travers
l'art profane. — II.
i/art profane a i/éolise
G()
fameuse de ses conceplions religieuses. Le volet gauche de ce ma-
gnifique et grandiose triptyque est occupé par la Visilalion : Isabelle
Brandt y représente la Vierge au terme d’une grossesse qui, selon
saint Luc b ne fait que commencer ; la personne qui porte une
corbeille serait le portrait de sa fille.
Transept Nord. \J Erection de la Croix est un autre triptyque du
même maître qui fait pendant au précédent. Le sujet du volet
gauche représente les Disciples et les Saintes femmes ; au premier
plan, une mère à genou donne le sein à son enfant (fig. 77). Elle fait
partie d’un groupe d’autres femmes « effrayées à la vue d’une
vieille qui vient de sortir du tombeau », dit un critique d’art; mais
nous nous permettrons de censurer ce censeur : la « vieille » en
question est comprise dans le groupe des femmes éplorées devant
le terrible spectacle de la Crucifixion Sur le volet droit est peint
le Crucifiement des larrons^ dont les bassins sont voilés contraire-
ment à la tradition
Victor Hugo, lors de son voyage en Belgique, à la date du
22 août 1837, se plaint du doyen de la cathédrale, un certain
M. Lawez^ qui a fait couvrir d une serge, « sous prétexte d’indé-
1574, puis brisée, huit ans avant la mort de ce valet du bourreau Philippe II,
prince que l’on n’a jamais vu rire, ({ui se plaisait seulement aux spectacles éclairés
par les flammes des autodafé et préférait régner sur des cadavres plutôt que sur
des hérétiques. Tels sont les sentiments et les goûts qu'inspira le fanatisme religieux
à ce condottiere scélérat du catholicisme.
1. A", nos Accouchemenls dans les Beaiix-Arls, fig. 12.
2. Ce musée chrétien ne se contente pas de donner des distractions profanes aux
yeux des fidèles, il réjouit encore leurs oreilles — surtout les vendredis, jours de
marché — par son carillon de (luatre-vingt-dix-neuf clochettes qui « jouent, dit
Gonty, tous les airs possibles depuis l’opéra jusqu’aux ariettes les plus légères ».
De plus, les dimanches et jours de fêtes, à 10 heures, on y exécute les messes des
grands compositeurs de musique religieuse.
3. Relevons l'inscription de la tombe du peintre-forgeron Quentin Metzys qui fut
enterré aux pieds de la cathédrale, proche du grand portail ; conivviuahs .\mor de
MVLCinRE EECiT APELLEM, (D’uii forgcroii famour conjugal fit un Apelle.) Cette cu-
rieuse épitaphe fait allusion à son mariage. Quentin, vous le savez, fut d’abord
maréchal et martela de feuillages le puits placé près de cette église, mais il ne put
obtenir la main de la fille d’un peintre qu’à la condition de remplacer le marteau et
l’enclume par le pinceau. L’auteur du Voyage de Brabant (IG08) — un pédant —
à qui nous empruntons ces détails, ergote sur le sens de l’inscription funéraire :
« Connuhialis amor, est l’amour d’un mari pour sa femme, ou d’une femme pour
son mari (chose qui passe pour être fort rare). Or, Quentin étant amoureux d’une fille,
([ui n'étoit pas encore sa femme, on ne peut pas appeler son amour d’alors connu-
bialis amor. Il aimoit pour se marier; mais on ne pouvoit pas dire alors qu’il fût
amoureux et marié. )> La même particularité s’applique à l’ex-chaudronnier Antoine
Solari, dit le Zingaro.
I! Ku; I nri']
G7
cence », un Jwjement demie?' de Backers, son
« Impossible, écrit-il, de faire lever cette ser^-e.
meilleur tableau.
Voilà un stupide
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t
1
5
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J
ti
G8
l’art RROFANË a i/ EGLISE
doyen, n’est-ce pas? » Encore un « pauvre d’esprit )> qui se croyait
(( bien pensant » !
2® Saint-Paul. — Transept.
Admirons d’abord, une Flacjel-
lation de Rubens, dont le
Christ et l’un de ses bourreaux
sont presque nus (fig. 77 Lis) ;
puis, dans le bas-coté du sud, les
Sept œuvres de miséricorde^ de
Téniers le Vieux, où une mère
abreuve son enfant à son sein.
o"* Saint-Jacques. — Expo-
sition permanente de peinture
et de sculpture. Chapelle de la
Sainte-Trinité. Saint Pierre
trouve dans le corps d’un pois-
son (d’Avril) la pièce du tribut.
Chapelle de Rubens. Là re-
pose le gT-and artiste aux côtés
de ses deux femmes Isabelle
Brandt et Hélène Fourment.
Le maître de l’école flamande
a fait revivre ses deux meil-
leurs modèles dans le tableau
d’autel, ex-voto de famille, la Vierge et V Enfant Jésus, accom-
pagnés des saints-. Isabelle paraît sous la figure de Marie ou de
Marthe, et Hélène en Madeleine, fortement dégralfée. Mlle Lun-
den ^ serait l’une des deux autres saintes placées derrière la Vierge
ou la Vierge elle-même ; saint Jérôme aurait les traits du père de
làü-. 77.
1. Les Sept œuvres de miséricorde spirituelle et les Sept œuvres de miséricorde
corporelle sont énumérées en deux hexamètres mnémoniques :
Cüiisiile, Carpe, Duce, Solare, Remilte, Fer, Ora,
VisUo, Polo, Ciho, Re<Finio, Tego, Colligo, Condo.
2. Les Seins dans l’Histoire, lig. 13G.
3. Dont le portrait a une réputation universelle, sous le nom de Chapeau de paille
(Londres).
1^ E T. G 1 Q U E
09
Hiibeiis et saint Georges ceux du peintre ; enfin, on a reconnu dans
le temps, son grand-père, et sous les ailes d’un ange, son plus
jeune lils.
L autel est dominé par une Mater dolorosa en marbre de Luc
Fayd’lierbe, portant fixé dans
le sein gauche un ^^etit sabre
qui se tient horizontalement.
Chapelle Sainte-Anne. Une
mère penchée sur un berceau
donne le sein à son nouveau-
né.
(diapelle Saint- Charles -
llorromée. Jacques Joardens
le Vieux (1655) montre le
saint aux pestiférés de Milan ;
sur le i^remier plan, on aper-
çoit le groupe inévitable de
l’enfant pendu au sein de sa
mère expirante.
Chapelle de la Visitation.
Peinture de Victor Wolfvœt,
qui a trait à la rencontre des
deux cousines enceintes. Ici, l’artiste a donné à sa Vierge les traits
d Hélène Fourment ; il devait bien cette compensation à celle qui
avait été représentée en pécheresse, par son époux, dans sa
chapelle mortuaire.
Chapelle Saint-Antoine. Tableau d’autel, la Tentation du saint
ermite, où Martin de Vos le Vieux s'est donné le malin plaisir de
figurer l’esprit des ténèbres sous les traits gracieux de son épouse,
Jeanne Leboucq, avec iiir décolleté de circonstance. En arrière de
saint Antoine, un démon porte un collier de quatre œufs d'autruche
dont la forme et la couleur simulent deux paires de mamelles et
lui donnent l’aspect d’une caricature de Diane d’Ephèse, multi-
mammée.
Chapelle Saint-Pierre et Saint-Paul. Un Jugement universel,
triptyque de Bernard van Orlay, offre le spectacle savoureux de
séduisantes damnées en peau. Sur l’un des volets figurent sainte
Fiij’. 77 his.
70
l’aRI' profane a l/ÉflLISE
(Catherine et Mine Ixockox, femme du bourgmestre donateur et
descendante de la Mère Gigogne, avec ses onze biles '.
Saint- André. — \ J Ange gardien d’Erasme Quellyn le Vieux,
élève de Uubens, protège son pupille contre les séductions du
monde. La Volupté sous les dehors d'une mondaine le tire par le
bras, tandis que l’Amour tend son arc et s’apprête à lui décocher
une flèche ardente.
5° Saint- Walbur gis. — Abraham Golnitz, dans son Voyage en
Belgique et en France (1631), raconte qu’un priape figurait sur la
porte d’entrée de la clôture de cette église, détruit sans doute
D’après cet auteur, à certaines fêtes, les Anversoises enguirlan-
daient de fleurs ces attributs de la fécondité; nous savons que
Priape et le dieu Mutinus eurent pour successeurs saint Foutin,
corruption de FoLinus, premier évêque de Lyon, saint Greluchon, etc.;
de même Esculape fut remplacé par saint Luc, Lucine par sainte
Marguerite, etc.
6® Musée — Il possède un second Jugement de Bernard van
Orley ; les nudités y sont encore en nombre respectable et les sexes,
au milieu de la vallée de Josaphat, se coudoient dans une promis-
cuité confuse. Ge sujet est fort répandu dans les Pays-Bas : c’était
alors la coutume de placer un Jugement dernier dans la salle du
tribunal, comme naguère en France, un Ecce Homo.
Bruges. V Cathédrale Saint-Sauveur. — Bas côté sud. Dans le
Martyre de saint Hippolyte.^ triptyque de Dierick Bouts, le saint,
dépourvu de draperie, est étendu sur le sol; à ses membres sont
attelés quatre vigoureux chevaux pour l’écarteler.
1. Avant de quitter Saint-Jacques, relevons une malice flamande anticléricale qui
termine Tepitaphe du richissime Corneille Van Landscliodt :
Men windt den lieinel met gexvclt,
Of is te tioup door hriicht l'un gelt.
On obtient le ciel avec des dons
Et on le garde par la puissance de l’argent.
2. Le Musée de peinture occupe un ancien couvent de franciscains et le Musée
moderne est établi dans la partie de ce couvent dont l’entrée est rue de Vénus,
15 E L G 1 Q E I-'
71
Pourtour du chœur. Peinture d’un primitif : La Vierge et saint
Bernard y en (( tete à tette » sans doute ?
Le mausolée de Charles le Téméraire et de sa fille est couvert
d'écus des duchés, comtés et seigneuries
apportés en dot par la princesse, victime
d’une chute de cheval. Ces blasons sont
soutenus par des figu-
rines féminines dont
plusieurs ont le buste
dépouillé de tout vête-
ment (fig. 78).
Les miséricordes des
stalles, comme celles de
la cathédrale d’Amiens,
sont sculptées de sujets
sacrés et profanes où
ITiistoire se mêle au
svrnbole, à la satire et
à la fantaisie.
Fii
fS.
Fig-. 78 his. — Groupe
reproduit par
La Belgique illuslrée.
2° Notre-Dame. —
Les sculptures y sont
plus remarqualjles que les tableaux ; au premier rang figure le
groupe de Michel-Ange qui décore l’autel de la chapelle du Saint-
Sacrement et représente la Vierge et Jésus (fig. 78 his). Le Bambino
a grandi et est sevré depuis longtemps comme l’indique la fibule
qui ferme le corsage virginal, mais il n’a pas perdu Phabitude du
nu absolu. Rubens risque la même audace dans un tableau du
musée de Bruxelles, où Jésus adolescent ne porte pas encore
de tunique.
3° Académie des Beaux-Arts. — Le Jugement dernier du primitif
Jean Provost fourmille de bizarreries. D’abord, le Christ justicier
(fig. 79), buste nu, semble se presser la mamelle droite, mais en
réalité il montre sa plaie à la Vierge qui, comme dans le Christ
voulant foudroyer le monde^ de Rubens, lui présente le sein qui
1. Anect. hist. et relig. sur les seins, üg. 87 bis. « On peut tout critiquer dans ce
5*
i/aUT IMIOFANE A 1/É(1LISE
l’a nourri. Quelques esprits pieux protestent contre cette exhi-
bition du sein virginal ; ils oublient les paroles de saint Hernard :
Mater os tendit filio pectus
Fiu-. 71).
et ubera ; fdius ostendit
patri latiis et viilnera.
Au-dessous vaguent les
élus et les réprouvés en
nombre très restreint, une
douzaine au j)lus ; c’est le
Jugement qui en contient
le moins. Il est vrai que
les éclievins de l’hôtel-
de-ville dont le tableau
de Provost ornait la
grande salle, chargèrent
Pierre Pourbus, le Da-
niel de Volterre flamand, d’effacer un char entraînant des ecclé-
siastiques nus vers l’Enfer. Du côté des bienheureux, nous remar-
quons un groupe charmant formé
par une reine et un ange qui lui
80.
Fic’. 81.
retire sa robe et sa couronne (lig. 80). Du côté des damnés, notons
le groupe terrifiant, constitué par une impure agenouillée s'arrachant
1
tableau, écrit E. Fromentin, le Christ qui n’est que ridicule, le saint François qui
n’est qu’un moine épouvanté, la Vierge qui ressemble à une Ilécubc sous les traits
de la plantureuse beauté d’Hélène Fourment... et pourtant je ne crois pas qu’on ait
trouvé beaucoiq) d’elïets pathétiques de cette vigueur et de cette nouveauté. »
M E I. G I O U E
1 ‘>
/ O
les cheveux de désespoir et uii monstre infernal c|iii la saisit et
l’attire dans le ^-oullVe en feu (lig-. 81).
Pourbus a aussi son Jiujement mais, pour satisfaire la gravité des
municipes il n’a fait figurer
parmi les damnés aucun per-
sonnage de marque ; tous
symbolisent les péchés ca-
pitaux.
Hôpital. — Le pan-
neau de gauche d’un dip-
tyque de Hans Memling est
occupé par la Viercje et ren-
iant Jésus. Une main sacri-
lège a mutilé l’image du
Bamhino et en a fait un
petit Abélard, Gomme quoi
la Pudeur n’est pas seule-
ment fille de la Laideur,
mais aussi de la Bêtise.
Bruxelles. U Saint-Jac-
ques. — Dans une Sainte
Famille de Rubens, on re-
lève une singularité de com-
position : nous y voyons symétriquement disposés deux enfants
nus (Jésus et saint Jean), femmes (la Vierge et sainte Elisa-
beth), deux vieillards (Joseph et Zaccharie), ce dernier offre à
Jésus une branche de pommier portant c/eno; pommes ; enfin, deux
lapins et un mouton à côté de la seconde toison du petit Jean
(fig. 81 bis). Mais la Vierge rompt cette curieuse dualité en ne mon-
trant qu’un sein, le gauche. Réveil a gravé ce curieux tableau
dans son Musée de sculpture et de peinture^
■2« Sainte-Gudule et Saint-Michel. — La chaire, dite de Vérité
était destinée aux Jésuites de Louvain ; elle abrite la Mort poursui-
1. Tome I, pl. 2. Eygimann, édit.
Fi”-. 81 bis.
74
L^VRT PROFANE A L^îdLlSE
vant Adam et Eve qui, particularité curieuse, sont habillés. h>e
emmitouflée tient à la main une pomme encore intacte. « L’En-
semble, dit V. Hugo, ami de l’antithèse, est prodigieusement rococo
et prodigieusement beau. »
Autre détail intéressant : le corsage de la Chaînté qui orne le
mausolée du chanoine Triest est hermétiquement fermé. De nu, il
y a : l’enfant sur ses genoux qui, nouveau Tantale, en est réduit
à téter son pouce ; un autre orphelin à qui elle offre un bol de lait et
la Vertu ^ dont le torse est entièrement découvert (fîg. 81 ter). L’ar-
tiste qui, contrairement à la tradition artistique de toutes les écoles,
surtout de Técole italienne, a vêtu la Charité ^ semble avoir voulu
exprimer, à Taide du pinceau, l'idée qu’on se fait de cette Vertu et
de sa discrétion :
Quanta si monstra men, tanta è pin hella.
(Elle est d’autant plus belle qu’elle se montre moins b)
3"" Notre-Dame-de-la-Ghapelle ^ —
Chapelle de la Vierg-e. Monument
des Spinola : le buste de run d’eux
surmonte une pyramide à laquelle
s’adosse le groupe principal (lig. 81
quarte). Le Temps se dispose à re-
mettre à la Renommée le médaillon
du second Spinola, que la Mort^
blottie entre ses jambes s’efforce à
retenir. Le personnage agenouillé est
Albertine Isabelle, l'épouse d’Hya-
cinthe, qui a élevé ce monument à sa
glorification ; « elle semble, dit
Edouard Fétis, prier Dieu de donner
un heureux dénouement à ce duel
allégorique », assez obscur.
4*" Musée royal. — La Légende de
Marie- Madeleine.^ triptyque de J.
Gossaert, dit Mabuse^, « le premier
de l’école flamande, écrit J. Wau-
ters, qui osa substituer aux modestes
Fig. 81 qiinrle.
1. Qumit au muimmeiit en marbre exécuté par Guillaume Gecfs à la mémoire du
comte Ip’édéric de Mérode, tué en 1830 au combat de Bcrchem et dont les armes
de la lamille sont accompagnées de cette lière devise : « Plus d’honneur que
d’honneurs », il évoque à l’esprit le souvenir profane de la ballerine parisienne,
doublement belge et par droit de naissance et par droit de conquête, qui semble
avoir retourné à son prolit cette Hère devise.
2. Une dalle en marbre noir indique l’endroit où reposent les restes de Jean-
Baptiste Rousseau, mort en exil, « dûment convaincu d’avoir composé des vers
impurs, satiriques et dill'amatoircs », et qui eut pour épitaphicr ’c licencieux Piron :
Ci-git 1 illuslre et malheureux Housseaii,
Le Brabant lut sa tombe et Paris sou berceau.
Voici l’abrég’é de sa vie
Qui lût troj) courte de moitié ;
Il lut trente ans digue d'envie
Et trente ans digne de pitié.
3. Attribué aussi à Van Goninxlo, de l’école néerlandaise.
l’art profane a l’ÉFxLISE
7f)
patronnes mystiquement encapnchonnées de l’école gothique les
saintes aux mythologiques nudités plantureusement étalées ». Au
panneau central, la pécheresse baise les pieds du Christ, sous la table
de Simon le pharisien, et les oint de parfums. Pour accomplir cet
acte d humilité, elle est obligée de prendre une attitude qu’un des
convives montre du doigt, en riant, à son voisin (fîg. 82). Le volet
droit rappelle l’ascension — sur l'aile des anges — de la patronne
des filles repenties, vêtue seulement de sa blonde chevelure.
Le Christ du Saint François sauvant le nionde \ par Rubens, n'est
autre que l’Appolon Pythien du Gouvernement de la reine du même
artiste.
Enghien. Eglise des Capucines. — Le tombeau en albâtre de
Guillaume de Groy, archevêque de Tolède, mort à Worms en 1521,
1. Anect. hist. el relief., flg. 87 bis.
H EL G I QUE
77
est chargé, sur le socle, de nudités mythologiques (hg. 83) et, au
Ironton, de nudités chrétiennes du Jugement universel (lig. 84).
Gand. 1° Saint-Bavon h — La chaire, chef-d’œuvre de Laurent Del-
Fig-. 84.
vaux (1743), est d un style moins austère que celle de la cathédrale
de Bruxelles. Nous y voyons le Paganisme, vieillard nu qui som-
1. En 1G03, la foudre abaUil la llèclie de la tour, mais l’esprit religieux, dans sa
lucidité et son ecpiite habituelles, se refusa à accuser le feu du ciel et s’en prit à deux
et'rlXrnnTn T"" f demeures, - l’une habitait Bruxelles
et 1 autre llarlebeke, — lurent convaincues d’avoir incendié la llèclie « nar l’inter
mediaire de Satan », et furent brûlées vives. ’ ^
78
l' a UT PUOFANK A l’É(;lISL
meille au pied d'un arbre 84 his): près de lui, la Vérité soif^neu-
sement drapée, conformément à la symbolique chrétienne, le réveille
Fie'. >S i /j/s.
par ces paroles de saint Paul : Surge qui dormis, ci eæsurqc a
moriuis et illuminahit te Christus^ .
A gauche de Pautel s'élève le remarquable mausolée de l'évêque
Albert-Eugène d'Allamont, par Jean Delcourt. Le prélat est age-
nouillé aux pieds de la \ ierge qui porte Jésus nu. Derrière lui^ le
Génie de la Mort, sous les traits d'une femme à la poitrine dévoilée
(lig. 8o), s avance, un glaive à la main, pour exécuter la fatale sen-
tence. Ce personnage allégorique fait double emploi avec le squelette
en cuivre doré qui émerge du sarcophage.
Le mausolée d Antoine Triest, par Jérome Duquesnav, qui occupe
le côté opposé du maître-autel passe pour le chef-d’œuvre de la
sculpture en Belgique. Le prélat est couché sur un sarcophage entre
la Vierge et Jésus-Christ nu, les reins drapés, appuyé sur la croix ;
six angelots pudibonds, munis de draperies protectrices, complètent
Lornementation de ce groupe. Rien de plus décent, et pourtant
1 artiste qui La conçue n’était qu'un malpropre uraniste pris en fla-
grand délit dans la cathédrale même, en 1054 : il fut condamné à
1. Cf. II. Ilymans, Gund et Tournai'^ II. Laureus, édit.
n E r. (’. I O i: e
79
otro étranglé puis brûlé. En Italie, où il avait contracté ce que nous
avons appelé le (( vice a icrcjo », il empoisonna son frère Francisco
Haniingo, François le Flamand, — auteur du Manneken-Pis de
Bruxelles et des ornements principaux du baldaquin de Saint-Pierre
de Rome, — qui l’avait chassé à cause de sa dépravation. Un arg'U-
ment de plus en faveur de notre thèse où nous soutenons qu’il n’est
pas nécessaire d avoir la foi ni d’être inspiré du ciel pour imaginer
des « bondieuseries » sublimes; le talent suffît.
Le retable de 1 Adoration de V Agneau mystique par Jean et Hubert
van Eyck et la Conversion de Saint Bavon de Rubens (fig. 8b) sont
les deux joyaux de la cathédrale.
Le polyptyque des frères van Eyck nous intéresse surtout par ses
volets où le caractère réaliste du nu d’Adam et d’Eve a été forte-
ment souligné. Celle-ci a le ventre proéminent, conformément à la
mode du xv^ siècle. Jehan de Meung disait avec raison « qu'on ne
cognoit souvent les vuides des enceintes », et l'auteur de la Sorcière,
à propos de ce chef-d’œuvre, remarque aussi que « toutes les vierges
paraissent enceintes ». Il en est de môme des Eves de Hans Mem-
ling, d Albert Dürer, de Lucas Kranach et d’autres primitifs.
En 1781, Joseph II le bien nommé — fut choqué de la nudité
de nos premiers parents et obligea la fabrique à faire disparaître de
la cathédrale ces volets scandaleux. Il estimait que ces peintures
étaient une sorte d’outrage public à la pudeur. Elles furent retirées
et soigneusement cachées à l’évêché de Gand. Mais, en 18bl, le
Musee de Bruxelles les exposa de nouveau. Les volets de la cathé-
drale ne sont donc qu'une copie moderne des originaux.
Dans sa Conversion, saint Bavon, sous les traits de Rubens, quitte
après une jeunesse orageuse, la carrière des armes pour’ la vie
monastique : quand il se fait vieux, le diable se fait pieux. Parmi
les miséreux auxquels le converti vient de distribuer tous ses biens
on remarque deux mères, aux seins nus; l’une, de proliL allaite son
nouveau-né; I autre tourne le dos au joublic (bg. 8b).
Du côté opposé à ce groupe, la plus décolletée des deux dames —
les épousés du peintre — détache une chaîne d’or de son cou pour
suivre 1 exemple du saint ; ce serait Hélène Fourment, sa seconde
lemme. I nmitivement, ce chef-d’œuvre décorait le grand autel mais
80
l'art PROFArsK A l/É(il.ISE
Dans Tune des chapelles qui entourent le chœur est accroché une
toile de Luc d’Heere : la Reine de Saba devant Salomon. Le peintre
flagorneur adonné au roi d’Israël, dont la sagesse et l’équité restèrent
légendaires dans tout LOrient, les traits du dément cagot Philippe II,
petit-fils de Jeanne la Folle.
Saint- Jacques. — Contre le dernier pilier de la nef un monu-
ment fut élevé par le Collegium medicorum à la mémoire de l’accou-
cheur Jean Palfyn, de Courtray, l’inventeur du forceps. La Science
en pleurs^ unique figure de ce maigre mausolée, ne manque pas de
charme ; elle est dans la posture d’une femme à terme, surprise par
le travail d’accouchement :une Science en douleurs (fig. 87). Un autre
monument plus important est consacré au même tocologue sur l’une
des places de la ville ; on y voit sculpté rinstrument — déjà avec
les deux courbures — auquel il dut sa célébrité ; mais il l’acheta à
lleister qui l’avait dérobé aux Ghamberlen.
n K L (J 1 O ü E
8i
Saint-Michel. — L' Invention de la croix ^ de Paelinck, relate
rexpérience décisive imaginée par Hélène pour reconnaître la vraie
croix parmi les trois trouvées — ou mieux truquées par des juifs
87.
habiles — à Jérusalem. Elle touche avec chacune d’elles le sein
d une jeune moribonde et sa guérison subite fait reconnaître la croix
du Sauveur.
Cette église possède le Supplice de sainte Barbara (fig. 88), par
don Antonio Van Den Heuvel : les bourreaux s’apprêtent à brûler
les seins de la suppliciée.
L Annonciation^ le cbef-d œuvre d André Lens et les tribulations
qu il occasionna à son auteur nous fourniront les faits et mots
comiques de la fin. La scène ne comprend comme toujours que deux
personnages, mais que de transformations pudiques ils eurent à
subir! Tout d’abord le clergé se scandalisa de la Vierge, « dont on
devinait un peu trop les formes », et de l’archange Gabriel qui
(( montrait fort indécemment une épaule et un genou presque nus » .
L’artiste se soumit à la censure ecclésiastique : il chargea de drape-
ries le messager céleste et aplatit les f. .. ormes virginales. Mais ce
ne fut pas tout, un membre delà confrérie de la Sainte-Vierge, lequel,
dans ses prières, recommandait le peintre à Gabriel a pour qu’il con-
L ART PROFANE. — II.
82
i/aHT IMUJl'ANE A l’ÉELISE
duise son pinceau dans un travail qui le regarde de si près », lui
adressa cet ultimatum: « Messieurs les ecclésiastiques veuillent (sic)
faire ôter le tableau de l’église, parce que l’archange n’a pas d’ailes ;
ils citent un texte de saint Ambroise qui prouve sans réplique que
Gabriel a toujours été représenté avec des ailes ». Et le peintre tou-
jours docile (( retripatouilla » sa toile et mit des ailes d’oie à l’archange h
Ceci se passait au commencement du dix-huitième siècle, en 1810.
4« Les Béguines ^ Saint-Nicolas h — 0« Hôpital de Biloqueh
Couvent Saint-Laurent ^
1. La Belg. illiist. A Waj^ener et P. Frédéricq,
2. Aiiou, en sou Voynffe de t Inndi’es^ sij^iiale dans cette église la présence d’un
crucifix miraculeux à la bouche ouverte et eu donne l’explication : « Une Béguine fort
allligée de ce que toutes ses compagnes s’étoient allées divertir un jour de Carnaval,
et 1 avoient laissée seule, alla laii’e ses condoléances au Crucifix. Le Crucifix lui
répondit . i\c l afflige pas, ma Bille, demain tu te réjouiras avec moi : Tu seras à
mes noces éternelles. En effet, la Béguine mourut le lendemain, et le Crucifix est
demeuré la bouche ouverte. » Après un tel l’écit, nous n’avons pas autre chose à
faire.
.1. Lun des piliers de la nef porte un tableau de famille qui pourrait servir d’em-
blème a la ligue Piou, société d’encouragement à la reproduction de l’espèce humaine,
peu humaine, aussi sale et puante au moral qu’au physique : pour ne parler que de
la fraîcheur de son haleine, sur dix individus neuf et demi ont une bouche d’égout.
Cette enseigne de sage-femme représente Minjon Olivier (le daim) et sa femme
Amelberge Slangen (la dinde), entourés de leurs trente-et-un enfants ! Toute cette
lapinerie tut heureusement enlevée en 152(», par une épidémie de suette. Le bel
exemple a donner aux prolétaires, déjà trop enclins à l’imprévoyance et à satisfaire
les mauvais penchants de leur égoïsme coupable ! La conscience défend à tout hon-
nête homme de tirer du néant un être dont il ne peut assurer l’existence ni le bon-
héur.
Cette église est célébré dans les annales judiciaires par un procès que son clergé
eût à soutenir contre celui de Sainte-Pharailde et qui dura cent-cinqante ans. Seule
la plume satirique de l’auteur du Lutrin eût pu nous dire tout « le fiel distillé par
les gens d’église », en la circonstance, et justifier son alexandrin fameux ;
Tant de fiel cnlrc-l-il dans lame d'un dévêt !
4. Nous avons vu à Saint-Bavon l’esprit religieux couper les ailes au génie de l’art;
ici, durant un siècle, il a tenu la science anatomique sous le boisseau. Au dix-
septième siècle, l’abbesse et les religieuses qui desservaient l’hôpital s’opposèrent
judiciairement à l’érection d’une école d’anatomie, au nom « des bonnes mœurs » !
La Bévolution balaya ces benoîtes bêtes à bon Dieu, puis installa des salles de
dissection.
Cet ancien hospice contenait le mausolée de Wenemaer, couché tout armé
aux côtés de son épouse drapée d’un suaire ; il étreignait de la dexte sa longue épée
sur laquelle était gravée son altière devise ({ue contredisaient sa mort et son sépulcre
en pays ennemi : Ilorrebanl dudum me cernere niidum. (Depuis longtemps ils fris-
sonnaient de me voir nue.) C’était la seule nudité qu’on rencontrait dans cet édifice.
Jacques P'', roi d’Angleterre, ne pouvait pas en dire autant, lui qui tremblait à la
vue d’une épée nue, non pas par pudeur — Albion n’en était pas encore là — mais
par crainte.
I? |]L(; KJUE
83
CiiiKEL. Sainte-Dymphe'.
Likgk. Saint Jacques. —
Les stalles du chcuiir de la
« merveille » de Lièi^e sont
couvertes d'animaux où
dominent les sing-cs et les
chats en attitudes variées.
Les chats sont les plus
nombreux, u soit (pie ce
lût l’animal favori des
moines, dit Nisard, soit
que ce fût leur emblème ;
dans ce cas, il fallait que
ces saints personnages
fussent bien absorbés par
la contemplation pour ne
pas voir et sentir sous leurs
mains leurs ironiques cari-
catures ».
Fig. 88.
Lst-ce une allusion à la
mine chafouine, au carac-
tère fehn, c’est-à-dire à l'audace et à la ruse du clergé régulier
d antan ou à son dévergondage comparable à celui des matous?
Lol’vaix. Saint-Pierre. — Pourtour du chœur. Le Martyre de
saint Erasme, par Dierick Bouts; deux bourreaux, précurseurs de la
laparotomie, lui dévident les intestins sur un treuil. Ce tableau de
cil constance ornait la chapelle des Chirurgiens.
Saint-Michel, ex-église des Jésuites. — La chaire était d
ecoree.
1. Comme sainte Bai-l)e, cette vierge fut décapitée par son père, roi d’Irlande nour
a\oir résisté a ses poursuites incestueuses. Une sainte ététée uuelle ’
le clergé ! Il en fit aussitôt la patronne des aliénés et cette nouvelle « rece^t/r de
onnc Icmmc » lit des cures aussi prodigieuses (luc scs rccetles T ’nl’in i
<lésc„umi,rc..s lut telle que les habitants en linenl l'eues eÙnlrenr^uv i p "
constate une cn-culaii-o du bailli, en 1734. «on ne peut pin» faire de dislinclion e l,e
un homme lou et un homme raisonnable ». Pinel connaissait-il mttn ■ c. ^
quand il substitua des mesures de douceur aux violences et aux entraves dont
victimes les aliénés ? tlllla^ es dont étaient
I
84
l\rt moi' a Ni': a l’égi. isp:
comme celle de Sainte-Gudule, du premier homme et de sa com-
pagne. Près d’Adam se tenaient un lion, un aigle et un cheval,
symbolisant la force, le courage et 1 activité , par opposition, Ii\c
était escortée d'un paon, d’un singe et d’un perroquet, images emblé-
matiques de la vanité, de l’esprit d’imitation et de la loquacité.
Mons. Sainte-Matrice h
Nivelles. Sainte-Gertrude. — Au bas de la chaire, on remarque
le groupe en marbre du flirt évangélique du Sauveur et de la Sama-
ritaine, décolletée « en demi-peau ».
Une curieuse statuette de sainte Gertrude est placée dans le chœur
des Vénérables; les bords de sa tunique sont grignotés par des
souris. C’est une allusion à la principale prérogative de la nimbée :
elle protège, non pas les rongeurs, mais leurs victimes. Des bâtons
enluminés de ses couleurs font une rude concurrence à la mort-aux-
rats et se débitent à l’ombre du sanctuaire.
A l’intérieur de l’une des tourelles est disposé un oratoire, dit
Trou de la sainte; les pèlerins s’évertuent à traverser l’espace très
étroit ménagé entre la muraille et un pilier. Ce passage est aussi
une épreuve de vertu pour le sexe sujet aux hydropisies de neuf
mois; un ventre en gestation ne peut s’y engager. A cette pierre de
touche de nitouches, nous préférons le toucher moins aléatoire de
l’homme de Fart. « Les profondes empreintes laissées sur la pierre
parles genoux des pénitentes, dit M. Xavier Olin, témoigneraient
de la vertu des paroissiennes. » Dans une mosquée du Caire, les
1 D’après la Chronique médicale, M. Alfred Ilarou rapporte qu’au hameau de
Mons, aux environs de Visé (Liè^e), s’élève cette petite chapelle. « Les femmes qui
soullrent de cet orj-ane vont implorer leur guérison par l’intercession de la sam e,
qu’on chercherait en vain dans le calendrier. En guise d’ex-voto, elles piquent sur
une pelote ou mieux sur un morceau de bois fendu, (lui parait etre du liege, es
épingles auxquelles sont attachés des morceaux de leur chemise coupes a 1 endroit
correspondant à la partie malade du corps. Ces morceaux de chemise varient entre
deux ou trois millimètres carrés. Traitement facile à suivre, meme en voyage. »
Cf. Rev. des Iradit. popiil. janv., 11)07. ^
A Nogent-le-Rotrou, suivant A. Morin et P. Saintyves, yuntc Venice ou ^ enise,
— « antique Vénus gallo-romaine dont le nom s’est délorme et a fini par .lustifier les
dévotes qui l’invoipiaient pour faire revenir leurs époques » -- layorisc les avances ou
les retards et guérit les maladies de matrice. Les lemmes attachent a sa statue
ruban blanc pour arrêter les règles et les pertes, ou un ruban rouge pour provoquer
les époques. La même sainte a des vertus analogues a Ceton dans l Orne.
B E I. Cf I Q U E
85
croyants qui passent entre deux colonnes très rapprochées ont leur
place assurée au paradis de Mahomet h
OsTENDE. — O. Le lloy raconte qu’il a vu sur
un tombeau construit à la porte d'une église,
est-ce Saint-PierrG et Saint-Paul ? en mémoire
d’un ancien curé de cette ville, une geôle en
fer, imitée de la grant geôle qui figurait le
Purgatoire dans les mystères. « C'est ici un
Purgatoire aussi au milieu duquel le curé, de
grandeur naturelle, et quelques autres âmes,
tous entourés de flammes, soupirent après
l'heure qui doit les réunir à Dieu. » Dans la
plupart des églises et des cimetières de Bel-
gique, des représentations analogues sont figurées sur les murs
pour inspirer la crainte du péché, et aussi pour empêcher d’y dé-
poser des ordures.
Oldenberg. Chapelle du Vieux-Mont-.
Tongres (Limbourg). — Le trésor possède un diptyque, en ivoire,
sur lequel la Terre est personnifiée par une femme qui allaite un
serpent (lig. 89).
1. A 1 extérieur de la tour, Jean de Nivelles, bardé d’une armure de cuivre doré
frappe automatiquement l’heure. Pour faire mentir le dicton populaire, on avait
placé un chien à ses pieds, mais une tempête l’emporta et depuis, le fugitif continue
à courir même quand on ne l'appelle pas.
t. Au carnaval, les autorités ecclésiastiques et communales, suivies de la foule
se réunissent dans cette chapelle. Après les litanies de la Vierge, on olfre un vin
d honneur au cui-é, au bourgmestre et aux échevins dans des coupes d’argent pleines
de « jus divin » où Irétillcnt, non des serpents comme pour saint Jean, mais des
goujons vivants qu ils avalent A. M. 1). G. Les lidèlcs se contentent d’avaler les
couleuvres traditionnelles. Le cardinal Simon de Brie, pape sous le nom de Martin IV
et gastronome renommé, était friand des anguilles du lac de Bolsema, en Toscane-
d les faisait mettre tontes vives dans le vin blanc et doux de Vernaccia, puis acco-
moder en matelote. Tandis que les pauvrettes, recherchées pour la délicatesse de
leur chair, mouraient à petit feu, enivrées dn nectar véronais, le prélat s'écriait en se
pourléchant les lèvres ; « Combien nous soutirons pour la sainte Eglise ! »
Hhhe lu sauta chiesa in le sue hraccia :
Dal torso fui, e puvga per digiuno
L'Anguille di liolsena e la Vernaccia.
Purg., ch. xxiv.
8(>
i/art prokank a i/Ér.r.isK
Tournai. Notre-Dame. — Extérieur. — On distingue plusieurs
nudités importantes, sans compter Adam et l^.,ve hors concouis,
parmi la profusion de sculptures c|ui ouvrent le porticjue d entrée.
Iiitéj'ieur . — Oa Eclivi'cince des unies du Pur^utoire y de Iduhens,
est une composition pleine de hardiesses autorisées et même exigées
par le sujet. La toile mal éclairée et détériorée par Thumidité per-
met à peine de deviner sur le premier plan, qui occupe presque tout
le tableau, la silhouette de deux hommes et de trois femmes, dont
Tinévitable Hélène Fourment, sans la moindre draperie, entraînés
par des anges vers le Père, le Fils, le Saint-Esprit et la Vieige
réunis au sommet.
Les fameuses tapisseries conservées à la cathédrale^ et fabriquées
k Arras en 1402 comprennent quatorze tableaux de la Légende de
saint Piat et de saint Eleuthère. Nous reproduisons les scènes qui
se rapportent k notre sujet :
VP tableau (tig. 90) : Saint Piat confère le baptême k Ilireneus,
1. Vasseur-Delméc, édit.; Tüurnay et L. Quarre, édit., Lille,
15 K L r, I O l’ v:
87
père ou aïeul de saint Eleuthère, à sa femme et à son fils, « les
premiers baptisés de tous les Tournisiens ».
Vlb‘ tableau (fig’. 91) : Saint Eleuthère baptise quatre païens à
92.
Blandain, où se sont retirés les chrétiens fuyant la persécution ; la
jeune femme parait inquiète des gestes de son compagnon de
cuve.
Le XL tableau est renouvelé d’une scène biblique : Blanda, la
fille du tribun qui commandait à Tournay, éprise de saint Eleu-
thère, cherche à le séduire ; mais il lui abandonne seulement son
manteau^ comme Joseph. Blanda, remplie de confusion et de dépit,
mourut peu après. L’évêque débonnaire promit au père de la jeune
toquée de la ressusciter s’il s’engageait à se convertir à la vraie foi,
et, sur sa promesse, saint Eleuthère fit sortir Blanda de son tombeau;
c’est l’objet du XIE tableau (lîg. 92).
XlIIe tableau (fig. 93) : Baptême de Blanda; la mère de l’évêque
lui sert de marraine.
Dans un bas-relief de chapiteau où s'ouvre la gueule du Lévia-
than pour engloutir un réprouvé, Maeterlinck croit rencontrer le
88
l’art profane a l’église
mythe de Saturne dévorant ses enfants; et comme ce syml)ole « fait
partie de toute une suite de figures retraçant la légende de Frédé-
gonde », V.-L. Cloquet ’ pense que c’est la reine scélérate qui est
ici figurée sous les traits de la proie du démon.
Walcourt. — Au Martyre de saint Quentin siècle), pan-
neau mutilé du jubé, le supplicié n’est vêtu que d un suspensoir.
Ypres. Saint-Martin. — A la chapelle des Ames du Purgatoire,
existait un tableau d’autel de Mathieu \ an brée représentant,
d’après A. Van den Peereboom, (( un bel ange qui délivre des
flammes une âme figurée par une jeune fille, plus belle encore ».
Ce tableau a disparu ; <( il donnait peut-etre aux jeunes imaginations,
observe le même auteur, une idée trop peu effrayante du Purga-
toire ».
1, Tournai el Tournaisis, p. 181.
VI
ESPAGNE — PORTUGAL^
Le nu est relativement rare dans les tableaux de Plbérie ; Plnqui-
sition- ne veillait pas seulement au « maintien de l’orthodoxie »,nos
lecteurs ne l’ig-norent pas^, mais aussi à « la décence dans les pein-
tures sacrées » : en 1618, Pacheco, le beau-père de Velasquez, était
chargé de ce soin. Déjà, en 1576, dans le contrat que le Mudo fît
avec le prieur de l’Escorial pour la livraison d’un certain nombre
de tableaux de sainteté, le peintre s’engageait à ne mettre dans ses
œuvres aucune « figure déshonnête ». Aussi, comme l’observe
justement Viardot, les peintres espagnols se sont-ils surtout appli-
qués à exécuter des têtes et des draperies.
Cependant, un des derniers et des meilleurs clients de Rubens
fut Philippe IV d’Espagne, qui commanda au maître flamand une
série de peintures sur le thème des Métamorphoses d’Ovide, pour
son pavillon de chasse de Torre de la Parada. Le propre frère du
roi, le cardinal-infant don Fernando, était chargé de hâter l’achève-
ment du travail. Après avoir reçu vingt-cinq tableaux, Philippe IV,
raconte un rédacteur anonyme du Temps, en demanda dix-huit
autres.
1. En Portugal, nous n’avons à mentionner qu’un seul tableau, placé clans la sacristie
de la Miséricorde de Vizeu, et dont nous ignorons le sujet : plusieurs personnages
nus, conduits par des soldats au haut d’une montagne, sont précipités dans l’abîme.
2. Dans la salle des treize tribunaux du saint office institués en Espagne, étaient
représentés des tenailles entre un gril et un bûcher ; on lisait au-dessous de ces
instruments et appareils de supplices trois mots enqunints d’une ironie amère ; justice,
CHARITÉ, MISÉRICORDE, que la fumistcrie nationale a remplacé, en Erance,par ces écpii-
valents ; lirerté, égalité, fraternité !
3. Les Seins à L^Éylise.
90
i/aRT profane a l/Ér.ElSE
La merveille de cette seconde collection expédiée d’Anvers à Madrid
fut le Jugement de Pàris. Don Fernando écrivait au roi : « C’est sans
doute, au dire de tous les peintres, la meilleure œuvre de Rubens. Je ne
lui reproche qu’un défaut, mais à propos duquel je n’ai pu obtenir satis-
faction, c’est l’excessive nudité des trois déesses, à quoi l’artiste a répondu
que c'était là que se voyait te mérite de la peinture. » Et le cardinal
ajoutait sans y entendre aucunement malice : « La Vénus placée au milieu
est le portrait fort ressemblant de la femme du peintre, la plus belle de
toutes les dames d’Anvers. »
Barcelone. 1® Cathédrale. — Sculpture inexplicable sur une stalle
du chœur : deux personnag-es jouent au cerf-volant (fig. 9i) et ont
quitté tout vêtement pour être plus
libres dans leurs mouvements.
Autre groupe plus compréhensible
Fig. 94. Fig. 94 his.
mais non moins dévêtu (fîg. 94 bis) : deux nymphes — la Luxure?
— caressent la figure hirsute du Vice.
2^ Couvent des Capucins. — Sous les superbes ombrages de ses
vastes jardins comparés aux bosquets de Paphos, à défaut de satyres
et de nymphes, on rencontrait des groupes de capucins à longue
barbe et une fontaine d’une Madeleine d’où l’eau jaillissait par les
veux, pour rappeler les torrents de larmes répandues par la cour-
tisane repentie. On voyait aussi des jets d eau s écouler des stigmates
d’un grand saint François.
Bergos. Cathédrale. — Un Santo Christo singulier : les pieds,
les mains, le cou et les épaules sont recouverts de peau humaine, le
reste est en bois ; en sus, le Christ porte une petite jupe à la grecque,
sorte de tutu.
K s PAC. NK
P O i\ r i; n a r.
91
Dans une chapelle sombre, un tableau d’autel de Fra Diego de
Levva, moine chartreux, a pour sujet le Martyre de sainte (,asilda^
à qui le bourreau vient d’amputer les deux seins qui gisent à terre :
le sang jaillit de la double plaie circulaire. Le réalisme de la peinture
espagnole apparaît ici dans toute son horreur.
La Chronique médicale cite plusieurs exemples d’hypertricbose
dans l’art réunis à la cathédrale, k la chapelle du connétable Pedro
de Hernandez de Velasco, comte de Haro, qui renferme son tom-
beau et celui de sa femme, Mencia de Mendoza. L’écu armorial du
comte est maintenu par deux hommes velus, armés l’un d’un sabre,
l’autre d’une massue; en regard, on voit le blason de la comtesse
soutenu par deux femmes vêtues d’un court manteau. « Le visage,
les mains et la partie supérieure des seins sont normaux, mais le
reste du corps est couvert de longs poils. Si les hommes velus sont
relativement fréquents dans l’art, surtout comme supports d’ar-
moiries, il n’en est pas de même des femmes velues, dont la repré-
sentation doit être rare. »
A propos des actes naturels dans Fart, le même périodique men-
tionne sur l’une des stalles du chœur les figures, en marquetterie,
de deux anges ailés, (( fièrement campés de part et d’autre d’une
large vasque, ils lancent en l’air les deux paraboles élégantes de leur
jet d’urine qui va retomber dans la vasque. » Ces marquetteries sont
du xv'^ siècle, par Philippe Vigarni ». U Enlèvement d’Europe., du
même artiste, est le motif d’ornementation d’une autre stalle.
M Art ornemental a reproduit plusieurs croquis de H. Régnault,
d’après les sculptures fantaisistes, chimères et nudités, de cette
cathédrale.
La scène de la Circoncision, en figures de grandeur naturelle, est
blottie dans une niche profonde ; on y assiste k tous les détails de
cette délicate opération.
Ajoutons enfin k notre inventaire une Nativité, reproduite dans
le Répertoire de peinture de L. Reinach, p. 88, où la Vierge, age-
nouillée devant Jésus avec une sage-femme, présente encore un
ventre de femme k terme, selon la mode de l’époque; les hommes
portaient des chausses collantes et des manteaux si courts qu’ils
Anec. hisl. eL rel. sur les seins.
i/art profane a l’église-
09
découvraient <( médias nates et memhrum et c/enitalia «. De môme
à Fég-lise conventuelle de Kaisheim, dans une Présentation au
Temple (v. môme recueil, p. 115), Marie paraît avoir une g-rossesse
gémellaire avancée.
Burjazot*.
Escurial. San Lorenz o.
— Pour la première fois, au
v“ siècle, on expose le Christ
en croix; jusque-là, la cru-
cifixion était considérée
comme infamante et réser-
vée aux vils esclaves. D’ail-
leurs, ces figurations sont
rares jusqu’au x^ siècle ;
mais alors, le Christ était
toujours revêtu d’une robe.
Aux xi'^ et xii^^ siècles, le nu
fait son apparition dans la
représentation du Sauveur.
Un tablier s’étend de la ceinture au milieu des cuisses; peu à peu
ce voile se raccourcit, et au xv® siècle il est réduit à une bande
d’étoffe. Et cependant, d’après saint Athanase, saint Ambroise,
saint Augustin et d’autres Pères de l’Eglise, le Christ, comme
tous les crucifiés, fut cloué sur la croix dans une nudité absolue.
La tradition, aidée de la pudeur chrétienne, admit, nous le savons,
que Marie détacha son voile pour couvrir la nudité de son divin fils ;
mais Renan n’admet pas la présence de la Vierge au pied de la croix.
Les Christ complètement nus ne sont pas trèsrares^. M. Rigol-
Fi^-. 95.
1. Dans l’cg-lisc de ce bourj^- voisin de Madi-id se trouve le tomlîean de Françoise
FAdvenant, fameuse comédienne « morte en sainte, dit un de ses panégyristes, après
avoir vécu en épicurienne », Galipaux écrirait enceinte. La fin de son épitaphe en
latin rappelle la condition de cette belle et infortunée courtisane ; Jadis l'idole des
amoiiJ's^ elle n’est aujourd’hui que cendre et que poussière... En Espagne, les
femmes galantes se faisaient enterrer en habit de carmélite et les hommes avec
celui de francîscain, tant il est vrai (juc l’habit ne fait pas le moine. Pierre le Cruel
ordonna qu’à sa mort on le revêtît de cet habit, pour en imposer à saint Pierre, le
portier du paradis.
2. Nous avons reproduit une peinture murale de l’église abbatiale de Saint-Antoine,
en Viennois, in L'Art profane à l’Eglise, en France, fig. 327.
!•: vS 1> AC, N E
P 0 R r II Ci A L
93
loi, clans son Ilisf. des arts du dessin, reproduit un diptyque, en
ivoire, de style roniano-chrétien, dont une leuille représente le
liapteme de Jésus (lig-. 95). Le Seigneur est ligure en Apollon qui
avait le privilège d’une éternelle
jeunesse. D’autre part, Lévêque
Grégoire de Tours, annaliste cré-
dule, mais digne de foi pour ce
qu’il a vu, raconte que l’image d’un
crucilîx parla tout à coup à un
prêtre, nommé Bazilei, et lui or-
donna de le faire couvrir, « parce
qu’il était indécent de le voir tout
nud ».
Michel- Ange, l’ami de l’art et
de la vérité, représenta le Christ
d’après la version des auteurs mys-
tiques. Benvenuto Gellini suivit
son exemple et tailla dans un seul
bloc de marbre le crucifix dont le
grand duc Don Francesco, à la
mort du duc Cosme, fit hommage
à Philippe II ; mais le roi d’Es-
pagne (( n’osa le regarder ainsi
et s’empressa de le couvrir d’un
voile », puis l’olîrit au chapitre de
San Lorenzo. On fixa une draperie
en étoffe aux hanches ; cette pré-
caution ne suffît pas : on le relégua
derrière l’autel, bien que l’ambassa-
deur de Toscane eût fait espérer à
son prince qu’il occuperait la place la plus importante de l’église L
Dans la reproduction de ce chef-d’œuvre (lig. 96), Plon a supprimé
les organes sexuels — la pudeur a des raisons qu’ignore la raison
— son document est donc inexact. Sur l’original, le prépuce est
conservé, malgré la circoncision; mais, en cela, l’artiste florentin est
1. Plon. Benvenuto CelLinl.
04
l’aUT IMIÜFANE A i/ÉELISE
d’accord avec les textes du théologien que M. J. de Bonnefon cite
dans ses Cas de conscience modernes :
Jacques de Voragine, dans sa treizième légende, alîirme que Noire-
Seigneur, avant de monter au ciel, a ce qui manquait « pour entrer com-
plet dans le royaume du Père ».
Saint Athanase, homme tort respectable dans le recul du tem})s, croit
aussi que Jésus-Christ ressuscita tout entier.
Le jésuite Suarez, en une thèse copieuse, prouve que Notre-Seigneur
« a maintenant dans le ciel l’objet du litige ».
Le débat a lait couler des Ilots de discussion. On a publié à Rome une
(( Narration critique et historique de la relique très précieuse... »
L’auteur assure que « l’absence de cette partie infiniment petite ne nuit
pas à l’intégrité rayonnante du corps de Jésus ».
Parmi les peintures de la voûte du grand escalier, à l’angle Sud-
Ouest, plusieurs des Vertus cardinales se font remarquer par la
nudité et l’opulence de leurs seins (PL I, fîg. 97) L
Le Noli me tangere du Gorrège, que l’on admire au Musée de
Madrid, figurait au monastère de Philippe II, « où, dit Viardot, il
était enseveli sous un ignoble badigeonnage, dont quelques moines
imbéciles, sous prétexte de voiler des nudités innocentes, l'avaient
outrageusement barbouillé. . . L’attitude du Sauveur, auquel le peintre
a mis une bêche à la main pour justifier sa nudité presque complète,
est vraiment admirable. »
Ce Musée possède en outre une Tentation de saint Antoine, sorte
de parodie du Jugement de Paris, dont Quentin Metzys ou Massys
a peint les personnages, et Joachim le paysage.
Trois jeunes beautés, écrit L. Maeterlinck^, vêtues à la dernière mode
d’Anvers, ont entrepris la séduction d’un saint anachorète. Elles s’appro-
chent souriantes, et d’un air candide. Tune d’elles lui tend une pomme,
allusion visible au premier péché. Le démon, sous les traits d’une vieille
pi'oxénète outrageusement décolletée, rit d’avance du succès de sa ruse.
Un singe, une des incarnations favorites du démon au moyen âge, tire à
la capuce de l’ermite pour l’empêcher de se détourner à la vue de ses
jolies séductrices. M. H. Ilymans dit que : « Metzys n’a rien lait de plus
beau, de plus délicat, ni de plus chaste », quoique le sujet doive se ranger
dans la catégorie des compositions satiriques plutôt scabreuses.
1. D’après VHistoi'ia del moiiasterio de S. Lorenzo del Escorâil, par D. Antonio
Rotondo ; D. Euserbio Aguado, édit., Madrid, 2® édit., 1863.
2. Le Genre satir. diins la peint, flnm.
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i: ai' A G. N E
l'UKTUi; AL
95
Toujours au inéiue Miisée,ÏAssonip(ion de la Madeleine du Titien
qui, au dire du Tintoret, peig-nait avec de la chair broyée, provient
aussi de TKscorial'.
Girone. Cloître de la Cathédrale. — Episode caricatural d'un
JiKjenient où une damnée est enlevée par un démon auquel elle
oppose la plus vive résistance (fîg. 98) ; situa-
tion pénible, en effet, pour le sexe habitué à
donner et non à recevoir des ordres, qui, dans
1 enfer conjugal a toujours le dernier mot et
désormais est obligé de se soumettre aux « con-
cessions à perpétuité. »
Grenade. Cathédrale. — Cet édifice abrite le
tombeau des abominables Ferdinand et Isabelle
qui, pour s'assurer le ciel où les criminels sont
reçus à bras ouverts, établirent Tlnquisition.
La garde des ossements de ces époux assortis
est confiée à des harpies mythologiques qui
occupent les extrémités du monument, en regard
de figures chrétiennes de saints préposés au
A . ^ ^ lug-. 98.
même emploi. Pour de tels personnages, on ne
pouvait choisir de plus vils gardiens que ces chiennes voraces,
filles de Zeus et d’Héra, monstres ailés au visage de femme, au
corps de vautour et aux griffes crochues.
Madrid. Prado. — Nous connaissons le tableau où Murillo a
peint saint Bernard dans sa cellule, agenouillé aux pieds de la
Vierge qui lui apparaît au milieu d’un nuage et lui lance au visage
une douche de son lait -.
2*^ Notre-Dame d’Atocha [Notre-Dame-du-Bulsson). — Lantier,
1. Est-il utile de rappeler dans quelles circonstances le cruel dévot Philippe II éleva
le monastère de San-Lf)renzo près de Madrid? Au siège de Saint-Quentin, le féroce roi
catholique, ((ui pensait, comme le fait dire Shakespeare à l’iin de scs personnages,
que « le monde est une huître (ju’il faut ouvrir avec un couteau », avait endommagé
1 église de Saint-Laurent ; en expiation, il lit vœu de faire consacrer au saint nn mo-
nument auquel il donnerait la forme d’un gril, l’instrument de son supplice.
"2. Anec. hist. et relig. lig. 52.
l'art l'ROKANE A l’É(11JSL
9 G
en 1835, vit dans la chapelle de la Vier^^e un curieux ex-voto, sous
forme de tableau représentant une scène de flagrant délit d'adul-
tère. Voici l’anecdote. Un hidali^o surprend sa femme avec son
amant cjui s'évade prestement par la fenetre , 1 Othello espagriol
retourne sa fureur contre son épouse agenouillée et s’apprête à la
larder de son épée, quand soudain il éprouve un vertige indéfinis-
sable qui paralyse ses mouvements ; puis revenu à la réalité, il fait
grâce à la coupable. Il lui demande à quel saint puissant elle s’est
recommandée « A. Notre-Dame d Atocha, lui fut-il répondu, j ai
fait vœu d’aller à Madrid visiter son église. — Allez accomplir votre
vœu, madame, je ne m’y oppose pas. »
Saragosse. Nuestra-Senora-del-Pilar. — Une Vierge enceinte, avec
l’enfant Jésus dans le ventre, a été sculptée sur une stalle de cette
basilique par Giovanni Morelo, de Florence, en 1542 h
De Saint-Foix décrit, dans la cathédrale de Saragosse, le tom-
beau d’un fameux inquisiteur : « Il y a, dit-il, six colonnes sur ce
sépulcre, et à chacune de ces colonnes un Maure nu, attaché et qu’il
paroît qu’on va brûler. Si jamais le bourreau, dans quelque pays
étoit assez riche pour se faire élever un mausolée, celui-là pourroit
lui servir de modèle. »
Séville. U Cathédrale. — Près de la porte de la Lonja se trouve la
fameuse Génération de Louis Vargas ; le chapitre, peu soucieux des
probabilités historiques, mais essentiellement pudibond, y fit voiler
la poitrine d’Eve î
Ce tableau, dit Desbarolles, fait dans la manière de Raphaël, a acquis
auprès des étrangers une certaine célébrité, par un mot de Ferez de Alesco
incessamment répété par les guides. Il dit, en le regardant, que la jambe
d’Adam seule valait beaucoup mieux que tout le saint Christophe colossal
peint à fresque, à quelques pas plus loin.
Le devant d’autel de la chapelle de Azulejos n’est autre qu’une
peinture décorative, 1 jAnnonciation ^ sur faïence, par Niculoso Fran-
cisco. Ce médaillon est soutenu par deux centauresses à torses nus,
suffisamment capitonnés (fig. 90).
1. Document communique à la Chron, luédic, par M. Pluyette, de Marseille.
K S P A G N E
PORTUGAL
97
Le superbe mausolée où repose Maria Padilla, la favorite de Pierre
le Lruel, évo([ue les nudités que cette beauté se plaisait à exposer
aux veux émerillonnés des gens de cour quand, en leur présence,
elle preiunt un bain dont chacun devait boire une tasse.
Fiii-. !)!).
2^ La Giralda. — Ce « clocher de la cathédrale » est une tour à
caractère religieux et satirique surmontée d’une girouette symbo-
lisée par une statue de la Foi. De fait, on ne pouvait trouver une
figure plus piquante de V Abjuration, et quand la nouvelle reine
d'Espagne, Pépouse d’Alphonse Xlll, passera en vue de cette anti-
thèse artistique, elle songera à sa conversion et à celle d’Henri IV
pour qui le royaume de France valait bien une messe.
^ 3« Musée. — Les Ames du Purgatoire d’Alonso Gano sont autant
d académies à mi-corps, enveloppées de flammes. Au premier plan
du Jugement universel de Martin de Vos, une des nombreuses dam-
nées privée de son corset retient, avec peine, ses mamelles exubé-
rantes et croulantes.
4° Eglise de l’Université. — Le tombeau de Don Pedro Enriquez
est couvert de nudités.
S» Couvent de la Caritad '.
t. Un rideau voile une toile célèbre de Valdes Léal, le Triomphe de U Mort ■ les
cadavres grouillent de vers et le réalisme macabre est à ce point repoussant que
Munllo, a la vue de ce charnier, s’écria : „ Il faut se boucher le nez ! »
l'art profane. — II. _
98
l’art profane a L ÉGI.ISE
Tolède. Cathédrale. — La façade est percée de trois portes dites
de VEnfer, du Pardon et du Jugement, en raison des sujets qui y
sont sculptés.
Parmi les curieuses incrustations des stalles, les impudents
Manne ken-Pis foisonnent ; le
plus fameux de tous, celui de
Bruxelles, est-il leur ancêtre
ou un de leurs descendants ?
Toutefois, la domination espa-
o-nole dans les Flandres ne
O
semble pas étrangère à ces si-
militudes.
Contraste décevant : à côté
de ces actes naturels ruisse-
Fig-. 101.
lants d’inouisme qui donnent une image joyeuse de la vie, 1 epitaphe
inscrite sur le tombeau du cardinal Porto Carrero nous rappelle son
inanité I Hic jacet pulvis, cinis et nihil. ^ ^
Un panneau des armoires de la salle capitulaire est orne d un
buste de femme nue (fig. 100). Enfin, le curieux heurtoir de la
porte des Lions ou de l’Alegria, qui conduit au cloître de la cathé-
drale, est formé de deux torses de néréides aux seins lourds (fig.jlOl).
Valence. Cathédrale’.
1. A la fête de la Vierge, le 15 août,
honni soit... Nous voulons dire qu’on y
l’église devenait une véritable cage à serins;
lâchait une multitude de canaris, à la queue
10 s P A (i N 10
PORTUGAL
99
^rsT. Monastère dit de Saint-Just \ — A l’ombre duquel le bou-
limique, enq)hysémateux, prog'iiate, hémorroïdaire, g’outteux, ar-
tério-scléreux et surtout ca^ot Charles Quint vint se retirer et
finir ses jours, en exhalant, de sa bouche de brochet, dans un souille
ultime et infect des adénoïdiens, son Ame catholique, apostolique et
romaine.
On vit longtemps dans la Chapelle de l’Empereur la gracieuse
statue de la Vierge à la cruche, dont l’origine légendaire vaut d’être
contée. \ers 1780, d après le récit de L. Lurine et A. Brot, un
jeune gentilhomme du voisinage, don Manuel, sculpteur amateur,
rencontra une ravissante paysanne, Marica, qui venait de remplir
sa cruche a la rivière ; il s’en éprit aussitôt. La jeune fille, surprise
desc[iiels ctait attachee une banclerolle do papier doré 5 la g'alanterio espaj^'iiolc
exigeait que ces volatils emblématiques lussent attrapés par les gens de tout âge au
C(xui jeune et oflcrts a leur eiuiinorndo, Rien qu un nonce ait défendu aux hommes,
sous peine d’excommunication, d’olîrir de l’eau bénite à l’église parce qu’ils en pro-
fitaient pour glisser des billets doux, le rigorisme du clergé n’était qu’apparent et,
comme dans tous les pays méridionaux, le sensualisme faisait bon ménage avec le
mysticisme ; le culte de la religion était intimement lié à celui de Vénus. Et cette
tolérance se conçoit d autant mieux Irii la la los montes que les premiers auteurs
comiques de l’Iberie, sont des prêtres : Lopes de Vega. avec ses dix-huit mille pièces,
et Calderon, chanoine de Tolède, auteur de plus de sept cents. N’oublions pas non
plus que le patron de Valence est Vincent Terrier, prédicateur facétieux à qui
La Fontaine a emprunté le calendrier des vieillards et dont la saveur pimentée de
ses sermoues sancti ne le cédait en rien à celle du üécaméron. Nous avons rapporté
son apologue pour inciter les épouses négligentes à remplir leurs devoirs conjugaux
(les Seins à l'Eglise, p. 189).
Ecoutez cet autre sermon sur le maquillage et la parure des femmes. « N’est-ce
pas taire 1 œuvre du démon ([ue de vouloir changer, comme font les femmes en se
peignant le visage, ce que Dieu a créé? Sentez-vous, mesdames, quel alTront c’est
pour Dieu ? Corrigeriez-vous le tableau d’un habile peintre ? Dieu n’a pas besoin
qu’on lui montre à peindre, il en sait bien autant que vous. Il vous a donné un sein
rond et volumineux, et vous voulez vous faire une petite gorge ; il vous a donné de
petits yeux, et vous en voulez de grands; vous êtes nées avec des cheveux noirs, et
vous les changez en crins roux, comme la queue d’un bœuf. Aussi qu'arrive-t-il ?
{{uand vous priez Dieu, il détourne la tête et prend vos tigurcs pour des têtes de
diables; et siyous disiez : « Seigneur, je suis votre créature ; il vous répondrait :
vous mentez, je ne vous connais pas. » Entre temps, il recommande aux dames de
porter du linge blanc, ne vir senlial malum odorem. Il appelle les moines (rrossos
porcos... ; on n’est jamais trahi que par les siens.
L Ly auteurs des Couvents racontent encore qu’un jour, les franciscains de
Sain t-'^ ust apprirent que Mata-Florida, ancienne religieuse de la communauté de
Iluelgas, ballerine célèbre du théâtre del Principe à Madrid, était de passage dans
les environs du monastère pour se rendre à Lisbonne, où l’appelait une fantaisie
royale; ils la prièrent de venir danser dans leur réfectoire; ce qu’elle fit de la meilleure
grâce du monde (fig. 101 his). MM. Bérenger, G. Lecomte, A. Brisson et autres che-
valiers de la triste figure, ne criez pas au scandale et souvenez-vous que l’abbaye de
Chelles vit danser la Gamargo et la Sallé.
loo
l’art l'IlOFANE A l/ÉfiLlSE
de cette rencontre, se sentit détaillir... iit une chute sur 1 hei bette
et sa cruche se brisa. Les familles des deux amoureux s’opposèrent
à cette mésalliance. De chagrin, don Manuel devint fou et aveugle ;
mais il huit par obtenir de son père, grand d'Espagne, que Marica
lui servit de compagne et de guide. 11 tailla dans le marbre une
statue de la Vicrrjc à la cruche et lui donna les traits de sa bien
aimée ; puis, il attendit qu’elle s’animât et vécût comme la Galatee
de Pygmalion. Afin de réaliser son rêve, Marica imagina de prendre
la place de la statue ; don Manuel saisit son ciseau pour corriger un
défaut de grain qu’il croyait sentir au sein de son idole, mais celle-ci
épouvantée arrêta la main de l’artiste... « Enfin, s’écria-t-il, elle a
remué, elle vit ! » L’émotion fut si vive que le pauvre insensé revint
à la raison. On attribua cette miraculeuse cure à l’intervention de
la "Viero-e de la Pitié. Quelques années plus tard, Marica mourut ,
Manuef se retira chez les franciscains de Saint-Yust et leur fit don
de sa statue, aux pieds de laquelle il passa le reste de ses jours.
Canaries. Santa-Cruz de Ténériffe. — Pendant la messe de
ESPAr.M:
PORTUGAL
101
minuit, à Noël, la paroi abdominale d’une statue en bois de la
\derg-e à terme, s'ouvre à deux volets, comme ceux d’un dij)tyque,
et Marie accouche, à minuit sonnant, du divin Bambino par l’opé-
ration césarienne.
La statue richement parée, dit un témoin oculaire, est placée sur un
autel. Quand l’heure de l’accouchement est arrivée, un prêl re s’en approche
et, après force génullexions, il introduit ses mains sous la robe, ouvre les
deux portes ménagées dans le ventre et en retire à la grande joie des as-
sistants, un joli bébé rose.
VII
HOLLANDE
Bois-le-Duc. Cathédrale Saint-Jean. — Nef. Aux arcs-boutants
(( une armée de créatures humaines et animales, parmi lesquelles
des monstres alternent avec des hommes livrés à différentes sortes
de vices ».
Genoels-Elderen (Limbourg). Saint-Mar-
tin. — Un diptyque du ix® siècle conservé
dans cette église porte une Visitation cu-
rieuse surtout par les attitudes de la Vierge
et de sainte Elisabeth ; celle-ci, comme une
sage-femme, pratique sur sa cousine le pal-
per abdominal (fîg. 102).
Gouda. La grande église [Groole
— Quoique consacrée au culte protestant, cet VEncycl. des Beaux-Arts,
, 1 Pi'P A. Demmin.
ediiice possédé encore de precieuses verrieres ^ .
L’une allégorise la Liberté de conseienee : dans un char traîné par
V Amour, la Justiee, la Confianee, etc., et qui écrase sous ses roues
un vieillard, personnifiant la Tyrannie,, sont assises deux femmes,
la Conseienee vêtue en guerrière et la Foi nue. Une inscription tenue
par deux cupidons explique cette allégorie.
Une autre verrière a pour sujet la Prise de Damiette ; Mars et
Neptune y figurent.
Leyde. Musée. — Un ancien triptyque d’église par Lucas de Leyde,
1, Cf. Odin, le Vilrail.
101
l’art rrofank a l’églisl
consacré au Jugement dernier, au Paradis et à V Enfer, est un des
rares tableaux de nu de l’école hollandaise.
Losdln. — Misson a vu dans Téglise de ce village les deux plateaux
qui continrent les 365 enfants de la comtesse de Henneberg, fille de
Florent IV, comte de Hollande. On connaît Fanecdote : le ciel punit
la noble dame d’avoir reproché à une malheureuse femme sa fécon-
dité, laquelle lui souhaita autant d’enfants qu’il y a de jours dans
l’année^, et la comtesse accoucha de cette formidable portée. Mais
ses rejetons naquirent, furent baptisés et moururent le même jour.
L'inscription de l’église nomme l’évêque Guillaume suffragant de
Trêves, — précurseur du baron de Crac — qui a baptisé les 365
(( poissons d’Avril ». Au-dessus de l’inscription mensongère se
lisent ces vers :
En tibi monstrosum nimis et memorahile factum
Quale nec a mundi conditione datum,
(Voici un fait trop monstrueux et mémorable, en dehors de toute
loi naturelle.)
Et au-dessous :
Ilæc leqe, inox aiiimo stupefactus lector ahibit.
(Lis cela et bientôt le lecteur stupéfait s’en ira.)
Nos aïeux étaient si crédules en matière de merveilleux qu’on leur
servit plusieurs fois cette légende puérile; ainsi Marc Gremerius
raconte sérieusement qu’une noble Polonaise, femme du comte de
Virboslaüs, accoucha de 36 enfants à la suite d’une semblable impré-
cation : le gogotisme est contagieux.
Maestriciit. — L’auteur du Voyage d’ Allemagne relate que « chez
les religieuses joignant la grande place, il y a un Grucifîx qui, dit-
on, ne peut être peint : l’Italie n’en a pas de plus curieux ». Est-ce
à dire qu’il ne peut être « décrit », à cause de sa nudité choquante?
1. Une autre version raconte (jne la comtesse reprocha à la pauvre femme ses
deux enfants jumeaux, comme ne pouvant pas être du même père , un troisième
ajoute que parmi les 3G3 enfants de la comtesse, « outre les mâles et les lemelles, il
y eut des hermaphrodites. »
HOLLANDE
105
Saauda^i. Eglise du Taureau. — Le vocable de cette église réfor-
mée s’explique par un tableau placé au fond du chœur et que nous
avons reproduit dans notre Histoire des Accouchements^ . On y voit
un taureau furieux qui, sur ses cornes, enlève une femme grosse : au
même instant, la femme accouche et retombe avec le nouveau-né.
L'enfant aurait vécu un mois et la mère serait morte au bout de
trente-six heures ; ce fait divers paraît plus véridique que le pré-
cédent.
1. Fig. 128.
il
1
I
VIII
ITALIE
A.malfi. Cathédrale Saint- André. — A la nef, deux sarcophages
antiques sont couverts de sculptures qui
traitent des sujets du paganisme : VEnlè-
vement de Proserpine^ les Noces de Pelée
et de Thétis ou de Thésée et d’Ariane.
Vallée d’Aoste. Cloître de la collégiale
de Saint-Ours K — Le chapiteau historié qui
a le plus frappé M. Edouard Aubert est celui
où l’évêque Plocéan est entraîné dans les
flammes de l’Enfer par les démons, vengeurs
de son apostasie
Aquila. Couvent de Santa Maria di Colle
magnio. — Kuter, moine célestin, élève de
Rubens, décora la chapelle de Saint-Gélestin
de peintures fantastiques qui se rapportent à
la vie de ce pape.
Fie-, 103.
Arezzo. — A l’intérieur de l’église, un
colossal Cupidon (fig. 103) sculpté par Pierre délia Francesca, vêtu
de son bandeau, dirige ses flèches sans le secours de son arc dans
le tas de fidèles qui se prosternent au pied des autels. Cet impu-
dique enfant de Gypris s’est-il blotti sous les voûtes sacrées pour
1. Qualificatif curieux, à rapprocher de celui qui est donné aux églises, en Sicile ;
les chanoines sortis du chapitre de la cathédrale étaient appelés, paraît-il, dans les
aneiennes chartes, frères-uiérins de cette égiise-mère.
108
l’art profane a l’étilise
rappeler la vision de saint Dominique qui vit un diablotin assis
sur le sein d’une jeune fille nue, d’où il dardait des flèches à
pointes de feu contre ceux qui l’appétaient ?
Assise. — Giotto, dans l’allégorie de la Pénitence (fîg. 104), place
encore un Cupidon^ son carquois en bandoulière et dont l’arc vient
de faire une victime ; mais il le transforme en esprit du mal, avec
des griffes de vautour b
Le sacré couvent « renferme autant de merveilles que de pierres » ;
c’est la folie de l’art chrétien qui célèbre « la folie de la croix », pour
nous servir d’une expression ironique de Bossuet, à propos de
de François d’ Assises. Ce ne sont que décors et ornements peints,
sculptés ou burinés.
Valéry signale le manque de tenue du personnage qui représente
la reine de Chypre, llécube de Lusignan, sur son vaste mausolée :
« sa statue assise a une jambe en l’air, passée sur le genou de
l’autre, posture fort singulière pour une femme, pour une reine et
pour une statue d’église, et dont le lion rugissant, au-dessus du lit
dont deux anges soulèvent la draperie, paraît horriblement choqué. »
1. Rappelons une circonstance mystérieuse de la naissance de saint François, en
nous appuyant sur l’autorité du R. P. Arsène de Chalet.
Sa mère, Rica, était en proie à de terribles sonlTrances, sans pouvoir enlanter,
lorsqu’un pèlerin de passade, après avoir reçu son aumône, Ht cette prédiction :
« La mère ne sera délivrée (juc dans une étable et 1 entant ne verra le jour que sur
la paille ». Aussitôt, la patiente fut installée sur une botte de paille dans une étable
du voisinage et mit au monde son fils qui naquit comme Jésus. L étable a été
convertie en chapelle San Francesco il Piccolo (Saint-h rançois-le-Petit).
ITALIE
109
Hereame. — 1*^ Santa Maria Maggiore. — Chapelle Colleoni. Le
sarcophage de ce prototype des condottières « qui vendaient leur force
comme les avocats leur éloquence^ sans se soucier de la cause », est
entouré d’une frise d’amours dansant
une farandole au milieu de guirlandes
tleuries. Nous connaissons la statue
de l’orgueilleux personnage, à Venise,
avec ses indécentes armes parlantes ^
Fit:-. 105.
Fit
106.
2^ Oratorio Suardi. — Une importante fresque de Lorenzo Lotto
raconte la Vie de sainte Barbe. Sur le premier plan, on conduit la
vierge au bourreau (fîg. 105) ; dans le fond, le tortionnaire lui
arrache les seins (fîg. 106), et, après son supplice, un ange la couvre
d’une draperie.
Bologne. U Cathédrale Saint-Pierre. — Portail central. Entre
autres superbes figures de Jacopo délia Quercia, qui a puisé ses
thèmes dans les récits mythologiques et bibliques, notons une Eve
naissante et dodue, d’une grâce incomparable.
Au haut du sanctuaire se trouve V Annonciation^ fresque de Louis
Garrache, son dernier ouvrage; l’attitude de l’archange Gabriel dans
cette situation intéressante est équivoque : il semble avancer les
mains sur le corsage de la Vierge pour lui découvrir la gorge.
1. Les Seins à l’église, fig. 61.
110
i/art profane a i/éolise
2® San Petronio. — A la façade, un bas-relief d’un réalisme eni-
poig-nant dans un sujet banal par lui-meme, représente Joseph
laissant son manteau aux mains de la Putiphar. C’est une touchante
et dramatique allusion à une vive affection contrariée de la belle
artiste, Properzia de Rossi, peintre, sculpteur, graveur et musicien,
pour un cruel Bolonais. Aux quatre cordes de son arc, elle voulut
ajouter celle de (iupidon, et mal lui en prit. La pauvre dédaignée,
après avoir ciselé son chef-d’œuvre, où les traits des protagonistes de
Paventure ont été fidèlement reproduits, se désespéra et mourut de
chagrin ou mieux de poison en 15J0.
Un magnifique bas-relief de Jacopo délia Quercia montre Eve
longtemps après le péché et cependant complètement nue ; deux
enfants nus aussi lui grimpent aux jambes, tandis qu’elle file sur un
fuseau. Le chef de la première communauté bêche dans le voisinage,
en costume d’Adam *.
Evoquons deux souvenirs qui appartiennent au domaine de Part.
Le cardinal Castaldi offrit de terminer à ses frais la façade de
S. Pétrone, à la condition d’y faire sculpter ses armoiries ; la fabrique,
par dignité, refusa cette proposition. Une telle recherche de réclame
vaniteuse n’est pas rare chez le haut clergé; nous ne citerons, d’après
F. de Guilhermj, qu’un exemple, celui du cardinal de Noailles.
Dans la rose du transept méridional de Notre-Dame de Paris, il
substitua ses armoiries à la figure du Christ placée au centre de
l’armée triomphante des apôtres et des martyrs.
Le second incident se rapporte à la statue colossale de Jules II, en
bronze, par Michel-Ange, qui, avec IqMoïsc^ devait faire partie de
son somptueux mausolée et vint échouer devant le portail de S. Pé-
trone, où elle fut brisée plus tard et remplacée par un monument
païen, la fontaine de Neptune dont il est question plus loin. Il est
vrai que la première statue représentait plutôt un Jupiter tonnant
qui menace, qu’un pontife qui bénit : Michel- Ange avait demandé
au fougueux pontife s’il devait lui mettre un livre dans la main
gauche : « Non, répondit-il, en contradiction avec le précepte évan-
gélique, donne-moi une épée; je ne suis point un écolier». Une
Lurche eût suffi à l’ancien valet de ferme; la caque sent toujours le
poisson.
1. Hisl. de L’art en tableaux, t. I., pl. nu, lig. S.
rr A L I E
111
Saint-Paul. — Lo Guerchin exprime le Purcjatoirc — invention
(lu pape Griigoire dit le Grand — par des âmes nues qui rissolent
au milieu d\in feu temporel et invoquent la clémence du ciel élevant
vers lui leurs bras suppliants (1503).
San Michel© in Bosco. — On conserve à la chapelle du légat
une copie en plâtre de la Justice, Tune des statues en marl^re du
mausolée de Paul III à Saint-Pierre de Rome. Cette ligure, dans
son premier état, était entièrement nue, mais une fausse pudeur
l’a couverte d’une draperie en étotfe, comme la sainte Geneviève de
Glamecy, tandis que le Bernin a passé à l’original une chemise en
métal.
5® San Rocco. — Chapelle de l’Oratoire. Dans une peinture du
Guerchin représentant saint Roch soupçonné d’espionnage, le pré-
venu est conduit par un soldat, <( à grands coups de pieds dans le c.., »
écrit de Lalande en toutes lettres. (( Cette idée est basse, mais parfai-
tement rendue dans le tableau », ajoute ce voyageur.
6*^ Mendicanti di Dentro b — Il est rare que les artistes nous fassent
assister à la fameuse scène de jalousie de saint Joseph — c’est une
(( scène » de ménage qui n’est pas <( à faire ». Une toile d’Alessandro
Tiarini nous procure cette surprise : la Vierge est dans un état de
grossesse avancée ; l’abstrus, énigmatique, ténébreux, résigné, mé-
lancolique époux in partihus sort de son ombre et de sa réserve
ordinaires, puis se jette aux pieds de son épouse — d’autres disent
sa fiancée — et lui demande pardon, comme à Notre-Dame de Paris,
de l’avoir soupçonnée d’infidélité. Tous les mêmes ! Marie lui
montre le ciel pour lui rappeler que ce miracle a été accompli par
l’intervention du Saint-Esprit. « Cinq ou six petits anges derrière
Joseph, écrit le président de Brosses, rient sous cape et se le montrent
l’un à l’autre, pendant qu’un autre ange plus grand et d’un âge rai-
sonnable leur fait signe de se taire, de peur que Joseph ne s’en
aperçoive. »
Sachetti, dans sa soixante-quinzième Nouvelle ,v‘acoxïïq que Giotto,
accompagné de plusieurs amis, entra un jour à l’église Saint-Marc.
1. Les mendiants du dedans de la ville.
Devant une Sainte Famille^ Fun des compagnons du maître florentin
lui demande pourquoi on peignait saint Joseph — et non la Vierge
comme M. Rio le rapporte dans son étude de la Poésie chrétienne —
avec un air maussade ? Giotto répondit que c’était avec raison : Che
vede prègna la nioglie^ e non sa di oui. (Parce qu’il voit sa femme
enceinte et ne sait pas qui en est cause).
7*^ Chapelle des Ecoles de FUniversité. — Le Cesi y a représenté
la Religion <( par une figure de femme toute nue, assure de Lalande,
sous un voile d’une transparence sans égale ». Rubens, dans le
Triomphe de la Religion (Louvre), supprime toute gaze ; il est vrai
qu’il ne s’agit pas ici d’un tableau d’auteL
8*^ Fontaine de Neptune. — A Bologne, la dévotion est telle qu’on
rencontre à chaque pas des images de la Madone entourées de veil-
leuses allumées, et jusque dans la loge où se distribue les billets de
la Comédie. Il y en a à la tête du lit de toutes les Bolonaises : elles
tirent le rideau quand u on se prépare à Foffenser », assure un
voyageur documenté L
9° Monastère de Saint-Benoit
Brescia. 1® Dôme vieux. — Ce monument, Fun des plus anciens
de l’Italie, a été longtemps considéré comme un temple païen, en
raison des nombreux emblèmes idolâtres que l’on y trouva et dont
la destruction fut stupidement décidée, les 19 avril et 25 mai 1456,
parle conseil de la ville. (Valéry).
1. Rien donc d’étonnant qu’ait été dcdice à l’archevêque de Milan, légat de
Bologne, saint Charles Borromée, la fontaine mythologique de la place du Géant,
dominée par le groupe de Neptune et de quatre néréides qui se pressent les ma-
melles d’où jaillissent des jets d’eau. « Le Neptune est nu, observe encore cet indis-
cret de Lalande, et les parties que la pudeur oblige de cacher y sont si marquées
que souvent les mères, en passant dans la place, avertissent leurs fdles de détourner
les yeux. »
2. Les moines de l’abbaye avaient abandonné la forte somme pour la construction
de la cathédrale, à la charge d’une piteuse redevance. Voici en quoi elle consisLiit:
au banquet de la fête patronale de l’abbaye, le censitaire se présentait au réfec-
toire porteur d’une écuelle couverte, garnie d’une poularde au riz. Arrive en pré-
sence de l’abbé, il levait le couvercle et passait l’écuelle sous son nez, puis se retirait
avec la poule dont il ne devait à l’abbé que le fumet.
1 T A L l E
113
'2^ Couvent de Sainte-Julie. — Didier, le dernier roi des Lom-
bards, donna à sa fille Ansber^, al)besse du couvent, une croix qui
est le principal joyau de la Bil)liotlièque de la ville. Elle est enri-
chie de camées représentant Pégase, les
neuf Muses, les trois Grâces, « et d'autres
sujets mythologiques qui ne sont pas
tous fort décents ».
Gasstno. Couvent de Saint-Benoît
(Mont Gassin) b — Que vient faire dans
un édifice religieux — usine de pieux
mensonges — une Vérité de Luca Gio-
darno, qui n’a, au dire de Taine, que
ses cheveux blonds pour tout vête-
ment ? Une autre figure allégorique
du même peintre, la Bonté, passe pour le portrait de sa femme.
Gastelfranco. Cathédrale. — La sacristie est ornée de fresques
peintes par \ éronèse et provenant de la villa Soranza 5 on y remar-
que la Justice, la Prudence, le Temps et la Renommée, avec un
cortège d’aniours.
Gertaldo. San Michèle e Giacomo. — Le tombeau de Boccace
fut érigé en 1503 dans cette église de son pays natal; mais, en 1783,
le monument fut détruit et les ossements dispersés : il était sur-
monté de la statue du poète tenant son peu orthodoxe Déccunéron !
Gome. San Fedele. — Une figure de femme, munie d’une cein-
ture de feuillage qui ne cache rien, prend une pose acrobatique
au sommet d’un arc brisé (fig. 107). Elle rappelle la Shelah-na-Gig
des anciennes églises irlandaises.
107.
. Vasari, a 1 exemple de beaucoup de ses collègues, ne négligeait aucune occasion
e se distraire et ne cherchait guère ses inspirations dans la foi religieuse, comme
e veulent les pieux admirateurs du passé, qui prennent leurs désirs pour des réalités.
onc, en peignant dans ce couvent le Festin d’Assuériis, le facétieux peintre joua
e our a un moine d’esquisser sa trogne rubiconde sur un vase de cristal plein d’eau
avec la deformation accusée des traits due à la réflexion des images sur les miroirs
convexes.
Par ailleurs, nous connaissons le débraillé des miniatures qui enluminent les an-
I> ART PROFANE.
II.
114
l’art profane a l’éolise
CüRTONE. Le Dôme. — « Paganisme immortel, es-tu mort ? »
s’écrie Sainte-Beuve. Non, il n’est pas mort, répond G. Vanor,
puisque ce sont justement les églises catholiques qui se sont im-
posé de le perpétuer dans leurs propres sanctuaires :
Santa Anastasia de Rome, n’est-elle pas établie sur douze colonnes
provenant du temple de Neptune Palatin? Dans la chapelle dômale de
Cortone, un sarcophage antique n’ollre-t-il pas, en bas-relief, le combat
des Centaures et des Lapithes ? Hier^ à Sienne, nous contemplions l’aven-
ture de Neptune et de la Naïade, dans le transept de la cathédrale, et les
ligures mythologiques ornant le candélabre qui supporte le bénitier
sculpté... Kt encore à Rome, dans la basilique Ghigi, les mosaïques de la
coupole figurent Jupiter, Diane et Mercure, gravitant comme des pla-
nètes autour de Jéhovah !... Non, il n’est pas mort le paganisme qui revêt
ainsi de sa sensualité les basiliques chrétiennes, il s’immortalise encore
dans les offices du culte qui le remplaça.
Ferrare Cathédrale. — L’abside est décorée du Jugement der-
nier^ œuvre capitale de Sebastiano Filippi, dit le Bastianino (157/).
Cette fresque inspirée de Michel-Ange, contient aussi un trait sati-
rique. L’une des damnées, saisie par les démons, serait la belle
Livia Grazzioli qui, après lui avoir promis de Fépouser, lui préféra
Stefano Gorreggiari i la donna è mobile. A coté de 1 inconstante,
on lit sur un cartel :
NUL (lum) MAL (um) IMF (unitum).
En revanche, la femme qui la remplaça figure au milieu des élus
et foudroie de son mépris la dédaigneuse Livia. Filippi, d’après
Gustave Gruyer, sAst placé avec elle à la droite de son patron qui
tient à la main les flèches de son martyre, et c'est sa mère que Fon
voit à la gauche de saint Sébastien, s’il faut en croire M. G. Boari.
2« Saint-Benoît. — Chapelle de Saint-Jean-Baptiste. Le tableau
d’autel est de Bononi i Salomé y parait outrageusement décolletée,
moins cependant que celle de Henri Régnault qui, elle, est complè-
ciens missels. La bibliothèque du couvent du Mont-Gassin possède un psautier dont
les majuscules de chaque psaume sont ornées de fleurs et de feuillages ; parfois 1 ar-
tiste a joint à ces lettres enjolivées des rébus, où les notes de la gamme forment une
partie du texte, par exemple cette jolie devise: sol la speranza mi fa trion fa hb,
(L’espérance seule me fait triompher.)
1 T A L 1
115
tenient « dôbustée ». Ce serait le portrait de la maîtresse du duc
Alphonse, le(|uel (Ig'ure à côté d’elle sous les traits d’IIérode.
Sainte-Madeleine. — Un tableau, où la pécheresse repentante
portait le costume en satin de peau de son premier métier, a été un
peu gâté, au dire de Lalande, par le scrupule d’un archevêque de
Bologne, u qui a voulu faire descendre les cheveux sur la gorge de
la belle pénitente ».
40 Couvent des Bénédictins
5® Sainte-Marie del Valdo. — La plus ancienne église de Ferrare
contient, entre autres tableaux remarquables, celui du Carpi, le Miracle
de saint Antoine^ qui fait justifier une femme par l’enfant dont elle
vient d’accoucher, et la superbe composition de Dosso Dossi, Saint
Jean l Evangéliste contemplant la femme mystérieuse de son Apo-
Ce personnage a été singulièrement gâté par un présomp-
tueux restaurateur ou gate-sauce boulonais qui l’a enveloppé d’une
draperie verte. « Indépendamment du souvenir d’un tel affront, dit
ingénuement Mme Ginevra G., qu un ferrarais ne se serait point
jDcrmis, nous avons la douleur de ne plus admirer ces excellentes
proportions, ces formes si nobles dont la beauté des mains et des
pieds peut faire présumer la j^érfection. »
6 Séminoirc. Le plafond d une petite pièce du rez-de-chaussée
servant de classe était décoré de figures et d’arabesques du Garofolo ;
elles sont à peu près cachées par le 'barbouillage pudique d’un badi-
geonneur sans scrupule, et il ne reste d’une figure de femme, au dire
de Valéry, que la tête et la main.
Floreînce. 1® Le DôniG. Sântâ Msria dcl Fiorc. — Extérieur .
Le portail Nord en bronze, profondément fouillé par le ciseau de
Niccolo Aretino, est fleuri d’arabesques et de volutes qui encadrent
1. Vestibule du réfectoire. Dans son Paradis, Benedetto da Garafolo a placé
1 Ariostc, son ami, avec sa belle barbe noire, entre sainte Catherine et saint Sébastien
donis chrétien. Le chantre de Roland furieux lui disait, en plaisantant : « Met-
tez-moi dans ce Paradis-là, parce qu’il n’y a pas apparence que je sois dans l'autre. >>
de ^n-acieux médaillons, où sont ciselées de nombreuses ligures nues,
quelques-unes dans des attitudes équivoques (üg. 108) ^
D’autres ligures décoratives couvrent le portail Sud ; on y re-
marque un jouvenceau, cravaté d’une
vipère, et une jouvencelle qui passent
leurs têtes à travers des lucarnes orne-
mentées et se lancent des œillades en-
flammées. Ce groupe est un diminutif
du fameux duo de la Luxure que nous
trouverons à la cathédrale de Bâle,
mais d’un caractère licencieux moins
expressif.
Fiiî. 108.
Fig. 109.
Fig. 110.
Toujours au dehors, sur le côté méridional de l’abside, deux
modillons où sont sculptées des académies émergeant de feuillages
touffus (lig. 109, 110). Dans l’embrasure de la porte de la Man-
dorla, à la partie supérieure des pieds droits, 1 œil pénétrant recon-
naît encore quelques détails légers (fig. 110 bis^ ter^ quarte^.
Intérieur. Sur la concavité de la double coupole se développe le
Jugement dernier de Vasari et de Frédéric Zuccari. Trois cents
figures, environ, peintes à fresques et tirées de la Divine Coniedie ^
animent cet immense panorama. Pour éviter l’injure des travestisse-
ments après coup, les artistes ont pris soin sans souci de la vrai-
1. Reproduit par Vllist. de Larl en tableaux.
ITALIE
117
semhlance — de vêtir tous les personnages, même Apollon, à
1 exception toutefois des ressuscités de la zone inférieure, où ils
forment une masse circulaire de nudités profanes et esquissent des
(( écartements monstrueux ».
Un des rares tableaux égarés dans ce vaste désert est accroché au
côté gauche de la nef, c’est le portrait en pied du Dante Alig-hieri,
peint sur bois par Domenico di Michelino, sur l’ordre de la Répu-
blique florentine. Le second plan, à droite, est occupé par une vue
de Florence en 1465. A gauche se déroulent les épisodes de la
Divine Comédie : V Enfer ^ « où est laissé toute espérance » ; le Pur-
gatoire et le Paradis^ remplis de pécheurs et d’élus sans costume.
Dans le groupe des damnés qui se' dirigent vers les cercles infer-
naux, les femmes, contrairement à la galanterie habituelle des
artistes, paraissent en plus grand nombre, et ce n’est que justice :
Saint Paul ne dit-il pas que la femme a perdu le monde? Nous pou-
vons même ajouter qu elle continue à le perdre.
Naguère, derrière le grand autel se dressait le groupe colossal
d\Adam et A'ue (fîg. 111) par Baccio Bandinelli. Mais ce marbre,
après avoir pendant plus d’un siècle servi de retable au maître-
autel de la cathédrale, fut conspué par Cosme III et relégué dans la
cour du Musée municipal, à cause de son réalisme violent. En
effet, les organes saillants d’Adam sont ombragés de leur toison
naturelle, mais Eve est épilée, rien ne dissimule sa nudité; elle
118
L^\RT PROFANE A l’ ÉGLISE
écarte, au contraire, les mains de son tronc et sa riche nature
semble solliciter l’admiration des visiteurs. Anomalie curieuse : la
Fig. 111.
compagne d’Adam est de plus grande taille cpie lui; est-ce pour
indiquer la prépondérance conjugale de la femme?
Encore un méfait de la pudicité dont fut victime le premier
homme. L’Eglise des Saints-Apôtres, dont la fondation a été attri-
buée à Charlemagne, contenait une Conception^ le chef-d œuvre de
Vasari; or, assure Valéry, « elle a reçu quelque dommage d un
méchant peintre chargé de donner plus de pudeur à la figure
d’Adam. »
Dix gracieux et vivants bas-reliefs exécutés de 1431 à 1440 par
Donatello et Luca délia Robbia, et qui étaient destinés à l’orne-
mentation de la tribune des orgues sont exposés au Musée du Dôme.
ITALIE
119
C’est une l)ande de fillettes couvertes de draperies transparentes et
de garçonnets k peu près nus, mais pudiques, qui chantent et
dansent avec entrain. En face d’eux un groupe de génies entraînés
par l’exemple déploient encore plus d’ardeur dans leurs évolutions
chorégraphiques. Cette bacchanale chrétienne est trop connue pour
être reproduite ici h
2® Baptistère. — Ce vaste monument, qui était primitivement la
cathédrale, le duômo, abrite aussi les mânes de tristes personnages,
comme le scandaleux Balthasar Coscia, devenu pape sous le nom
de Jean XXIIl. L’ancien pirate repose en paix à l’ombre d’un mau-
solée dû au ciseau de Donatello, sous la protection des Vertus théo-
logales dont la plus auguste — la Charité — olfre ses mamelles géné-
reuses.
Sur un autel se dresse une hideuse statue en bois, du même
artiste; elle représente la Madeleine vieillie, émaciée, vêtue de ses
1. On s’étonne de rencontrer au milieu d’une nef d’église une statue de Donatello
représentant Poggio Bracciolini, autrement dit le Pogcfe, auteur de contes ultra
licencieux, quoique secrétaire du Concile qui lit brûler Jérôme de Prague ; mais
de telles surprises sont fréquentes en Italie. Il est d’ailleurs en fort mauvaise com-
pagnie, celle du condottiere anglais Jean Aucud, fameux par sa cruauté et dont Paolo
Uccello a sculpté le tombeau. Voici un de scs exploits : Pendant le sac de Faenza,
voyant deux officiers, dans un couvent, se disputer une jeune et belle religieuse, il
ne trouva rien de plus ingénieux pour trancher le différent, que d’égorger la pauvre
nonne tte.
Avant de quitter le Dôme, rappelons un usage qui dura jusqu’à la fin du dix-
huitième siècle : les bagasses ou femmes de mauvaise vie étaient tenues d’assister
au sermon prêché à la cathédrale, la cinquième semaine du carême ; « ce sermon,
dit Valéry, était destiné à peindre l’ignominie de leur état et à les en faire sortir ».
Les repenties, touchées par la grâce ou la» rente viagère, étaient admises dans le
Conservatoire cleUe mal ma rite, asile placé sous l’invocation de Marie-Madeleine.
Les courtisanes, en Italie, eurent leurs jours de grandeur et de décadence. Ainsi, le
Sénat vénitien, qui les avaient chassées, les rappelèrent vers le milieu du di.x-
huitième siècle par un décret, où elles étaient qualifiées de noslro hene marile me-
relrici. On leur accorda une indemnité et une dotation, mais elles furent parquées
dans des maisons appelées case rampane, d’où la dénomination injurieuse decaram-
pana. En 1800, la police française lit moucher les deux chandelles allumées la nuit
à leur fenêtre, comme une enseigne lumineuse. Il va sans dire ({ue ces luminaires
profanes n’avaient rien de commun avec les deux lumières qui brillaient et brillent
encore au dehors de Saint-Marc, pour rappeler aux juges l’erreur commise sur un
boulanger, accusé d’assassinat parce qu’il avait eu le tort de ramasser et de garder
le fourreau d’un poignard trouvé sur un cadavre. L’austère cour d’Autriche qui, à
Schœnbrünn, banissait de la vue de Marie-Louise les animaux mâles, supjirima les
filles publiques de Venise, en 1810 ; et comme cet ostracisme pudibond coïncidait
avec la restitution et la réinstallation â la cathédrale des fameux chevaux de bronze,
les Vénitiens murmuraient qu’en leur rendant leurs chevaux on aurait aussi bien
tait de leur laisser leurs vacche.
120
t/art profane a i/éc.mse
cheveux. C’est une œuvre d’un réalisme dont la violence n’a rien à
enviera celle de sa cong'énère de l’église delà Sainte-Trinité (fig. VM).
Un ruban, revenez-y de coquetterie surannée, enserre la taille de
cette ruine sans parvenir à la dessiner, en raison de sa maigreur
squelettique.
A la sortie, nous avons tout le loisir d’admirer les mille détails
délicieusement fouillés des trois célèbres portails en bronze, surtout
celui de l'Est, chef-d’œuvre d’orfèvrerie, ciselé par Gbiberti, et
nommé « la porte du Paradis » depuis que Michel-Ange l’avait
déclaré digne de fermer l’entrée de l’Eden. Les bas-reliefs de cette
merveille sculpturale qui, à notre point de vue spécial, attirent le
plus l’attention sont : la Naissance d’Èvc (fig. 7 bis), que des ange-
lots aident à sortir du flanc d’Adam; la Tentation, où un séraphin
ingénieux et prévo}"ant voile du bout de son aile les organes du
premier homme, et V Ivresse de Noc (bg. 112), avant que 1 un de ses
fils ne couvre sa nudité.
ITALIE
121
Dans les mag-nifîques encadrements de la porte Sud, où Ghiberti
s’est portraituré avec sa tête chauve, on remarque une Cai'itas dans
le simple appareil (fi Hd) et un
d une main, la mâchoire d’âne qui lui servit à combattre les Philis-
tins et ébranle, de l'autre, la colonne du palais dont les ruines vont
1 ensevelir. On se demande à quoi sert l'ample draperie qui flotte
derrière lui.
3® Campanile. — De même, Caïn se sert d’une peau de bête pour
i/aHT profane a l/EfiLlSE
1 oo
X ^ ^
couvrir seulement son dos; aussi sa nudité antérieure a t elle été
sérieusement endommagée par un adepte de Savonarole (fig. il à).
La Création cT Eve (lig. 11(1) et
V Ivresse de Noé (lig. 117) dessi-
nent encore des nudités un peu
crues.
Donatello a gratifié son David
des traits de Zuccone, l’homme le
plus laid de Florence ; il consi-
dérait cette caricature comme son
chef-d’œuvre.
4« Opéra del Duomo. — V Œu-
vre de la Cathédrale^ située der-
rière l’abside du Dôme, conserve
les documents figurés et plasti-
ques qui ont trait à 1 histoire de
Santa Maria del Fiore et de son
Baptistère.
Aux murs de l’escalier sont fixés les vingt-quatre bas-reliefs
imaginés et exécutés par Baccio Bandinelli et Giovanni Lorenzo,
pour le chœur de l’église; mais, à cause de la trop grande liberté
d’allure des sujets traités, ils ont été relégués au Musée du Dôme.
Nous reproduisons le plus expressif (fig. 118); ab uno disce omnes.
On voit dans la première salle trois chapiteaux enjolivés de
néréides au buste nu, — tre capitelli di pietra serena, — et dans la
seconde, les Cantoria, pleins de fougue et de sans-gene, de Dona-
tello, déjà décrits.
5» Annonciade'. — 6» Congrégation-.
Fig. 115.
70 Santa Croce. — A l’entrée de ce Panthéon florentin s’élève le
1. Dans V Adoration des Macfes d’André del Sarto, la ligure tournée vers le specta-
teur est celle de Sansovino, et le personnage qui s’appuie sur son épaulé est le pein re
lui-même. Les fresques de Sainte-Marie-Nouvelle sont aussi .l'emplies de portraits
2. Le facétieux Piovano Arlotto ou Mainardi a etc inhume eu dans cette
église qui existait Via San Gallo ; « sa plaque funéraire, dit de Lalande, portait une
épitaphe plaisante, dans le goût du personnage »,
F
ITALIE
123
Fis-, lit».
Fig. 117.
124
i/aRT profane a l/Ér.LISE
colossal mausolée de Michel-Ange,
nardo Rossellini : V Architecture^
(fig. 119). Celle-ci est la seule qui a
le buste en partie découvert; elle
tient une figurine d’homme nu,
sans bras, mais muni d’organes
vigoureux et ombragés de poils.
Vis-à-vis, est érigé le tombeau de
Galilée^ par J. Foggini ; il est sur-
monté de la Géométrie boutonnée
et de V Astronomie « dépectorée »
(fig. 120). La favorite de Galileo
Fig-. 118.
orné de trois statues de Ber-
la Peinture et la Sculpture
Galilei montre son hémisphère mammaire droit à nu et tient de
l’autre côté le dessin de la sphère solaire, une quasi variante de la
Comparaison de Lawrence.
Vous savez que longtemps la sépulture ecclésiastique fut refusée
à Galilée, en qualité d’hérétique. D’abord inhumé place Saint-Marc,
1. En 181o, tous les papiers enlevés à l’Italie lui furent restitués, à l’exception du
procès de Galilée. Quelle est la main pieuse qui a fait disparaître ce dossier, inté-
ressant à plus d’un titre? Is fecit cui prodest.
1 r A L 1 E
125
à la porte du noviciat des Dominicains, on toléra dans la suite le
tlépot de ses os à l’intérieur de Santa-Cu'oca, mais sans le moindre
apparat, jusqu'à ce que l’érection de
son monument funèbre fut en lin au-
torisée. Le même hommage tardif a
été rendu au Dante, exilé de Flo-
rence : le portrait de Fauteur réha-
bilité de la Divine Comédie figure
à la cathédrale, par suite d’un décret
de la République qui annonçait, en
même temps, Félévation d^un mau-
solée expiatoire, resté à Fétat de
projet.
Dans le tableau d’autel de la cha-
pelle Zanchini, Agnolo Alloio, dit le
vieux Brozini, a peint la Délivrance
des âmes par le Christ.
Il y a là, écrit Maximilien Misson en
1688, je ne sçay combien d’âmes femelles
qui sont bien j^aillardes pour un tableau
d’autel. On dit mesme que celle qui
figure estoit le vrai portrait de la
maîtresse du peintre, et que celui-ci se
seroit représenté au côté droit du ta-
bleau, regardant la première femme.
Ce tableau de famille, de la main gauche, a disparu de l’église
Sainte-Croix.
Chapelle Bardi. Une fresque de Giotto montre saint François
d’ Assise qui se dépouille de ses vêtements et renonce à l’héritage
paternel.
Sur un vitrail de la quatrième fenêtre, relatif au martyre de Sanc-
tus Siffismond ^ rex Burgundiæ, un homme nu occupe une tribune.
Nous aurons à signaler le tombeau de FArétin, le poète et
habile historien chaste, pour rappeler la méprise commise par
Mme de Staël qui le confondit avec son cynique homonyme, lequel
se vantait d’avoir deux plumes, l’une d’or et l’autre de ferb
1. Le tombeau de Pierre Arctin est à Venise dans l’église de Saint-Luc, dont
126
i/art profane a l’éolise
Terminons cette ronde funèbre par un détail décoratif de la sépul-
ture de saint Antonin ; il nous fournira la note facétieuse, le mot de
la lin. Nous résumons le récit de « deux "•entilliommes suédois »
(1764). L’une des peintures qui ornent la chapelle funéraire d’Anto-
nin représente un de ses miracles. Cet archevêque tient une balance
dont l’un des plateaux est occupé par un panier de fruit, l’autre par un
papier sur lequel est écrit deo gratias. A coté, on voit un villageois
« dans un stupide étonnement ». Ce paysan vient d’apporter à saint
Antonin un panier de fruits et, pour tout paiement, l’auréolé le
gratifie d’un Deo gratias. Le rustre mystifié objecte que ce gratias
est une maigre rémunération ; pour lui en faire apprécier la valeur,
saint Antonin demande une balance et montre que le poids de son
Deo gratias l’emporte sur celui des fruits. Et voilà comme une
mystification devint un mystique miracle.
8® San Lorenzo. — Le Saint-Denis de Florence. Chapelle-mau-
solée des Médicis à la Nouvelle Sacristie. A droite s’élève le tombeau
de Julien II de Médicis (*|- 1516), troisième fils de Laurent D*’ le
Magnifique, duc de Nemours, frère de Léon X, représenté assis, en
général des Etats de l’Eglise, le bâton de commandement à la
main; tête énergique de condottiere. Il paraît presque nu, le torse
emprisonné dans une cuirasse en peau qui accuse ses formes athlé-
tiques et dessine la saillie des mamelons. Le Jour (fig. 125) et la
Nuit (fig. 122, 123 et PL III) sont à demi couchés sur le sarcophage
à volutes trop étroit. Pour la statue de la Nuit., qui seule est terminée,
Michel-Ange s’est surpassé ; il lui a prodigué toute la puissance et
l’originalité de son génie. Elle est musclée en Hercule, même au
repos, comme toutes les conceptions de Buonarroti ; sa nudité est
absolue. « Elle semble s’assoupir, dit Paul de Musset, dans une atti-
ranagramme convient à l’impudicité de ses vers. Jean de la Faye rapporte l’épitaphe
qui fut faite à cet écrivain, vénal, vénéneux et vénérien, lequel devint évêque de
Nocera — encore un nom prédestiné, de nocere, (nuire) :
Condit Aretini cineres lapis iste sepullos,
Mortales atro qui sale perfricuit.
Intactus Deus est illi : causamque roqatus
HcLUC dédit; Ille, inquit, non mihi notas erat.
Le temps par cpii tout sc consume. Des Monarques, de qui la gloire
Sous cette pierre a mis le corps Est vivante après le trépas ;
De l’Arétin, de (pii la plume Et s’il n’a pas contre Dieu même
Blessa les vivants et les morts ; Vomi quelque horrible blasphème,
Son encre ternit la mémoire C’est qu’il ne le connaissait pas.
Flanche 111
ITA LIE
127
tilde être humain ne saurait garder plus de cinq minutes, sous
peine d'avoir des crampes intolérables dans tous les membres ». Un
Fij:::. 121. — Le Crépuscule. Etat de projet. La planche V donne l’état d’exécution.
poète contemporain de Michel- Ange, Jean Strozzi, y inscrivit un
quatrain dont voici une traduction versifiée :
Tu vois, ici, doucement sommeiller
La Nuit, qu^un Anj^i^e en la pierre a formée ;
Puisqu’elle dort, c'est qu’elle est animée :
N’en doute pas ; tu n’as qu’à l’éveiller.
Fig. 122. — La Nuit. Etat de projet.
Le sculpteur florentin répondit par un quatrain plein d’amertume,
où il fait allusion à l’oppression de la liberté anéantie avec la répu-
128
I/ART l'UÜFANE A L É(iLlSE
blique par Alexandre de Médicis (la crainte de représailles l’empéclia
d’achever son œuvre) :
J’aime à dormir, je ne regrette pas
D’être de pierre, en ces jours d’injustice,
Voir et sentir, ce serait un supplice :
Epargne-moi, de grâce, parle bas !
Fig. 123, 124. — La Nuit et l’Aurore. Etat d’exécution.
C’était la consigne de l’Italie opprimée : à Naples, le Mazaniello
de la Muette de Portici chante : « Pêcheur, parle bas » ; à Venise,
dans Haydé, on répète en sourdine : « Ghantez-y, mais n’y parlez
pas ! »
En face de Julien, son neveu Laurent (*j- 1519), duc d’Urbin, le père
de la cruelle et peu scrupuleuse Catherine de Médicis, domine aussi
son tombeau. Par opposition à son oncle, qui exprime la vie active,
combative, militante ou V Action^ Laurent allégorise la vie contem-
plative et méditative ou la Pensée^. Il paraît plongé dans une pro-
1. Rachel et Lia du tombeau de Jules II représentent aussi la vie active et la vie
contemplative.
1 l’ A L 1 E
120
fonde rêverie, ce qui lui a valu le surnom de il Pcnsicro ou Pcn-
siero,<io, le Penseur. Mais cette attitude,
Où Micliel-Ano-e a fait le marbre de Carrare
Penser sur un tombeau.
n est nullement en rapport avec le caractère du personnage ; il cache
sa tiagique et laide figure de violent débauché sous la visière de son
Fig'. — L’Aurore. Etat de projet.
casque, comme s’il méditait un mauvais coup. L’expression de cette
statue est-elle pour quelque chose dans le choix de la sépulture
d Alexandre, assassiné en 1537? On sait qu’il repose aux côtés de
Laurent dans le même sarcophage décoré aussi de deux ficrures
l’art profane. II.
9
130
L Airr PROFANE A I. EOTJSE
symboliques : le Crépuscule (fig. 121 et pl. Vj et V Aurore (fig. 12b et
pl. IV), groupe qui, avec celui du Jour et de la Nuii^ ])ersoiiuitie les
phases fugitives de la destinée humaine.
Charles-Quint, dit-on, s’étonna de ne pas voir V Aurore se lever
et parler, tant elle est vivante. A l’exemple de son antagoniste, le
Fig. 127. Fig. 128. Fig. 129.
Crépuscule^ sa nudité est complète ; la taille seule est enrubannée
d’une ceinture de Vénus. Les mamelles de la Nuit sont gonflées
outre mesure et prêtes à éclater ; elles offrent une autre particularité
curieuse : leurs mamelons sont en érection, comme hypertrophiés,
et ceinturés d’une aréole boursoufllée, tandis que les bouts de seins
del’xiu/’orc, sa voisine, sommeillent et saillent à peine. Aussi, les
pudibondes miss appellent-elles la première Florror^ et dans les
ateliers, célèbre-t-on la beauté « tétonique )> de Tune et titanique
de l’autre. Ces détails anatomiques sont en contradiction avec le
symbolisme du repos et du réveil de la Nature exprimé |w ces deux
figures féminines.
Les têtes du Jour et du Crépuscule sont à peine ébauchées, la
première surtout ; mais, par contre, leurs organes génitaux sont ter-
minés et vigoureusement accusés. Aucune feuille de vigne ne les
recouvre, et nous sommes dans une chapelle, tandis qu’à l’Académie
des Beaux-Arts, la copie en plâtre en est munie !
Pourtant, à Saint-Laurent, V Aurore fut longtemps affublée d une
draperie en métal, comme on le voit sur la figure 124 ; mais on a fini
par reconnaître que cet écran protecteur n’avait rien à cacher et il
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Planche I\'.
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1 TA LT
13J
fut dévissé vers 1865. Quant à la Nui/^ Michel-Ange a été au-devant
des (IcsidenUa des Pères la Pudeur transalpins en plaçant au bon
endroit, comme sauvegarde de la chasteté des touristes, un hibou,
l'oiseau consacré à Pallas, déesse de la sagesse.
La meme chapelle funéraire renferme une Madone inachevée, de
Buonarroti (fig. 128); cette sublime ébauche est placée entre les
patrons des Médicis, saint Cosnic (hg. 127) et saint Damien (lig 129).
Au petit Jésus rien ne manque que la pudeur; sa posture est aussi
forcée qu immodeste ; on peut le prendre, observe Alexandre Dumas,
pour Bacchus, Apollon ou Hercule, comme sa mère pour Sémélé,
Latone ou Alcmène. Le Bamhino est posé de telle façon quhl lui
est bien difficile de saisir le sein de Marie sans risquer un torticolis
et un détour de reins. Ce sans-gêne de Jésus est en rapport avec
celui de sa mère qui ne craint pas de sortir sa mamelle en présence
de deux saints, aux yeux indiscrètement fixés sur elles ; il est vrai
que ce sont les patrons des médecins'.
9^^ San Marco. — Le Saint Sébastien de Fra Bartolomeo fut
envoyé par les moines de ce couvent à François F^‘, grand amateur
de chaii fiaiche, parce que les Florentines s Accusaient à confesse
de contempler avec trop de concupiscence cette captivante académie.
Vous rappelez-vous la genèse de ce chef-d’œuvre ? Après sa con-
version, opérée par Savonarole, le Frate ne peignit que des sujets
religieux, à personnages strictement drapés ; aussi Paccusa-t-on de
ne pouvoir faire le nu. Son Saint Sébastien^ œuvre qui parle aux
sens et ne jaillit pas de la foi% répondit à cette critique. Nul
n Ignore que, chez les Romains, les criminels et les martyrs chrétiens
étaient dépouillés de leurs vêtements avant de subir leur su23plice.
Fn raison de sa nudité, Sébastien est le saint préféré des artistes
1. L’Arc-(in, comme Golleoni à Venise, se décerna, par (estamenl, une statue oui
lut placée dans le cloître de Saint-Laurent. ^
;< G est, dit Libri, un prcjni^c fort répandu que les j-rands artistes n’avaient si bien
traite des mi, jets de dévotion que parce qu’ils étaient eux-mêmes éminemment reli-
t;-ieux. » Xombrenx, en ellet, sont les exemples qui s’inscrivent en faux contre la
dépendance de a loi et de l’art. Ainsi le Frate, moine dominicain, tout pieux qu d
était a rarement pu e.xprimer le sentiment chrétien, tandis que le sceptique Giotto
1 irrclij.neux Pcruyin, le libertin Mariotto Albertinelli, etc., y réussissaient à mer’
A eillc. Giotto, qui vivait au milieu des moines d’Assise, les visait malicieusement
dans sa chanson contre 1 hypocrisie des imposteurs ; elle se terminait par cette pointe
<• eui adresse . « Va, ma chanson, si tu rencontres un de ces cafards parais à ses
yeux pour le convertir, et, s’il résiste, sois assez hardie pour le confondre. »
132
l'art profane a l'église
et du public, en Italie ; chaque édifice religieux, chaque musée ou
galerie, vous le savez, en possède au moins un.
Aux lunettes de la cour qui sert de vestibule figure Saint Philippe
Fig-. 130.
Benizzi donnant sa chemise à un lépi'eux nu, peint par Corne
Rosselli.
10® Santa Maria del Carminé b — Chapelle Brancacci : Adam et
Eve, que Raphaël copia servilement pour les loges du Vatican. Ces
fresques de Masaccio — qui, à l’exemple du Giotto, s’est lancé dans
le nu réel et animé, — sont de remarquables académies, poussées à
un naturalisme saisissant.
Même chapelle : le jeune homme complètement nu qui vient
d’être rappelé à la vie et occupe le milieu du tableau de Saint Pierre
ressuscitant Eutychus (fig. 130) a été terminé par Filippo Lippi,
sur l’esquisse laissée par Masaccio. L’anatomie des catéchumènes
dévêtus de Saint Pierre baptisant, de ce dernier peintre, est sur-
prenante d’exactitude ; le personnage grelottant de froid est univer-
sellement connu.
1. Boccace l'aiL rcncünLrer dans cette église, après la peste de 1348, les jeunes flo-
rentines qui se rendirent à la villa Palmieri, sur la route de Fiezole, pour se distraire
en se racontant les Nouvelles du Décaméron, publié en 1352. L’auteur de cette
œuvre licencieuse, mais puissante, a son tombeau dans Féglise de Santa Maria
Novella de la même ville.
ITALIE
133
1 1° Santa Maria Novella. — Michel-Ange avait pour cette église
une prédilection telle qu il l’appelait sa fiancée, son épouse — la
sua sposa.
De vastes fresques des frères Orcagna décorent la chapelle des
Strozzi. A gauche, le Jugement dernier^ au fond, le Paradis d’An-
drea, à droite, les cercles de V Enfer dantesque par Bernardo. L’un
des damnés est 1 huissier qui avait saisi les meubles du peintre ’ il
est reconnaissable à « 1 exploit » piqué sur son bonnet.
Cette dernière composition est la moins bonne et la moins bien
conservée des fresques ; il y a un pullulement de nudités qui sont
détériorées par le temps et par l’humidité, au point d’être méconnais-
sables, et c est dommage, en raison de l’originalité et de l’imagina-
tion dune foule de détails amusants. On y voit des luxurieuses dé-
vorées par des serpents et d'autres pécheresses avec la tête à
l’envers ; représentation du moral par le physique qui justifie notre
réflexion sur le manque de jugement du beau sexe : l’homme
raisonne et la femme résonne, avec un accent aigu, très aigu.
Dans la Nativité de saint Jean-Baptiste par Cxhirlandajo, une
nourrice (fîg. 131) offre le sein au futur précurseur. « L’artiste, dit
le D^ Bouchacourt, a donné à la femme qui s'avance au-devant de
faccouchée un ventre énorme et une attitude lordosique qui font
penser à la grossesse. 11 s’agit sans doute d’un effet voulu d’o^Dpo-
sition. » La jeune dame en visite ne nous paraît pas enceinte ;
1 ampleur quelque peu exagérée de la moitié inférieure de son corps
tient au vêtement lâche, sans manches, en étoffe épaisse et roide qui
recouvre sa robe ; sa poitrine n’est pas celle d’une femme grosse,
non plus que sa taille qui est fine, à en juger par la convergence de
la ligne nettement tracée du corsage (fig. 132). Quant à la lordose
nous ne la remarquons pas : la tête est bien dans l’axe de la base de
sustentation. Le personnage qui pourrait donner lieu à cette mé-
prise serait plutôt la servante, chargée de fruits, avec sa jupe bouf-
fante (fig. 133). ^
Une fresque du sanctuaire, la Visitation^ reproduirait le portrait
profane, mais charmant, de la belle Ginevra de Benci, à ses dix-huit
printemps.
Au fond du chœur au-dessous d’une fenêtre dominée par le
ouronnement de la Vierge, on reconnaît aussi les portraits de Jean
134
l’art profane a l’éomse
Tornabuoni et de sa jeune épouse, Francesca Pilli, morte en couches
à la suite d’une opération césarienne. Un important bas-reliet en
Fig-. 131.
Fig. 132.
Fis-. 133.
marbre au Bargello de Florence (%. 134), par Verrochio, perpétue
le souvenir de ce dramatique événement. Une servante près de
l’ag-onisante s’arrache les cheveux de désespoir, il ne lui en reste
plus sur le sommet du crâne ; la nourrice assise à ses pieds en a
complètement perdu la tête, mais nous la lui avons restituée.
Les deux cloîtres attenant à Fég'lise {Chiostro verde et Chriostro
grande) ainsi que la chapelle des Espag“iiols sont ornés de fresques
mutilées par le temps. Elles sont consacrées à la g'iorifîcation de saint
Dominique et de sa secte: les Dominicains [doinini canes) symbo-
lisés sous forme de chiens en lutte victorieuse avec des loups
hérétiques.
C’est une multitude extraordinaire de personnages sacrés et prolanes,
le Christ, les Apôtres, les Docteurs, le Pape, l’Empereur, les Sciences
ITA ME
135
avec leurs plus illuslrcs représentants, Pythagore,
Denis Taréopagite. Cicéron et Jean Damascène,
d'I^Jée, Justinien et Clément A", les hérétiques Arius
aussi bien que saint
Tubalcain et Xénon
, Sabellius, en com-
log'. loi. — Moitié droite du bas-relief.
pagnie cl Averrhoës, une loule d’hommes et de femmes célèbres,
Pétrarejue, dit-on, et Laure, Philippe le Bel et Boccace. C’est presque
une cohue, tant les ligures y sont multipliées L
Des peintures sont aussi consacrées a 1 histoire de la C rcRtion *
la plus remarquable est celle qui retrace l’épisode biblique des
Sacrifices de Cciin et d A.hel^ 1 image de la fraternité familiale^ elle
porte pour légende ce vers latin :
SACRVM PINGVE DAHO iNÜN MAGRV3I SACRIEICARO,
qui se lit des deux côtés et oifre un sens différent ; le bon s’applique
à Abel et le mauvais a son frère. Ceux-ci sont représentés aux
extrémités du vers qui les concerne.
12 Or San Michol. rabernacle de la Vierge. Curieuse Charité
par Orcagna (tig. 135). La « Mère de toutes les Vertus », d’après
saint Thomas d’Aquin, est couronnée d’un cercle à fleurons d’où
1. Un mois en Italie.
136
l'art profane a l'église
s'échappe une gerbe de feu; sa mamelle gauche, à laquelle puise un
orphelin avide, sort d’une fente de son corsage décemment fermé au
col. D’une main, cette bonne mère adoptive aide son nourrisson à
vider son sein, et, de l'autre, elle lève un cœur enflammé. C'est bien
la Charité chrétienne qui, seule, associe l'amour maternel à l'amour
universel.
Au même tabernacle, V Incrédulité de saint Thomas groupe en
marbre par Andrea del Verocchio (fîg. 136) ; le Christ montre la
cicatrice de sa plaie à l’incrédule apôtre, et, à travers une fente de sa
tunique, comme la Vertu précitée, il découvre un sein aussi déve-
loppé que celui d'une femme.
13° San Spirito. — Sacristie. Les chapiteaux de l’autel sont his-
toriés par Antonio Pollajuolo de quatre hommes nus, d’une ana-
tomie parfaite, traînant des guirlandes.
Chaque accotoir des stalles du chœur est orné à son sommet du
même motif fantaisiste : un buste nu chargé d’une formidable paire
de mamelles (lig. 136 bis).
14° Santa Trinita. — Saint Barthélemy en peinture, sans la
moindre étolFe sur le corps, s’apprête à être disséqué vif par quatre
bourreaux transformés en carabins, armés de scalpels et de cisailles.
ITA LIE
137
Les org'anes sexuels ont déjà disparu. G est une façon comme une
autre de les voiler, par respect pour la pudeur alarmée ; pourtant
des touffes pileuses sont en-
core visibles au pubis.
Sur un autel de marbre
blanc se dresse une statue
en bois de Marie-Madeleine ^
par Desid. da Settig-nano
(fig. 137); l’ex-enjôleuse n’a
plus rien de la femme. Elle
tient à la main le vase de
parfums qui la distingue de
son émule, Marie l’Egyp-
ifia uii. r
Fia-. 137.
Fi^. 138.
tienne, autre fille publique devenue pudique. Comme pour cette
dernière entôleuse, ses cheveux lui servent de robe; un cordon enserre
sa taille et dessine un corsage et une jupe, mais sans autres on-
dulations que celles de son .système capillaire.
15° Musée Uffîzi. — Arrêtons-nous devant deux tableaux d’église :
la Deseente du Sauveur aux Limbes^ par A. Bronzino, délicieuse
138
i/aRT IMIOFANK A t/ KG MS K
composition où le Christ donne le ton de la nudité, et la Vier(jc dans
sa gloire (%. 138), avec une sainte Madeleine dénudée qui pourrait
bien être le portrait de la donatrice de cet ex-voto, commandé à
Carlo Caliari. Pourquoi tant de figures nues, se demande M. Romain-
Roland ? Vasari va lui répondre .* « per monstrarc maggiormenie ,
Varie sua essere grandissima ».
Sous forme de borne, un priape colossal en marbre blanc, d’un
mètre de hauteur sur 0.30 cent, de diamètre, se dissimule dans le
coin d une des salles. De Lalande raconte que, vers 1730, on en trou-
va quatorze, de toutes dimensions, dans les fouilles d’un couvent de
religieuses. « Les mauvais plaisans, ajoute le narrateur, disoient
que ces bonnes Dames ne pouvoient trouver une plus belle occasion
de planter des bornes autour du couvent. »
En mémoire de la religion des païens, citons une Baechanale
(n® 210) attribuée à Rubens, où s’afïiche, au milieu des prêtresses
qui célèbrent les mystères de Dionysos, un membre actif de la
nombreuse famille flamande des Maaneken-Pis.
lO^" Palais PittiL
17® Académia des Beaux-Arts. — Gabriele Castagnola a fixé sur
la toile les amours de Filippo Lippi et de la monaca Bail (fig. 139);
il en a été longuement question dans nos Seins à V église.
Fiesole. 1® Couvent de la Badia. — Les murs du réfectoire ont
été couverts de fresques grotesques par Jean da San Giovanni.
2® San Ansano. — En 1795, cette église fut achetée par le chanoine
Bandini, qui la convertit en Musée et la légua à la commune de
Fiesole. Elle donne asile maintenant au Triomphe de V Amour et au
Triomphe de la Chasteté :
Sur un socle doré placé à l’arrière d’un char, la Chasteté debout, vêtue
1. La Madone de Raphaël, dite du Grand-Duc, parce que Ferdinand III, duc de
Toscane, s’en rendit acquéreur, était un objet de vénération de sa part ; elle l’accom-
pag-nait dans tous ses voyages. Présentement, elle est placée au même palais dans la
chambre à coucher du Grand-Duc. « La duchesse actuelle, dit un auteur en 1862, attri-
bue à son intercession la naissance du prince héritier. » De même que notre
superstitieuse impératrice Eugénie attribuait celle du Prince impérial à une
méchante statue de la Vierge d’un couvent de religieuses, à Saint-Mandé,
I l'A L I E
139
crime robe de bure semée de cbardoiis d’or, tient une palme. A ses pieds,
Im’os est euebaîué par deux femmes, taudis cpi’une troisième bande sou
arc et qu'une ipiatrième accourt apportant d’autres liens. Au char sont
attelées les licornes symboliques de la pureté, conduites par des femmes
à peine voilées de tuniques transparentes que soulève le vent ; l’une
d’elles marche en avant avec la bannière de la pureté, une hermine déta-
chée sur un fond rouge.
Foligni. Cathédrale. — Parmi les corps momifiés, comme ceux de
1 ég-lise Saint-Michel de Bordeaux et ceux du vestibule de Saint-
Nicolas à Toulouse, on en exhibe un qui porte f étiquette de sainte
Messaline et évoque à l’esprit le souvenir de la reine Claude, qui
aima trop les prunes-Monsieur et en mourut.
Gaete. Cathédrale Saint-Erasme. — Le Musée de Naples possède
un vase en marbre, « dans lequel on pourroit mettre quelques ton-
neaux d eau » et sur lequel l’Athénien Scalpion a sculpté V Educa-
tion de Bacchus (fig. 140). Longtemps ce vase a servi de fonts
140
l’art profan K A l’fOLISE
baptismaux dans la cathédrale de Gaète. En 1071, le marquis de
Fig.
140.
Seignelay signale au même endroit la présence de cette cuve païenne
et de Lalande en donne la description :
G est un vase porté par quatre lions de marbre avec bas-reliefs repré-
sentant Ino, femme d’Athamas, roi de Thèbes, qui cache un de ses enfants
dans son sein pour le garantir de la fureur d’Athamas, tandis que des
Faunes, des Satyres et des Bacchantes dansent autour d’elle.
Cet enfant n est autre que « le petit Bacchus, tout frais émoulu de
la cuisse de Jupiter » et qui est remis par Mercure à Ino.
Le même voyageur note, en face de l’autel du Saint-Sacrement,
un monument symbolique, encore d'origine païenne, qui paraît se
rapporter à Esculape.
ITALIE
J41
C’est la statue de marbre d’un vieillard, qui met le pieds sur un petit
chien ; sous le chien, il y a une teste de mort ; un serpent dont la queue
est posée sur le chien, s’entortille entre les jambes du vieillard et s’appuye
sur la teste de ce vieillard, lequel a un aij^le sur la sienne.
Garignano. — La Chartreuse est intéressante parles fresques de
Daniel Grespi, qui ont trait à la vie de saint Bruno. L’un de ces chefs-
d œuvre montre, dans la première lunette à droite, le docteur
Didier, de Paris, sortant de son cercueil ; il annonce à ceux qui
prient pour lui sa propre damnation : Justo judicio damnatus sum.
Sans doute pour avoir exercé sa coupable industrie.
Gênes. — Un voyag-eur vertueux, M. Bordes, dans une lettre en
prose et en vers datée du 30 août 1 755, se plaint qu’à Gênes partout
où il passe « en ville, à la campagne, dans les édifices publics ou
privés, civils ou religieux », il vit dans une atmosphère d’impudi-
cité..., (( le pauvre homme » !
La chaleur du climat répand ici un air de nudité auquel ma pudeur a
peine à s’accoutumer; statues, peintures, jusqu’aux pieds des autels,
semblent etre dessinées par 1 Arétin. Ils ont rendu la nature comme ils
la voyoïent : elle est presque sans voiles, surtout dans les campagnes.
Sur ces bords règne la nature,
Dans son antique pureté.
Sans corset, jupon ni chaussure.
Du beau sexe, pendant l’été,
Une simple chemise est l’unique parure.
Sous ce tissu grossier, flottent à l’aventure.
Au gré d’un zéphir désœuvré,
Qui, je crois, très peu s’en soucie.
Deux tétons tremblants, ballottants.
Qu’à leur libre arbitre on confie,
Vont sans cesse s’entre-choquant.
La très exacte modestie,
Sur la ceinture étend un tablier
Qu’elle laisse, il est vrai, tailler
Par les mains de l’économie.
Ainsi, sans atours superflus,
Tout semblable à celui des ondes.
On les voit promener le flux et le reflux
De leurs fesses vagabondes.
142
i/aRT PnoKANK A I/K(iLlSK
Ne nous étonnons donc pas si, dans un milieu aussi libre, nous
rencontrons encore des documents
échappés à la vig-ilance des censures
ecclésiastiques qui en ont tant détruit
depuis le Concile de Trente. A Gênes,
les églises sont ornées avec soin, sinon
avec goût; elles ressemblent plutôt à
des boudoirs qu’à des sanctuaires. Par-
tout, des adolescents sculptés ou peints,
parce qu’ils ont des ailes dans le dos,
se croient autorisés à montrer ce qui se
cache en bonne compagnie.
1® San Ambrogio. — C'est l’église
des Jésuites ; elle est décorée à l’excès
comme toutes celles du même ordre :
Ce ne sont que festons, ce ne sont qu’astragales.
On ne voit sur les frises que des amours d’anges, de grande taille
et du sexe féminin, à en juger par le développement de leur poi-
trine ; mais ils sont d’ordre décoratif, les ailes leur servent de bras
et le corps se termine en gracieuses arabesques. Un groupe de
quatre grands séraphins en pied sont préposés à la garde de la cha-
pelle du fond. Cette orgie d'ornementation nuit au caractère reli-
gieux de l’édihce. Non loin de là, une Charité chrétienne (üg. 141),
se tient debout et porte un orphelin sur le bras droit. Les seins sont
nus, selon la tradition italienne, et un cœur est sculpté au-dessous
de la mamelle «•auclie: ce viscère svmbolise la bonté. De sa main
O
libre, elle prend celle d'un second enfant nu, c{u’elle dirige et protège.
2*^ San Lorenzo. — La façade se compose d’assises alternatives
de marbre noir et blanc qui rappellent les raies de 1 instrument de
supplice du patron de cette cathédrale. Au tympan du principal
portail, le martyr est figuré dans une nudité complète, couché sur un
gril et placé de champ, face au public, pour mieux se montrer.
C’est dans un pareil costume qu’une composition de Baccio Bandi-
nelli représente le saint et ses bourreaux (fig. 142). La draperie
141.
I T A L 1 E
]43
dont on ratrul)lo ordinairement est d’ailleurs superflue, puisque le
feu commence son œuvre destructive par elle.
La partie su|)érieure d’un des pieds droits de ce portail est occupé
Fig:. 142.
par un groupe allég-orique assez sing-ulier : une reine assise,
lEfflise^ au port majestueux, couronnée d’un diadème et le torse
nu, presse contre ses seins gonflés de lait la Bible et l’Evangile,
sous la figure de deux vieillards barbus qui s’y rassasient en
conscience et les saisissent à pleines mains (fîg. 143).
L’entrée de la chapelle de saint Jean-Baptiste qui renferme les
reliques du Précurseur est formellement interdite aux femmes, en
souvenir d’une de leurs semblables qui demanda sa mort. Seule,
Eve, accompagnée d Adam, y est admise, mais en marbre. Matteo
Livitali a fait de la première femme désobéissante et gourmande
une séduisante Vénus de Médicis, grassouillette et rondelette, qui
tient, comme la divinité païenne, une main sur l’un de ses seins, et
1 autre main, mais munie de la leuille de vigne réglementaire, sur
la région pubienne.
Chapelle Saint-Pierre. — Du côté droit de l’autel, un bas-reliel
en marbre ciselé, par Guillaume délia Porta (1532), symbolise la
Eoi par deux femmes au sein découvert, qui ont le bras levé à la
façon de.« Bacchantes et semblent esquisser un pas de deux. Elles
144
l’art profan i<: a l'église
sont séparées par un couple d’amours ou de génies qui s’accoudent
sur une tête de mort surmontée d’un sablier et d’une croix ailée b
d"" Santa Maria in Garignano. —
A l’intérieur de cette réduction de
Saint-Pierre de Rome telle que
l’avaient conçue Bramante et Michel-
Ange^ au-dessus du portail on a ac-
croché un vaste tableau allégorique
dont il nous a été impossible de con-
naître ni le sujet, ni le peintre : dans le
charabia du sacristain nous avons cru
entendre Finale^ la Fin^ le Juge-
ment deniier ? Mais, vraisemblable-
ment, il s’agit de la Chute des anges
rebelles ou de la Descente de Jésus
aux limbes. Quoi qu’il en soit, cette
page magistrale est animée d’une
multitude de nudités au milieu desquelles évolue le Christ.
Des quatre colossales statues en marbre d’un seul bloc qui
s’adossent aux piliers de la coupole, deux surtout nous intéressent :
le Saint Barthélemy de David, aux chairs pantelantes, absolument
nu et défaillant au pied d’un arbre où sa main droite est liée, et le
Fiii'. 14:l
1. Ou conserve précieusemeiiL dans la sacristie le bassin d’émeraude on mieux de
verre qui aurait lait partie des présents oll'erts à Salomon par la reine de Saba ;
nai>uère, il ne l'allait rien moins ([n’un décret dn Sénat pour contempler cette l'ameuse
mystification mystique. « C’était l’arche sainte des dévots et des dévotes du pays où
florissait le siffisbe ou patito^ ou encore « l’ami de la maison », comme l’écrit le
marn ais rimailleur A. M(.)ntemont, en 18:27.
De la scandaleuse chronique
S’il fallait croire les récits,
Cette iirécieuse relique,
Sur la fidélité dont la femme se pique,
A ilétrompé bien des maris.
Qui furent bien marris.
L’authenticité de ce Sncro Catiiio n’est pas mieux établie que celle dn vase d'al-
bâtre qui passait à l’abbaye de Port-Uoyal pour avoir servi aux noces de Gana,..rd ;
le premier aurait aussi servi à noire Sci^’iieur pour la Cène.
Autre curiosité de nature toute spéciale, fort ajipréciée dans la haute S(3ciété de
nos voisins d’outre-lleins. L’église métropolitaine de Saint-Laurent renferme la sépul-
ture de Jac([ues Bonfadio, littérateur, qui occiqmit une chaire de philosophie et fut
condamné an l)ùcher, en 15.^!). jmur vice a largo.
If ALI Ë
145
I
Siünf Scimsticn de Piiget,
ligoté aussi à un arbre et
cachant à peine ce qu’il
convient avec une loque
insulïîsante (fig. 144)b
Fi«-. 144.
Fiff. 145.
des suffrag-es. Les figures d'Adam
(tig. 147), par Orengo, et d’Eve (fig. 146), par Villa, offrent des parti-
1. Pour Irailcr lo même sujet (fiR. 145), Coudray sest manilestement insnir,’. d„
L ART PROFANE. — IL
10
I
l'akt l'KOi^'ANi-: A i/k(;lisi:
1 K)
ciilarités curieuses : la suppression de la cicatrice onihilicale et la
substitution des feuilles de bananier aux teuilles de vi^ne, en i^uise
de pagne. Il est rare de rencontrer le premier couple humain aussi
expressif de geste et d'attitude. L'un, vigoureux, mais triste et son-
geur, furieux de son sort, s’appuie sur une sorte d’alpenstock et
murmure : « Seulement par ma faute, ici règne la mort ». L'autre,
gracieuse et inconsciente de son péché originel, est toute prête à
recommencer; car la femme peut être bourrelée de coton ou de crin,
mais jamais de remords.
On osl attiré à la sépulture
i,»-roupe poi«-uaiit, en marbre
de la famille Goniiig-i Repello par un
; c'est le portrait d’une jeune mère
hurlant de douleur à la j>ensée qu’il lui faut abandonner son nou-
veau-né pendu à son sein.
Le thème de la décoration du monument Celle, le Drame éternel
(hg. 148), n’est pas moins saisissant. La Mort, spectre terrible et
1. Il suffît de supprimer sur la figure le voile transparent de la Vie pour recons-
tituer le modèle primitif.
rigide, attire k elle la Vie^ resplendissante de jeunesse et de beauté.
L’antithèse est frappante; déjà le squelette inexorable enveloppe sa
proie du linceul dont elle est vêtue. Le sculpteur Monteverde mo-
dela tout d’abord son éloquente allégorie, en laissant nue l’exquise
ligure de la Vie ; mais la famille pria l’artiste de modifier sa con-
ception première et d’atténuer sa nudité. Le statuaire accéda k ce
désir pudique et drapa le modèle définitif de sa vivante poésie. Cet
admirable groupe en bronze se détache sur une plaque en marbre
jaune de Sienne, au-dessus d’une urne de marbre rouge très rare.
San Gbiiniano. Saint- Augustin. — Rien de plus admirable que la
fresque où la Vierge écarte son manteau et ouvre son corsage pour
faire contempler la chaste splendeur de ses seins nus. C’est d’ailleurs
la seule peinture où la « reine des anges » exhibe ainsi sa poitrine
entière L « Le Dante s’agenouilla devant elle, dit Jean de Bonnefon,
et la piété d’un Dante vaut celle d’un sacristain ».
Le D"* Van de Lanoitte signale k la Galerie Brera de Milan une
composition analogue : « Une Madone^ par Cesare da Sesto, repré-
sente Jésus pressant les deux seins de la Vierge entre ses mains; les
pommes de vie sont k nu dans la tunique entr’ouverte, Jésus regarde
du côté du spectateur. »
Guigliano-. — Lecce. San-Oronzo^ — Lom. Cathédrale ^
1. V. Les Seins à iluflise, 211.
2. En Campanie, on célèbre la lëte populaire dn « Vol des anyes ». Un câble en
1er est tendu entre le clocher et une haute maison voisine ; des enfants nus, munis
d’ailes, sont attachés au lil conducteur à l’aide d’une poulie et ils traversent ainsi
l’espace, en glissant à une trentaine de mètres de hauteur.
3. Ce martyr sous Néron est, d’après Jean llatzfeld, un saint des plus susceptibles;
il punit sévèrement ceux qui essaient de se soustraire à sa tutelle. Une dame
Lucrezia était accouchée d’un garçon ; elle refusa de l’appeler Oronzo ; c’était, disait-
elle, un nom d’âne (ronzino) et non d’homme. Toute la nuit l’enfant pleura comme
s’il soulTrait d’un mal invisible ; le lendemain, sa mère s’approcha du berceau et
s’aperçut avec stupeur evolutis ejus pannis, que le garçon était dévirilisé et trans-
formé en fille ; si bien que pour lui avoir refusé le nom d’Oronzo elle dut lui donner
celui de Iloza. La vengeance du saint fut encore plus terrible : la fillette mourut
trois jours après. Nos saints en France sont plus pitoyables envers les enfantelets :
Nicolas en ressuscita trois qui avaient été coupés en morceaux et salés par le
méchant aubergiste.
4. On monti’e ou du moins on montrait une maison, la chambre et même le lit, on
une belle boulangère mit dans le pétrin pour le reste de ses jours notre galant
François Vers 1764, cette maison était encore habitée par un boulanger et
ITALIE
149
Lorette. Santa Casa. — Cette ég-lise possède plus de trois cents
vases décorés par RaphaëC et confectionnés pour le duc d’Urbain,
qui en lit don a la pharmacie de la Santa Casa ; les sujets de ces
peintures sont empruntés aux lég-endes bibliques et mythiques.
Dans le nombre, dit Kotzebiie, il y en a qui me paraissent très équivo-
ques et que je ne crois pas avoir été traitées par Raphaël : par exemple,
1 union d Europe avec le Taureau, qui est dans le fait une peinture très
lascive.il y a aussi une Vénus sans voile et d’autres qui sont peintes d’une
manière si peu décente que je m’étonne que la Sainte Vierg^e n’ait pas jeté
ce présent à la tête de celui qui le lui faisait.
Entre autres ex-voto de prix adressés à la Madone, l’auteur d’un
Voyage en Italie (1698) s étend sur la description d'un ange en or,
« lequel tient un cœur plus gros qu un œuf, tout couvert de dia-
mants- ».
occupait un angle de la place de l’ég-lise. C’est le cas de reprendre en chœur le
couplet parodié de Rlgoletto :
Souvent femme avarie,
Bien fol est qui s’y fie I
1. Ces vases de lapothicairerie ne sont pas du peintre d’Url3in mais de Tadeo
Zuccan ou d un Raphaël Ciarla.
2 « Le Jesmte Anglois qui nous a conduits, nous a appris que c'estoit un présent
de la reine d Angleterre. Ce R. P. nous a dit aussi une grande nouvelle dont vous
deviez bien, ce me semble, nous mander quelque chose. Il assure que cette prin-
cesse est grosse et il ajoute qu’on ne peut pas douter que ce ne soit par miracle
puisque on a calculé que l’instant niesmc auquel le présent est entré, a esté le mo-
ment heureux auquel elle a conçu.
« Voici des vers qu’il a faits sur cela, et dont il a bien voulu me donner copie II
introduit 1 Ange parlant à la Madone, et la Madone liiy répondant.
Aoiis lien reproduirons que la traduction:
(L Ange). Bien vous soit, puissante Madone. Vous voyez un Ange du Ciel, qui vient vous nré
enter une Iree humble rcquesle. Mario, Reine d Angletcrro, est dans une al tic o Inc^v
'n vous supplie d’aorel; le ,r!b
rit • M qn ebe \ous adresse. Soyez toucli(*e de compassion pour Elle ù Sainte et
néSÏÏes puisfll conjure, (pic ses entrailles altén-es et un peu
tosds^elon son soui.ït rT"‘ arrosées, afin quelle conçoive, et qu Klle engendre bi«n-
iVbien des F aïs bH ( seulement pour sa consolation, mais aussi pour
pœsentemenVchancheliante mi Catholique qui est
(La Madone.) Oui-da, <:her Gabriel, j’accepte volontiers le pnîsent de la Beinc d’\nHeterre
te le promets.' Au moment q^ je tfiS là
(I ’ \ f * Vr ^/"tirasse Marie, Marie embrasse Jaques et Marie conçoit. ' '
(L Ange). Mais, o benigne Madone, c’est un Fils que la Heine demande à Votre Majesti- céleste •
car 11 y a d,-., a deux Filles du Boy qui sont capables d’hériter : (la Ihances^. (ro -an.,
Princesse de Danemark). Accordez donc un Fils au vœux de Marie. ^
( a adone). Oui, mon Entant, la Heine aura un Fils. Croi-mov, l'alTairc est di'-ia faite
heureux Heritier sera l’honneur et l’appuy de la Couronne et de la iVeligion. A^bml ;'vad
1 at' ^ jej e inexprimable ! ô sujet d’éternelles acclamations' La BEINF MAnirr
la Heine Marie. O bonheur ! ô félicité ! Alleluïah ! Alleluïah ! Alleluïah !
Cet
-en en
150
l’aKT PHOFANK a l/ÉflI.lSF
A midi, l’église est close et les pèlerins qui arrivent après la fer-
meture en sont réduits à rendre leur liommage aux portes en bronze
Fig-. 149.
massif. Le panneau inférieur qui est à la portée de ceux qui sont
à genoux, représente en haut-relief le meurtre d’Abel. Son corps
étendu est « absolument nud » et sa partie antérieure est en saillie
des deux tiers, mais, à force de baisers fervents, elle est presque
effacée, la région pénienne comprise.
Lucques. San Martine. — A l’autel de saint Régule figure un
important bas-relief, de la fin du xv® siècle, qui représente le Mar-
tyre de saint Sébastien (fig. 149). Le supplicié est complètement
nu, malgré la présence d’une spectatrice en marbre et des fidèles
en chair et en os.
11 existe dans la nef une statue du même saint par Givitali ; cette
figure marmoréenne, à intention pudique, porte un suspensoir qui
accuse les formes (fig. 150), et comme toujours le remède est pire
que le mal.
Le soubassement du tombeau d’Haria del Carreto est entouré
d’une chaîne de cupidons reliés par des guirlandes de fruits et de
fleurs ; l’un d’eux se distingue par son sans-gêne : il relève la dra-
perie destinée à cacher sa nudité principale (fig. 151).
On est encore surpris de rencontrer dans un édifice religieux un
sarcophage où Bacchus, sous la conduite de l’Amour, est traîné sur
un char par des centaures, et suivi d’une joyeuse escorte de faunes
ITALIE
151
et (le hacchantes : toiicliant accord du pag’anisine et du cliristianis-
lue. N'avous-nous pas à Milan l'ég-lise Saint-Satyre?
Cl()turons notre inventaire par une Crucifixion d’où Nicodèine a
exclu toute nudité, à l’exception des mains
et du visage, les pieds eux-mémes ont des
chaussures et le corps est recouvert d’une
ample robe de
chambre, avec sa
Fig. 150.
Fig. 151.
Fig. 15i\
cordelière (fîg. 152). Cette peinture, bizarre jiar son excès de pudi-
cité, orne la chapelle du Volto Santo.
Maxtoue. 1® Santa Barbara. — Son trésor possède un bassin
d’argent attribué à l’interverti Benvenuto Gellini ; sainte Barbe
occupe le centre et est entourée de voluptueuses ciselures célébrant
les noces d’Amphitrite.
2® Saint-Maurice. — Cette église qui, par courtisannerie, substi-
tua, pendant quelques années, à son vocable celui de Napoléon,
montra plus de goût dans le choix de ses peintures. On y remarque
surtout une Annonciation de Louis Carrache : « l’ange, observe
Valéry, a toutefois un certain air malin, et presque peu décent, qui
étonne chez ce grand maître ».
Milan. Le Dôme. — Extérieur. — Au milieu du fouillis luxu-
riant et luxurieux des sculptures qui décorent la façade de cette
gigantesque concrétion de stalactites », de ce « glacier aux milles
152
l’art profane a i/église
aiguilles », de cette « montagne de marbre taillée à jour », sur \a porta
ma(j(jiorc^ Eve à sa naissance, du sculpteur Vismara flig. 155), se
distingue par ses formes admirablement
modelées. Non loin d’elle, l'impudique
Putiphar de Barthélemy llibossi, cho-
que les hiles d’Albion elFarées par le
négligé de sa toilette, aussi bien que par
la poitrine monstrueuse de la suivante
de Judith. Que d’outrages à la pudeur
dans ces fioritures bibliques.
Un détail de sculpture de la même
porte montre une Lamie (hg. 153 bis)
au buste robuste
Et du plus friand embonpoint.
Au-dessus de la cimaise, des caria-
tides herculéennes (fig. 154) posent
pour le torse, comme en un temple
païen, et ne supportent que de maigres
pilastres.
Fig-. lo3.
Fig. lo3 his.
Parmi le monde de statues — on en compte 6716 — qui peuplent
l’extérieur de la cathédrale, et dont plusieurs sont dignes de figurer
dans un musée, deux couples à' Adam et Eve, dus au ciseau de
Christophe Solari, un maître de la Renaissance, dominent les sa-
cristies. « Eve, dit Théophile Gautier, est d’une grâce charmante
et sensuelle, qui étonne un peu dans un pareil endroit. Du reste, elle
est fort belle, et les oiseaux du ciel ne paraissent nullement scan-
dalisés de son vêtement paradisiaque. »
ITALIE
153
Saint Georges casqué (fîg‘. 155) porte la lance crucifère et plane
clans Tair [clnuisa dcl GiKjliollo Omodco) en tenue un peu cavalière.
Ne cjuittons pas le faîte du demie hérissé de sa
myriade de flèches empalant autant de statues
sans caresser du regard une charmante gar-
gouille façonnée en (( sirène » (fîg. 15(i).
Autres i a c/ont de puceles
Testes et cors dusqii’à nuimelles.
Fiü-. 154.
455.
ditl Image du monde; la nôtre porte une conque marine par laquelle
s’écoulent les eaux pluviales.
Signalons, enfin, sur les contreforts des bas-côtés et de l’abside
quelques-unes de ces innombrables statues qui se distinguent par
leurs contorsions extravagantes, leur nudité ou leurs attitudes pro-
vocantes. Tels, un Milon de Crotone dans la pose classique bien
connue; des suppliciés pendus par les mains ou par les pieds et
puis « des jeunes filles court vêtues, dit A. Lance, qui sourient aux
passants; des vierges folles du xvii'^ siècle, dont la robe chiffonnée
se relève à point pour laisser voir à tout le monde le bas d une
jambe qu elle devrait cacher dans un tel lieu )).
154
l’art profane a l/ÉflLlSE
Intérieur. — Entre le premier et le second pilier de gauche, en
1880, étaient placés les fonts où s’administrait le baptême selon le
rit ambroisien, c'est-à-dire par l’immer-
sion de la tête de l’enfant. La cuve est
une antique baignoire qui provient des
thermes de Maximien. Des ligures de
plâtre y ont été ajoutées pour aug-
menter la pompe d’une cérémonie de
baptême, et ont longtemps contribué à
accuser le caractère profane de cet acces-
soire liturgique.
Transept, bras droit. La statue « toute
robée » de Saint Barthélemy (fig. 157),
sous l’aspect d’un écorché qui se drape
Fig-. 156.
dans sa peau, porte ce vers prétentieux sur le piédestal :
Non me Praxitèles, sed Marcus fînxit Agratus
(Ce n’est point Praxitèles, mais Marco Agrati qui m'a sculpté);
réflexion vaniteuse qui jure dans l’église d’un saint dont la devise était
H U militas et que rend superflue la médiocrité d’une œuvre dont la
place est mieux indiquée dans un amphithéâtre d’école de médecine.
De superbes bas-reliefs enjolivent le pourtour du chœur. Celui qui
nous a le plus frappé est la Descente de Croix à cause du torse nu
de Marie-Madeleine et surtout du volume des seins que l’opulente
chevelure de la pécheresse caresse de ses mèches soyeuses, sans
parvenir à les recouvrir. Le nombre est assez considérable de
Madeleines repenties pourvues de mamelles aussi puissantes ; ces
organes semblent n’avoir pas soullert des privations et mortifications
de la vie ascétique. Cette image marmoréenne, très attirante, mais
peu conforme à la réalité, nous remet en mémoire un passage des
Fig. 157.
ITALIE
155
sermons du llbre-prêcheiir Micliel Menot sur celte sainte qu'il
tlépeint <( demi-nue, quasi nuda, n’avant que son corset ou sa cotte
simple, et léchant les pieds du Christ, comme une chienne, ut
ca nie U la ».
Tombeau de saint Pierre, martyr (1338). Une Charité ollre son
sein g-auche à un marmot; un autre bambin qui vient de s’y rassasier
le caresse de la joue et de la main.
Arrêt facultatif: le sarcophag-e de saint Charles Borromée est
gardé par deux douzaines d’angelots nus et autant de cariatides des
deux sexes, en gaine, les hommes pourvus de leurs attributs virils
et les femmes ornées de leurs seins. La devise de l’illustre prélat est
semée sur les murs de son sanctuaire souterrain et contraste avec la
richesse des habits pontificaux, enrichis de pierreries, qui enve-
loppent le cadavre de l’archevêque dont la tête mitrée repose sur un
coussin d’or, dans un sarcophage de cristal de roche.
Arrêt obligatoire : contemplons l un des plus beaux monuments
sculpturaux de Milan — Michel-Ange en a conçu le dessin — le
mausolée de Médicis dit Medichino, oncle de S. Charles Borromée
(fig. 158). Aux côtés du guerrier sont assis V Héroïsme militaire et la
Paix^ le torse nu ; la corniche supporte la Prudence et la Renommée^
drapées.
Près de la sacristie, dans l’obscurité de la galerie, on a peine à
distinguer une effigie de la Vierge dite del Parto (des accouche-
ments) ; elle est invoquée par les Italiennes prolifiques ou qui
aspirent à le devenir, « dont le nombre y est quelquefois assez con-
sidérable », assure Ferd. Artaria. Dans la mvtholoffie chrétienne,
1/ O 7
cette Madone joue le rôle de Lucine et protège les femmes en couches.
En Calabre, à Monte Giordano, par exemple, elle serait sans emploi:
les accouchements s’y effectuent tiito.cito et juciinde, à en croire un
dicton populaire qui avait cours en 1785 : « Une servante calabraise
aime mieux accoucher que faire sa lessive » .
Fauteur d'Un mois en Italie^ s’apprêtant à faire l’ascension du
Dôme, est surpris de lire dès les premières marches des inscriptions
officielles inspirées par les mauvaises habitudes du pays :
« Son pregali, per ordine superiore, di non... nè sporcare, nelle
« scale », ou bien encore : « è vietaLo spandere acqiia »... Pas n’est
besoin de dictionnaire pour traduire cela. Il est juste d’ajouter qu’il y a
156
l’art profane a l’église
environ cinq cents marches à p^ravir, et que toute patience a des bornes.
L’avertissement, répété de palier en palier, n’est pas sans motif, car je
me rappelle les choses blessantes pour la vue et pour l’odorat, qui cons-
tellent les marches du Campanile de Venise. A la cathédrale de Milan,
des cabinets ad hoc, placés de distance en distance, enlèvent toute excuse
aux contrevenants.
En raison de l’obscurité des nefs, le même avis pourrait être
affiché sur les piliers, si nous en croyons Alphonse Karr (1877) :
Pendant qu’on dit la messe à un autel, bien loin de là, dans les autres
parties de l’église, on se promène, on cause, on rit. J’ai vu, de mes yeux
vu, une mère portant un petit enfant qui pleurait, mettre son enfant,
accroupi, derrière une des cinquante-deux énormes colonnes de granit
gris et rose, qui soutiennent la voûte et le relever soulagé... 11 y avait si
loin pour sortir. J’ai vu une autre mère calmer les cris de son enfant, en
se dégralfant le corsage et en se tenant debout, car les sièges manquent.
Sant’Ambrogio. — Sur la petite porte du clocher de cette
basilique, un bas-relief antique reproduit une Bacchanale enfantine
(pl. VI, fig. 15d, 160). Près du chœur, une plaque de marbre romain
porte la sculpture à’ Hercule, tenant un lionceau par la queue
(fig. 161)'.
D’autres figurines profanes de satyres et de nymphes vêtues de Pair
du temps concourent à l’ornementation de divers pilastres et de
sépultures, entre autres celle de Pietro Gandido Decembrio
(xv® siècle).
Un serpent d’airain qui s’enroule autour d’une colonne de marbre,
placée dans le chœur, a donné lieu, d’après l’auteur des Délices
d' Italie, à des interprétations variées : « Les uns veulent que ce
soit une figure du serpent d’Esculape ; d’autres prétendent que c’est
le serpent que Moyse éleva dans le désert. Et ce qu’il y a de plus
fâcheux en cela, c’est la coutume superstitieuse que les nourrices
delà ville ont d’y porter leurs enfants malades, le Mardi de Pâques. »
Ce reptile a-t-il quelque rapport avec le dragon infernal, figuré sur
les sceaux de saint Ambroise (fig. 163) et qui engloutit les pécheurs
après leur mort, tandis que de leur vivant ceux-ci subissent la
peine du fouet, l’arme de combat de l’archevêque (fig. 162)? C’est
1. Tirées de JÏfo /lumen deW irnp. R. Basilica di Sa.nt’Ambi'ogio, in Milano, (1824),
par le doct. G. Ferrario.
I
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Planche \'T.
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ITAI.IE
157
rima^e du régime pénitentiaire de la religion catholique, qui règne
par la terreur des foudres de l’Eglise et celles des flammes de
Fig.'158.
l’Enfer. Cette répression justifierait, d’après Pierre Véron, la modi-
fication du nom d’une des vertus théologales : Fouet, Espérance et
Charité. Il s agit peut-être d’un monstre, d’une tarasque dont le
saint aurait délivré la ville; haut fait que les hagiographes, gens
de peud imagination, prêtent volontiers à leurs héros sans histoire et
f58
J. ’ A K T 1* W O I' AMI': A l/ É 0 1. 1 S i:
qu’ils empruntent k la fable : Apollon vaimpieur du serpent Python,
Hercule assoinant Tliydre de Lerne, etc.
Une mosaïque assez singulière du chœur de la h.asill(|ue reproduit
saint Ambroise qui s'endort debout en disant la messe ; un
sacristain lui frappe sur l’épaule pour le réveiller et lui montrer les
paroissiens qui attendent bouche bée. Qu’un prêtre endorme ses
ouailles au sermon, rien de plus naturel et le fait est arrivé à
Fénelon, mais que les ronrons d’un ecclésiastique l’endorment lui-
même c’est un comble. L’artiste eût pu choisir pour thème un
épisode plus édifiant de la vie du saint ; comme quoi la malice des
rapins ne perd jamais ses droits.
Chapelle sainte Catherine. La voûte qui recouvre la statue en
marbre de la sainte est ornée de figures païennes d’Herculanum :
« l’une de ces figures, dit Valéry, porte sur sa tête un agneau, et,
dans cette bizarre peinture, Fagneau des bacchanales a pu souvent
être pris pour l’agneau pascal » .
d"" San Costanza hors des murs. — Une niche située en arrière
de l’autel abritait un vase antique en porphyre, sur lequel se
déroulait la vie fabuleuse de Bacchus, agrémentée de la représenta-
tion orgiaque de bacchantes, insuffisamment couvertes de peaux de
tigres.
ITALIE
159
O
Santa Maria delle Grazie. — Chapelle du Rosaire. Une pein-
ture re[)résenle le Piinjaloirc, au fond d’un puits; la Vierge y puise
des âmes dévêtues, avec un chapelet, à la façon des chaînes à pots
utilisés dans les sàkivés d’Egypte.
A coté de cette église, au réfectoire d’un couvent de jacobins on
admire les débris de la célèbre Ccnc de Léonard de Vinci, exécutée
a 1 huile sur la muraille même. La main de saint Jean, d’après
Adisson, qui lait sans doute confusion avec le tableau suivant,
serait atteinte de polydactylie ; elle aurait six doigts. Cette anomalie
congénitale est aussi attribuée à Lune des ligures, la femme à droite
des l\oces de Ccina, fresque de Caliste Piazza au réfectoire des
Gélestins^ qui sert aujourd’hui de caserne militaire.
Les moines épicuriens et vandales, pour empêcher leurs plats de
se refroidir, ouvrirent une porte au beau milieu de la Cène et ampu-
tèient les pieds de Jésus qui dit ‘ « Lun de vous va me trahir » ;
paroles prophétiques applicables à Labbé jacobin goulu^ qui mutila
le Seigneur.
C’est pour la chapelle Sainte-Marthe du cloître de cette église
que François Recommanda, en 1515, le tombeau de Gaston de Foix
tué à la bataille de Ravenne, en 1512. Ce monument n’a jamais été
terminé: ses fragments sont dispersés en diverses collections.
Un tombeau antique très joli, dit un voyageur, est infixé dans le mur ;
a la partie supérieure de ce monument, on a sculpté en bas-relief une
danse des Trois Grâces, toutes nues, dont deux portent distinctement et
lort en grand le caractère de leur sexe, et l’autre, pour l’honneur du
pays et le goût des fantasques, se présente dans l’attitude ultramontaine.
Ces divinités païennes, certes, n’étaient pas trop déplacées dans
une dépendance d une église consacrée à Sainte-Marie-des-
Grâces.
De Lalande a remarqué aussi ce monument funéraire et en a donné
une description analogue, en 1769; mais, depuis, le couvent a dû
être détruit ou transformé.
5» San Maurizio. Eglise del Monastère Maggiore. — Des tableaux
d. De meme la main du buveurqui tient le verre du Bon Bock, de Courbet nnraît
avoir huit doigts, par suite de la réverbération de la main dans le niarbr’eT U
I
l’art profane a l’église
ît)0
de Luini détaillent les diltérentes phases du Martijrc de sainte
Catherine. Frère Bandello, dans sa quatrième Nouvelle.^ dit que le
peintre, à la scène de la décollation, fit le portrait de la comtesse
de Cellanti, fameuse Messaline de l’époque et sing-ulier modèle pour
une peinture religieuse, à moins qu’il ne s’agisse d’un enseigne-
ment moral indiquant le châtiment mérité par une telle incon-
duite.
Dans le chœur, une Sainte Agathe (fîg. 164), fresque de G. -A.
Beltratlio, porte ses deux seins sur un plat, bien qu'un seul fût
coupé.
(jo Satyro. — A l’abside, une peinture de Comerio a pour
sujet Massa 3 io plongeant son couteau dans le sein de la Vierge, « d’où
sortit un flot de sang », assure une véridique légende.
La frise inférieure du Baptistère est occupée par un groupe de
petits amours entremêlés de têtes colossales, parmi lesquelles on
prétend reconnaître Bramante et le sculpteur Ambroise Foppa,dit le
Caradosso, qui ont élevé et décoré cet édifice.
rr A L 1 E
IGl
Musée Brera. — Le Maj'iaçfc de la Vierye [lo Sposalizio) de
Ixapliaêl, peint pour la chapelle Albriziiii de l’église des franciscains
Fig-. 164 bis.
d attitude, en dehors de la symétrie singulière des groupes disposés
de chaque côté du grand prêtre : à sa gauche, six rivaux de Joseph
et à sa droite, six compagnes de Marie. Remarquez, côté des hom-
mes, 1 artifice qu emploie le Sanzio pour cacher... les inconvénients
de la mode des hauts-de-chausses par un geste — certes le geste est
beau — du bras gauche du jeune amoureux transi placé au premier
rang. G est le prétendant de beaucoup le plus séduisant de tous *
mais, le galant n avait pas en sa possession la braguette, nous vou-
lons dire la baguette ou la verge fleurie du Taciturne et, en sus. Tin-
décence de son costume ne pouvait que lui nuire aux yeux de la
vierge des vierges.
Modêne. Santo Pietro. — Cette église fut élevée sur remplace-
ment dun temple dédié à Jupiter; il reste de l’ancien édifice érigé
sous Trajan la corniche et la frise de la façade où sont représentés
des génies ailés, montés sur des chevaux marins.
Montefiascone. San Flaviano. — La chapelle souterraine ren-
l’art profane. — II.
11
ferme le tombeau de Févêque d’Aug'sl)oiirj^, Jean Füg-qer (li^. KJ.’J).
On sait que le saint homme eut une fin assez semblable à celle du
duc Georges de Glarence, auquel son frère
Edouard IV, avait laissé le choix de son sup-
plice et demanda à être noyé dans un tonneau de
malvoisie. De même Becri-Mustapha, favori
d’Amurath IV, au xvii*^' siècle, fut enterré entre
deux tonneaux. Quant à Régulus, nul n’ignore
quhl subit aussi son supplice dans un tonneau,
mais hérissé de pointes de fer.
Notre prélat, aussi grand amateur des vignes
du Seigneur que des canons de l’Eglise, se faisait
précéder à chaque étape par son domestique
chargé de lui signaler les auberges pourvues
des meilleurs crus. Le saïs dégustateur traçait
le mot EST sur la porte des hôtelleries de choix.
A Montefîascosne ou mont des flacons, le valet
fut si satisfait du Moscatello qu’il écrivit trois fois
sur Yosteria privilégiée le mot conventionnel est
(Il y en a). Jean Függerfut enchanté du flair de
son expert; mais, si copieuses furent ses liba-
tions qudl en mourut. Le larbin et rat de cave
traça sur la pierre tombale de l’Eminence, où
deux coupes sont sculptées de chaque côté de
ses lèvres, cette épitaphe plaisante :
Propter nimium est, est,
Dominu.s meus mortuus est!
(C’est par excès d’EST, est, que Monseigneur Ci est!)^ Le meil-
leur muscat de Montefîascone s'appelle encore Est.
Epilogue de cette beuverie tragique : le valet de chambre, à la
mémoire de son maître, fit une fondation annuelle de deux barils de
Moscatello qui, à la Pentecôte, étaient répandus sur la tombe du
1. L’inscription n’est pas aussi nette; les lettres sont à moitié effacées et mal
gravées :
EST. EST. EST. PR E {proptev) Miv {nimiiim)
EST. HIC lo {Joannes) d (de) fvg [Fuggeris] d {Domiiius)
MEVS MORTVYS EST
ITALIE
103
prélat allemaiul. Ces libations, analogues à celles que les anciens
taisaient en riionneur des dieux, furent exécutées jusqu’à l’épisco-
pat du cardinal Barl)arigo qui les convertit en distribution de pain
aux pauvres.
Moxza. Cathédrale. — Le trésor conserve précieusement, à côté
du peigne et de l’éventail de Théodelinde, une riche allégorie,
ollerte à la basilique par cette reine des Lombards ; elle représente
une poule avec huit poussins en or, symbolisant les provinces de la
Lombardie : Milan, Mantoue, Bergame, Brescia, Crémone, Corne,
Pavie et Sondrio.
Naples. 1« San Gennaro. Cathédrale L ~ Substitution fréquente
en Italie : la cuve baptismale est d’origine païenne ; c’est un antique
autel de Bacchus décoré de thyrses, masques, etc., attributs du dieu
de la treille et dont la place est indiquée dans un Musée.
Une Madeleine agenouillée est armée d\me discipline et d’un
crucifix ; mais, en souvenir de son ancienne profession, ses deux seins
s’échappent de son corsage : chassez le naturel...
Chapelle de la Vierge. Notre-Dame des Sept Douleurs porte un
cœur au milieu de la poitrine; trois poignards en argent sont
enfoncés dans chaque sein, comme de grosses épingles à chapeaux
dans des pelotes.
1. Trois fois par an — le premier samedi de mai, le 19 sept, et le 16 déc. a
lieu le miracle thaumaturgiqiie de la liquéfaction du sang- de saint Janvier, tour de
passe-passe que nos illusionnistes laïques pourraient facilement renouveler. Quand le
miracle tarde trop, les assistants crient au saint : Fa miracolo! Et, dans leur fureur
« l’accablent de sottises malpropres », sans respect pour le saint lieu. Mais des
hurlements de joie accueillent la liquéfaction du précieux liquide; les femmes sur-
tout poussent des cris perçants — c’est le femineus iilulalus de Virgile — en dénit
du précepte de S. Paul : Mnlier taceat in ecclesia (I, aux Corinthiens).
En 1789, un miracle identique se voyait à la cathédrale d’Avellino : une fiole du
sang de saint Laurent se liquéfiait pendant huit jours du mois d’août; à Bisse-dia
e sang de saint Pantaléon offrait le même prodige. Mais, déjà, du temps d’Horace
(bat. à, L. 1), une supercherie analogue s’opérait dans une ville voisine de Naples •
• De hinc Gnaiia (a), nymphis
Iratis exslructa, dédit risiisque jocosqnc ;
Durn flaninia sine, thura liquescere liinine sacra
Persnadere ciipit. Credal Judæus Apella,
Non ego.
(Gnatie, petite ville bâtie en dépit des Nymphes, nous amusa On
persuader que l’encens s’y brûlait sur l’autel, sans fen. Qu’on le fasse
Juit Apella, je ne le crois point.)
a) Aujourd’hui Anasso, à 37 mille.s de Bari, sur les côtes de la Pouillc.
voulut nous
accroire au
164
L^ART PRUFANK A l’ÉCIRISI:
Parmi les nombreux ex-voto accrochés à la muraille saillent en
ronde bosse plusieurs mamelles de carton pâte colorié; on dirait
l’étal d’un tripier.
Chapelle Saint-Janvier. A l’un des ang-les de la coupole, unepein-
lG(i.
ture du Dominiquin (lig. IbG) retrace l’enlèvement du saint au ciel;
au-dessous figurent les allégories de la Foi, V Espérance et la Charité^
le buste découvert, à la mode italienne.
Santa Anna de’ Lombardi. Monte Oliveto. — La chapelle du
Saint Sépulcre renferme un énorme groupe en terre cuite par Guido
Mazzoni, le Christ au tombeau. Le Seigneur est entouré de six figures
agenouillées qui sont des portraits de contemporains de l’artiste
mort en 1518 : Sannazar représente Joseph d’Arimathie ; Pontanus,
Nicodème; Alphonse II, saint Jean, et le fils d’Alphonse, le prince
Ferdinand (fig. 166 bis). Ces travestissements de personnages
ITALIE
165
connus devaient nuire au caractère mystique de l’œuvre; ils éveil-
laient plutôt la curiosité que le sentiment relig'ieux.
Sur un sarcophao’e de pierre, couronné d’un petit Bacchus, est
Fig'. 166 his.
gravé un distique composé par le roi Alphonse-le-Magnanime. en
l’honneur d’un mignon qui s’appelait Massimo, mot qui signifie
très g-rand :
Qui fuit Alphonsi quondam pars maxima Régis,
Maximiis , hâc teiiui iiunc tuinulatur hinno.
Celui qui fut jadis une très grande part du roi Alphonse,
res grand lui-même, occupe maintenant une place bien petite sous cette
[terre.
IGG
i/art profane a i/foiose
3° Saint-Dominique. — Le tombeau du cardinal Hector (Parada,
observe Fulchiron, présente un étrange contraste entre la qualité
du défunt et ses ornements, tous mythologiques; « anomalie inexcu-
sable, puisqu’ils furent exécutés du vivant de ce mondain prélat ».
4® Madona Dell’ Arco. — Les murs de Sainte- Anastasie, église
d’un village à trois lieues de Naples, sont couverts d’ex-voto. Une
de ces images votives montre une dame sur laquelle des médecins
en costume Louis XV pratiquent l’opération césarienne ; une autre
est le portrait d’une forte commère qui a passé la quarantaine, mais
n’avait pas encore l’âge de raison, à en juger par cette inscription
naïve : Je me débattais^ depuis trois joiu's, dans les douleurs d'un
accouchement 'impossible, quand je me vouai à la Vierge, qui me
sauva... après une difficile opération. « La réticence à son prix »,
remarque judicieusement Marcellin Pellet : nous ne pouvons que
partager son opinion.
Cette Santissima guérisseuse, après l’intervention médicale, a
trouvé à Pompéi une sérieuse rivale qui, à en juger par les marques
de reconnaissance, tableautins en argent ou en carton enluminé des
murailles du chœur, semblerait accaparer la spécialité des seins
cancéreux. Ce privilège devrait appartenir de droit à l’église Saint-
Louis {di Palazzo) delà, même ville, qui possède deux fioles de lait
— non baptisé ni stérilisé — de la Vierge.
Santa Maria di Donna Regina. — Une Vierge enceinte porte
l'image du Bamhino nu, peinte sur le ventre. A la bonne heure,
le clergé napolitain ne craint pas d'apprendre à la jeunesse que les
enfants ne viennent pas sous les feuilles des choux ; si encore on lui
disait qu'ils se font souvent sous les feuilles des arbres, de préférence
les chênes, on se rapprocherait de la réalité. Au pays de la chou-
croute, les bébés sont apportés par des cigognes ; la religion et le
nationalisme tudesques se refusent à profaner un comestible qui
appartient aux crucifères, dont les pétales sont en croix, et qui,
surtout, est un mets national.
San Paolo Maggiore. — Construit sur l’emplacement d’un
temple (Apollon ou Castor et Pollux) ou d'un théâtre. C’est là, si
l’on en croit Sénèque et Tacite, que Néron fit ses débuts d histrion.
I TALl !•:
1G7
<( Ce monstre
peuple romain
lie ce théâtre ;
s essayait en province avant de s'avilir aux yeux du
» La seconde cour présenterait encore run des murs
mais, d après Fulchiron, il ne reste plus de son orne-
mentation primitive que les deux colonnes flanquées de chaque côté
de la porte et les statues mutilées des tîls de Léda et du cygne
olympien, gardées, malgré leur origine païenne, dans un sanctuaire
chrétien (tîg. 167).
Sacristie Un tableau de Solimène, les Vertus théologales (fîg. 168),
représente la Charité^ comme toujours, les seins nus ; à Lun d’eux
est attaché une grosse sangsue d’orphelin.
Les Charités en peinture, en sculpture et même en nature, abon-
168
r/ART PROFANE A l/É(il.ISE
dent k Naples ; il ii’est pas rare de voir aux portes des églises,
comme le montre une gravure du Tour du Monde (lig. IG9) des
Fig. 168.
tableaux vivants composés d’une miséreuse, la poitrine nue, entourée
d’enfants déguenillés et allaitant le dernier né — qui ne sera pas le
dernier — c'est une Charité demandant la charité.
1. 1801, 2« sem. p. 196.
ITA LIE
1G9
7^’ San Pietro in Macello. — Plafonds enluminés par Maffia Preffi^
plus connu sous le nom de Calabrèse : d"un côfé, la décapifafion
Fig. 170.
dune marfyre ; de Paufre, son enlèvemenf au ciel par des ang-es
(lîg. 170). La sainfe a la poifrine nue duranf son ascension; mais,
pour son supplice elle esf k peine décollefée, ce qui a dû gêner
l’office du bourreau.
8*^ SannazaroL — Église célèbre par le fombeau en marbre de
Jacques Sannazar, l’aufeur du poème des Couches de la Vierge (De
F Construite sur l’emplacement de la Villa Mergelina, oITerte par Frédéric, roi
de Naples, au poète qui, à l’exemple de son ami Jovianus Pontanns, prit le nom
d Actius Smeerus; ce lieu de délices ayant été saccagé par Philbert, prince
ü Orange, Sannazar le fit démolir complètement et abandonna le terrain aux reli-
gieux servites.
170
i/aIIT PROFA^’K A l/ÉflLISF
parla Vircjinis)^ auxquelles assiste par licence poétique .luriori-
Lucine, la i)atroniie des sabres-femmes. En riionneur de cet ouvraf^e
qu’il composa sur remplacement de l’édifice religieux, on a joint au
vocable de l’église celui de Sainte-Marie del Parla . On v lit une
épitaphe latine du cardinal Bombo :
Da sacra cineri flores : hic ille Maroni
Sincerus^ musâ proximus et luniiilo.
Elle invite à répandre des fleurs sur les cendres de ce poète « qui
n’est pas moins près de Virgile par son talent que par le lieu de sa
sépulture ».
Autre licence, mais celle-ci artistique : son sarcophage (fig. 171)
disposé derrière le chœur, porte le buste du « Virgile chrétien »
en compagnie des hôtes qui hantaient l’imagination du poète, faunes,
nymphes, satyres et bergers, lesquels s’ébattent au soubassement.
Neptune y figure aussi pour rappeler que Sannazar a, le premier,
composé des églogues sur les poissons et réhabilité la mer que
Xercès fit fouetter. Apollon et Minerve concouraient à la garde et à
la décoration de ce monument : les religieux servites, comme tous
les gens de robe, scrupuleux protecteurs de la Vérité, mais surtout
pour sauver les apparences, présentent ces déités païennes sous les
noms Israélites de David et Judith gravés sur leur socle : une
variante du poulet subversif baptisé carpe. On raconte, il est vrai,
que ce pieux mensonge fut imaginé à la suite de la menace d’un
vice-roi, qui voulait envoyer à Madrid ces statues inconvenantes.
C’est pourtant Eun de ces gouverneurs espagnols qui construisit
le Château-Neuf, à l’aide d’un impôt j^rélevé sur les filles de joie.
De plus, pour en perpétuer le souvenir, il fît tracer un « ovale
allongé » caractéristique sur le parement de toutes les pierres du
bastion qui faisait face au port.
Autre curiosité artistique: première chapelle, adroite, l'archange
saint Michel, sous les traits de Diomède Caraffa, évêque d’Ariano,
mort en 1550, terrasse le démon qui est le portrait d'une belle
Napolitaine peinte sans voiles, Vittoria Avalos, laquelle poursuivait
l’austère prélat de ses assiduités. L’émule de Joseph, par allusion
au nom de son adoratrice transie, écrivit au bas du tableau cette
leçon de morale : Feeit vicloriam alléluia! Le vertueux épiscope ne
ITA LIK
171
trouva pas d’iiutre moyeu de se débarrasser d'une aussi pressante
séductrice, (iette singulière peinture de Léonard de Pistoie a donné
lieu à un dicton populaire
pour désig'uer une sédui-
sante beauté : « C’est le
démon de la Mergellina.
Fis-. 171.
Fiff. 172.
IL Cappella Sansevero. Santa Maria délia Pieta de Sangri. —
Cette église renferme le tombeau des ancêtres du prince Raymond
de Sansevero et autres œuvres^ plus curieuses par l’habileté du
sculpteur que par leur valeur artistique ; ce sont jeux de patience ou
tours de force de praticiens. Tels, un Christ en marbre, recouvert
d un linceul quasi transparent par Giuseppe Sammartino (1753) ; le
Disinganno^ le Désenchantement ou le Vice détrompé ou encore le
Vicieux désabusé, exécuté par Francesco Queirolo, et la Pudeur
due à 1 habile ciseau d’Antonio Conradini de Venise (1752).
Le Vicieux désabusé (fîg. 172) est le portrait d’Antonio di Sangro,
le père du prince Raymond. Pris dans les mailles d'un filet, — celui
des vices, — il cherche à s'en dégager avec l'aide de la Raison,
allusion à la conduite de ce prince qui, après la mort de sa femme,
172
[/art profane a l’église
se livra à une vie désordonnée; puis, renonçant au monde, à ses
pompes et à ses œuvres, se fît ermite. Le filet ciselé dans Je même
qu’elle n’avait de sévère que le
bloc de marbre est à jourettouche
à peine à la statue.
Gecilia Gaetani, mère du prince
Raymond, allégorise la Pudeur
(fig*. 173). Cette singulière figure
est recouverte d’un voile très léger
qui accuse toutes les formes du
corps, de sorte que l’effigie de la
princesse paraît plus que nue.
« Tout ce que je blâme, dit Kot-
zebue, c’est que Ton donne le nom
de la Pudeur à une statue plus
nue qu’une danseuse de l’Opéra,
de Paris : la Volupté coquette^
voilà comme je la nommerais, car
ces charmes ne me semblent si
mal cachés que j)our attirer et
séduire. » Mais c’est en réalité
une Madeleine repentie, avec le
vase de nard à ses pieds. La con-
duite légère des membres de cette
famille indique tout au moins
nom.
10° Sainte- Croix al Mercatoh
1. On voyait encore en 1835, « exposée à toutes les saletés d’une sacristie napo-
litaine », dit Valéry, une petite colonne de porphyre qui avait été élevée à l’endroit
où Gonradin tut exécuté sur l’ordre de Charles d’Anjou. L’impératrice d’Allemagne,
Marguerite, accourue pour racheter la vie de son lils, arriA a trop tard : le premier
régicide commis en Europe était consommé. Avec la rançon qu’elle destinait au
rachat de la A ie de son lils, elle fonda le monastère del Carminé dont l’église
conserve les restes de Gonradin ; la statue de la mère y est éle\A‘e et la représente
une bourse à la main. Sur la colonnette commémorative, on lisait cette pitoyable,
mais peu pitoyable, plaisanterie :
Asturis lingue leo piillum rnpicnx aqiiiliniini
liic depluinavil, acephalaniqae dédit.
Asturis désigne Jean Frangipani, le lâche seigneur d’Astura qui livra Gonradin ; le
ITA Llb:
173
1 h Cloître de l’église Saint-Martin. — Ce couvent des chartreux
possède entre autres Lal^leaux de prix un Saint Laurent du Titien, et
le tanieux Eccc Homo de Micliel-Ang-e, d’une vérité telle que, suivant
Fig. 174.
une légende fort répandue, mais sans fondement, ce Christ fut peint
d’après nature sur un paysan que Buonarroti assassina, <c après
l’avoir lié à un poteau )>.
Orvieto. Dôme. — Extérieur. — Les fameux bas-reliefs du sou-
bassement dus au ciseau de Nicolas Pisan et inspirés des Écritures,
ont pour thème la Création de l’Homme et de la Femme et le Juge-
ment universel. Celui-ci comprend deux tableaux tumultueux —
la Résurrection et les Damnés — où les nudités ne sont pas ménagées.
Les réprouvés évoluent sur deux zones superposées : au premier
étage (üg. 174), ils se dirigent en monôme vers l’Enfer ; au rez-de-
chaussee (fig. 178), ils sont aux prises avec les tortionnaires infer-
naux. Du côté opposé, c’est la marche à l’étoile des élus.
Intérieur. — Chapelle de la Madone de Saint-Brice {San-Brizio).
es peintures de Benozzo Gozzoli offrent une bizarre disparate de
sujets païens (fig. 176, 177) et chrétiens ; des divinités mythiques y
coudoient des saints et des poètes anciens, Cicéron, Ovide, Horace,
lion, leo, ligurait clans les armes do Krance. Uannelons encore ee „ • ,
intéressant bien qu’il sorte de notre cadre ; mais nous ne sommes pas a ime cF
s.on près. Le bourreau qui e.-cécuta le jeune prince fut poignardé- par un , i
acolytes, .. pour anéantir le vil ministre qui avait versé le sang d’un rii i ,?
I. A UT PUOFAN1-: A U EGLISi]
17 1
Sénèque, Dante, Virgile, dans les scènes tirées de leurs œuvres. Cet
artiste plein de verve et de fougue, que nous retrouverons à Pise,
Fig. 17G, 177. — Fresques de Signorelli, d’après d’Agincourt.
nous montre Orphée et Eurydice, VEnlèvement de Proserpine,
Perses et Andromède, le Conibnt d Hercule et des centimes, la
ITALIE
175
Dcsccnfc (I Encc aux enfers, qu’un tombeau d’é-
vèque a fort eiidoinmag’é ; sans compter Diane,
Dallas, Venus *.<. et de lasciA^es nudités », dont
le cler^'é de 1 église a dû cacher quelques parties
par les ornements d’une boiserie, au dire de F. de
Mercey.
Les remarquables fresques sur bois, où Luca
Signoielli (1499) a traité le Jugement dernier ,
couvrent les deux parois latérales de la chapelle
et se divisent en quatre compartiments.
Ganova, pour son groupe de V Amour et Psyehé,
s est inspiré de deux figures qui ressuscitent.
Il n’y a peut-être pas au monde, dit J. de Bonnefon, d’étude de nu
plus puissante que celle où s’est employé Signorelli dans sou Entrée des
m;
L ’ A R I’ 1» R O l< A N 10 A f/ K (i U S 10
élus. Il y a là des femmes aux seins dégradés, des anatomies de moines
extravagantes dans leurs chairs graisseuses. Certain danseur napolitain
Fig-. 180. — Groupe placé en dehors du tableau principal des Damnés.
(fig. 178) campé au premier plan, révèle son origine par la coiffure, seule
pièce du costume qu’il ait conservée... La /?è5iz/'rec^zo/i de la chair ménsige
des surprises aux alarmes faciles de la pudeur moderne. Les squelettes
même ont l’impudeur du geste, comme certain page vêtu ou plutôt
aggravé d’un étrange maillot.
Les Damnés (fîg. 179) offrent aussi de nombreux points de com-
paraison avec ceux de Michel- Ange. Vous savez^ que Signorelli s’est
offert le malin plaisir de peindre une maîtresse infidèle, Luca, toute
nue, terrifiée par un démon c[ui l’emporte au noir séjour sur ses ailes
de chauve-souris. Isolons de cette originale et terrible composition
deux autres groupes où les démons maltraitent des pécheurs (^fig.
180, 181) et surtout des pécheresses récalcitrantes, qui ont fini par
1. Les Seins dans V Histoire., fig-. LR).
1 TA LIÉ
177
trouver leurs maîtres (tig. 18:2).
Les agents de Lucifer, comme ceux
de Lépine, ne connaissent, en fait
de galanterie, que « le passage
a taljac )) .
Padoue. 1« Saint-Antoine —
La maigreur et la nudité de la
façade de cette basilique jurent
avec l’abondance, la richesse et le décolleté de sa décoration
in erieure qui i chausse sa splendeur architecturale.
Le tombeau du général vénitien Contarini est surmonté d’une
figure allégorique, la Tempérance (fig. 183), qui baisse modeste-
ment les yeux, mais découvre sa jambe et sa poitrine. Sur un autre
mausolée, un squelette ailé sonne de la tromjjette.
1. Sur les parois de cette basilique se déroulent les incidents de la vie du saini ■
d va sans dire que ces motifs n’ont rien de commun avec les illustrations dn Grand
vm^L^t^rvoti mféctan^ruion^ >’'--onr dn texte
En tétant, il fermait ses yeux, oui, tout l’indique !
Et lorsque sa nounou laissait un peu troj) voir
Son biberon de chair, alors bébé pudicjue,
Il lui disait tout bas : « Prenez-moi et; mouchoir. »
dutls C . V ‘>““’ment an dôme padouan pour être renro
du.ts contentons-nous de donner la scène de la TenUlio (fig. 182 bis) hitermé
avec le bno et la verve du crayon de W. Busch niterpictec
i/art profane. — II.
12
178
l’aUT profane a r/ÉGLISF
Derrière le sanctuaire, une toile de premier ordre de Tiepolo, le
Martyre de sainte Agathe^ montre un bourreau qui lui arrache le
Fig, 182 bis. — Soudain, sur ses genoux, elle étala ses grâces. Fig. 183.
Le IL Bazalgette, dans la Chronique niédieale^ attire
l’attention sur l’autopsie d’un avare, l’un des hauts-reliefs en marbre
blanc de la Chapelle du saint :
Le cadavre, des plus cachectiques, est couché sur une table ; il pré-
sente une longue incision thoracique traversant obliquement la ligne
médio-sternale. Le médecin, placé à sa gauche, a encore les doigts dans la
plaie et paraît tout étonné de la découverte qu’il vient de faire : au lieu du
cœur qu’il cherchait, il a trouvé une pierre, de forme quelconque, qu’un
groupe d’assistants considère avec surprise et elfroi, dans une cassette
à moitié remplie de pièces d’argent.
Et saint Antoine apparaît sur la droite du tableau et semble démontrer
à la foule la véracité du vieil adage :
A la place du cœur, l'avare a un caillou !
Entre autres richesses artistiques figure dans le chœur, à côté de
l’autel, un candélabre en bronze, haut de 3 m. 60, ciselé par Riccio
(1507). 11 est couvert d’une foule de motifs bibliques (hg. 184) et
païens où dominent les torses féminins, bien que cet appareil soit
I
ITA LIE
179
destiné à porter le cierge pascal. De même, le porte-encens du trésor
est orné de néréides à double queue b
2^ Eremitani (Ermites). — Des
fresques de Mantegna ont pour
sujet les sept planètes qui règlent
les sept âges de l’homme ; Vénus
y préside à l’Adolescence — Ado-
lescentia dominât Venus per annos
scptcni. Mercure, d’après Valeiy,
serait habillé en moine, un livre à
la main !
'V Madonna dell’ Arena. —
Giotto, le restaurateur de la pein-
ture, s’éloigne quelque peu de la
donnée dantesque dans son Juge-
ment dernier. Cette page, à la fois
sublime et malicieuse, fourmille de
détails inimaginables; nous en dé-
tachons les plus pittoresques. Les
lubriques sont accrochés par où ils
ont commis le péché de fornication (fig. 185); l’un de ces luxurieux
est abeilardisé (fig. 186) ; une pécheresse sollicite la bénédiction
d un évêque simoniaque, tant il est vrai que l’Enfer est pavé de
bonnes intentions et qu'avec lui il y a aussi des accomodements
(fig. 187) ; l’Avarice, personnifiée par un vieux fesse-mathieu qui
a le sac, est entôlée par l’Avarie, qui lui fait de l’œil, mais non à
1. La sacristie possède un vase d’argent doré, servant à la confirmation, qui est
couvert de figures profanes. A farchevéché se trouve le portrait de Pétrarque, qui
se convertit comme Boccace et fut pourvu d’un canonicat ; tout en invoquant Dieu
et sa muse, il partagea son temps entre les devoirs de son bénéfice et les tendres
yuveniiy de sa Laure. « Rendons grâces au clergé padouan, écrit Ducos, d’aioir
inauguré l’image d’un prêtre moins connu peut-être par sa dévotion que par la mon-
danité de ses amours. » D’ailleurs, la vertu n’était pas la marque distinctive du
clergé de l’époque : Balthazar Castiglione nous a laissé do ses désordres une fidèle
peinture. Par exemple, ce colloque d’un religieux de Padoue et de son évéque. Les
cinq religâyscs d un couvent que le moine dirigeait se trouvèrent enceintes. « Que
répondrai-je a Dieu, disait le prélat, au jour du jugement pour excuser mon défaut
de surveillance ? — Monseigneur, répliqua le religieux, vous citerez l’Evangile :
Domine quinque lalenta tradidisti rnihi ; ecce alia quinque superlucratus sum. »
Fig. 184. — Adam et Eve chassés
du Paradis.
I
180
i/art profane:: a i/é(;lisk
Tceil (lîg. 188), Tamour vénérien
Fig. m.
poitrine, mais celle-ci est aussi
anomalie non moins rare
en Italie, la Charité
ferme hermétiquement
son corsage ; elle se con-
tente comme attribut de
tenir un cœur à la main.
A la chapelle de Scro-
vegm, Giotto représente
Anne, déjà grosse, lors
de sa rencontre avec
Joachim sous la porte
dorée.
est vénal, pas d’argent, pas de
cuisse ; plus loin,
une autre variété de
supplice de la Lubri-
cité (fig. 189); une
scène de jiu-jitsu
(fig. 190), etc.
Par contre, au-
dessous de ces ima-
ges grotesques ou
« giottesques », les
Vertus et les Vices
sont peints en ca-
maïeu avec une ré-
serve exagérée et
qui rappelle que
trop souvent l'hy-
pocrisie prend le
. masque de la pu-
deur. La Co/èrc, par
exemple (fig. 191),
ouvre son corsage
pour se déchirer la
plate qu’une latte, et, par une
Fig. 18G.
4° Santa Giuslina. — Hieronymus Gampagnola a peint, sur les
ITALIE
181
pilastres du cloître du Monas-
tère Majeur dont Sainte-Justine
dépendait, des arabesques ana-
logues à celles des Loges va-
ticanes, qui sont peuplées à
profusion d’êtres fictifs du
monde mythologique, tels que
satyres, faunes, nymphes, bacchantes, driades, cupidons, néréi-
des, sirènes, chimères, etc., traités surtout au point de vue dé-
Fig. 189. Le moine et la petite bête qui monte, qui monte...
182
l’art profane a l’églïse
coratif et où les mamelles jouent un rôle important. A part le
déjà vu, comme les trois Grâces (fig. 101 a), les prisonniers de
guerre, la Force hypermamelée (lig.
191 ù), etc., certains motifs se distin-
guent par leur originalité propre : la
Fortune nue, sur une boule, se laisse
guider au gré des vents à l’aide d’une
voile (fig. 191 c) ; deux serpents tettent
un animal fantastique à double corps
(fig. 191 d) ; deux tiges verdoyantes
sortent des mamelons d’une nymphe
(fîg. 191 g) ; au-dessous d’elle, les
Fig. 191.
organes d’un amour servent de support à un ruban qui les traverse;
une nymphe fait gicler son lait dans une coupe tenue par un petit
satyre (hg. 191 c) ; un amour callipyge, bien râblé, se montre assis
de dos entre deux chimères mamelues et semble parodier, a pos-
teriori, la Comparaison de Lawrence (fig. 191 f) \ etc. Çà et là sont
piquées des maximes dans le goût de la suivante : obseqvivm amicos
VERITAS ODivM PARiT (la flatterie engendre les amis, et la vérité, la
haine).
5° Scuola del Santo {Confrérie de Si-Antoine). — Voisine de la
cathédrale, elle offre de curieuses fresques que Valéry attribue à
l’école du Titien et qui ont trait à la vie du saint.
Deux surtout sont admirables ; elles rappellent en même temps les vio-
ITAT.TE
183
lences jalouses des maris de cette époque et la commisération de sain
Fie’. 191 a.
Fig. 191 b.
Fig. 191 c
Fig. 191 d.
Antoine pour les femmes : lune représente la femme que son mari
184
l’art PROFAISE a l’ÉCxLISE
poignardée, et qui est rendue à la vie par le saint; dans l’autre, une mère,
aussi fort suspecte à son époux, est justiliée par l’enfant dont elle vient
d’accoucher, qui reconnaît son vrai père.
Fig. 191 e. Fig. 191 f.
Parme. P Le Dôme. — Plusieurs hauts-reliefs décoratifs à carac-
tère profane (fig. lî)2, 103) ont été reproduits dans les Noces de
Philippe V et d'Élisabeth Farnèse, régente de France, qui furent
célébrées à cette cathédrale en 1727.
Les parois de la coupole sont couvertes de la large et merveilleuse
Assomption de la Vierge, <( la reine des frescpies », peinte en trompe-
l’œil par le Gorrège ; on n’y distingue plus qu’une multitude de
jambes nues d’une étourdissante virtuosité (fîg. 194), dont plusieurs
trahissent leur sexe. Le motif de la ligure 195, par exemple, pour-
rait servir de pendant aux Hasards heureux de V Escarpolette par
Fragonard : le volatil céleste et si leste montre son périnée à vol
d’oiseau, région anatomique que le langage raffiné du xvii® siècle
appelait « le raphé » L
Ces jambes appartiennent à des anges « purs et radieux », ou mieux
à des cupidons qui s’élèvent d’un vol rapide, et rappellent, sans la
justifier, la question gouailleuse prêtée à un marguillier scandalisé
par tant d’audacieux raccourcis et la hardiesse de leur nudité :
« Est-ce un plat de grenouilles — un guazzetto di rane — que vous
1. Louis XIV, disait le galant Mercure, « a une petite tumeur à côté du raphé » ;
autrement dit une fistule à l’anus.
avez voulu peindre? » deinaiida-t-il au peintre de la grâce et de la
volupté. 11 paraît que cette raillerie déplacée blessa l’artiste au point
de le faire renoncer à la moitié de son œuvre.
Fif,''. 191 Cf.
Fig-. 191 h
Dans cette Assomption^ remarque M. Armengaud, comme pour
varier l’impression, le Gorrège s’est laissé aller à l’enjouement de
son génie. Laissons parler l’auteur des Galeries publiques de l'Eu-
rope :
^ Parmi ses 'Irais Vertus théoloqales des pendentifs, la Charité, conçue
(1 une laçon toute profane, est lorgnée en quelque sorte par un petit ange
indiscret a tête d Amour. Lt clans un coin de la voûte môme, l’artiste, qui
avait à se plaindre du prieur, a placé, droit en reg-ard du poste ordinaire
de celui-ci, une figure singulièrement jetée et dont l’aspect ne peut être
ï/Ain’ l*ROFANK A l/ ÉGLISE
l8(i
qu’une malicieuse ironie 195). Vengeance bien innocente, à coup
sûr, et souriante pour ainsi dire, comme tout ce qui émane de ce souriant
esprit, qui n’a jamais connu la colère,
qui a donné meme je )ie sais quoi de
tendre et de doux à la douleur et à la
mort elle-raôme.
A la zone inférieure de la coupole
sont groupés les Patriarches, les
Apôtres et les Saints, émerveillés,
bouche bée, dans Pattitude de la
vénération ; plusieurs adultes nus
allument des torches et jouent de
divers instruments (fîg. 196). Aux
quatre pendentifs, en dehors de
cette foule d'éphèbes et de jDerson-
nages célestes, se tiennent les
quatre saints protecteurs de la ville : saint Hilaire (lîg. 197), saint
Fig-, 193.
Bernard (lîg. 198, pl. VII), saint Thomas (lîg. 199) et saint Jean
(lîg. 200), qui forment quatre groupes à part, entourés de figures
Planche VJI
I
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I l' ALI E
187
)
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aiiî;’éliques, quel([ues-iines fraiicliement sexuées, à cheval, assises ou
couchées sur des nues et sans le moindre voile.
(iette Assoniption fut fatale au Corrèg'e : en portant le prix de son
Fig-. 194.
travail, en monnaie de hillon, dans un g-rand sac, il contracta une
pneumonie dont il mourut.
A 1 autel d une chapelle, une Sainte Famille du Corrèg'e montre
un saint Jérôme et une Madeleine à peine drapés ; Jésus hadine avec
l’ondoyante chevelure de la pécheresse. De nombreuses copies ont
été faites de ce chef-d’œuvre, mais aucune n’a pu saisir le sourire
enchanteur de Madeleine transformé en grimace.
O
2® Baptistère. — Au tympan du g-rand portail est fixée une singulière
représentation du Jugement derniei'^ avec moult nudités dans des
188
i/art RROFANE a isk
attitudes extravag’aiites, La façade porte, en outre, des indices de la
religion de Zoroastre.
Fig-. 19G.
rrALTiî
189
r
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La voûte est couverte de fresques, où Diane et Apollon fig-urent
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V
«
à côté des prophètes, des évangélistes et des apôtres; Valéry y lut
le Spiritüs intùs alit, du VD livre de Y Enéide.
, 3« San Giovanni Evangelista. — Les bénédictins, en 1520, char-
gèrent le Gorrège ddllustrer leur sombre coupole ; Lémule de
Raphaël y célébra une vision de saint Jean, la poétique Glorification
190
L A H T l' U O F A N F A L K fi [. I S K
du Christ. Le sauveur est entouré des onze pi’opa^ateurs de la foi ’
et d’ang'es g-igantescpies. « Ces enfants cpii se jouent au milieu des
Fig-. 199. — Saint Thomas.
nuages, ces ligures, écrit le président Charles de Brosses, sont
dessinées d’une hardiesse inouïe et plafonnent d’une manière si vraie,
si perspective, qu'assurément il ne s’est jamais rien fait d’égal en ce
genre. » Le Gorrège, ajoute notre spirituel touriste, ne s’est guère
1. Les sujets des pendentifs représentent chaenn un Evangéliste et un Docteur de
l’Eglise : saint Jean et saint Angnstin, saint Matthieu et saint Jérôme, saint Marc et
saint Grégoire, saint Luc et saint Ambroise.
ITALIE
101
inquiété de suivre la tniditioii ; « il n’a pas craint de représenter
plusieurs des Apoti'es nus », comme des dieux de l’Empyrée, par
Fig-, 200. — Saint Jean.
opposition aux Evangélistes et aux saints protecteurs de l’Église
qui occupent les pendentifs de la catliedrale. Là, ils sont si soigneuse-
ment habillés qu on a signalé « l’ampleur olympienne » de leurs
draperies ; saint Thomas est même botté.
Cette église^ comme la précédente, possède une Sainte Agathe,
au début de son supplice (lig. 201), mais cette œuvre est du Parmesan!
192
i/aRT PROFANK a l/É(iI.ISË
4® Couvent de Saint-Jean l’Evangéliste. — Au carrefour des corri-
dors de ce cloître, ou a placé quatre statues de Begarelli, d’après les
dessins du Gorrège. Près de la Vierge se tient Jésus, une palme à la
main, et « dans une complète nudité, quoique sa taille annonce qu’il
est sorti de la première enfance » .
5® Couvent de Saint-Paul. — On admire, en cet ancien monastère
de religieuses soumises à l’ordre de saint Benoît, la « Chambre » des
fresques du Gorrège. Ge sont les mieux conservées de toutes celles
193
n'A LIE
({U a conçues 1 élégant peintre de la vérité. Elles ont été exécutées
de lois à 1520, sur les désirs de Fabbesse Jeanne de Plaisance, une
mondaine — mais non une nonaria^ — en cornette, pour orner la
Fig-. 202.
voûte d’une salle principale du couvent, oratoire, boudoir ou réfec-
toire. La voûte figure une treille couverte de feuillages, de fleurs et de
fruits ; elle est divisée en plusieurs secteurs percés de quatre fausses
ouvertures ovales, où s’ébattent des enfants nus — les célèbres Putti
del Correggio (fig. 202, 203). Au-dessous de ces médaillons folâtres,
la base de la voûte est ceinte de seize lunettes, semi-circulaires^
feintes, simulant des niches où s’abritent des personnages de la
fable . les trois Grâces (fîg. 203, 204) sans voiles, les Parques drapées
et adées, la Fortune, Endymion (fig. 205), Adonis, Minerve, Vesta
allaitant Zeus, des vestales sacrifiant à leur divinité, enfin Junon
(fig. 206), en costume de Vénus. Elle subit le châtiment que lui
valut son complot avec Neptune pour détrôner son époux. Jupiter,
dans son juste courroux, fit suspendre la traîtresse à une chaîne d’or’
1. Prostituée qui, du temps de
I/ART PROFANE. — II.
Perse, ouvrait sa maison à 3 heures après midi.
13
avec une enclume attachée aux pieds. Quant à Aphrodite^ elle brille
par son absence ; elle n’eût cependant pas augmenté le scandale de
ces inconvenances mythiques, bien que ces nudités ne relèvent que
du goût et de l’art. « C*est, dit Gustave Planche, la mythologie
païenne prise du côté gracieux, mais non du coté lascif. »
La plus piquante de ces peintures est isolée sur la cheminée ; c’est
la figure de Diane, en char traîné par deux biches blanches. La
déesse de la chasse est sullisamment décolletée (fig. 207) et paraît
sous les traits de l’abbesse elle-même. Nous ne savons si son
favori Endymion est aussi un portrait; en tous cas, il apparaît abso-
lument nu.
I
ITALIIO
195
A la clef (le voûte, une crosse, insigne religieux de Tabbesse, est
juxtaposi'e à trois croissants enchevêtrés, les attributs de Diane :
touchante fusion du christianisme et du
paganisme,
Fiy’. 204.
Fig. 205.
En agissant ainsi, cette religieuse faisait acte d’indéjiendance à la
barbe d’un evêque tatillon et maussade qui voulait imposer son
autorité à la réfractaire. Celle-ci ne se contenta pas de railler le prélat
avec ses peintures anti-orthodoxes ; elle y mêla des inscriptions
ironiques, en grec et en latin, à son adresse. La victime mitrée
criblee des flèches de la Diane monacale, en appela au pape, et
1 abbesse, qui n avait avec Jeanne d’Arc rien autre de commun
que le prénom, fut obligée de fermer son couvent; nous allions dire
son « salon », sa maison d’illusion, son bateau de fleurs. « La
place d’abbesse, disait la babillarde Sévigné, est toute propre
aux vocations un peu équivoques ; on y accorde la gloire et les
plaisirs. »
Ces peintures justifient la suave allégresse du nom de famille du
Corrège, Allegri.
196
i/aHT l'ROFANË A l’ÉGLISË
()® Galerie des Arts. — Un curieux tableau du Corrège montre le
Christ sous l’aspect d’un Adonis, complètement nu (fig. 208 his).
Pavie. Gertosa (Chartreuse) b — Nous retrouvons, une fois de plus,
sur la façade de cette coquette égdise, qui tient le record de 1 orne-
mentation, les promiscuités de l’art païen et de l’art chrétien ; des
nudités de l’Olympe prennent contact avec la Vierge et les saints.
La Charité du tombeau de saint Augustin ne livre qu’un sein à
deux affamés ] aussi se le disputent-ils avec acharnement.
1 Dans nos Sems à l’Eglise, p. 1, nous avons parlé de l’cx-voto vu a la cathédrale
de Pavie et figurant un moine augustin sur une jument montée par un << coquin
de mulet ». Nous retrouvons dans la Vie privée du cardinal Dubois nn tait ana-
logue à cette bambochade, mais où le frocard a changé de monture et se trouve en
danger de panache : .
«Le P Joseph, ce Capucin si célèbre sous Louis XIII, servait au siege delà
Rochelle en qualité d’Aide-de-Camp au Cardinal de Richelieu, et portait ses ordres
dans l’armée. Comme il se plaignait toujours de l’indolence et de la paresse des
chevaux que lui donnaient les écuyers du Cardinal, ils lui en choisirent un des plus
ITALIE
197
Pelk). — Peintures remarquables de Fiammenghino ayant trait
au JiKjcnient universel et à V Enfer.
des miséricordes du chœur, des centaures lutinent des nymphes
plus nues qu’émues (fig-. 209, 210).
iVIentionnons un charmant bas— relief ou sont fîg'urés à mi-corps,
mais bien en formes, nos premiers parents: le trop débonnaire Adam
console Ève, au lieu de la houspiller vertement, après la faute.
2 Sâint-André Gt S&int-BGrn3.rd. — E) un des bas-reliefs de
Duci, 1461, où se déroulent les épisodes de la vie de saint Bernard,
nous détachons divers motifs à nudités (fîg-. 211, 7jis, ter).
PiSE. 1® Le Dôme. En faisant la part de l’exagération permise
à un versificateur, 1 impression rimée de Bordes sur cette cathédrale
(août 1755) nous donnera un avant-goût des curiosités artistiques
réunies dans ce groupe d édifices, unique au monde, qui comprend
108
l’art profane a i/éllise
le Dôme, le Baptistère, le Campanile^ et le Campo-Santo, au milieu
d’une solitude imposante qui gagnerait cependant k être piquée de
quelques arbres :
Ici, dans sa gloire niché,
L’Eternel tendrement penché,
Darde un rayon droit comme un cierge ;
L’Esprit-Saint, sur le bout perché,
S’amuse à becqueter la Vierge.
En faveur des humbles élus,
Les saintes vont, troussant leurs cottes,
Et le malin petit Jésus,
Montrant ses appas ingénus.
Fait rouler l’œil à la dévote
Qui se trouble dans ses Aejaus.
Oiïrant leurs attraits sans mistère,
Ici, des anges féminins,
A la barbe de Dieu, le père.
Lui débauchent d’honnêtes saints.
O douce indulgence du pape !
Partout, son empire bénin
M’otTre les temples de Priape,
Peints des crayons de l’Arétin,
En voyant plus d’une Madonne,
L’Amour même s’y méprendroit.
Et le petit Dieu s’écrieroit :
« Ah ! voilà maman en personne ! »
Que d’appas ! quels traits ! quel regard !
Cet oiseau, qui sur elle tombe.
Ah ! je le vois, c’est la colombe.
Qui va s’atteler à son char.
Là, sous la chaire évangélique.
Brille, en marbre, un grouppe à l’antique
Figurant, dit-on, les vertus ;
Et ce sont, le pourrez-vous croire ?
Trois nymphes étalant leurs c...
Et le reste, à tout l’auditoire.
Aucune décoration extérieure ne répond k notre programme;
cherchons k l’intérieur. Ici nous n’avons que l’embarras du choix.
1 Cette tour penchée — une tour de force — ivolTre rien de remarquable pour
nous que son inclinaison. Elle nous fait souvenir d’un mauvais « tour », pardon,
que nous avons joué, par ordre supérieur, à Fun des édifices religieux de Pans, a
la construction duquel nous avons participé en qualité de cliei d atelier, avant
d’embrasser la carrière paternelle. Nous avons hâte d’en décharger notre conscience.
ITA UK
H)9
Les clôtures du clueiir sont couvertes de bas-reliefs profondémenl et
dextrenient fouillés. Tout d'abord l’atteiition se porte sur la mise en
scène mouvementée d un JLiffciTtent dernier où g'rouille tout un
monde de Lautre monde, démons et damnés parés du nu inhérent à
ce thème traditionnel.
Au voisinag’e du maître-autel est accrochée une portraicture de
la benoîte Sainte Catherine d’Andrea del Sarto ; c’est le portrait
profane de 1 épouse du peintre, « une femme sans honneur, dit
Sterne, dont il fut le jouet ». De même, au cloître del’Annunziata, à
Florence, la Madona del Saeco est Fimag-e de cette indigne Lucrezia
Chaque fois qu’il s agissait de glisser dans les fondations une pierre de taille avec
tare, lil, délit etc., nous avions ordre de retenir à un déjeuner prolongé et copieu-
sement arrose 1 inspecteur de la Ville. Ne vous étonnez donc pas siî un ioi!r du
autie, l une des tours de cette eglise prend les airs penchés du campanile pisin
culpa! En tout cas, on ne pourra pas appliquer à ce monument ce que
saint Matthieu dit de la londation de l’Eglise ; « Elle n’a point été renversée paLe
quelle avait ete bâtie sur le roc. » Moralité : le constructeur fut décoré.
200
r/ART PROFANE A ï/Éfir.ISE
et la Madona dclla sedia (la Vierge à lu ehiiise), de Raphaël, est le
portrait de sa maîtresse ; mie laide ligure ne serait pas un attrait
pour la dévotion. Dame
Marie Pétel, la fille d’A-
lexandre Dumas, retirée
au couvent des dames de
l’Assomption, k Passy, a
peint, pour la chapelle
de ce huen retira, son
épicurien de père sous les
traits d’un capucin... de
l’abbaye de Thélème, sans
doute.
La lampe monumentale
suspendue dans la nef et
dont les oscillations mi-
rent, dit la chronique,
Galilée sur la voie de la
théorie du pendule b sup-
porte quatre adolescents
nus et bien râblés. Ces
éphèbes en bronze jouent
le rôle d’atlantes et sont
les motifs principaux de
la décoration (fîg. 212).
L’un des chapiteaux du chœur est occupé, d’un côté, par un
triton, une néréide et leur petit; de l’autre, par des groupes d’amours
déplumés qui s’ébattent au-dessus de masques de satyres (lig. 213),
tous personnages de la fable qui n’ont rien k voir avec la religion
catholique.
Transept, aile droite. Chapelle de Saint-Renier [San Reniera)
patron de Pise la Morte. Une niche abrite a une statue de Mars, dit
Baedeker, vénéré sous le nom de saint Ephèse » (lig. 214). Ce saint,
dont la vie est peinte k fresques au Campa Santa, était un général
romain qui reçut de rarchange saint Michel l’étendard de la victoire
1. Tandis que rinclinaison du Campêinile lui permettait d’étudier les lois de la
ehute des eorps.
Fi"-. ^>11 bis.
1 TAT.l ! •:
201
pour la ij;-uerre contre les infidèles. Il porte une sorte de caleçon de
hain et des molletières ; tout le reste est un.
Aile g-auche. En arrière de la chapelle du Saint-Sacrement [Santissi-
Fi^', 21 1 tei\
mo) se cache, comme en pénitence, la Tentation d’ Ève par Mosca.
« Le sculpteur, dit le président de Brosses, a donné très hors de
|3ropos une tête de femme au tentateur, puisque de toutes les têtes
qu il pouvait lui donner, celle-ci était la moins capable de tenter
notre première mère. » L^observation est juste et s’applique à tous
les artistes Raphaël compris — qui sont tombés dans cet erre-
ment. En se baissant pour atteindre une branche de pommier
destinée à ombrager sa nudité, Eve accuse ses formes postérieures et,
n était le milieu où elle se trouve, pourrait être prise pour une Vénus
callipyfje, draperie en moins. M. Muntz lui trouve un air de famille
avec la Vénus de Médicis et y voit une copie de cet antique faite par
Jean de Pise (fîg. 215). Effectivement, Ève comme Aphrodite porte
la main droite à distance de son sein,
Con VaHi'o il dolce porno ricoprissi
(De 1 autre main couvrait la pomme si douce de sa poitrine) ; et de
la gauche, si cuopre le parti onde la Donna arrossi, quando si scuo-
202
i/aut l'uoFAM': A i/É(;usi:
prono, ce qu’elle fait sans y toucher non plus. Comme la V(hius
accroupie du Vatican, elle se penche et avance un peu le g’enou droit
pour se mieux cacher.
Même chapelle^ une niche est occupée par la statue d'une martyre
dont la poitrine est découverte (lig-. 216). Liée à un poteau, elle fixe
le ciel, sa récompense espérée : on voit à ses pieds une grosse pierre
entourée d’un cordage. Ces détails sont insuffisants pour déceler la
personnalité de la sainte. Est-ce sainte Christine avec la meule qu'on
1 'l' A L 1 !•:
203
lui attacha îiii cou pour la précipiter dans un lac, après lui avoir
tenaillé les seins qui sont intacts sur l’eftigie?
Revenons à la nef et arrêtons-nous devant
Tadinirable mausolée du cardinal Scipionis
qui est orné des lîg-ures de la Foi et de la
Charité. Le sein g-auche de celle-ci est saisi
à deux mains par un petit goulu tout nu et
trop dodu pour un miséreux.
Le tombeau de Lempei’eur Henri Vil, cjui
dit-on, fut empoisonné avec une hostie,
n’existe plus. Ce fâcheux
accident provoquait trop de
commentaires désobligeants
sur le clergé d\alors.
KV'V
Fie-. 213.
Fig-, 214.
Fig-. 215.
Fig-. 210
Abside. Le Sacrifice cV Abraham peint par Razzi, le Sodona. Isaac
est entièrement nu, comme il convient à toute victime expiatoire; le
jeune Israélite est agenouille et se présente de face, de manière à
montrer que le peintre a oublié de le circoncire.
Nef latérale droite. La Soumission de Richard Cœur-de-Lion., à
204
l’art profane a l’éllise
TolemolU'as, peinte par Tolermadia. Au premier plan, une femme
dépoitraillée, assise sur le sol (lig“. 217), allaite un enfant nu au sein
Fig. 217.
gauche, et laisse pendre du côté opposé une colossale mamelle
gorgée de lait; une jeune fille, en chemise, s’appuie sur la tête de
son exubérante mère. Jamais un peintre de la chair, sans en excepter
Rubens, n’a tracé une tétasse de ce volume ; il est vrai que cette
nourrice hors concours allégorise la Ville de Pise. Elle figure aussi
au Muséum sur une toile de Salimben, avec les mêmes appas rebon-
dissants de vache laitière ; et nous la retrouverons encore, mais plus
étique, dans la chaire du Baptistère.
Vis-à-vis, sur le mur de la nef latérale gauche, un tableau dont
nous ignorons le sujet représente un saint à qui les mères demandent
de bénir leur multiple progéniture ; l’une d’elles lui désigne trois
enfants dans le même berceau et en tient un quatrième, qu’elle
allaite sur ses g'enoux. L’attitude de ce bambin vorace est des plus
expressives ; de ses jambes, il s’arc-boute sur le giron maternel,
tandis que de ses mains crispées il s’accroche au sein maternel et le
ITALIE
205
ventouse de sa bouche avide. 11 est diiricile de montrer plus d’appétit
pour le lait et la chair (tig*. 218).
2® Baptistère. — Une néréide à
queue double sculptée sur l’iin des
modulons rappelle que Pise, bien
qu’à environ dix kilomètres de la
mer, fut une des premières villes
maritimes de l’Italie, la rivale de
Gènes et de Venise. Il est vrai que
cet emblème aquatique est aussi
familier aux baptistères.
Le fameuse chaire, pulpito ou
pergamOy en marbre, sculptée par
Fig. 218.
Fig. 219.
Giovanni Pisano après la défaite de la Méloria (1311), occupait pri-
mitivement la nef centrale du Dôme, mais elle fut en partie détruite
par la chute de la toiture lors de l’incendie du 15 octobre 1596.
Quelques fragments ont pu être sauvés, les statuettes des angles
entre autres, et figurent dans la chaire actuelle du Baptistère recons-
truite en 1607. La restauration en a été opérée par Fontana, profes-
seur à 1 Académie de Pise, et est exposée au Musco civico établi
dans l’ancien couvent de Saint-François.
i/aUT 1* ko F an K A l/ ÉGLISE
U) G
Quatre des colonnes sont formées de cariatides supportant les
chapiteaux ; rune de ces colonnes, la plus curieuse, g-ioupe à sa hase
les vertus cardinales païennes qui supportent la première des vertus
théologales chrétiennes, la Charité (fig. 219). Celle-ci personnifie
encore Pise qui abandonne son sein à ses enfants. Cette tendre mère
en porte deux sur les bras ; fun, prend la maigre mamelle qui sort
par Pouverture pratiquée au corsage maternel, et Fautre, prend...
un temps de repos F Tandis qu’elle remplit sa noble fonction, deux
aiglons, perchés sur ses épaules, — l’emblème de la force et du cou-
rage, — lui inspirent des sentiments généreux (hg. 220).
Rien déplus tragique, écrit M. Paul Bourget F de plus douloureux que
la figure dans laquelle Fartiste a incarné sa cité, atteinte déjà. C’est une
grande et maigre femme, voûtée, déformée, presque bossue. De sa poi-
trine rentrée jaillissent deux seins très petits auxquels sont suspendus
deux nourrissons maigres comme elle et qui sucent, de leurs bouches alFa-
1. Le rédacteur eu chef du Bulletin inoiiuinenlal (tome VII), se trompe double-
ment eu prenant cette allégorie pour la Fortune et eu lui découvrant « deux seins
d’une fécondité inégale, qui sortent de sa robe ».
i. F tildes et Pur traits.
1 T A L 1 10
207
niées, le lait trop rare de ses mamelles appauvries. Elle n est plus jeune,
l'dle a suHi déjà à d’épuisantes tâches. Elle a un peu de ventre sous sa
robe, et son masque, d’une austérité comme pétrie d’amertume, trahit
plus d’ardeur que d’espérance, plus de courage que de foi : « Ah ! » sem-
ble-t-elle dire de sa bouche sévère : « je veux vivre, vivre pour vous,
mes enfants, car si je meurs, je sais que vous mourrez... » Les quatre
statues sculptées sur son piédestal ne lui sont de rien...
La vieille et méchante Justice ^ avec ses plateaux inégaux, son
épée au fourreau, occupe le devant de ce piédestal, à côté de la
Prudence, jeune, souriante et couronnée de fleurs. En arrière se
dissimulent la Force, abondamment chevelue, mais drapée contrai-
rement à la tradition, et la Tempérance (fig. 219), la plus jeune de
toutes, par contre, absolument nue. Son attitude est aussi celle de la
Vénus de Médicis, comme l’Eve-Pandore du Dôme, pourtant avec
cette différence, observe de Gaumont, qui à tort y voit Limage de
la Vérité, « que les mains sont collées au corps et ne cachent pas
même le signe du sexe visiblement accusé ». L’aigle qui sépare ces
deux dernières figures et fixe la Tempérance évoque Laventure de
Zeus et d’Hébé. « C’est une grosse nature, écrit Didron, et qui a
beaucoup trop mangé : seins et ventre de nourrice, gras et mous
tout à la fois. » Mais quelle singulière idée de personnifier de la
sorte une Vertu qui, ici, inspire les désirs et les passions au lieu
de les modérer? Elle a d’ailleurs conscience de l’incorrection de sa
tenue et cache sa nudité dans l’ombre de la chaire.
Autres contrastes. D’abord, au pilier central s’adossent les trois
Grâces, mais strictement drapées et prises dans l’acception antique
de leur nom ; ensuite, sur le socle, Lun des bas-reliefs allégorise la
Grammaire, Grammatica (fig. 221), sous la figure d’une mère
spirituelle qui donne le sein à deux enfants assis sur ses genoux.
Nous avons vu au portail occidental de la cathédrale de Chartres le
même Art libéral présenter à un écolier un livre, d’une main, et
une verge, de l’autre, selon la formule pédagogique consacrée.
Une des colonnes latérales en marbre de couleur repose sur le dos
d’une lionne ; un lionceau se pend à ses mamelles. On peut voir dans
ce groupe une image animalisée de la Caritas.
La galerie supérieure de la chair est chargée de cinq bas-reliefs en
albâtre transparent où se déroulent les péripéties d’un Jugement
dernier des plus mouvementés, qui retracent le désespoir des
208
l'art profane a i/éolise
damnés. Cette cohue d’ag-ités est parée du nu bisexuel de rig-ueur.
Dans la Présentation au temple^ autre sujet de ces bas-reliefs, on
reconnaît un groupe (fîg. 223) emprunté k l’un des motifs d’une
scène bachique reproduite sur un vase grec du Campo-Santo (fîg. 222).
Çk et Ik s’étalent encore des nudités plus ou moins crues : un
personnage nu, indéterminé (fîg. 225), émasculé par une main pieuse,
et Hercule (fîg. 226) qui exhibe du haut d’un chapiteau ses attributs
virils. Ses formes expriment la robustesse et la force, mais par leur
exagération elles justifient la critique de Léonard de Vinci : « Cet
étalage de muscles, de veines, de tendons, écrit-il, font ressembler
ces œuvres plus k un sac de noix qu’k une surface humaine, plus k
un paquet de raves qu’k un nu musculeux. » Le modèle de ce héros
fabuleux se trouve au Campo-Santo ; c’est un antique trouvé k
Carthage. Le vainqueur du lion de Némée a une lionne k ses pieds
et tient un lionceau dans sa main droite. Leratouilly a reproduit la
statuette de l’époux de Déjanire au Baptistère, mais sous une forme
inexacte et expurgée (fîg. 224) : il en fait un saint Élie^ ou un
soprano de la Sixtine !
1. La fille de l’émir Yacoub s’étant éprise de lui « n’épargne rien pour lui faire
partager sa chaleur. Alors il se met à penser en son cœur et à se dire : « Gomment
me sauver de cette fille? » Une pensée lui vint soudain. Il coupa sa virilité, la mit
ITALtÉ
209
225.
Alphonse Daiitier, auteur des Monastères bénédictins d'Italie
(I8()0), s'emballe, comme tant d’autres, sur « ces artistes de l’école
pisane, — Nicolas et
Jean de Pise — si in-
telligents, si religieux,
si profondément péné-
trés du véritable esprit
chrétien )>, et attribue
leur mérite à leur foi.
Or, en fait à'esprit
chrétien c'est surtout
l’esprit d’imitation qui
déborde dans cette
œuvre de chaire. Aux
réminiscences déjà signalées, notons, avec
M. L. Palustre de Montitaut, les autres per-
sonnages que Nicolas a tirés de l’antique : à
la Nativité^ la figure de la chaste Marie est
celle de l’impudique Phèdre et Joseph res-
semble à un devin ; dans V Adoration des
mages, un des rois a les traits et les cheveux
d’un Apollon, etc.
A 1 époque où le baptême par immersion
était en vigueur,, le Baptistère abrita bien
d autres nudités, mais en chair et en os.
Vers 1830, un touriste signale, au milieu du
Baptistère, huit « bénitiers » dont quatre
pour 1 église romaine et quatre en forme de cuve, pour le rit
grec catholique ‘ .
3® Campo-Santo. Fondé par l’archevêque Ubaldo qui fît trans-
dans une serviette, la porta à la fille de Culain et lui dit : « Tiens voilà celui de
mes membres que tu as désiré, prends-le et laisse-moi partir. P. Saintyves / es
Saints successeurs des Dieux. ocumyves, res
1. L’ccho du Baptistère est renommé; des guides en vivent et pour ces fervents
du superlatif sa cape est stapendissima. Nous avons eu la curiosité de l'interro-cr ■
rnWanr*’ ‘ Oies ; à Vérin, il nous a semblé entendre
Id chTou'' ' Allemands se disent, l'écho a articulé
Fio:. 226.
l'art profane. — II.
14
porter du Mont-Calvaire cinquante-trois navires de terre pour
Fig. 227.
V inhumer les grands hommes de Pise. Cette terre avait, paraît-il, la
./O
propriété de consumer les corps en 24 heures ; mais il est probable
Fig. 228.
qu'elle devait cette particularité « miraculeuse » à une supercherie,
c’est-à-dire à l’addition d'une certaine quantité de chaux.
ITALIE
21]
Le mur
point de
sud de cet élég-aiit cloître est le plus intéressant à notre
vue, en raison des fresques réalistes qui renluminent.
L’épouvantable Triomphe de la Mort, attribué à tort à Andrea
Orcagna, est « un fantastique mélange de gestes impudiques, dit
Jean de Bonnefon, accomplis par
212
i/aRT P II O KAN E a
i/ég lise
le lait de leurs mamelles aux ermites solitaires, un avaiil-goût de
l’Age d’or (fig. 232).
Dans les épisodes diaboliques du Jugement dernier, mêmes
espièo-leries. Un diable traîne par les cheveux un moine qui cherche
à se feuliler parmi les élus. VEnfer (lig. 233) déroule des horreurs
ITALIE
213
conformes à la conception dantescpie : du g’ouffre infernal surg-it un
Lucifer monstrueux qui dévore par ses trois bouches les pécheurs
Fiff. 234.
et, de préférence, les pécheresses grassouillettes, plus tendres sous
la dent. Il serait trop long de décrire toutes les tortures réservées
aux péchés capitaux et fixées dans le sauvage cauchemar de cette
peinture murale. Notre reproduction est assez nette pour qu’on
saisisse tous les détails de cette indescriptible confusion : les héré-
tiques à la broche ; les schismatiques — le mot schisme signifie
division — fendus ou divisés « du menton jusque là d’où les vents
s’échappent », selon l'expression de Dante; les menteuses ont la
langue arrachée; les luxurieuses, les seins et les organes de la géné-
ration dévorés par des serpents; enfin, le gourmand, à qui un diable
impétueux, pétillant et pétulant (fig. 234) sert, in gola, un plat tout
chaud de sa comjDosition, dont le fumet n a rien de commun avec
l’odeur de sainteté. Commode et sainte Catherine de Ricci s’en
délectent ; le peintre de ÏEnfer' esquisse la chose ; Cambronne
exclame le mot; il inspire Swift pour son Art de méditer sur les
garderohes ; Lulli en note plaisamment la tonalité chez Mlle de
1,
L’iinperalor del doloroso régna
Da ugin Locca dironipea co’’ denti
Un peccalore a guisa di maciiiUa.
péchJur'^^*^ tloulourcux empire, dans chacune de ses bouches, broyant avec ses dents un
214
l’art profane a L É fl lise
Montpensier; Mme de Prie en paraphe et apostille les placets\ et,
nag-uère, le chanoine Trille en enfume et parfume le jardin de M. Des-
mars, secrétaire général de la préfecture du Gers. Cousin, dans son
Jugement des minimes, et Callot, dans sa Tentation de saint Antoine^
placent des démons en posture du dieu Grepitus, de la déesse
Gloacine ou du « pétomane », mais ils visent dans le vide. Déjà, en
France, nous avons reproduit- un châtiment semblable sculpté sur
l’un des culots de l’église du Bourg- Achard. Le Seigneur, vous ne
l’ignorez pas, infligea une punition analogue au fougueux Ezéchiel,
en lui ordonnant de manger, pendant trente jours, des tartines de
ses excréments étendus sur du pain d’orge, de millet et de froment.
Le prophète hébreu, ne connaissant pas encore la sagesse du proverbe. •
latin Stereus suum cuiqiie henè olet, réclama à Qui de droit et sa
peine fut commuée en fiente de bœuf, pétrie avec du pain.
Ne quittons pas cette matière malodorante qui a fait Tobjet d’un
poème didactique en quatre chants, la Chézonomie de Bernard, et un
précis de Coprologie par le D*’ R. Gaultier (1907), sans rappeler
la vengeance que Frédéric Barberousse tira des Milanais, après la
« mocquerie » faite à Fimpératrice L
Stephan Lochner, dans son Jugement dernier^ du Musée de
Cologne, a imaginé, comme à Pise, une Bastille infernale, divisée en
multiples cellules. Mais toutes ces navrantes compositions ont été
dépassées par les visions de sainte Françoise Romaine, morte en 1400.
Cette visionnaire, dont l’auteur De Tout a retracé l’histoire, a imaginé
un Lucifer sous Faspect d'un formidable « lion d’airain rougi au feu,
dont la mâchoire est armée de lames de faulx et dont le ventre est
un nid de reptiles». Écoutez les tourments raffinés qu’elle a dépeints
pour chaque faute :
Les bonnets de llannnes, les lacs de plomb fondu, les infusions bouil-
lantes de fiel, de poix et de soufre, les appareils pour crever les yeux et
pour retirer la cervelle par une oreille défilent; c’est un code elfrayant
de supplices ; en somme, l’Enfer, tel que se le figure le Moyen Age, a
trouvé en cette étonnante visionnaire son plus grand peintre ; et l’on
1. On remit un placcL à la mar([uisc et il lui fut recommandé comme fort tou-
chant. « Aussi me touchera-t-il, » répondit la favorite. Et elle envoya la supplique
au petit réduit, où Alceste envoie le sonnet d’Oronte.
L’Arl profane à L’E(jlise^ en France, hg'. 2(39.
IL Ibid, üg. 9.
pourrait presque ajouter le seul, car les imagiers des cathédrales qui trai-
tèrent les memes sujets n’ont guère inventé que des croquemitaines plus
ou moins enfantins et des monstres surtout comiques.
Sur le mur Nord se développent des scènes bibliques. Adam et
Eve, par Pietro di Puccio (vers 1390), évoluent dans le même tableau
Fig. 235.
Fig. 236.
depuis leur ci cation jusques et après leur expulsion du jardin des
Hespérides juives. Leurs épisodes se confondent et profilent la
silhouette d une dizaine de corps nus, qui ne sont autres que nos
premiers parents tirés à plusieurs exemplaires. Adam est si potelé,
si dodu que, sa tete barbue à part, — son sexe étant dissimulé par
des attitudes préméditées, — on le prendrait pour sa compagne.
Le peintre a-t-il interprété à la lettre la Genèse — ce serait le seul dans
. Un proverbe génois dit : Mare senza pesce, monli senza legno, iiomini senza-
Jede, donne senza vergogna. Ce qui signifie : mer sans poisson, montagnes sans
OIS, hommes sans toi, temmes sans vergogne. Suivant Alexandre Dumas le pro-
verbe serait pisan et non génois : « Bridoison, ajoute-t-il, dit avec beaucoup de ius-
esse quoi! ne se dit pas de ces choses-là à soi-même; et jamais un Génois n'a
passe pour être plus bête que Bridoison. »
216
l’art profane a l’église
ce cas — en lui donnant les formes elFéininées d'un hermaphro-
dite ? En outre, et ce détail nous paraît excessif, le front d’Adam est
déjà orné d’une paire de cornes !
h' Ivresse de Noé, par Benozzo Gozzoli, offre un détail plus
piquant : le patriarche s’est endormi dans les vignes du Seigneur,
sans prendre la précaution d’en cueillir quelques feuilles pour cou-
vrir sa nudité ; « près de lui, écrit le narquois président de Brosses,
passe une jeune fille (fig. 235) qui se bouche les yeux avec la main,
mais écarte les doigts de toute sa force, pour ne point voir ».
Cette malicieuse effrontée, une bru de Noé peut-être, qui « risque
un œil » et l’écarquille, a reçu le sobriquet de Vergognosa^ la
Pudique ! et a donné lieu au dicton ironique qui s’applique à une
prude hypocrite : « Corne la Vergognosa di Canipo-Santo C » Ce
Gozolli qui gaze si peu ses fresques est pourtant le disciple de l’exta-
tique Fra Angelico, lequel peignait ses sainteries à genoux.
Autre plaisanterie, signalée par Ghaix : « E^n élève du Giotto a
représenté les Pères du désert, sujet austère, s’il en fut; mais cepen-
dant, au milieu de ces fronts austères, voyez-vous cette jolie fille
souriant sous le capuchon — nous allions dire sous le domino — d’un
moine ? »
La Naissance d' Esaii et de Jacob, du même Gozzoli, présente aussi
une particularité d’un naturalisme suraigu, mais d’ordre obstétrical:
(( les eaux de la cuvette, observe Jean de Bonnefon, sont traitées
avec un affreux détail ».
Relevons une dernière espièglerie sur la fresque du Jugement
universel : le peintre, embarrassé du sort de Salomon, semble s’être
inspiré du « jugement » de ce sage : il le place moitié du côté des
élus et moitié du côté des réprouvés, demeurant entre deux selles
le cul à terre.
Parmi les motifs des sculptures et tombeaux de la galerie à jour
qui enveloppe le terrain rapporté de Jérusalem, nous signalerons ceux
qui présentent un caractère profane ou païen :
Sur un fût de colonne, un vase de marbre^ ciselé de scènes
bachiques auxquelles, nous l’avons dit, Nicolas Pisano a emprunté
quelques figures pour sa Présentation au Temple, l’un des plus jolis
bas-reliefs de la chaire du Baptistère.
1. N» 52.
ITALIE
217
Un sarcophage couvert de centaures et de bacchantes, et surmonté
du buste d Isotta de Rimini^ femme de Sigismond Malatesta de
Rimini.
Le mausolée du comte Mastriani que son épouse a inconsolable »
Fig. 237.
lui fit élever ou mieux éleva à elle-même, car le motif principal de
ce monument est la statue de sa femme éplorée, dite V Inconsolabile
(lig. 236), par Bartolini, où, en signe de deuil, elle exhibe son buste
et ses seins à nu Les véritables veuves « inconsolables » ne se
voyaient guère qu au Malabar ; là, elles accomjDagnaient le corps
de leurs maris sur le bûcher.
La comtesse Béatrice \ mère de la comtesse Mathilde, cette
(( héroïne orthodoxe », cette « amie des papes », que nous retrouve-
rons à Samt-Pierre de Rome, repose dans une sépulture dont les
bas-rehefs racontent l’aventure de Phèdre et d’Hippolyte complète-
ment nu. Est-ce le motif de son exclusion de la cathédrale ?
Le long de ces galeries, on rencontre encore de nombreux mo-
numents funèbres, sarcophages ou urnes mortuaires des Grecs et
des Romains que les chrétiens utilisèrent pour les sépultures, mal-
gré les scènes païennes qui les ornent. Rappelons, à titre de
curiosité, 1 épisode singulièrement profane retracé sur Purne de
Livilla Harmonia, « femme d’une pudicité incomparable » dit
l’inscription (hg. 237) h L’émule de Lucrèce est représentée ’ nue,
1. Monumenta sepulchrali de la Toscane, pl. xm.
ieprocluite par Montfaucon, dans VAniiq. expliq., t. V, 90 pl. LXXIII. Voici
218
i/art profane a t/éolise
SC défendant contre les attaques d'un téméraire qui voulait lui faire
Fig-.
238.
Fig. 239.
Fig. 240.
ViiT. 241.
l’inscription qui célèbre la pureté liliale et « la modestie singulière »
de l’héroine :
nus MAIN'in. LIVILLAE HARMONIAE
TIHVUTIANAE PUDICITIAE
I>’COMl*AUAlULlS 5IOOESTIAE
SINüULAlUS SACRUM.
1 TA LIE
219
subir les derniers outrag-es. Cette urne, qui ne fig-ure pas au Campo
Santo, renfermait aussi les cendres de
Leuteria Clvtoris et celles des siens,
7
— nom plus propre à une prêtresse de
Lesbos qu'à une chrétienne. Les an-
ciens s’appliquaient à écarter toute
idée trop funèbre, même dans les ima-
g-es consacrées à un mort ; ils leur don-
naient une forme aimable.
Les monuments tumulaires du Campo
Santo exposent de préférence des Yv, 042
scènes païennes (lig-. 238, 239, 240), où
s ébattent tritons, néréides, ménades et amours ; Bacclius et Vénus
n ont-ils pas le même cri de ralliement : Bihite ! Certains sont
220
l’art profane a l’égltse
décorés de V Enlèvement de Proserpine ou d'Europe (fig-. 241) ;
d’autres racontent le mythe de Diane et Endymion^ à' Ariane
et Bacchus (lig, 242), d' Adonis et Vénus (fig. 243), de
et Psj/ché (fig. 244, 243), etc. Cette dernière fiction et celle de
Méléagre rappelaient allégoriquement l’immortalité, l’espérance
d’une vie future.
ITALIE
221
Sur le sarcopliag-e de Tévêque Ricci, on reconnaît les inséparables
Grâces « qui dansent » (lîg’. 246). Une urne sépulcrale en marbre,
provenant de Tég-lise Saint-Zénon, représente un cortège nuptial ;
les extrémités sont occupées par Castor et Polliix, avec figures
emblématiques à leurs pieds (fig. 247).
D’autres sépultures essentiellement chrétiennes présentent des
motifs non moins suggestifs (fig. 248, 249) ; plusieurs sont emprun-
tés à l’Ancien et au Nouveau Testament. Daniel, par exemple, est
sculpté nu entre deux lions, et un bas-relief attribué à Buffalmacco
nous montre la Madeleine quelque peu décolletée, soutenant le
Christ entièrement dévêtu (fig. 250). Le Rédempteur apparaît aussi
sous la figure d’Orphée, le chantre de Thrace qui charmait les
bêtes, comparaison peu flatteuse pour les auditeurs de Jésus. Parmi
les thèmes funéraires préférés des premiers décorateurs chrétiens,
empruntés à la tradition païenne, citons encore Jonas nu, dévoré
par la baleine, un gros (( poisson d’avril », l’image de la résurrec-
tion à Pusage des Janots, et le gracieux symbole de Psyché, autre
image « du bonheur qui récompensera les épreuves d’ici-bas ». La
figure 245 représente l’un des motifs qui décorent les urnes sépul-
L ’ A RT P R 0 K A NE A L * É G E I S K
craies trouvées dans les catacombes de Saint-Urbain, à Rome,
siècle. Clôturons ici cette trop long-ue énumération,
Le reste ne vaut pas rhonneur d’être nommé,
à notre point de vue spécial, s’en-
tend, mais il a certes de quoi sa-
tisfaire la curiosité de l’archéolo-
g-ue et de l’artiste.
Fig-. 250.
4° San Stefano ai Gavalieri. — Aux murs de cette église sont
fixés des trophées turcs conquis à Lépante, d’où se dégagent des
torses nus de négresses aux seins d’ébène.
Le tableau du second autel, côté gauche, a pour sujet la Activité
de Jésus, par Al. Allori (1564). Au-dessus de la Vierge en adoration
devant son divin rejeton — qiiem genuit adoj'avit — voltige, en
cercle, une nuée d’enfants sans ailes, mais non sans sexe (fig. 251);
ils le montrent même ouvertement, moins pudiques que le petit
Sauveur qui, pour le moment, sauve au moins les apparences,
grâce à un étroit bandage ombilical, lequel d ailleurs ne cache
rien.
1 r A L 1 E
223
PisTOJA. — 1® Saint-Jacques. Cathédrale. — Plusieurs panneaux
en argent de l'ancien autel et d’un rétable, exécutés en 1287, avaient
été dérobés en 1293 par Vanni Fuci, « un voleur qui v gagna
Fig'. 251.
l’honneur d’un tierce! dans V Enfer du Dante». 11 est vrai que ce
méfait lui coûta la vie, car il fut bel et bien branché. Les panneaux
furent restaurés en 1316. Le bas-relief du panneau placé sur la
partie antérieure deFautel représente Adam et Ève à leur naissance ;
maître Pietro de Florence qui le fabriqua, ne pouvant faire autre-
ment que de représenter nus nos premiers parents, « dut éprouver
quelque résistance de la part des maîtres de Fœuvre effarouchés,
car ces derniers firent venir un orfèvre de Sienne pro décidé nclo
qiiestionem vestirnentoî'um^ pour décider de la question des vête-
ments^ ».
Des dragons-femmes ailés, la poitrine chargée de fortes mamelles,
supportent la chaire du prédicateur.
Plaisance. D Santo Juste. — Des cariatides soutiennent l’atti-
que de sa façade, comme pour un temple païen.
Entre autres sculptures, cette église possède le gigantesque
mausolée de Marguerite d’Autriche, décoré de colossales figures
dues au ciseau de Giacinto. Les vastes dimensions de cet apjaareil
sépulcral sont en rapport avec la haute stature et les formes viriles
de cette princesse qui portait une barbe de sapeur et avait l’audace
1. Cf. Gaz. des Beaux-Arts.
l'art proranë a l’église
O A4
et l’énergie d’un homme résolu. Pétrarque parle ^ d’une virago sem-
blable, Marie de Pouzzoles, qui n’avait de tille que le sexe.
2^ Santa Maria di Gampagna. — Pordenone peupla la voûte de
la lanterne de gracieux chérubins, de Prophètes, de Sibylles et
d’ Apôtres, en contemplation devant le Créateur qui rayonne dans
une gloire soutenue par des anges. « Par une inconvenance qu’il
faut bien avouer, dit Fulchiron, et qui n’ôte rien au mérite intrin-
sèque de l’exécution, à tous ces emblèmes du christianisme, Porde-
none mêla des bacchanales et des fables mythologiques ».
S"* Santo Francesco ^
PoGGiBONsi. Santa Maria Assunta di Gallori ou Gellole. — Cette
vieille église qui date du x*^ siècle offre à l’abside de « curieux cha-
piteaux et de singuliers ornements », dit un Guide peu explicite.
PossAGNO. — Lieu de naissance de Canova. Le restaurateur de
la sculpture italienne destinait à l’église de son village sa Made-
leine^^ munie d'une draperie bizarre qui rappelle le tablier de cuir
des hôtes de la Morgue et met à découvert la partie postérieure.
Mais, par suite d’événements a extraordinaires », dit Réveil, cette
statue passa entre les mains de divers collectionneurs^.
Prato. Sainte-Marguerite. — C’est sous les voûtes de ce couvent,
dont le peintre Fra Filippo Lippi fut nommé chapelain, que
s’ébaucha l’intrigue passionnelle de cet artiste avec son modèle, la
chaste nonnette Lucrezzia Butti% qui se termina par la naissance
1. V' livre, 4® lettre.
2. Fut dédiée temporairement à Napoléon, en l’honneur de celui qui retint Pie VII
captif à Fontainebleau! Mais, à la chute de l’Empire, on réintégra l’ancien patron
dans ses droits, en vertu du principe primordial de la politique : Ote-toi de là que
je m’y mette.
3. Les Seins à l'Eglise, fig. 21G bis.
4. Jean Lombard assure qu’autrefois filles et garçons ne consentaient à subir les
liens du mariage qu’aprés une union libre, un essai loyal de deux ou trois années ;
l’évêque de cette région s’opposa en vain à une coutume aussi scandaleuse, mais qui
offrait l’avantage d’empêcher toute tromperie sur la marchandise.
Notons encore un usage bizarre dont nous ignorons l’origine : les femmes seules,
assure Valéry, ont le privilège d’entrer dans l’église par la grande porte.
5. Les Seins à l’Église, fig. 2ü3, 2G4.
I ï A L 1
225
(io Hlippino. Gabriele Gastag*nola fît de cette aventure le sujet d’un
tableau exposé a 1 Académie des Beaux-Arts de Florence (fîg*. 139).
BA^E^^'E. lo CathédralG. — L auteur des Délices de U Italie décrit
un jubé sing’ulier en marbre blanc et de forme cylindrique, com-
paiable à une ménag’erie (( 11 va six espèces d’étag'es qui sont
chargiez d animaux dilïérens ; au premier ce sont six brebis, au
second six paons, au troisième six cerfs, au quatrième six colombes,
au sixième six poissons. » G est un évêque répondant au doux
nom d’Ag-nellus, — celui d’un quadrupède, — qui l’a fait édifier :
SERVVS TVVS AGXELLVS EPISCOPVS IIVNC PYRGV3I FECIT.
2 Baptistère. La chapelle Sainte- Justine renferme un vase
orné de sujets bachiques.
San Vitale. — A l’abside, précieuses mosaïques où le Christ
trône au-dessus de Justinien, flanqué de l’impératrice Theodora,
(( rancienne sauteuse, la prostituée du cirque », écrit Taine, « appor-
tant des offrandes avec ses femmes, comme elle, toutes jaspées d’or
et couturées de perles ». Le fourreau hiératique, qui emprisonne
cette Messalme à la façon d’une châsse, n’empêche pas l’esprit
prévenu de song-er à l’impudicité de la courtisane, et sa présence au
sein d’un édifice religieux choquerait partout ailleurs qu’en Italie, ’
ou de semblables disparates sont communes. Les gorges de toutes
les ruspente libertines, comme celle des dévotes, au pays où fleurit
et surtout fructifie l’oranger, sont sanctifiées par la croix :
Car, de famoiir à la dévotion,
11 n’est qu’un pas : l’un et l’autre est faiblesse.
Sur ce chapitre, nous n’avons rien à envier à l’Italie ' ne vîmes-
nous pas la vénérable dame Farcy, d’hospitalière et folichonne
mémoire, mourir en odeur de sainteté ?
Non lom du chevet, un bas-relief antique détaché d’un temple de
Neptune figure ce dieu de la mer, sur son trône, entouré de génies'.
On voit à rentrée de celle éelf n® sommes plus à Possagm
les empereurs Arcadius et Honorius,% côtrrcêùx drre™î™ Nourricier
L ART PROFANE, — II.
l'art profane a l’église
O 9 R
-V' ^ vJ
Chapelle du Collège. — Autrefois, ég'lise de S. Romuald. Au
réfectoire, les Noces de Caria, de Longhi père et fils : le voile qui
couvre modestement la femme placée près du Sauveur fut ajouté
par la fille de Longhi, sur les
instances du scrupuleux légat de
Ravenne, saint Charles Borromée.
Reggio. Dôme. — Sous le por-
tail. deux statues colossales « naï-
y
vement belles », dit Paul de
Musset, di Adam et à' Eve par
Clément, de Reggio.
La Peste (fig. 252), le meilleur
tableau de Camille Procaccini,
actuellement à Dresde, fut de-
mandé au peintre par le chanoine
Brami pour la cathédrale de Reg-
gio, où il devait faire pendant à
V Aumône de saint Hoch, par An-
Fig. 232. - Motif principal. Carrache.
Mais, raconte Réveil, n’ayant pu obtenir la permission d’y faire inscrire
son nom comme donataire, il changea leur destination et les donna à la
confrérie de Saint-Roch.
Dans ces représentations de scènes pestilentielles, nous le répé-
tons, le premier plan est généralement occupé par le cadavre d'une
mère-nourrice dépoitraillée. On ignore la ville où le peintre a situé
le fléau : Rimini, Rome, Césène, Aquapendente, autant de loca-
lités qui virent saint Roch soigner les pestiférés ?
Rimini. Saint François { Tempio dei Malatestiano). — Mausolée de
Pandolphe Malatesta, le brave général vénitien, ou mieux le bravo
qui fit empoisonner ses deux premières femmes et étrangler la
troisième sous prétexte d’infidélité :
Il est question, dit Kotzebue, dans une inscription, des cornes qu’il
portait, où il est dit malignement que bien d’autres en portent sans se
ITALIK
227
venj^ei*. l^olkmaiin entre là-clessus clans une sainte colère et dit cjne de
semblables observations sont bien peu décentes dans une éjj;’lise^.
("e t{ui est (( bien
terrible Barbe-Bleue
peu décent », c'est riiospitalité accordée à ce
voyant tout en jaune; mais, nous ne l’ig^norons
253.
Fi«-. 234.
pas, le cierge italien est coutiimier de ces sortes de faiblesses. A
tout péché miséricorde! Suivons le conseil de Dante : « Regardons et
passons «. Aussi bien, c’est dans l’iiistoire de cette famille Malatesta
que le chantre de V Enfer'- puisa la louchante aventure de Françoise
ce Riinini, épouse du « dix-cornes » Lanciotto Malatesta, et dont
-cripUon pleine de tendresse, eonipari'son ^l'ouvuiie À kua d r\r:[J,e“ 'r""
.™, releve an eimet.ere de llubermont (Belgique) une épitaphe rédi-éc m une
Chlré LTe'u“d: k,.e consolé’ m“
l'ait vei’ser.' ^ envoyer quelqu un pour sécher les larmes que tu m as
v« Chant.
228
L ART PROFANE A i/ÉGLISE
les amours avec son beau-frère Paolo Malatesta furent immortalisées
par le poète.
Première chapelle, à droite.
Les Vertus sculptées portent des
draperies collantes et transpa-
rentes qui révèlent toutes leurs
formes. La Tempérance (fîg. 253)
est la plus court vêtue par en
haut.
Troisième chapelle, même cô-
té. Sur de curieux bas-reliefs qui
datent du xv*^ siècle, les figures
planétaires sont étrangement as-
sociées au culte catholique. Ces
Signes du Zodiaque offrent di-
verses particularités : les Ju-
meaux sont deux jumelles ; la
chèvre du Capricorne a des ma-
melles boursouflées outre mesure
(fîg. 254), et la jeune nymphe
qui tient la Balance est bien lé-
gèrement drapée (fîg. 255), sur-
tout pour représenter le mois
d’octobre, époque où les jours
sont égaux aux nuits — image
des plateaux — et où la tempé-
rature laisse plutôt à désirer. Mais le sexe qui porte des corsets
et fait porter^des cornes n’étouffe-t-il pas de chaleur en toute
saison : les jeunes, parce qu’elles sont trop serrées; les mûres, pour
la même cause, et, ajoutons, les bouffées congestives du retour
d’âge ?
ITALIE
229
ROME
A. — ÉGLISES
1° Saint-Pierre. — Ce Sanctum Sancto/'iim de la chrétienté —
1 apothéose monumentale du Christianisme, d’aucuns insinuent de
la Crédulité — est un merveilleux musée d’art mi-païen, mi-chré-
tien. C est la fete des veux plutôt c[ue de l’âme, où l’esprit est
porté à la curiosité et peu à la prière, bien que les lettres de ce
mot soient aussi celles du vocable de la basilique^, comme Amor est
1 anagramme de Roma-, la ville œcuménique, ce qui justifie l’union
si fréquente de l’élément païen et de l’élément chrétien dans Tart;
et saint Paul n a-t-il pas dit « La fin de la Foi, c^est l’amour? »
De loin, la silhouette de Saint-Pierre produit, comme les
pyramides, un effet « pyramidal » ; mais, de près, l’impression est
moins grandiose.
Sous le spacieux portique caracole Constantin FApostat, un mal-
propre païen devenu chrétien par dépit, après l’absolution de ses
crimes que lui refusaient les prêtres de sa religion. C’est lui qui
posa la première pierre de l’auguste temple du Seigneur.
Avant de franchir le seuil de cette merveille architecturale, exa-
minez de près, de très près, la porte en bronze très ouvragée du
milieu^ celle qui est réservée au pape et fut exécutée sous Eugène IV,
en 1447, par Filarèteet Simone : vous y découvrirez au milieu d’élé-
gants et ingénieux enroulements de rinceaux qui encadrent des
bas-rehefs à thèmes religieux, — les cadres nous font oublier les
tableaux, une profusion de sujets suspects (fîg. 256-260), tirés,
en grande partie, des Métamorphoses d’Ovide : tels. Mars et Vénus]
1. Le vrai nom de Pierre était Simon, mais avec lui Jésus n’eût pu commettre le
calembour sur lequel repose PEglise : Petrus es, etc. ‘ commettre le
Son etymolog'ie est Rumina, dans le sens de mamelle féconde.
Tnn'v.r de droite, la porte sainte ou jubilaire est dorée et murée- le Daoe
An "ef vinj,H-cinq ans, soit quatre années par ’siècle
’i '' gauche était interdite aux femmes, comme Pentrée de H
pK.d?caüous aux
230
l’art profane a l’éolise
Jupiter et Ganymède, Phrixus et H elle sur le bélier , la Chèvre
Ainalthée perdant son lait, Hercule au berceau étouffant des dra-
gons, y Enlèvement de Déjanire^ Europe et le Taureau, Léda et
le Cygne, la Conquête de la Toison d’or, etc. Dans ces habiles et
O'
r 1^.
258.
riches ciselures d’airain les nudités abondent, et Ton a pu dire que
les mythes les plus voluptueux du paganisme président à l’accès du
plus vénérable des sanctuaires chrétiens. « On ne se scandalise
point à Rome, dit Corinne à lord Nelvil, des images du paganisme,
quand les beaux-arts les ont consacrées. » Mais ici, ce n’est pas le
cas, et ces figures semblent d’autant plus déplacées qu’au point de
vue artistique elles ne peuvent soutenir la comparaison avec les
I
ITALIE
231
portes de Ghiberti, à Florence. C’est surtout dans les églises de
Rome que nous rencontrerons, à chaque pas, « les splendeurs de
l’antiquité païenne et de la
Renaissance fraternisant avec
le Christ et les Apôtres ».
Tenez-vous à connaître l’im-
pression produite par ces bor-
dures hétéroclites sur l’un de
Fie-. 259.
Fiff. 260.
« ceux qui ont au front le signe des appelés », suivant la fine
pointe de l’auteur du Fils de Gihoyer ? Ecoutez le pieux men-
songe de 1 abbé Rolland : « La grande porte de la basilique,
écrit ce sacerdote, est enrichie de bas-reliefs que je ne prends pas
e temps d admirer. «Telle est la précision que l’on rencontre trop
souvent dans les documents « expurgés » par les ecclésiastiques, en
histoire comme en art •. Le peu curieux séculier serait sans doute tombé
en admiration devant les portes d’argent massif qu’Honorius fit placer
a la basilique. Malheureusement, les Sarrasins, en envahisseurs pra-
iques, les emportèrent dans leursimpedimenta, comme les Teutons
autres gens d’ordre qui ne laissent rien traîner que leurs sabres, firent
paS: n-taniorphoses des dieu. ; je „e ni e.’i simâen^
lëvcque FüsKcr émule de Pe,! 1° '’l ' 'ctime du vin de Monleliascone,
quinze doubles boreiîlot du ibin “ ,‘i Cl'arles-Pbilippe qui « buvait
dénomination d’ « un Allemand re?l "i'-®;'’’ désigné sous la vague
aants.ont, vous leTav^ez “P''<®™isme bien pen-
^Hniinent insUnetiv^rt d'e“ UTr,ôr;;;r ^
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l'a RT PROFANE A l’ ÉGLISE
plus tard de nos pendules. Il serait curieux de vérifier si ces motifs
scabreux, et surtout ceux que nous signalerons bientôt, ont été fidèle-
ment reproduits dans 1 église de Saint-Stanislas a Malatycze, au
fond de la sainte Russie-Blanche, dans l’ancien palatinat de Mstis-
1. Vraisemljlablemcnt efïigic de Bonilacc VIII (1294-1303) qui était « chaîne et
imberbe », au dire de son médecin.
It
ITALIE
233
law, grand-duché de Lithuanie, qui fut élevée en 1794 par Siestzen-
cewicz, archevêque de Mohilew, sur le modèle de Saint-Pierre de
Rome, réduit au huitième ; c’est peu probable.
Soulevons le lourd et crasseux cuir qui ferme Lune des portes
réservées au public. A peine entré dans le prodigieux et prestigieux
temple du Catholicisme, terribilissima fahrica^ selon l’énergique
langage de Yasari, on est littéralement d’admiration; — il
n’y a pas d’autre expression ; d’ailleurs le nom de l’Apôtre se prête
volontiers au jeu de mots. L’effet est absolument magique, cAst un
éblouissement; touristes et pèlerins éprouvent une sorte de vertige,
de COU23 de foudre, à la vue de cette architecture titanesque, qui
donne comme le sentiment de (( la folie de l’énorme », suivant Zola,
ou de la folie des grandeurs, dirons-nous. Peu à ]oeu l’étonnement
se dissipe, le charme cesse d’opérer, jDuis l’œil ravi se reprend et
s’habitue à cette munificence. Enfin, l'accoutumance met au point
rimj)ression première de la somj)tuosité qui se transforme en celle
d une simplicité grandiose, spirituellement exprimée par cette bou-
tade du président de Brosses : « Rien ne m’a tant surpris, écrit-il,
à la vue de la plus belle chose qu’il y ait dans l’univers, que de
n’avoir aucune surprise. »
Mais de quelque côté que le regard se jiorte, il ne jDerçoit que des
nudités d’art ; « les marbres blancs éclatent en belles chairs opu-
lentes » sur les murs des cha2)elles, aux frises de la nef et surtout
devant les mausolées de ce Campo santo pontifical. Tous les anges
sont sexués (fig. 261) comme de simples mortels: voici, par exemple,
dans la décoration de la mosaïque de la grande coupole, une femme
entièrement en peau ; mais, pour être autorisée à se montrer ainsi,
elle s’est fait ajouter deux ailes angéliques, qui d’ailleurs ne
cachent rien.
En assistant au service funèbre de Léon XII, dans la chapelle du
chœur, Stendhal est surpris et distrait par l’ornementation de la
voûte :
On dirait qu’elle a été ornée par un sculpteur grec, tant on y aperçoit
de figures nues qui se détachent en blanc sur un fond d’or... Ce contre-
sens nous a poursuivi tout le temps des obsèques.
Quant aux sépultures pajiales, Zola qui, à défaut du culte de la
religion, avait celui de la vérité, n’imitera pas le silence prudent
234
i/arT profane a r/ÉOLISE
de Fabbé Rolland, Fémule de Gonrart, et il nous dira nettement son
opinion :
... Ah . ces tombeaux des Papes, a Saint-Pierre, dans leur insolente
^glorification, dans leur énormité charnelle et luxueuse, défiant la mort,
mettant sur cette terre 1 immortalité ! Ce sont des papes de bronze, déme-
surés, ce sont des figures allégoriques, des anges équivoques,’ beaux
comme des belles filles, des femmes désirables, avec des hanches et des
gorges de déesses.
Certes, le luxe funéraire de ses vicaires surprendrait fort le
modeste Galiléen, s il revenait parmi nous, et le faste de leurs monu-
ments, c[ui ne rappelle pas moins le néant des g'randeurs humaines,
est loin d inspirer le respect que Ton éprouve devant la simple
pierre tombale du cardinal Barberini — le neveu d'Urbain VIII
à la Chapelle des Capucins, où se lit cette épitaphe sublime d’humi-
lité et de concision : me jacet pvlvis, cinis et nihil. Ce n'était pas
1 avis du vaniteux Jules II qui fît reconstruire Saint-Pierre pour y
placer à 1 aise et en bonne place son vaste monument, resté à l’état
de projet.
Nous négligerons beaucoup des cent trente sépulcres pontifîcaux
que renferme cette nécropole, et, pour ceux des pontifes ou autres
personnages célèbres qui retiendront notre attention, nous suivrons
1 ordre chronologique, ne varietar\ mais, d’après notre programme,
nous ne relèverons que les détails artistiques se rapportant au nu,
de préférence à celui de « Féternel féminin », quelque peu maltraité
par la princesse Palatine qui ne voit dans une belle femme qu un
« moulin à m ».
Tombeau de Paul II (-J- 1471) b Sur ce monument président en
gracieux bas-reliefs la Foi, V Espérance et la Charité strictement
drapées. Celle-ci tient sur ses genoux un enfant nu, rassasié, et ne
montre que son sein gauche à travers une fente discrète de son cor-
sage ; mais ce morceau de chair qui émerge du vêtement paraît plus
indécent qu’un buste entièrement nu.
Chapelle du Saint-Sacrement. Les mêmes Vertus théologales se
1. Ce fat, qui sc fardait à l’exemple d\me vieille garde et couvrait sa tiare de
pierres précieuses, comme Otero sa poitrine, se croyait, par sa belle stature,
l’Apollon de la papauté et voulait prendre le nom de Formosus, ce nom cependant
ne porta pas bonheur à Formoso (891-896), qui fut jeté dans le Tibre; pourquoi ne
prenait-il celui de Gonon II, que le premier en titre (686-687) avait à peine délloré?
l T A L 1 K
235
retrouvent sur le sarcophage de Sixte IV (*[- 1484), mais associées
aux Vertus cardinales et aux Arts libéraux, la Perspective (fig. 262 j,
Fig-. 262.
la Théologie (fig, 264), V Arithmétique (fig. 262), V Astrologie, la
Dialectique^ la Rhétorique avec ses fleurs (^fig. 263), la Grammaire
et la Musiciue (fig. 262). Les Vertus encadrent l’effigie de l'ancien
professeur franciscain : la Charité assise à la tête du pontife dé-
couvre son sein gauche, auquel s'abreuve un garçonnet tout nu; à
la jambe gauche de cette Vertu s'accroche une petite fille également
nue qui paraît pleurer; « est-elle jalouse de la nourriture que le
petit goulu prendrait trop largement et trop longuement » ? se
demande Didron. La Théologie (fig. 264) est plus singulière : elle
236
l’art profane a l’église
porte un carquois rempli de flèches, à la façon de Diane chasseresse.
Quel rapport cette divinité peut-elle avoir avec la doctrine théo-
logique qui n’a de logique que le nom?
Ces figures de femmes demi-nues sont dues à l’habile et patient
ciseau d’Antonio Pollajuolo (1493), qui mit dix années à les modeler.
« Aucun artiste, dit l’auteur de Rome^ à cette époque n’aurait su tra-
duire avec des nuances si délicates la séduction d'un jeune corps
de femme, l’attrait voluptueux d’un sein qui se dévoile, de deux
bras nus qui se tendent. » C’est la première tentative de la fusion
de l’art païen et de l’art chrétien.
A l’abside, le mausolée de Paul III (*j- 1549) (fîg. 265), chef-
d’œuvre du Milanais Guglielmo délia Porta (1550), est le plus beau
des sépulcres de la nécropole pontificale. 11 fut commandé à l’artiste
par le cardinal Alexandre Farnèse, neveu du défunt. L’effigie du
pontife, en bronze, placée sur un haut piédestal, semble bénir Ja
Prudence et la Justice (PL VIII )\ étendues à ses pieds dans une
pose accoudée, analogue à celle des allégories de la chapelle des
Médicis. La première passe pour le portrait de la mère du pape,
Gio vanna Gaetani da Sermoneta, apparentée à Boniface VIII, et la
seconde, pour celui de sa nièce-. La Prudence, un miroir à la main,
portant la coilfure des Parc/ues vétustes du palais Pitti, est une
matrone sur le retour, à la gorge desséchée; et cependant, la vieille
coquette montre son torse nu, nombril compris. Cette tenue incon-
venante étonne, vu l’âge critique du personnage, et choque d'autant
plus que sa (( luxuriante et voluptueuse » voisine, radieuse de jeu-
nesse et de beauté, tient pudiquement voilés des charmes beaucoup
moins contestables. A l’origine, il est vrai, le torse de cette délicieuse
beauté était nu aussi (PL IX); mais, en 1595, le cardinal Edoardo
Farnèse, scandalisé d’une telle impudeur, invita Théodore délia
Porta, fils de Gugdielmo, en dépit des franchises de Part et de la
tolérance de ses prédécesseurs, à cacher la gorge et les flancs de la
belle impudique, sous l’alFreux cilice de pénitence en bronze, qu’elle
conserve depuis. Guglielmo délia Porta eut son caniiciàio ou
1. Le monument primitif comprenait deux autres statues, V Abondance et la Dou-
ceur ou la Chiirilé, qui sont exposées dans les galeries du palais Farnèse.
2. Une autre tradition, tout aussi contestable, en fait le portrait de Julie P^arnèse,
la sœur de Paul III, la célèbre Guilia, la Bella « qui passait, dit M. Paléologue,
pour la plus voluptueuse créature de son temps, et qui fut la maîtresse en titre
d’Alexandre VI, la fiancée du Christ, comme on la surnommait au Vatican. »
Planche VIII.
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Fig. 2()7, ])age 23r5.
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chemisier, comme Michel-Ange, son hracheilone ou culottier.
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Fie-. 2Ü5.
Une des statues qui, à Rome, ont le plus « agréé » Montaigne dans
238
L ART J’ROFANE A L EGLISE
son voyage en Italie (1580-1581), c’est (( la belle famé qui est aus
pieds du Pape Poitiers, en la nouvelle Eglise de Saint Pierre. » La
« belle famé >> était la Justice qui n^avait pas encore été maquillée.
« Ce passage de la sculpture naturelle à la sculpture décente,
écrit Taine à propos de cette profanation, marque le changement
qui sépare la Renaissance du Jésuitisme. » Edmond About s’élève
avec non moins d’énergie contre un pareil vandalisme :
L’artiste les avait faites toutes nues, écrit l’auteur de Rome contempo-
raine, considérant qu’on ne doit aux morts que la vérité. L’hypocrisie
moderne les a habillées, drapées, étolfées, comme si une belle statue
pouvait être un objet de scandale. En revanche, on permet à des hommes,
vraiment nus, de se baigner dans le Tibre ou môme dans le bassin de la
fontaine Pauline L
Pour atténuer la stupidité de cet attentat cardinalice contre Part,
on lit courir une singulière légende. On raconta qu un bouillant
Espagnol devint amoureux de la Justice, comme aux temps fabu-
leux Pygmalion le fut de sa Galathéc, « et à tel point qu’il se cacha
dans un coin de l’église et quand il fut seul satisfit sa passion ; il fut
1. L’Italie n'a pas le monopole de ce contraste de pudicité. Albion sur ce terrain
est sa rivale, si nous en croyons les Propos de lahle de Victor Hugo, recueillis par
Richard Lesclide : « On connaît la pruderie anglaise. Elle va jusqu’à nier certains
mots, entre autres ceux de culotte et de pantalon, la négation du mot entraînant la
négation de la chose. Si quelques Anglais se résignent à revêtir des inexpj'essibles,
c’est par une timidité condamnable: les Ecossais 1 entendent bien mieux. Aussi,
dans les îles de la Manche où le canl régne et gouverne, on se croirait déshonoré si
l’on portait un caleçon. Même au bain, surtout au bain. 13 ailleurs on ne \end pas
de caleçons à Jersey. On est réduit a se baig'uer dans le costume piimitit que notre
père Adam avait adopté — avant la pomme.
Victor Hugo avait dû se conlbrmer à l’usage du pays. Une lois, il se baignait avec
quelques amis sur la plage de Jersey; ces messieurs s'aperçurent qu’ils étaient
observés. Un groupe de jeunes misses, rassemblées sur une éminence voisine, bra-
ijuait sur eux des lorgnettes de spectacle et semblait discuter a\ec animation.
— (Jue peuvent-elles regarder ainsi? se demandèrent-ils.
Un\les leurs, qui ne se baignait pas, revint sur ses pas et se rapprocha de ces
demoiselles. Bien qu'il n'eût pas été présenté, une jeune fille passant sur cette forma-
lité lui demanda lequel des baigneurs était M. V. Hugo. Le poète lui lut désigné.
Elle poussa un soupir de satislaction.
— Mais nô, dit-elle, il n'était pas bossu.
— Alors miss, c'est sa bosse que vous regardiez ?
— Certainement, dit-elle.
Et M'"® Drouet qui raconte cette aventure, ajoute :
— J’aime à le croire. » . . . • , -i -,
Les journaux de l’Empire, par application du principe lavori de Basile, assuraient
(lue l’auteur de Napoléon le Pelil était aussi contrefait que son esprit et qu’il était
bossu comme son Quasimodo; en idéalisant ce monstre de laideur, il cédait à un
sentiment d’intérêt personnel.
ITALIE
23 y
surpris eu cette posture et condamné au feu ». Les vers se sont mis
dans ce vieux thème, cher à nos cicer oui aux abois; voici, par
exemple, le récit du fantaisiste et bachique rimeur de la Rome
ridicule :
Ll
Mais drapons un peu les statues
Qui parent ce larg-e bassin,
11 semble à veoir que le larcin
Les ait de gales revêtues ;
N’en déplaise aux restaurateurs,
Leurs bras nouveaux, leurs pieds menteurs,
Méritent bien un coup de berne ;
Ils l’auront, et sans nul répit.
En deut la sculpture moderne
Crever de honte et de dépit.
LU
Je sçay bien ce que pour sa gloire
Ses partisans m’allegueront ;
Je sçay bien qu’ils se targueront
D’une infâme et nouvelle histoire :
Ils voudront ramener au jour
De l’espagnol outré d amour
La bizarre et lubrique llame.
Qui par de violents elforts
N’en brûla seulement pas l’ame.
Mais en fit consumer le corps.
LUI
1 outes lois, pour une figure,
Elle ne s’en sauvera pas,
Encore que par ses appas
L art ait suborné la nature ;
Et puis, avec sa nudité,
Ce marbre étoit trop alfetté
Pour le remettre en evidence ;
Il fut aux regards trop fatal,
C est pourquoi l’honneste prudence
L’a fait enfroquer de métal.
Kotzebue attribue à un froid Anglais cet attentat à la pudeur
commis sur un marbre, et ajoute : « les goûts sont différens; quant
240
l'art profane a l'église
ù moi, je n’aurais pas été séduit par cette femme lourde, eût-elle été
vivante ». Tout de même, les Teutonnes n’ont pas l’apparence
d’avoir la taille de sylphide.
Cette aventure apocryphe et qui nous paraît inventée à plaisir, a
du reste défrayé la chronique scan-
daleuse d’autres sanctuaires: déjà
Valère Maxime la sert à propos
de la Vénus de Guide. L’auteur
de Su?' la Pierre blanche rappelle
et détaille l’incident : « Les prê-
tresses du temple, écrit-il, trou-
vèrent un matin sur la déesse les
vestiges de l’offense qu'un jeune
impie lui infligea comme à Saint-
Pierre de Rome. » Mais dans tous
ces récits, nous ne voyons, selon
l’expression de Juvénal, que des
contes « dignes des enfants qui ne
payent encore rien aux bains » .
Tombeau de Grégoire XIII
(*J* 1585). Aux pieds de Hugo Buon-
compagno — l’immortel réforma-
teur du calendrier Julien, dont il
respecta les appellations païennes — se tiennent debout la Foi et la
Sagesse. Celle-ci, sous la figure de Minerve casquée (fig. 268), la
mamelle droite au ventb soulève la draperie qui couvre le sarco-
phage.
Pour célébrer l’abominable massacre de la Saint-Barthélemy —
en dépit du précepte évangélique, Ecclesia non sitit sanguinem, —
ce successeur de Pie V, qui n’était « bon compagnon » que de
nom, ne se contenta pas de commander trois tableaux qui représen-
taient la tentative d’assassinat de Coligny par Maurevert, le meurtre
Fig. 268.
1. La fille de Jupiter du tombeau de Léon XI (1605) a le torse moulé dans une
cuirasse en peau, qui accuse démesurément ses robustes mamelles; cette seconde
peau donne rillusion de la chair sous-jacente. Il n’occupa que vingt-six jours le trône
pontifical ; son monument est couvert de fleurs et porte cette inscription concise :
Sic Florin, imitée du célèbre alexandrin de Malherbe :
Et rose, elle a vécu ce <iue vivent les roses.
de 1 amiral jeté en chemise à travers la fenêtre par l’Allemand Besme,
et Cdiailes IX g'iorilîant au Parlement les atrocités commises par les
sicaires des Gmse.s', il lit aussi frapper une médaille commémora-
tive de cet horrible attentat (tig-, 209)"-. De tels actes ne protestent-
ils pas contre la présence de la Sagesse sur la sépulture de celui
qui a .SI peu honorée? Trop souvent le miel des paroles de l’Evan-
gile se transforme en liel dans les actes de ses apôtres.
Dans son ouvrage sur le Vatican, Fontana donne, par erreur, une
au re représentation du tombeau de ce pape (fig. 270) ; ce second
mausolée s impose par sa masse et le nombre de ses statues dont
nous n avons pas reproduit celles qui occupent les niches latérales
et 1 serait a désirer que son goût répondît à sa munificence Le
pontife, qu il serait facile d’identifier par ses armes, est toujours dans
-- --eptions
publiquement honoré. » '’-i"’<>P<i "n heu OÙ le meurtre est
poignard^etJ’TTmirre^^^^^ main une croix en forme de
vgonottorvm strages 157± ^ larder les heretiques; en exergue,
L ART PROFANE. — II.
IG
^ ^
i/akt i‘kofam: a i/k<;lisf
lattitude de la bénédiction, mais k ses pieds sont assises la Pnix et
la Charité, celle-ci découvrant tout le côté gauche de sa poitrine.
I T A L 1 1
243
Tombeau dTIrbain VUI, MalFeo Barberiiii (f 1644) (lig-.
monument est élevé en reg’ard du mausolée de Paul 111.
271). Ce
C’est le
Fig-. 271.
meilleur ouvrage du Bernin, selon les uns; « un chef-d'œuvre de
mauvais goût », au dire de Stendhal ; « c’est du Rubens en sculpture »
clame 1 abbé Boulfroy. Mais où Louis Viardot a-t-il vu « deux grosses
et hommasses hgures allégoriques pressant leurs mamelles flamandes
pour jeter sur le corps du pape le lait de la Justice et de la Charité ? »
Zola place, à tort, Barberini entre la Prudence et la Religion ; il
244
l’art profane a l’église
confond avec Paul III, le pontife d’en face. La tenue de ces statues
nous a semblé, bien au contraire, plus convenable que celle de
leurs voisines; on ne peut guère leur reprocher que leurs formes
opulentes et sensuelles ^ qui étaient si appréciées de la Renaissance
italienne L Le corsage de la Charité, naguère entièrement ouvert
(fîg. 271), est maintenant fermé sur des appas maternels de tout
repos, et qui, grâce au plastron de bronze interposé, ne servent plus
de moelleux oreillers au petit déshérité qu’elle porte sur le bras.
A la nef méridionale, le dessus de la petite porte de sortie est
occupé par le tombeau macabre et prétentieux d’Alexandre VII
(f 1667) (fig. 272); c’est une œuvre du Bernin, l’ennemi de la
simplicité. Un squelette de bronze doré soulève les plis de son
suaire en marbre jaune, et tend un sablier au pontife pour l’avertir
que l’heure suprême est sonnée. De chaque côté se tiennent,
debout, la Charité, de Giuseppe Mazzoli, et la Vérité, de Giulio
Gartari. « La Carita, » dit de Lalande, en 1765, « tient son enfant
qui s’est endormi en tétant et qui lui presse le sein en s appuyant
dessus. )) A notre epoque de haute moralité, la poitrine de cette
Vertu a été couverte du « mouchoir » de Tartufe. « La Vérité, »
ajoute le même écrivain, « a coutume d’être représentée toute nue;
le Bernin l’avoit fait, à l’exception d’un rideau jaune dont elle étoit
ingénieusement voilée ; mais elle étoit si belle et si frappante qu’il
en résulta des inconvénients, et le pape Odescalchi, Innocent VI, ^
tit faire une draperie de bronze peinte en blanc. » La Vérité à I Eglise
est toujours habillée, au physique et au moral. Quoi qu’il en soit, le
buste de cette statue est encore nu et le mamelon droit est toujours
visible, bien que les seins se dissimulent sous un éventail de rayons
solaires plaqués sur la poitrine. Le second plan est occupé par la
Prudence et la Justice.
Au superbe mausolée de la comtesse IVIathilde de Xuscie (^lllo),
« la bonne amie de Grégoire VII », dit la mauvaise langue de Mis-
son, exécuté aussi par le cavalière Bernini, qui fit apporter de Man-
toue les ossements de la comtesse, un bas-relief la représente, le
1 Et, en particulier, de notre pontife; à la villa Borghèse, sur le piédestal de
l’indécent mais charmant groupe du Bernin, Daphné poursuivie pur Apollon, il écri-
vit, quand il n’était que cardinal, ce singulier distique :
Quisfj iiis muiiiis sefjiiitur fiiçfitivR' gaiidid fori)x<r
h'ronde imuiiis iinplet, haccas seu carpit duiarast
ITALI K
245
torse nu, aux pieds du pape, la tiare coifîant son sein g-auche et
2T:.>. — Monument
habilla^'C moderne. Tir
d’Alexandi-e \TI, tel qu'il existait
ée du Templi Valicnni hislurin, de
avant son
Fontana.
le manteau
mente dalle
pontifical sur Tautre bras. Il manio le scende confusa-
spalle^ e, al disotto delle mammelle rilevale si a(pjro-
246
l’art profane a i/église
viglia in nialo modo perdendo la linea \ La comtesse portait mora-
lement la tiare, nous allions dire la culotte L Quant à llildebrand
Grégoire YIl ('j* 1085), il repose en paix sous le dôme de Salerne.
Antithèse piquante,
ironie du contraste :
cette ardente catholi-
que, appelée la Jeanne
dWrc de la Papauté^
est ensevelie à côté de
l’abjecte Christine de
Suède (fig. 273), qui
abdiqua, abjura —
nom oblige — et fît
assassiner sous ses
yeux son favori Mo-
naldeschi. Une recrue
dont l’Eglise n'a certes
pas à se féliciter; mais
qu’importe, l’ombre de
Constantin ne couvre-
t-elle pas tous les cri-
minels de haute mar-
La Charité du tom-
beau de Clément
Emilio Al tieri 1 676) ,
presse, de la main
droite, sa mamelle gé-
néreuse, et, de l’autre, tient un cœur ailé (fig. 274).
Innocent XII, Antonio Pignatelli (f 1720), est placé entre une
Fisi-. 273.
1. Cf. S. FrascheLLi, Bernini.
2. Cette souveraine de Toscane, « Tliéroïque amazone de la foi, » se sépara de ses
deux époux — dont Fun était bossu — parce qu’ils n’étaient pas assez dévoués au
Vatican, et fit don au Saint-Siègn de ses L tats, compris... Corneto.
3. De même, la cruelle Brunehaut, inhumée à Notre-Dame d’Autun, fit bâtir trois
abbayes en expiation de ses crimes :
Saint-lMartin, Saint-Jean, Saint-Amloclic
Sont trois saints lieux où l’on connoist
Qu’elle est exempte de reproche.
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ITA Li K
24
Fi.i;-. i’7i.
Justice haut boutonnée et une
Mais pourquoi a-t-on ajouté des
Charité bas décolletée (lio>. 975^^
1 allonges en bronze aux corsag’es
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4
:i'-
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,
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248
l’art profane a l’église
des autres Vertus semblables qui avaient la poitrine moins décou-
verte? Cruelle énigrue. Cette Caritas porte un enfant nu, endormi
sur sa g'org'e encore g*onflée de lait, et craint de troubler la méri-
dienne du petit repu (PI. X).
Avant de terminer notre tour de l’Elysée pontifical, arrêtons-nous
devant le sépulcre emphatique de Clément XllI 1769) (fig. 276),
dû au ciseau efféminé de Canova (1795); le temps de signaler la
nudité absolue, à part un léger chiffon égaré sur la cuisse gauche,
du Génie de In niort^ en Apollon, qui s abandonne à sa douleur,
appuvé sur le flambeau renversé de la vie, et il s y abîme au point
de ne pas s’apercevoir qu il eteint sa torche dans la ciinieie du lion,
au risque de la flamber. Nous retrouverons le même Génie ^ endormi,
muni seulement d’une feuille de vigne, sur le tombeau du restau-
rateur de la sculpture en Italie h « La chair, » aimait-il à répéter,
(( plaît à tout le monde. »
Pour mémoire i Xlgr Harbier de IVIontault, dans son IconocjJ nphie
chrétienne, reproduit une figure curieuse du Christ, relevée sur le
1. Nous n’avons rencontré qu’une seule fois, — sur le monument de Barbedienne,
au Père Lachaise, — un Geiiie de /a Mort du sexe leminin.
Pl.AXciii; X
l'age 248.— Araiisolée d’InnoceiU XII. Phot. Andersox.
ITALIE
249
sarcopliag-e de Juniiis J^assius (iv'^ siècle), à Saint-Pierre de Rome :
le Sauveur pose les pieds sur le Firmament^ représenté sous la
forme allégorique d’un torse nu de jeune femme (tig. 211).
Ce préfet de Rome tient compagnie, dans la crypte, à Boni-
face VIII, qui, selon Poraison funèbre aussi
laconique qu’ironique due au docte Ivigné,
« parvint au pontificat comme un renard ;
régna comme un lion, et creva
comme un chien ». En sus,
cette épitaphe justifie les vers
satiriques du Dante sur ce
sacré personnage, quand il fait
dire à saint Pierre que son
cimetière est devenu (( un cloa-
que de sang et d'infection »,
cloaca del sangiie e délia puzza.
A l'orée du dix-septième
siècle, son tombeau existait
encore dans une chapelle qu il s était réservée * la chronique de frère
brançois Pépin assure qu une figure de la Yiercje^ en marbre blanc,
placée sur ce mausolée, « lut trouvée noire le lendemain, et qu’on
ne put jamais lui faire reprendre sa première couleur ». Un solide
badigeon suffisait pour établir ce miracle.
Au chevet ou tribune, la chaire en bois du prince des Apôtres
n est autre que la chaise curule ou gestatoire du sénateur Pudens,
1 hôte au nom plein d euphonie et prédestiné de saint Pierre. Un
trône de bronze lui sert de reliquaire, de gaine protectrice; le tout
est supporté par quatre gigantesques et, ajoute Armengaud, « ridi-
cules » Docteurs de l’Eglise. Le siège du premier pontife de la chré-
tienté est plaqué de lamelles d’ivoire, où sont ciselés dix-huit
motifs ayant trait aux travaux d’IIercule î Nous savons bien
qu on peut, à la rigueur, considérer ce personnage fabuleux
comme une allégorie dune des Vertus cardinales, la Force] mais la
présence de 1 amant d’Omphale dans un sanctuaire et surtout en cos-
tume de lutteur est quelque peu surprenante. Cette circonstance a
contribué à accréditer la légende qui voit dans la célèbre statue en
bronze de saint Pierre (fig. 278), assis sur son trône, un Jupiter
250
i/art profane a l’éotjse
antique transformé en saint et dont le pied droit, usé par les baisers^
comme Tétait celui d’Ilercule d'Agripente, est devenu un actif ag’ent
de contamination-. Une pareille croyance vient sans doute de ce
que le bronze utilisé pour la figure du premier apôtre provenait
d un Marc-Aurèle ou d’un Jupiter Capitolin, fondu par ordre de
saint Léon'^ : c'est un ex-voto offert par ce pontife au portier qui
tient en main les clefs du ciel, pour le remercier de sa protection
lors de l’invasion des Barbares. Une auréole plane horizontalement
au-dessus de sa tête et fait Teffet d’un petit parasol en bronze doré.
Le Journal Illustré^ en 1866, a reconstitué la prétendue statue
primitive de saint Pierre : le nimbe est supprimé; la foudre rem-
place les clefs dans la main droite, et l’autre main tient un sceptre.
D^ailleurs, ce fétiche subit un travestissement aux grandes solen-
nités : il est revêtu des ornements pontificaux, et nous ne sommes
pas seuls à penser qu’en affublant cette pieuse image d’un pareil
travestissement, à l’exemple du Manneken-Pis, on la couvre surtout
de ridicule. C’est tout au moins l’impression éprouvée par Kauff-
mann, en 1865 :
Pour la première fois depuis que je suis à Rome, j’ai vu dans cette
solennité la statue de saint Pierre habillée en pape. Vous savez que la
1. Cette sorte de soûl kiss, baiser prolongé où l’on donne toute son âme, fait fureur,
en ce moment, à Ne\^-York; miss Maud Adams, au dire de Stéphane Lauzanne,
arrive à faire durer le sien 1 minute et 47 secondes; c'est, jusqu’à nouvel ordre, le
plus long baiser du monde. L’usure du pied de saint Pierre est l'empreinte profonde
de la bêtise humaine. D’autres églises, Saint-Séverin, par exemple, possèdent une
réplique de ce fétiche; mais, malgré les cinquante jours d’indulgences accordées par
Léon XIII à chaque soûl kiss pédieux, aucune n’a le succès de l’original : c’est le
seul qui fasse recette... de bonne femme.
Ü. Ajoutons aux maladies précitées, le lupus, la coqueluche, la rougeole, la scarla-
tine, la variole, la grippe, les oreillons et toutes les maladies contagieuses, notam-
ment l’angine de \5ncent. De nos jours, à Saint-Pierre, comme dans les églises
d’Italie, il est défendu de cracher par terre; j)Ourquoi ne pas étendre l’interdiction
jusqu’à l’orteil d’airain, analogue à celui d(^ Pyrrhus qui guérissait les douleurs de
rate, et ne pas lui appliquer la devise que les bébés anglo-saxons arborent sur les
rubans de leurs chapeaux ; Kiss me nol (ne m’embrassez pas). Par ailleurs.
Innocent X, — que Dieu bénisse! — en Ki.’IO, défendait de priser à l’intérieur de la
Basilique la poudre de tabac, dite snnta croce, du nom du cardinal qui l’importa en
Italie, ou cristerium nasi chez les ai^othicaires, parce ([ue les éternuements trou-
blaient la majesté du lieu ; mais un priseur endurci, Benoît XIII, abolit cette
décision prohibitive en 1715.
3. Après la conversion de Constantin, dans les temples transformés, les prêtres
substituaient saint Pierre à Jupiter, Marie à Vénus ou Cybèle, saint Martin à
Mars, etc. ; et les édifices religieux renfermaient beaucoup d’ornements profanes.
Marangoni, en 1744, a publié un volume in-4“ sur ce sujet : Belle cose gentilesche
e profane Lrasporlale ad uso e ornamento delle chiese.
TA LU-:
251
statue est assise, et comme on n’avait pas pu la séparer du siè^e où elle
repose, on avait jeté sur les épaules et attaché sur la poitrine du saint une
Fig-. 279. — Cuve du bénitier.
t ig'. i280. — Base du bénitier.
lar^e chape qui recouvrait tout à la fois le corps et le fauteuil. La main
droite sortait de letolfe et portait à l’un des doigts un anneau à large chaton.
La tête noire de saint Pierre était coitfée de la tiare blanche. Vous con-
naissez la forme disgracieuse de cet énorme bonnet, et je n’ose pas rendre
1 effet que produisait cette espèce de marmite renversée sur une tête
charmante de Marc-Aurèle à la barbe frisée.
Il est vrai que la même basilique abrite les ossements d’une reine
désexuée, Christine, qui s habillait en homme; ce costume, paraît-
il, lui plaisait plus que celui de son sexeL
Les bénitiers, à 1 entrée de la nef, sont supportés par des ang*es
1. Cette virago dépourvue de sens moral, en dépit de l’assassinat de son amant eut
audace d écrire, parmi les aphorismes de scs üuvracfes de loisir : « Les princes
doivent punir en princes et non pas en bourreaux! » 'Ecoutez ce que dit Mme de
Motteville de cette goton, ou, plus galamment, de cette « princesse gothique .. •
I^ieu, et son libertinage setoit répandu de son esprit dans
ac ions. En presence de toute la Cour, elîe appuioit les jambes sur des siè<>es
aussi haut que celui où elle étoit assise et les laissait voir trop librement .. Teltes
les phainomeridcs montraient la cuisse en marchant. • e les
252
l’art profane a l’église
sans draperie, à taille d’adultes; ils ont remplacé les néréides et les
satyres qui remplissaient le même
olïice au xvi'^ siècle (fig. 279, 280).
Mais tout ce que nous venons
de voir n’est que de la gnognote
en comparaison du « clou » phé-
noménal, auquel la cathédrale du
Christianisme sert d’écrin et que
nous avons réservé pour la
« bonne bouche ». Nous voulons
parler des tableaux en marbre de
V Accouchement qui décorent le
baldaquin ou ciborium de Saint-
Pierre (1633) (fig. 281), l’œuvre
sans goût^ au style redondant et
rococo du cavalier Bernin, le co-
lossal et burlesque chapeau chi-
nois à quatre manches, chargé de
remplacer le baldaquin, d'une élé-
gante simplicité, élevé sous Paul V
par Gamillo Borghèse (fig, 282).
Tout d’abord, passons condam-
nation sur l’acte de vandalisme
commis par Urbain Ylll, Barbe-
rini, de complicité avec l’artiste.
N’ont-ils pas dépouillé le Panthéon
païen de la superbe charpente
de bronze qui soutenait la toiture de son portique pour en tirer les
colonnes torses du catafalque chrétien ? C'est encore, comme au
portail principal, la fusion et la confusion du paganisme et du
catholicisme. Pasquin a fait justice de ce cambriolage audacieux
et a piqué au dos du pontife, pour l’éternité, ses épigrammes au
trait acéré : « Urbain déshabille Flavien pour Aœtir saint Pierre » ;
et cette autre pasquinade non moins piquante :
Quod non fecerunt Barhari,
Fecerunt Barherini.
C’est le même Urbain VllI qui, s’inspirant des paroles bibliques
ITALIE
253
Trente (Sess. xxv), « pour bannir de toute maison chrétienne toute
représentation obscène, lascive, immodeste » ; à Texcej^tion de Saint-
Pierre apparemment.
Quant aux scènes obstétricales, si elles ne représentent pas
comme on l’a soutenu, l’accouchement de la papesse Jeanne, elles
« La Maison de Dieu doit être sainte », fut l’auteur de décrets
^Constitution du 15 mars 1642], d’accord avec ceux du Concile de
Fig. 282.
254
i/aRT l'KOFANE A l’ÉCILISE
otîrent l’exemple d’une fantaisie artistique fort étrange, — dont les
guides imprimés ou ambulants ne souillent mot, — obscénité qui
s’étale en pleine basilique, sur les piliers du baldaquin de la Con-
1 TA LIE
255
fcssion ou tombeau de saiut-Pierre, aux côtés du maître-autel^ où le
])ape seul odicie* et qui est eu quelque sorte la paraphrase marmo-
réenne du Monstra te esse nmirein.
Ces piliers reposent sur quatre q-rands piédestaux de marbre blanc
décorés exclusivement aux armes d’Ur-
])ain VIll (tig-. 283)“. L’écusson, à chaque
piédestal, occupe les deux côtés extérieurs ;
soit en tout huit écussons ou tableaux, ex-
primant, sur une physionomie de femme,
les diverses périodes d’un accouchement.
L’écu est bombé en haut, où il repré-
sente la poitrine avec deux abeilles dont
les têtes correspondent aux mamelons ;
au-dessous saille l’abdomen avec une
troisième abeille sur le nombril.
La voussure abdominale varie suivant
les phases de l’accouchement : elle s’af-
faisse, à mesure que le ventre tend à se
décharger de son fardeau.
L’écu est sommé d’une tête de femme,
de grandeur naturelle, au-dessus de laquelle s’entre-croisent les
clefs pontificales surmontées de la tiare.
A chaque crise, l’expression de la figure se modifie. La scène
deljute sui la face du piédestal anterieur de gauche 5 la figure de la
femme commence à se contracter; sur la seconde et les suivantes,
jusqu à la septième, les traits sont de plus en plus convulsés.
En même temps augmente le désordre de la chevelure; les veux,
qui expriment d’abord une souffrance supportable, deviennent
1. Au dix-septième siècle, en cümmimiant sous les deux espèces, il aspirait le sam»-
divin avec une canule d’or, comme un cocktail.
2. Cette figure est une sorte de schéma, dont le mascaron, à la bouche fermée
par la membrane hymen, appartient au premier écusson, c’est-à-dire au début de
accouchement, et la tête de parturiente, en pleines douleurs, est celle du cfuatrième
écu. La lemme du premier écusson a la bouche fermée et la physionomie quasi sou-
riante; en outre, la tiare sous laquelle elle s’abrite est la seule qui porte, en bas et
au milieu, un visage féminin amène, esquissant aussi un gracieux sourire (fig. 284).
La fig. 28o (PI. XII) représente les têtes de femme et de satyre dn sixième tableau to-
cologique qui correspond à la face méridionale du troisième pilier. La canne d’un
imbécile ou d un pudibond, ce qui est tout un, a brisé la partie saillante du clitoris
recouvert de son capuchon, depuis notre description dans la Chron. médiaile.
256
l’akt profane a l^èglise
hag'ards ; la }30uche, fermée au début, s’ouvre, crie, hurle; c’est
d’iiii réalisme pénétrant, et certainement Zola ig-norait cette curio-
sité archéologique, sans quoi il n’eût pas manqué de nous la servir
dans Rome. 11 eût été au moins piquant de voir le chef du natura-
lisme littéraire en présence d’une manifestation suraiguë du natura-
lisme artistique.
Le calme revient momentanément dans l’intervalle des douleurs,
mais le visage reste toujours endolori, comme liébété, médusé;
puis, les douleurs reprennent plus intenses, la ligure se contracte,
elle fait peur; c’est la phase même que nous reproduisons ( fig. 283).
Enfin, voici la délivrance : le ventre s^est affaissé et la tête de la
mère disparaît, pour faire place à une évangélique figure d’enfant,
aux cheveux bouclés, qui sourit sous les insignes pontificaux,
immuables ; cette dernière transformation occupe la face occidentale
du piédestal antérieur de droite (PL XI).
(( Cette mise en scène, » dit Giornale araldico (1893), <( est vrai-
ment un signe du temps : elle prouve dans quels abîmes profonds
tombe Part quand il cesse d’être chrétien et ne va chercher son
inspiration que dans le naturalisme des païens. »
Mais ce n’est pas tout. Au-dessous de l’écusson du pape, auquel
l’artiste a donné la forme d’un torse de femme en gestation, se
trouve une tête de satyre dont la partie inférieure représente les
organes génitaux externes de la femme, avec les détails anatomiques
les plus complets et variables suivant les phases de l'accouche-
ment. Chaque fente palpébrale, très allongée — sans globe oculaire
— dessine le pli de l’aine correspondante.
La bouche, toujours ouverte et sans langue, est l’orifice vulvaire,
muni, sur la première face, de caroncules myrtiformes, débris de la
membrane hymen ; la lèvre inférieure de la bouche simule la fosse
naviculaire ; les petites et les grandes lèvres vulvaires sont nette-
ment indiquées et béantes ; l’orifice vaginal est surmonté de la lèvre
supérieure du satyre, figurant le bulbe du vagin; puis, au-dessus, le
lobule du nez, fortement accentué, représente un clitoris en érection,
bien que ce ne soit pas le cas; enfin, la moustache tombante de
chaque côté ombrage les grandes lèvres, comme les poils du pubis b
1. Le statuaire et céramiste Jean Garries s’est-il inspiré de cette fantaisie érotique
du Bernin, en décorant la porte de son atelier, de la rue Boissonnade, d’une conipo*
Fig. 287.
Celte coiilormation pileuse représente ce que, du temps de l’abbé
Brantôme, on appelait des « moustaches de Sarrasin », et ellejouis-
sait dune réputation certainement usurpée, mais consignée dans
im dicton populaire : « Chemin jonchu et
c... velu sont fort propres pour chevau-
cher. )>
Ces derniers détails pornographiques
échappèrent à la perspicacité de Mgr Bar-
bier de Montault, l’auteur du Traité cV Ico-
nographie chrétienne ; de quel opprobre
eût-il couvert l’auteur s’il les avait remar-
qués! Nous |3ouvons nous en faire une
idée, par sa critique de la conception de
l’ecu d’armoiries pontificales en gésine, dont nous venons de par-
® été ignoble quand, à la confession de
aint-Pierre, a Rome, il a donné à l’écusson d’Urbain VIII la
orme du ventre d’une femme qui accouche, surmontant l’écusson
1. uTtl délivrance, la remplaçant
pm une tete d ange h » r v
Certes, il a fallu auBernin, auteur de ces ohscena, un talent pro-
digieux pour dissimuler de pareilles énormités dans un tel lieu et à
1 endroit le plus fréquentée II n’en est pas moins vrai que ce tour de
force U mieux de passe-passe » artistique n’a rien de s^bolique n!
liei a T* polissonnerie late-
raW^rnortel H Sansovino, qui cisela dans les admi-
ables portes de bronze de la sacristie de Saint-Marc, à Venise
-Re^son portrait, ceux du voluptueux Titien et du licencirux
Maintes fois, nous avons rappelé que les artistes de la Renais-
la bouche d'une chLlijfqfn“":pi7li7 ‘-"’o pt
tete satynque et lubrique du Bernin celle d’iinr H ’ ^ rapprocher de la
' (Fot-et-Garonne) (lig! S?)!
nousVHÎmt^\.n%\fen^ e"n voyao-rde Eternelle,
croquis de ces scènes gynLoloXues^^^^ relever nn
et nous écrivit que nous avions%lé « be^hlè
l’art profane. — II,
17
258
lVrT profane a L^ÉGLISE
sance plaçaient volontiers dans les monuments sacrés les éléments
les plus profanes. Alors, la capiteuse Violente posait indilïerem-
ment pour les vierges ou les demi-vierges, pour la Sancfa Barharu
de son père, Palma Vecchi, ou pour les Vé/uz^ du Titien, son amant
passionné.
Est-ce à dire, comme l’assurent certains esprits « bien pensants »,
mais au jugement faussé par le dogme, que les artistes qui ont con-
tribué à la décoration des églises étaient tous inspirés par le feu
sacré de la foi, « imprégnés de l’esprit du catholicisme », et qu’ils
ne « besognaient, d’après l’auteur de La Cathédrale^ que lorsqu’ils
étaient en état de grâce »? Certes, en dehors des moines qui, jus-
qu’au xiii^^ siècle, s’occupaient seuls des beaux-arts, nous connais-
sons quelques peintres pudiques à l’excès, tels TAlbane, le bien
nommé; Murillo, à la suite d’une hernie produite par une chute d’un
échafaudage, dans le couvent de los Capuschinos^ à Cadix, où il
peignait au maître-autel le Mariage de sainte Catherine, préféra la
mort à la honte de se montrer au médecin ; Augustin Carrache qui
se retira au couvent des capucins de Parme ; le moine toscan Mino
da Turita, célèbre en mosaïque; Baccio délia Porta, devenu Fra
Bartholomeo ou le Frate, que l'éloquence brûlante de l'illuminé
Savonarole — dont le bûcher illumina Florence — entraîna dans
l’ordre des dominicains; Alonzo Cano, qui exerça le sacerdoce pen-
dant de longues années; le Père Pozzi, jésuite; Philippe de Cham-
pagne, qui ne peignit jamais le nu, ni ne travailla jamais le dimanche ,
André Pozzo, d’une extrême piété, ce qui ne 1 a pas empêché de peindre
le théâtre de Vienne ; le R. P. Besson que Pie X appelait la monachella
(lapetite religieuse) ; Charles-Marie Diilac, qui devint franciscain « dans
les moelles » ; Léopold Robertb etc. Il en est même qui ont poussé
le mysticisme jusqu’à l’extase ; Luis de Vargas, le plus ancien des
peintres andalous, par esprit de macération, se couchait dans un
cercueil des heures entières; Vincent Joanes, comme Overbeck,
1. Le Musée de Nantes possède ses Baicfiieuses de V Isola di Sors, la seule fois quy
son pinceau rigoriste se soit égaré sur le nu; aussi, écrivait-il, le M septenibie ISlT,
à M. Marcotte d’Argcntcuil, cette lettre pour se justifier : « Quelques personnes ont
trouvé dans ce tableau, destiné à M. Marcotte aîné, un peu de liberté. Ce n’a cte
nullement mon intention. Cependant, pour ne pas faire toujours des figures vêtues
de la tête aux pieds, j’ai peint deux jeunes filles qui se déshabillent pour se baiper.
Je les ai supposées dans un endroit entièrement retiré, où elles ne doivent craindre
aucun regard curieux. »
communiait avant Je se mettre au travail; le Guide, dit L. Viardot,
« cio\ait que les ang-es venaient le visiter et le soutenir dans ses
travaux » ; mais, entre temps, il peignait la déesse de la beauté, en
compagnie d’Adonis ou de Mars'. Le chaste pinceau de Gaudenzio se
consacia enüèrement aux sujets religieux, d’où son surnom de « très
pieux )> qui jure avec 1 étymologie folichonne de son nom. Arrê-
tons-nous nu plus convaincu, au plus vertueux de tous, à Fra Gio
An^elico, « le peintre des anges » qui, selon la pittoresque expres-
sion de G. Vanor, « célébrait le saint sacrifice de la fresque ». 11
peignait à genoux et faisait sa prière avant de prendre sa palette ;
<iuand il lui arrivait de représenter un crucifix, il répandait des larmes
sur les souifrances endurées par le Rédempteur. Un jour, il s’endort
devant un tableau de la Vierge et, à son réveil, trouve la tête de
Marie terminée « par un ange » : il voit un miracle dans ce qui
n était apparemment qu’une mystification d’un collègue habile à
manier le pinceau,
(Juant aux peintres peu « catholiques » qui ont décoré les « Mai-
. ons de prièies » et qui, comme Van Dyck, ne demandaient à la
peinture religieuse que des « satisfactions d’ordre temporel », la
iste en serait trop longue à dresserh Contentons-nous de men-
tionner les deux plus célèbres : Raphaël qui peignit les premiers
suje s m\tm og-iques, ami de TArioste r son impudique inspirateur
et son complice en libertinage" », fut victime de l’amour, comme
Piombo flonf lu 1 • ïiic bippi , 1 (“piciirisme du moine Sébastien del
A.uirea del Snrte ; le pi„"ceTu ibcrti^^ ^
nuclilé d’une cour isaié on ï ' cli CariCKC, <|m poifiium, iiulillércmmciU la
'lu TiUeu r,„i rcprlrndr^a'ie^r iTulc üre'ri' ^
;|U0 tous les déiaasenic’us :’;,‘rê,U J. 'ôlirtni^e “'l"^
la^'cathédivab!' deTérsadles^ Hrr pourtant dessina de
curédeNogent en Gilles, etc.? atteau qui s’amusait à peindre le
3. Gabourit, Etudes, p. 218.
260
L^ART profane a L^ÉGLISE
Giorg-ion; et Michel- Ange qui, non dépourvu de convictions religieuses,
travaillait de préférence dans le nu et aima à la folie, d'un amour plato-
nique, il est vrai, la célèbre marquise de Pescaire, Yittoria Golonna.
(( Le Christianisme », dit Daniel Stern, « ne paraît pas avoir exercé
d’influence sur son génie. Dans aucune des compositions de Buonar-
roti, je ne reconnais la moindre trace de l’inspiration évangélique. »
Mais où placer le Bernin qui, durant son voyage en France, tous
les matins, allait « faire son bonjour », c’est-à-dire communier aux
P. P. de l’Oratoire, composa, sur les instances du cardinal Antonio
Barberini, des « onestes comédies ^ qui n ont jamais été publiées, et
imagina les piliers du baldaquin*? L’artiste suit le goût de son siècle,
(( Faites », ditM*^ Barboux, « de Watteau, de Fragonard, de Boucher,
les contemporains de Gimabué, de Fra Beato Angelico, de Simone
Memmi, ils peindront des madones entre deux saints », au lieu de
galants entre deux seins. Les artistes travaillent pour l’art et aussi
pour l’argent ; leur maxime est celle du vénal Gommines . « Où est
le profit, là est l’honneur ».
Certes non, le génie n’a rien de commun avec les convictions
religieuses; si elles sont sincères, elles lui couperont les ailes : à son
lit de mort, le Pérugin, désabusé, refuse les secours de la religion-,
tandis que les papes Paul Y1 et Pie Y, éclairés par FEsprit-Saint, se
scandalisent des « audaces lascives » du Jugement dernier et cou-
vrent de pudiques et stupides retouches « la plus prodigieuse con-
ception, a dit Emile Ollivier, du plus prodigieux des maîtres du
grand art ». .
Pour Brunetière, dans toute forme ou toute espèce d art, il y a
comme un principe ou un germe secret d’immoralité. « L art purifie
tout ce qu’il touche », dit le même critique, et, affirment certains
esthéticiens, « d’une obscénité même il en ferait un objet d’admi-
ration; quelques-uns ne disent-ils pas un moyen de purification » ?
i T Hp l^rchitecte San Micheli était extrême, au dire de Vasari, d n en-
1. La piete de laiclntecie chanter une messe solennelle, ce qui
scu,p.e„.. .e
,>as <ut ^oueue dans ,e
Vponee et de nombreux manuscrits laisses par Leonaid de ^ me
dos hardiesses qui sentent diablement le fagot; do même, Aloiuo Cano,
Tst Tràc mm-UeU du moine qui Assistait le crncif,x mis sous ses yen.
parce qu’il était trop grossièrement sculpte.
ITALIE
261
Fermons cette trop longue parenthèse et revenons à Urbain VIII.
Ses compromettants et délictueux écussons ont donné lieu à des
interprétations contradictoires. Pour les symbolistes, il en serait de
ces savoureuses images de parturition comme de certains textes
religieux qui, d après Lintilhac, n’ollrent qu'un sens grossier au
commun des fidèles, tandis que les initiés en trouvent un second,
occulte et supérieur.
Un de nos confrères du Havre, voit tout « avec Fœil simple
et non l’œil mauvais* ». (Une pierre, à propos de Saint-Pierre, dans
notre jardin.) Mais il n a rien vu au Baldaquin, ce qui im|3liquerait
que « 1 œil mauvais » a parfois du bon et qu’en l’espèce, il a mieux
vu que (( l’œil simple », adapté surtout pour regarder vers Pau delà
ou pour les vues de l’esprit. Par contre, notre honoré confrère,
éclairé delà grâce, ne voit dans la Bible que symboles, figures’
allégories, même quand il est dit qu’Adam fut créé « mâle et
femelle » ; que le Créateur fit a la lumière » trois jours avant le
Soleil, d’où elle émane ; que Josué arrête un astre immobile, etc., etc.
L œd « simple », c’est-à-dire orthodoxe de notre confrère havrais
n’aperçoit aussi qu’un symbole dans l’écusson en litige, et il l’explique
à sa façon, car l’avantage des œuvres dites symboliques est de
susciter autant d’interprétations différentes que de jugements : quoi
ohscena tôt sensus.
Quelle a donc pu être l’intention du Bernin, son idée de derrière
la tête? Pour notre Champollion de la Seine-Inférieure, c'est aussi
simple » que sa vue :
((
^ Comparer la papauté à une femme qui enfante clans la douleur des
âmes a Uieu, c est pour un pape, comme c’est au reste pour l’Edise, une
gestation et un enfantement bien douloureux parfois. Que de tristesses
que c oppositions, que de luttes, que de soulfrances n’endurent pas le
pape et 1 Eglise, pour mettre au monde des enfants de la grâce, suivant
les expressions sacrées ! & , et it
%
1. Non, nous n’avons pas « l’œil mauvais » ni le « mauvais œil » • n’étant ni mn
N , r IX»"' ». dirons-nous avec l'at.ton de,
mordere ■ Irodesse" non d’Erasme : Admonere voliünms, non
vouIp/ vrt. f lædere ; considéré morihiis hominum, non ofïicere One
c es Hvn ’ à le monde d’emdsa!m lès
IKiint vè , ® l’Evangile, ceux qui ont des yeux pour ne
de 1 nx n^^erul^oa^s^LT^ nialheureusement pas de clix-là; auss^ le ro'ymm
mux ne seia-t-il pas notre lot, mais le royaume des taupes.
Il
I
262
l’art profane a i/église
Oui, c’est pour lui et pour Elle une gestation et un enfantement, parfois
singulièrement douloureux,
L’Eglise est une mère, et c’est encore l’expression consacrée, et qu’elle
affirme sans cesse ; quoi donc d’étonnant que l’artiste l’ait personniliée
dans une femme, et qu’il l’ait revêtue des insignes pontificaux, puisque
sur terre le pape l’incarne et la personnifie L
En raison de son élasticité, le symbolisme a des grâces d’état,
sinon des états de grâce; il s’accommode à toutes les sauces, tant il
est vrai qu"il y a des accommodements avec le ciel. Credo quia
ahsurdum^ telle est la consigne de tous ceux qui ont le don de
double vue ou sont atteints de diplopie mystique et de la maladie
incurable de foi? Quelles que soient, du reste, les explications de
ce symbole obscur, nous n’en persistons pas moins à protester, non
contre son esprit, mais contre le cynisme de sa forme imagée et
contre cette parodie du symbolisme.
Un autre de nos sympathiques confrères, le D^' H. Vigoureux, a
communiqué à son frère, l’abbé Vigoureux, qui était à Rome, les
détails ci-dessus, détachés de notre manuscrit en faveur des lecteurs
de la Chronique médicale^ voici sa réponse :
... Je lui avais remis le numéro de la Chronique médicale renfermant
l’article du 1)‘‘ Watkowski, et il m’écrit ce qui suit:
(( Le dessin donné par la Chronique médicale est exact, mais il faut
être médecin pour voir dans ces écussons ce qu’on y a vu. Je les avais
aperçus souvent, puisqu’ils sont au tombeau même de saint Pierre et de
saint Paul, et seulement à un mètre et quelque au-dessus du sol, et tout
le monde les voit ; mais certainement personne ne se doute de rien, s’il
n’est prévenu. Quand j’y suis aile, il y avait des hommes et des femmes
adossés contre ces écussons, pour entendre la messe qu on disait vis-à-
vis, et ils n’y voyaient pas autre chose qu’un écusson quelconque. Du
reste, le Guide Bædeker, dont se servent presque tous les voyageurs,
n’en parle pas : Sous la coupole, dit-il, est un baldaquin précieux, mais
sans goût, supporté par quatre colonnes torses richement dorées ; il a été
fait en 1633, sous Urbain VllI, d’après le Bernin, avec du métal enlevé
au Panthéon. Sa hauteur avec la croix est de 29 mètres, et il pèse
6305 kilogrammes. » Et c’est tout. Il ne parle même pas des écussons
1. Renchérissons : l'Ef^lise n’est pas seulement une « mère », qui chaque jour dans
le baptême enfante des fils à Dieu; une « épouse », comme le veut l'Evangile; une
« veuve », une « lille » pour le psalmiste ; mais les livres saints la comparent encore
à une « courtisane », car elle appelle toutes les nations à elle et ne rejette pas
ceux qui se réfugient dans son sein; nous n’avons donc que Ecmbarras du choix.
ITALIE
2G3
qui sont sur les piédestaux de marbre soutenant les colonnes torses en
marbre. »
Mon Irère ajoute qu il veut en parler au pape de ma part, quoique les
di\eises phases de 1 accouchement soient si dissimulées, que personne ne
peut rien y voir, à moins d’être médecin.
Je lui ai répondu que je croyais qu’il était bon que le Pape apprît la
chose, et que, par conséquent, il lui remît le 11° de la Chronique médicale
qui en parle.
Quand j aurai la réponse, je m empresserai de vous la communi-
quer.
1)^' II. ViGOUROUX.
Nous attendons depuis 1903 et attendrons long'temps sous l’orme
le lésultat de la démarche, dont a bien voulu se charg*er, sur l’invi-
tation obligeante de son frère, M. l’abbé Vigoureux.
Reconnaissons pourtant qu'un vent de purification a maintes fois
souffle de la Ville Sainte sur f iconographie religieuse. Léon XIII,
au déclin de sa vie, prit Paul IV pour modèle et ordonna « une
sévère inspection des églises, pour que soient détruites ou corrigées
toutes les peintures dévêtues ou trop peu vêtues. De même, Pie X
n a-t-il pas décidé qu’on enlèverait de Saint-Pierre « toutes les
statues qui ne répondent point à son idéal »? Les iconoclastes
auraient de la besogne, remarque avec beaucoup de sens et d’esprit
le D^' Gabanès.
En présence des obscénités qui pullulent encore dans les saints
lieux, on se demande à quoi ont servi les objurgations des Pères de
1 Eglise et les décrets du Concile de Trente qui, dans sa xxvii® ses-
sion, décida « d’éviter toutes les peintures lascives dans le sanc-
tuaire ».
Sam Charles, rappelle M. Jean de Bonnefon, défend d’introduire dans
es jaidins et dans les maisons, les images qui peuvent olfenser les yeux
pudiques. Saint Augustin déclame contre les tableaux légers, et Lut
Chrysostome aftirme que le démon est présent dans toute nudité
Te cardinal Gousset menace des foudres de l’Eglise les artistes et les
collectionneurs qui ne respectent pas les lois de la pudeur. Mais, par un
accidentée logique, il toléré la nudité expressive chez les enfants les
j,'’enies et les anges, même clans les églises. ’
loutcela n’est que verbiage, et si l’on est excommunié pour vivre
parmi les nudités, le pape et tous les cardinaux sont les premiers excom-
mun,e. de l’Eglise. Les galeries et les jardins du Vatican ‘sont encombi és
des dieux antiques et païens les plus nus, s’il y a un degré dans le nu.
264
l'art profane a l’ÉCxLISE
Après ces multiples veto sur le dévêtu dans l’art chrétien, nous
sommes étonné d’avoir pu en recueillir la matière de deux gros
volumes.
Mais nous n’en avons pas fini avec les écussons subversifs et la
femme échevelée qui les décore et les anime. Il y a des légendes sur
leur genèse : le professeur d^obstétrique à Rome, G. EmilioCuratulo,
a publié deux versions dans son intéressante étude IJArte di Juno
Liicina in Bonia, où l’auteur nous cite trop souvent^ ce dont nous le
remercions sincèrement. Les huit écussons sont photogravés dans ce
travail, mais ils ne donnent qu’une faible idée de la réalité. L’expression
de la ligure féminine manque de netteté, et les détails significatifs des
mascarons ont disparu à peu près complètement ; c’est grand dom-
mage. R. Moscioni a reproduit dans la perfection le quatrième et le
dernier écusson (PL XI et XII); malheureusement, la partie infé-
rieure des masques satyriques a été supprimée par pudeur, et c’est
la partie la plus saisissante de l’écu; nos croquis relevés sur place
nous ont permis de rétablir la vérité.
D’après H are, qui n’y va pas par quatre chemins, le Bernin aurait
célébré, dans ce monument, l’heureux accouchement d'une nièce
d’Urbain YIII. Ce serait, il nous semble, donner une bien grande
importance à un événement des plus banals.
Selon un autre « roman de chez la portière », le Bernin nourris-
sait une folle passion pour une nièce du pape; mais celui-ci refusa
d’allier à un homme d’une extraction commune une jeune fille
appartenant à l’une des familles les plus nobles de Rome. Les amants
passèrent outre, espérant forcer la main à Urbain VIII; mais quand
l’union libre porta ses fruits, le pontife renouvela son refus de la
légitimer. « Voulant se venger du dédain de son ami, le pape, et,
en même temps, infliger un affront à cette famille patricienne, il
sculpta, à l’insu d’Urbain Vlll et sur ses armes, ces bas-reliefs qui
commémorent l’inconduite de sa nièce. » A 1 insu du pape qui dis-
cutait les plans des travaux et surveillait leur exécution, voilà qui
1. Nous ne pouvons adresser le même compliment à plusieurs de nos confrères
de France et surtout d’Allemagne qui, émules de Bertrand, se gorgent des marrons
tirés du feu par Raton, dont ils semblent ignorer l’existence; bien mieux, run de
ces forbans exotiques a le cynisme d'imprimer sur sa contrelaçon tudesque, où le
m^m seid de l’auteur est changé ; « Le droit de reproduction dans des langues
étrangères est interdit 1 »
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nous paraît fort! De plus^ cette veng-eance d^écus, peu généreuse
pour celle qui lui sacrifiait si bénévolement son honneur, eût singu-
lièrement abaissé le caractère chevaleresque du cavalière. C’eût été
cracher en l’air.
Le docteur P. Nourry, de Rouen, a recueilli de M. Lamberto
Lelli une troisième variante. Voici le potin en question :
Pendant qu’Urbain commandait au grand architecte le baldaquin, il
arriva qu’un neveu du pape, probablement Taddeo, plus tard cardinal,
généralissime de l’Eglise et prince de Palestine, devint amoureux de la
sœur d’un élève du Bernin et la rendit mère.
A la suite de ce malheur domestique, le frère de la jeune fille ne trmiva
rien de mieux que d’implorer son Maître, pour qu'il intercédât auprès du
pape et que tout fût réparé par un mariage.
Le Bernin, confiant et sincère, pensant qu’entre les enfants du Christ,
on ne pouvait se prévaloir de la différence de castes, se rendit chez le
pape pour obtenir justice.
Urbain, non seulement repoussa la demande, mais railla l’artiste de sa
grossière prétention ! « Gomment, Bernin, dit-il, avez-vous pu avoir une
telle idée ! Le neveu du pape épouser la sœur d’un sculpteur ; non
seulement il n en faut plus parler, mais il faut empêcher que cette femme
n’importune mon neveu. »
L artiste retourna à ses travaux, indigné, la conscience révoltée, et
quand il vit les larmes de la malheureuse mère et qu'il entendit les vagis-
sements du nouveau-né, il fit ce serment solennel : a Le Pape ne veut
pas reconnaître son propre sang! le fils d’un des siens! C’est bien. 11 aura
sous les yeux, pendant toute sa vie, près de l’autel où il dit la messe, au
milieu de l’église d’où sort la parole chrétienne, les victimes innocentes :
la mère et l’enfant, à l’acte même de leur martyre. )>
Si non è vero... Cette version obstétricale attribue à un élève du
Bernin la mésaventure que la première accordait au maître. Sur un
canevas aussi fantaisiste, il est d’ailleurs facile de broder des varia-
tions à 1 infini. Nous ne pouvons admettre que l’intention du Bernin
fût de « berner » — qu’on nous passe l’expression — celui qui était et
est resté son protecteur et ami. « Tout ça, voyez-vous, » comme dit
un personnage de comédie, « c est des histoires de femmes, » des
contes de mère 1 oie. A notre avis, on doit considérer cette concep-
tion c est le mot — comme étant à la fois sérieuse et badine, ce
qui s accorde assez bien avec le caractère du Bernin, quelque peu
mystique, mais non ennemi de la plaisanterie, et avec celui d’Ur-
bain Vlll, esprit indépendant et vaniteux, — onus et ho?ior, sen-
l’art profane a l’éolise
26 G
sible à la réclame, se moquant du qu’en dira-t-on, mais détestant
surtout l’hypocrisie ; aussi, précurseur de notre confrère Combes,
supprima-t-il l’ordre des Jésuites (jui, souvent supprimé, a toujours
reparu, comme le chiendent.
Avant tout, le Bernin, persoiia cjratissiina au Vatican, favori de
plusieurs papes, voulut flatter la vanité de son protecteur et repro-
duire sur les huit faces des piliers visibles au public les armes du
pontife, avec ses trois abeilles, — symbole heureux, au dire de Cha-
teaubriand, — placées aux deux saillies des mamelons et àla dépres-
sion ombilicale. Mais il lui fallait diversifier runiformité des huit
tableaux ; or, il remarqua que l’écu ressemblait à un torse de femme ;
de là, l’idée de symboliser la plus belle œuvre du Créateur,
« l’œuvre de chair ». Pour animer ce torse et, avec la vie, lui don-
ner une variété ag‘réal)le, il ajouta au sommet une figure féminine
expressive et, en bas, les organes générateurs, dissimulés sous la
forme ornementale, où il déploya toutes les ressources de son talent
et de son ingéniosité.
Risquons, si vous le permettez, une seconde hypothèse; aussi
bien, quand on prend du symbole, on n’en saurait trop prendre. Ces
écus tourmentés n'allégorisent-ils pas encore les terribles épreuves
subies par l’Eglise militante ou Sion qui, reprenant pour elle le
(( Tu enfanteras dans la douleur » de la Genèse^ aboutit, sous la pro-
tection de la tiare, au triomphe de la béatitude céleste, à l’Eglise
triomphante ou Jérusalem, personnifiée dans le dernier écu par la
tête du bébé angélique, souriant et cravaté d'ailes? Cette fois, notre
confrère du Havre voudra-t-il reconnaître que nous n'avons plus
« l’œil mauvais »? Mais nous nous apercevons, qu’à notre tour, nous
pontifions et pataugeons dans le symbolisme. Quoi qu'il en soit,
nous avons voulu démontrer, contrairement aux légendes répan-
dues, le caractère bénin et non malin de l’œuvre énigmatique du
Bernin; et puis, nous sommes fort aise d’établir, une fois de plus,
jusqu’où peut aller l’exagération dans la voie du symbolisme à ou-
trance ^ .
Un dernier mot — pour rire — sur le baldaquin de St-Pierre : à
1. Depuis notre communication à la Chvoniqiie Médicale et (jui lut une véritable
révélation pour nombre de voyag'eurs laicpies ou ecclesiasti(pies, la piemièie cjues-
tion qui se pose au touriste retour de la ^ulle Eternelle est celle-ci : « Avez-vous vu
l’écu d'Urbain VIII? » Honni soit...
TALIE
2G7
1
l'exemple de Michel-Ange^ le Bernin s’est payé la tête de son rival
BoiToinini, qui ne ratifiait pas les éloges pompeux décernés à 1 auteur
de ce monument quelque peu a pompier » dans son ensemble, mais
d'un rococo « ronflant » et magnifique. Le vindicatif et présomptueux
sculpteur, aussi confit en dévotion qu’en malice, y ficha la figure de
son Zoïle, sous la forme d’une tête d’âne qui ouvre la bouche et
enfle les naseaux pour braire'. Et de fait, les colonnes torses du bal-
daquin semblent elles-mêmes se « tordre », se « gondoler », se « tir-
bouchonner », qu'on nous passe ce jargon populaire, mais expressif,
et prendre parta cette hilarité asine, à cette mordante épigramme.
Il y a, vous le voyez, sur ces fameux piliers, ample matière à se
désopiler la rate; à moins que ce maître Aliboron, au lieu d’être
une mystification, ne soit encore un symbole mystique et mystérieux ;
nous laissons aux graves « bien pensants », les seuls qui possèdent
l’esprit sain illuminé par la grâce, le soin de le dégager.
La malignité publique vengea, à son tour, Borromini, quand le
Bernin, d’accord avec le cambrioleur mitré LTrbain VIII, défigura le
Panthéon d’Agrippa, en le flanquant de deux campaniles hétéroclites
qu’on appela « les oreilles d’âne du Bernin ». Gomme quoi l’on est
toujours l’âne de quelqu'un. Et pourtant, Homère compare Ajax à
ce noble animal et Jésus en fait son fidèle compagnon, depuis sa
naissance jusqu’à son entrée à Jérusalem, où la monture partage le
triomphe du cavalier divin-. Mais bernique 1 Ces pigeonniers baroques^
qui blessaient tout sentiment de l’art, ont disparu ; ils existaient
encore en 1725, date de la publication du volume auquel nous em-
pruntons la gravure reproduite figure 287 his.
1. rs ou veau Sanison, il voulut assommer sous le ridicule d’une mâchoire d’âne
son téméraire rival, trait barbelé et satirique, avant-coureur de l’amère réflexion
d’Hugo ; (( Souvent les hommes braient et les bêtes parlent ». Mais cette curiosité
n est mentionnée que par Valéry et Fulchiron; quant à nous, nous n’avons pu décou-
\ rir aucune tête d ane orayant ou broutant les feuillages et les chardons — em-
blème de la pénitence — qui enguirlandent ces fûts dorés et richement ouvrag’és,
chets-d œuvre de mauvais goût, d’un style maniéré qui tourmente la logicpie et le
bon sens.
2. Le panégyrique de l'âne n'est plus â faire ; Daniel, Ileinsius, G. Agrippa,
Mathieu Gesner, Bulfon, etc., ont fièrement célébré ses qualités. N’est-ce pas par
1 intervention dune ânesse que Balaam fut converti? Résultat que n’a pas toujours
obtenu l’éloquence sacrée des aigles de Meaux ou d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, ce
modeste quadrupède fut bien la première et la dernière monture du Sauveur, et
pourtant, à la cathédrale du Puy, une fresque représente le Chris! , dans son
hiilrée h Jérusaleniy monte sur un cheval blanc!
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268
l'art profane a l’église
Missoii, à la fin du xyii^" siècle, descendit dans les caveaux de la
basilique, sous la chapelle où repose le corps de saint Pierre, et nous
Fig-. 287 bis.
en compte une bonne, comme disait de Villemessant ; nous lui lais-
sons la parole et la responsabilité de sa glose :
J’ay remarqué à Tentrée de ces grottes., une bulle gravée en marbre,
par laquelle il est défendu aux femmes d’y entrer qu’une seule fois l’an,
sçavoir le Lundy de la Pentecoste ; et aux hommes de s’y présenter ce
jour-là, sur peine d’excommunication contre les uns et contre les autres.
Ces lieux sont obscurs ; le sacristain nous a dit qu’une avanture galante
avoit donné lieu à ce réglement b
1. Ne quittons pas Fauguste temple de la Foi sans consigner diverses remarques,
les unes, d’ordre subjectif, les autres, d’ordre objectif, qui s’y rapportent.
Au dehors de la basilique, les deux bras (a) de la colonnade du Bernin embras-
sent un obélisque d’Héliopolis dominé par une croix, — celle de la chrétienté ou
la croix de vie d'Isis, le symbole de l’organe mâle de la génération (h), — et flanqué
a) Les anencéphales qui rourrent la symbolique partout, en dépit des intentions des maîtres
de la pierre vive, et ont découvert que les tours d'une cathédrale représentent, selon l’exégèse
envisagée, les prédicateurs ou Marie et l’Eglise; les quatre murs, les évangélistes ou les vertus
cardinales; le toit, la charité, etc., voient, dans les bras du portique du Bernin, deux membres
tendus qui invitent les lidèles à se rél'ugier sur le sein de l'Eglise, comme le déclare la prose
rimée d'Edm. Lafond :
Les colonnades circulaires
Du temple imi\ erscl semblent des bras ouverts
Pour embrasser le monde, éteindre l’univers,
Sons ses portiques séculaires.
Ces bras symboliques étaient plus complets avant la destruction de la partie antérieure
qui fermait leur couihe et pouvait à la rigueur figurer les mains (fîg. 287 1er).
(b) Une légende universellement admise, et que nous espérons détruire, veut que, lors de
!
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260
Fig. 287 1er.
de deux lontaines géantes qui déploient leur panache d’argent et « lancent iour
et nuit un donble torrent », lequel, au dire de l’abbé Boullroy, serait reinblème
« du jaillissement éternel de la grâce » ! Vous ne vous en doutiez pas.
A 1 intérieur, près de chaque confessionnal cosmopolite se dressent de lon«-ues
baguettes en osier, semblables à celles qui servent à conduire les dindons et*^ les
oies. Elles sont, ici, a l’usage des ouailles, autre espèce de « troupeau », confié à
Pierre par le Lhrist (S. Jean, xxi. 17), qui viennent « s’écheniller la conscience ».
Pénitent agenouillé en reçoit du pasteur un coup sur la tête
L était une coutume romaine pour alfranchir un esclave. A Lorette, les iésuites néni-
tenciers passent la matinée en faction près de leur guérite, c’est-à-dire à la porte du
tribunal delà penitence; ils frappent la tête de ceux qui n'ont que des péchés
veniels et désirent quarante jours d'indulgences : leurs houssines ou lignes à péchés
sont noires et non blanches. Ainsi s’accomplit le jeu de mot de Jésus à deux de ses
apôtres : « De pêcheurs de poissons je ferai de vous des pêcheurs d’hommes . »
l’érection de cet obélisque sur l'ordre de Sixte-Quint, - qui défendit, sous peine de mort de
pousser aucun cri pendant cette délicate opération confiée à l’architecte Fontana, - les corder
« se c/e^endtrent SOUS le poids de l'immense monolithe », écrit fabbé A. Boulfrnv
( . ). Acqiia aZfe corrZe.' De 1 eau aux cordes! clame tout à coup le marin Bresca, de Sai7
Remo, troublant e trémolo de l'orchestre qui devait, comme au théâtre, souligner cette scène
palpitante. « Le bourreau saisit le coupalde, répète comme tant d’autres G. de Léris M8S01
pour le pendre. » Mais Fontana, « averti par ce cri, a comjiris que les cordes tron ’
(p us haut elles étaient détendues) vont sc rompre ; il les fait couvrir d'eau, elles se ' re.JerrenuZ
dernier elfort, et 1 obélisque est sur son piédestal ». L’érection du monument qui démrê
notre place de la Concorde n'a pas causé tant d’émoi. Bref, reconnaissant envers Llui oui n
uvc son œu\re, Fontana implore la grâce du bavard, l'obtient, et Bresca emporte en outre
a San Remo le privilège de la fourniture exclusive des palmes à la ville et aux é-lise^' He R ^ ’
le .lourdes Uameau.v; lu-ivilége couse, -vé depuis ,,a.- le^ desceudauPs du l;;,rd!s:réistnrDZ
270
i/aiit propane a l’église
Vatican. — L’horrible presbytère de Saint-Pierre^ comparé par
Zola à une « verrue immense », peut l’etre aussi à un fruit savou-
reux qui, sous une laide enveloppe, cache une chair délicieuse.
Le motif central de l’escalier, scala reggia^ qui conduit aux salles
principales, comprend l’écu d’Alexandre Vil soutenu par deux
Renommées (lîg*. 288). C'est encore une œuvre du Bernin. L’une de
ces Renommées étale sa mamelle et sa cuisse droites, sans la moindre
mousseline; elle est d’ailleurs encourag-ée dans cette tenue immo-
deste par le mauvais exemple des ligures du voisinag-e.
Nous ferons une sélection restreinte parmi les nudités que nous
rencontrerons sur notre passag^e ; elles sont trop, comme à Waterloo.
A. Bibliothèque Vaticane. — On ne voit aucun livre dans cette
])ibliothèque, et cependant ses curiosités bibliog'raphiques sont
aussi célèbres que ses richesses artistiques ; cela tient à ce que les
manuscrits et les livres sont rangés dans des armoires dont les
portes se dissimulent sous la décoration g-énérale. Mais nous n'v
trouvons rien à relever ; passons.
B. Muséo Ghrétion. — Cette annexe de la Bibliothèque, fondée
par Benoit XIV, nous olFrira une larg-e compensation à la pénurie
précédente. Ici, le Guide du chanoine X. Barbier de Montault, en
main, nous n'avons que l’embarras du choix.
lOiL Femme ag-enouillée et nue devant un homme à cheval.
inènic, à Venise, l’c-glise des Gesnati avait le monopole de la fourniture des torches })our les
enterrements.
Mais revenons à l’ascension du monument égyptien et marquons ensemble les contradictions
de ses historiographes. Avec M. de Léris, les cordes troj) tendues- se resserrent sons l’inlluencc
de l’humidité libératrice; tandis que l'abbé Boulfroy voit, après le mouillag'e, l'obélisque « qui
commençait à fléchir, remonter de lui-mème par le seul effet de la tension des cordes ». Nous
])Ourrions relever les mêmes erreurs chez tous ceux qui ont copié, plus ou moins mal, les uns
sur les autres, cette historiette que nous déclarons apocryphe. En effet, ces narrateurs ou mieux
ces copistes crédules — ils sont légion — oublient la notion élémentaire de pliysi(jue qui fait
fonctionner l'hygromètre de Saussure : la sécheresse resserre et raccourcit le cheveu; au con-
traii-e, celui-ci s'nltonçfe sous l'influence de l'humidité atmosphérique. En mouillant les cordes,
j)atatras; elles % alloiujent, comme le nez de nos narrateurs devant cette démonstration scienti-
fi(|ue, et leur légende tombe à terre. Nous })ouvons donc conclure que leur raisonnement tiré
par les cheveux ne tient qu'à l'un deux, celui de Saussure, G. Q. F. I).
Aussi bien, la raison du prétendu privilège s'explique logiquement i>ar des circonstances
toutes naturelles : le terrain et l'exposition de San Remo étant reconnus comme des plus favo-
i-ables à la culture du palmier, la famille Bresca en fit sa spécialité sur une large échelle et
accapara la plus grande partie de la vente civile et religieuse à Rome. Curieuse coïncidence :
Remo est l'anagramme de Rome. Quant à Sixte-Quint, il pouvait à juste titre revendiquer h*
surnom d'Egyptien, en raison de la manie, du délire des hauteurs, qui le possédait d'ériger des
obélisques aux quatre coins de la Ville Eternelle, j)ar vanité, pour attacher son nom à l'érection
de monolithes monstrueusement phalliques qui n'ont de <f bel» que l'adjectif contenu dans leur
nom.
ITALIE
271
WÊâ/ij/'E^^P: E- '. BERifiPo ’E'X PP^lPp^i'Mli
Ï^^SIS^,7^dA
.Hl.:,ill:^ii,üliL
Fi
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288.
117. Femme voilant sa nudité. Un g-énie
I autre pleure... eaope | faustina filia | zes
lui présente un miroir ;
I ES.
i
272
l’art profane a l’église
118. Femme demi-nue.
127. Les Trois Grâces nues et les bras entrelacés ; émail vert qui
a pour légende : gelasia decori gûmasia pie tezes et 3ivltis annts
vivatis.
242. Ongles de fer, à cinq ou sept crochets, pour déchirer les
chairs, provenant de la catacombe de S. Sébastien hors-les-murs, et
qui ont servi au supplice des premiers chrétiens.
244. Fouets, en chaînes de fer terminées par des balles de plomb.
Sainte Bibiane fut fouettée, nue, avec un pareil instrument de sup-
plice.
243. Deux pinces de fer à dents de scie pour l’extraction des seins
et des fesses.
600. Peinture sur bois et à fond d’or : la Vicj'ge allaitant V enfant
Jésus.
Ce sujet, écrit notre cicerone, est assez commun dans les ég'lises de
Rome. Peut-être le motil en a-t-il été suggéré par ces paroles de la
liturgie :
O (floriosa Virc/inum,
Qui le creavit parvulum
Lac tente pu Iris uhere b
Salle des tableaux du moven âge. IV® armoire. N® 4. La Reine des
Vierges (xv® siècle). La Vierge est entourée de plusieurs saintes,
entre autres sainte Madeleine, myrrhophore, dont les longs cheveux
couvrent la nudité, et sainte Agathe, tenant dans un linge ses
mamelles coupées-... En bas, cadavre rongé parles vers, les cra-
pauds, les serpents et les lézards.
VI® armoire. N® 1. Légeiide de sainte Marguerite. Attachée, les
bras en croix, nue jusqu'à la ceinture, elle est déchirée avec des
1. Ou l’idée en est prise de l’Ev^angile : Beaius venter qui te portavit et libéra
qaæ suxisti (S. Luc, xi, 27) et de la liturgie, qui dit dans un répons de l’octave de
Noël : « Beata viscera Mariæ Vircfiiiis qiiæ portnverunt veterni Patris Filiiiin et
heata iihera qiiæ lactavernnt Christiim Dominum ». La Liturgie applique également
à la Vierge ces paroles du Canti({ue des Cantiques: « Exultabinius et lætabiiniir in
te^ ineinores uberiini tuoriiin super vinuin ». — « Fasciculus inyrrhæ dilectus meus
mihi, inter ubera inea commorabiliir ».
2. « Ei mamilla abscinditur. Quo in viilnere Qiiintianum apellans virgo : Criidelis,
inquit, tyranne^ non te piidet ampiitare in femina, quod ipse in matre suxisti? Mox
conjecta in vincula, sequenti nocte a sene quodam, qui se Christi apostolum esse
dicebat, sanata est. » (Brev. liom.)
îtALlE
273
onq-les de 1er; puis^ complètement dépouillée de ses vêtements, elle
est mise dans une chaudière que l’on chaulFe avec du bois.
XP armoire. 1. Légende de saint Nicolas, Dès sa naissance, il
sort, par excès de pudeur, de 1 eau dans laquelle des femmes veulent
procéder à sa première toilette.
G.-D. Chambres Borgia. — Situées au premier étage du palais,
elles furent construites en 1494 par Alexandre VI, qui y mourut.
Jules 11, son successeur, déclare, à son avènement, qu’il a horreur
d habiter les appartements du père de César et de Lucrèce, et redoute
d avoir sous les yeux, peinte par le Pinturicchio, (( l’image de ce
mariane, de ce juif, de ce circoncis », comme il le dit à Paride de
Gi assis, le maître des cérémonies pontificales, « afin de n’avoir pas
à se rappeler sa mémoire exécrable et scélérate »b On n’est jamais
trahi que par les siens. Ce souverain pontife habita donc les
(( Chambres de Raphaël » du second étage.
Des peintures païennes et chrétiennes, avec encadrements d’hydres,
de néréides et de sphinx, se partagent la décoration de ces salles.
Dans l’une des Chambres, Alexandre VI s’était fait peindre, sous
le costume d un des rois mages, agenouillé devant la Vierge, en
gésine, représentée sous les traits de la belle blonde Julie Farnèse,
trop connue pour ses aventures galantes-.
Salle de Leon X. Les dieux et les déesses de l’Olympe apparaissent
sur des chars traînés par des animaux symboliques, par les nymphes
de Diane ou les oiseaux de Gypris.
Salle des Sibylles. Les Jours de la Semaine y sont figurés dans de
petits médaillons circulaires par les sept planètes. A côté du bel
Apollon, sur un bige traîné par deux dragons, « qui », dit Armen-
gaud, (( resplendit dans le monde, comme le Pape entouré de cardi-
naux et prélats de sa cour », Jupiter conduit un char traîné par
deux aigles, et la voluptueuse Vénus met en valeur sa nudité triom-
1. Cf. Ch. Yriarte, Autour du Concile.
vic'„'a™Tôierd’Mln"n7''l‘;^ religieuses des personnaRcs dont
CeciUa Ganeeaui. t'ïud::“[e M^^rCa^ Sa^ te T""''
tve, les charmes secrets de la femme du peintre qui, lui, s'est reprl^intTentdm
L ART PROFANE. II.
18
274
l'art propane a l’église
pale (lig. 288). Le Vatican a même un culte particulier pour « la
mère des plaisirs et des amours » ; ses galeries hospitalières, la
Fif;-. 28S. — Vendredi, par Rapliaël.
Bihihlioteca maja entre autres', aljritent plusieurs effigies de la
déesse, toujours sans le moindre voile.
Salle des Saints. Vis-à-vis d’un jeune Saint Sébastien — l’Apol-
lon chrétien — qui se contente d’un mouchoir étroit pour couvrir sa
nudité, Sainte Julienne^ mariée contre son gré à un gouverneur
idolâtre, est saisie par les bourreaux qui lui arrachent ses vêtements.
Certains auteurs croient reconnaître, dans cette composition, l’his-
toire de la chaste Suzanne, combien chaste ici par rapport aux
mœurs du temps : sa robe bleue, qu elle commençait à retirer quand
les vieillards impatients la saisissent, ne découvre qu’une faible
partie de sa poitrine recouverte d’une chemisette !
Les peintres du plafond de cette salle servent de thème flagor-
neur à la glorification d’Alexandre VI et établissent par un mythe
égyptien l’origine divine du taureau des Borgia ! « Ce taureau, d’après
Schmarzow et Steinmann, est le bœuf Apis, et ce dernier une incar-
I. Vénus se présente de face sur son char. P. Letarouilly, le Vatican, l. ni,
pl. 10 et 11.
ITALIE
275
nation mystique d’Osiris et de sa sœur et épouse Isis desquels date
le commencement de la civilisation. Isis, de son côté, se trouve
identitiée à la lo des Grecs qui, ti’ansformée en vache, fut amenée
jusqu'en Egypte ». Tous les épisodes mythiques de la vie d'Osiris
et de la fiction de lo, que Zeus confie à Héra, alternent avec des
peintures religieuses ; cependant, la résurrection du dieu dont Isis
a reconstitué les membres épars n'est pas traitée avec la franchise
physiologico-anatomique de l’art égyptien, tel que ce personnage
ithyphallique e.st représenté au temple d’Abydos.
E. Salle de bains du cardinal da Bibbiena. — Ce secrétaire de
Léon Xet auteur de la pièce ultra-graveleuse la Calandra fît peindre
par Raphaël, dans son riliro intime, une série de fresques mytho-
logiques dont nous ne pouvons donner que la liste, au moins celle
des compositions principales : le Combat de la Nature contre la
Beauté et V Amour, Vénus porte la main gauche sur sa poitrine qui
saigne d’une blessure ; la Naissance de Venus, la déesse vue de dos
se tord les cheveux; Venus et Cupidon, assis sur des dauphins;
Vénus retire de son pied une épine (fresque enlevée); Vénus et
Adonis ou Ariadne et Bacchus, un homme et une femme s’embras-
sent sous un arbre ; Pan et Syrinx ou Jupiter et Antiope, une bai-
gneuse peigne sa chevelure et se tourne du côté d’un homme caché
dans le feuillage ; la Création d’Ereehtée ou Vuleain et Minerve, etc.
Autant de chefs-d’œuvre qui prouvent par leur variété que les fabri-
cants habituels des tableaux de piété ne peignaient pas uniquement
avec des préoccupations religieuses et dans l’illumination de la foi.
Mais la nigauderie et le bigotisme de vertueux pontifes les ont fait
recouvrir d un badigeon ou même détruire, reprochant au peintre
de la Transfiguration d’avoir souillé son pinceau au service d’un
des cardinaux les plus païens et les plus spirituels — pris dans le
sens temporel ou mondain — du xvi^" siècle. L’un de ces tiarés, au
crâne lézardé et à la cervelle ratatinée, Benoît XIII, ne voulait-il
pas, lui aussi, faire effacer les peintures du divin Sanzio, au Vatican,
pour y placer les faits et gestes édifiants de deux nouveaux saints
obscurs qu’il venait de canoniser? Cette bête à bon Dieu, ce béat
benêt de Benoît qualifiait les chefs-d’œuvre raphaéliques de por-
cheria, une cochonnerie, au dire de l’abbé Richard.
l‘aRT PROI-'aNË a f/ÉGLlSli
C’est encore la sotte pudeur qui, en 1826, a fait expulser du Vatican
plusieurs toiles dont l’Académie de Saint-Luc a hérité. Telles, les
Trois Grâces, de Palmale Vieux ; /^e^/iSc7j6ee,dePalmale Jeune; la For-
tune, du Guide (hg. 289) ;
Lucrèce, du Guido Cagnacci,
et Diane découvrant la gros-
sesse de Calisto, du Titien.
Mais dans leur nouvelle instal-
lation, plusieurs de ces splen-
dides incarnations de la chair
tombèrent du Gharybde pon-
tifical en un Scvlla municipal
et furent soumises à la for-
malité puérile et vénale du
rideau. Proh piidor ! Malgré
cet ostracisme, le Vatican abrite
encore assez d'œuvres charnel-
les pour défrayer nos descrip-
tions indiscrètes.
F. Arabesques de Raphaël.
— Ce sont les décorations des jDÜastres de la galerie du second étage
que Giovanni da Udine, inspiré par le génie du maître des maîtres,
a diversifié à l’infini ; on donne à ces motifs le nom de grotesques,
parce qu’ils ornaient surtout les grottes. Ces multiples sujets déco-
ratifs, où le nu domine, n’ont, à part leur grâce, aucune relation
entre eux; ils se succèdent au gré du caprice de l’artiste et sont
encadrés d’arabesques variées. Nous y trouvons des satyres, des
néréides, des naïades, des centauresses, des nymphes, des syl-
phides, des amours, des gnomes, des psylles, des goules, des
monstres marins ; on y reconnaît aussi Diane d'Ephèse, la charité
païenne (fig. 293), et la Caritas chrétienne (fig. 291, 292). Tout ce
monde s’agite au milieu d’un gracieux fouillis de rosaces, de
branchages, de feuillages, émaillés de fleurs et couverts de fruits
où voltigent des insectes et des oiseaux de Vénus.
G. Loges de Raphaël. — Les petites coupoles des voûtes sont
ornées de nombreuses peintures dont les sujets sont, pour la plu-
Fig. 289.
ITALIE
277
part, tirés de 1 Ancien Testament; aussi, appelle-t-on cette suite de
tableaux religieux la Bible de Raphaël. Certains offrent les désha-
Fig'. 291 .
billes traditionnels, tels : la Présentation d'Eve à Adam (tlg ;]0t )
ou a c^pagne du premier homme ne cache que ses seins, ”en
sant les bras sur sa poitrine, ce qui est un anachronisme, _ la pudeur
278
l’art profane a l’église
était inconnue avant « le fruit défendu — le Péché originel^
Bethsahée au hain\ le Déluge, etc.
II. Salle des Saints des Chambres de Grégoire XIII. — L’une est
1. La Bible ne spécifie pas, mais il est évident qu’il s’agit du fruit de la cou
ception.
2, Réveil, tome xv, pl. 44.
ITALIE
279
au premier étage des Loges, et l’autre au second. Saint Jacques
Majeur tient une statuette d’une Diane d'Ephèse, dont les nombreuses
Fig-. 298.
Fig-. 299.
mamelles signifient la Bonte ^ on y lit cette inscription chrétienne
Qiiærite Dominum in bonitate.
I. Pinacothèque. Galerie de tableaux.
— La plus haute conception du génie
de Raphaël et, en même temps, son
chant du cygne, la Transfiguration,
nous intéresse par 1 épisode du jeune
possédé que les apôtres se déclarent
incapables de guérir. Sa mère les con-
jure, à genoux, de faire de l’exercice
illégal de la médecine ; la moitié de son
torse est a nu ; elle tourne le dos aux
spectateurs et, par suite, réserve la
vue de son sein gauche aux seuls colla-
Fig-. 300.
borateurs du Christ, qui peuvent en
jouir tout à leur aise.
Les Vertus théologales du Sanzio faisaient partie de la fameuse
Déposition de la Croix de Saint-François des Pères conventuels de
Pérouse, actuellement au palais Borghèse. La Charité 302), au
corsage boutonné, est assaillie par cinq orphelins qui se disputent
ses mamelons, déjà pris d’assaut par deux petits gloutons qui (( v
sont et y restent », selon la hère devise du vainqueur d’un autre
mamelon de Malakoll’. Chaque Vertu est assistée de deux génies ou
T
I
280
t/art profane a l’église
amours, munis d’ailes et de vêtements; toutefois, ceux qui accom-
pagnent la Charité pudique ne voilent rien.
Fig. 30 J.
J. Chambres de Raphaël — Chambre de la Segnatnra.
Des scènes mythologiques et bibliques de la voûte symbolisent avec
les larges peintures des parois et les ligures allégoriques du sou-
bassement les quatre directions suivies par l’homme dans la vie
intellectuelle. A l’un des angles de la voûte est représenté le Supplice de
Marsyas, par Raphaël (lîg. 302 bis). Apollon nu, vu de dos, fait écor-
cher le jeune joueur de flûte pour le punir de sa téméritéh Aux soubas-
1. Que penser de ce dieu de l’harmonie qui puise l’inspiration poétique dans un
tel spectacle; n’cst-ce pas l’image allégorique la plus frappante de l’envie féroce des
ITALIE
281
sements, parmi les fresques de Pierino del Vag*a, la Philosophie se
fait remarquer par sou siège en marbre reposant sur des Dianes
Fig. 30:2. — Roproduction par Armengaucl dans les Galeries de l’Europe,
d’Eplîèse, aux multiples mamelles. Les couleurs de sa tunique rap-
pellent les quatre éléments : le bleu (LAir), le rouge (le Feu), le
vert avec des poissons (l’Eau), le bitume avec des fleurs (la Terre)b
Chambre de VIneendio. U Incendie del Borgo Vecchio montre
des hommes entièrement nus; entre autres, un groupe évoque le
souvenir d Enée portant son père Anchise, et suivie de sa femme,
après l’incendie de Troie. Cet embrasement est si peu terrible que
personne ne se presse de fuir. Les femmes qui perdent la tête
dans le danger et en toute occasion, sont échevelées, il est vrai.
artistes, invidia artifîcum, dont Ijcauconp n’ont pas recnlê devant le crime pour se
défaire d’un rival gênant, on soustraire à un camarade un secret de métier, comme
André del Gastagno qui assassina Dominique afin de ])osséder seul le secret de la
peinture à riuiile?
l. Cette chambre pourrait encore s'appeler apollinaire, en raison de la tri])le
représentation du Irère de Diane. Nous connaissons l’Apollon de VEcorehemeni ;
voici celui du Parnasse <pii joue du violon, comme les chérubins, dans un bois
d oliviers : primitivement, il jiinçait de la lyre, jugée, dit-on, troj) païenne et sup-
primée par Raphaël, bien que le bourreau de Marsyas tienne cet instrument et que
\ Ecole d Athènes de la même salle soit l’apologie et l’apothéose des philosophes du
paganisme. P]nfin, au fond de cette peinture murale se dresse un immense portique
décoré des statues de Minerve et d’Ajiollon nu et la harpe à la main, réminiscence
d un des captifs du mausolée de Jules II, par Michel-Ange.
r/ART PROFANE A i/ÉOLISE
•28 ■
mais elles ont pris le temps de se vêtir; quelques-unes seulement
sont k demi nues. La délicatesse de Raphaël — par opposition à la
Fig-, 302 his
foug-ue de Michel-Ange — évite les effets de la plastique dans les
tableaux religieux. Pourtant, au premier plan, une jeune femme,
qui se montre de dos et porte un vase sur ses cheveux, qu’elle avait
pris le temps de tresser, est connue « pour ses formes majestueuses
si accusées par le mouvement des draperies (fig. 302 fei') ».
A droite de cette fameuse fresque, vers la partie supérieure du
volet de la fenêtre, se trouve un détail d’ornementation singulier,
constitué par un corps féminin irréel, muni de seins et d'organes
accusés (fîg. 303). Nous avons rencontré une chimère identique sur
la sculpture de Bernardo Scultati et Giovanni di Knibe, k Santa
Maria delP Anima.
Au plafond, entre autres motifs symboliques, conçus et exécutés
dans ses ovales k fond d’or par le Pérugin^ mais que nul n a encore
ITALIE
283
pu expliquer, nous attirerons rattention sur celui qui, en attendant
mieux, a été appelé Le Christ en gloire. Nous avons supprimé la
Fig. 302 ter. — Reproduite par Armengaud dans les Galeries de VEurope.
nichée d’ang-elots ou de chérubins qui volettent dans les espaces
vides. Le Rédempteur, qui semble jouer ici le rôle de Juge suprême
aux assises du Jugement dernier, est placé entre la Justice ou saint
Michel et une pécheresse repentie, dont la mise et l’attitude sont
celles de la Madeleine ; si ce n est elle, c’est assurément une de ses
consœurs en libertinage (fîg. 303 />w). Certains « explicateurs » ont
découvert la Foi dans ce personnage énigmatique.
Salle de Constantin. Des figures symboliques décorent les murs
des Stanze et sont le complément des Vertus, Allégories et Em-
blèmes que Sixte A fit peindre dans la Bibliothèque. Ici, nous voA^ons
Injustice (ûg. 304)etlaC/ia/T7é(fig. 304 ôw), aux côtés d'Urbain Ri’;
elles ont été peintes à riiuile par Jules Romain, d’après les cartons
de Raphaël. Les seins de la Carita sont occupés par deux nour-
rissons avides, munis de caleçons de bain; la Giustizia n'n que le sein
droit à nu ; elle appuie la main gauche sur
Une autruche pesante au long cou dégarni.
284
t/art profane a l’église
A quoi rime ce rapprochement de la Justice et de l’oiseau chameau
des Turcs, renommé par sa bêtise et sa g-loutonnerie ; l’emblème
ordinaire de la Syna-
gogue, qui dépose et
abandonne ses œufs
dans la poussière?
3o:l
Fis-. 303 bis.
Autre bizarre conception du même peintre : V Innocence (fig. 305)
qui assiste Léon L»' avec la Vérité ionie nue (PI. Xlll), porte un
corset à losang-es ajourés qui mettent seins et mamelons en évidence.
Etrange costume pour une figure qui personnifie la Pudicité. Sa sœur
de Pise, la Vergonosa., offre une particularité aussi peu logique : elle
se cache la figure avec les doigts écartés. Relevons au passage une
singularité de la symbolique : la colombe est à la fois l’emblème de
V Innocence et celle de son contraire, la Luhricité\
Aux côtés de Clément V\ la Modération (fig. 306 bis) montre son
sein droit et la Bonté (fig. 306) découvre franchement son sein gauche,
organe qui n’a aucun rapport symbolique avec la douceur d’âme, à
moins quTl ne soit gonflé de lait, il caractérise alors la Charité.
Peut-être cette Vertu indique-t-elle ainsi la région qui abrite le cœur?
Barbier de Montault signale encore la Substance (Substantia),
sous les traits d’une femme u dont le principal attribut est le lait de
son sein qui nourrit l’enfant ».
l^LAXCUE XI II
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V
«
ITALIE
285
K. Antiques, a. Le Nouveau-Bras. — Nudités remarquables,
mais en nombre restreint, tout au plus une quarantaine de marbres :
Uli/ssc au milieu des sirènes;
Diane apereevant Endi/mion en-
dormi; le Faune à Venfant; le
%
Faune au repos; Vénus Anadyo-
niène. Une mosaïque, qui occu-
«eu
Fia-. 304
D’après Armengaud.
Fig. 304 his.
pait le milieu de l’abside, reproduit une Nature sous la forme de
Diane d Fphèse, dont les multiples mamelles fécondent les plantes
et les animaux. Notons encore, mais comme exception, une Pudi-
cité; celle-ci, rara avis, strictement habillée.
b. Musée Ghiaramonti. — Autres divinités dévêtues : Torse
d Héhé; autel en marbre pentélique avec une Vénus et des scènes
bachiques; Faune dansant; Nymphe allaitant Jupiter enfant ; la
Vénus du Vatican^ dont les vêtements retenus au-dessous du pubis
1. Les Seins à l’église^ üg. 119.
286
l’art PROFAME A i/ÉGLISE
ne demandent qu’à tomber; Cupidon adulte, dit « le bandeur d'arc »>,
par Praxitèle, clief-d’ceuvre qui, sur le témoig-nage de Pline, inspira
Fiu,-. 3U.‘). — L’[nnoccuza.
O
une passion analogue à celle de la Vénus de Cnidc ; Hijacinthe
aimé d'Apollon et changé en fleur; la Volupté qui aguiche les libi-
dineux en relevant ses jupes, d’une main, tandis que, de l’autre,
elle tient, comme Marie-Madeleine, un vase de parfums enivrants.
C. Musée Pie-Clémentin.
Après un court arrêt devant les
rr A L 1 E
287
portraits eu pied de Caïus Galigiila, de SeiDtime-Sévère et d’IIercule-
Fig'. 306. — Mansuetudo.
Commode, tous in natui'aliJjus, poursuivons notre inventaire dans
la galerie la plus importante des déités païennes, dont les voûtes
sont couvertes d’académies. Voici Apollon du Belvédère; Antinoüs ;
‘>88
l'a UT PROFANE A l’ÉCU. ISE
le Torse du Belvédère ; Laocoon et ses deux fils, enlacés par des
serpents; le Triomphe de Bacchus ; Ariane abandonnée dans l’île de
Naxos (fig-. 307), le sein gauche à l’air, prise longtemps pour Cléo-
pâtre; Vénus accroupie^ vêtue seulement du bracelet des dames
romaines, mais dans une si pudique attitude qu’elle défie toute indis-
crétion.
Admirons encore les bas-reliefs du Triomphe de Bacchus et
d'Ariane et du Triomphe de Junon; Vénus, copie, dit-on, de la
1. Les Seins à l’é^lise^ üg’. 11^^.
1 en lis de Cnide, recouverte d'une draperie (en fer-blanc) moderne ;
Diane d Ephèse ; Actions de grâces à Esculape^ ; Vénus et Apollon ;
Fig. 307.
Chèvre allaitant son chevreau (fig-, 308); le Discobole se préparant,
puis lançant son disque ; les deux Pugilatcurs, de Canova ; le Persée,
l’amant d’Andromède; Apollon Sauroctone (tueur de lézards), et
bien d autres statues ou bas-reliefs mythiques hors série ( fia- 300
310). ^ V .
Nous avons tenu en réserve le plus curieux des bibelots : le bronze
célèbre représentant l’organe de la génération, dressé sur la crête
1. Les Seins à Véglise, fig. 1.
- II.
I, AKT PROFANE.
19
290
l'art profane a l'église
d’un coq. On lit sur le piédestal cette inscription : xo7o.o'j,
le Sauveur du monde !
d. Musée Grégorien. —
Parmi les antiquités étrus-
ques, un vase peint à plu-
sieurs couleurs développe
les différents incidents de
VEnfance de Bacchus :
Mercure apporte le dieu du
vin à Silène et trois jeunes
nymphes offrent leurs ma-
melles au nouveau-né, qui
ne sait à quel sein se vouer.
12"* Jardins du Vatican.
— Pendant son séjour à Rome, en 1671, le marquis de Seignela}"
s'étonne de trouver au « petit jardin » plusieurs figures de
Vénus, qu’on ne pouvait
confondre avec la Vierge.
Il vit dans une niche
une Vénus avec un petit
Amour auprès d’elle ;
dans une autre niche, une
seconde Vénus, appelée
la « Honteuse », de se
trouver dans pareil lieu,
sans doute. Mais le Vati-
can, vous l’avez vu, four-
mille de pareilles sur-
prises.
De Lalande, un siècle
plus tard, note avec
non moins d’étonnement,
dans le petit pavillon ou
Casin bâti par Jules II, au milieu de la cour Ovale, « une cuvette
avec des enfants qui pissent continuellement, dont les jets se
croisent j cette polissonnerie n a aucun mente du cote de 1 ait.
Enfoncé le Manneken-Pis bruxellois, savez-vous ?
ITALIE
291
Jules Gourdaiilt, dans r//a/ie, ne donne qu'une appréciation
générale, mais elle a son prix :
La laineuse Villa Pia (^Casino ciel Papa)^ le Gasin de Pie IV (1560),
est bien drôle, et, malgré son nom, elle n’a rien de pie. C’est le seul juge-
ment que je trouve à porter sur ce nec plus iiUra de débauche architec-
turale. FaUes-y deux tours, je vous prie, et dites-moi par quel effort
d’imagination, vous vous représentez le saint Pontife lisant son bréviaire
dans ce huen retira anacréontique, où de chaque feston de verdure, de
chaque rocaille, de chaque chant d’oiseau s’exhalent un mvstérieux fris-
sonnement de volupté et les plus pénétrants parfums aphrodisiaques.
Aussi, est-ce dans ce bosquet que, selon Bædeker, le pape donne
parfois audience aux dames.
Enfin, nous empruntons à Ch. Yriarte le dessin de la Vipne du
pape Jules du jardin pontifical (fig-. 311). C’est un portique cou-
ronné d une balustrade soutenue par une dizaine de cariatides à
game, portant un torse féminin richement meublé et découvert jus-
qu au pubis inclusivement, ce qui n’est pas positivement un sio'Qe
de pudicité. " ^
On conçoit que dans ce milieu paradisiaque, les papes refusent
comme l’a fait Pie IX, « le prisonnier du Vatican », sous couleur
l’art profane a l’église
^9^
de protestation, de sortir du palais pontifical et de mourir dans ce
cachot enchanteur, sur la paille humide dont on a vendu des échan-
Fig. 311.
tillons. Qu’ils continuent donc à suivre l’exemple de cette dame de
volupté, citée par Brantôme, qui, pour plus grande sûreté, fît son
paradis en ce monde : c’est autant de pris.
Les palais où les pontifes avaient l’habitude de faire leur retraite
estivale étaient décorés de statues et de tableaux qui n’avaient bien
souvent que des rapports fort éloignés avec la religion. En 1765,
raconte de Lalande, le Pape avait coutume de prendre le café dans
un Casin du palais de Monte Cavallo : « Il y a, dans le jardin, une
fontaine où une femme assise donne à téter et un Adrien nu. dans
/
un bosquet. »
La Villa cil papa Giulio appartenant à Jules III, dont la chape
était couverte de nudités des deux sexes, comme on le voit sur une
de ses médailles (fîg. 312) et mieux sur son buste, à Florence*.
Cette villa est ornée d’un grand nombre de peintures païennes
représentant silènes, satyres, Vénus et autres déités de l’Olymi^e.
Aux voûtes, des rondes de nymphes, la Grossesse de Calypso.^
1. Les Seins à l’église^ fig. 52, 53.
ITALIE
293
dos bacchanales voisinent avec les Verius théologales^ la croix et le
calice du saint sacrifice de la messe (fig*. 313).
Mais c’est assez prendre l’air des jardins pontificaux, retournons
au plais vaticanal par l’escalier royal, sous l’œil des Renommees
dégingandées et dégrafées que nous connaissons. Au premier étage
avant de pénétrer dans la célèbre chai^elle Sixtine, visitons, en coup
de vent sa voisine de face, la chapelle Pauline, construite sous
au 111, le glouton qui mourut subitement après avoir mangé deux
melons à son dîner.
l3o. Chapelle Pauline. — Tout en jetant un rapide coup d’œil sur
la fresque du Crucifiement de Saint Pierre', nous y remarquerons
que le martyr est crucifié la tête en bas, sur sa demande, se trou-
vant indigne de prendre l’attitude du Sauveur... et des larrons. En
outre, Michel-Ange l’a représenté dans un état de nudité absolue ;
1 a, du reste, supprimé tout accessoire, maison, arbre, etc pour
concentrer tout l’intérêt sur le protagoniste de cette scène tra-
gique. On pourra constater aussi que les organes, très réduits sui-
vant 1 esthétique michelangesque, ne suivent pas les lois de la
pesanteur: mais c’est un peu chercher la petite bête ou midi à
b heures et demie (lig. 313 hisy.
Les Seins à l'église, %. 38 his
qu. elle devait se marier, - rcs.somhlait à votre personnage .i, ’
294
t/art profane a l'église
14'' Chapelle Sixtine. — Cette salle, dont Sixte IV a choisi rem-
placement et à laquelle il a laissé son nom, serait mieux appelée
Michelanjesquc, car elle renferme les principales œuvres picturales
Fig. 313 his. — Reproduite par Armengaud, dans les
Galeries publiques d’Europe.
de Buonarroti, /’uom di quattr aime, l’homme aux quatre âmes,
selon l'heureuse expression de Pindmonte : architecte, sculpteur,
peintre, poète, sans compter Pâme qu’il réservait au culte de Vit-
toria Golonna. A l’appel de Jules II (f 1513), successeur et neveu
de Sixte IV, il enlumine la voûte de fresques dont le sujet est em-
prunté à la Genèse, et, ving't ans plus tard, il applique au mur de
l’autel les académies musclées de son Jugement dernier, projeté par
ITALIE
295
Clément (*[- J 534), exécuté sous Paul III ^ (*[- 1549) et découvert
le jour de Noël, eu 1541.
Les nudités bibliques des compartiments de la voûte ont leur
Fh
314.
importance, et par la qualité et parle nombre; elles sont noblement
artistiques et nullement sensuelles. Bien que ce génie fût un chaste,
son pinceau les recherchait au lieu de les éviter; u il revêtit de
muscles ses pensées sans se douter de Linconvenance de ses nudités » ,
dit Cartier. Ne nous étonnons donc pas d’en rencontrer autant :
1. Ihéophile Gautier commet donc un anachronisme,
un honneur qui revient plutôt à ses successeurs :
en attribuant à Jules II
Il i>loyait Micliel-Ang-e avec son ])ras de f(U’,
Et, le voyant trenihler, sachant (jn'ii n’était qu’liomme,
Au dôme colossal de Saint-Pierre de Rome
Le trainait, en jurant, allumer son enter.
29G
l'art profane a l’église
l’art et la vérité avant tout; peu lui importaient les scrupules des
coccinelles attardées. Chaque tableau biblique du plafond est encadré
d'une architecture en trompe-l’œil :
aux angles, sont assises des figures
nues, sous forme de statues, que
Vasari appelle des Ignudi.
Nous reproduisons celle qui oc-
cupe l’angle supérieur droit de la
Naissance d’Eve ; elle correspond à
la Sibylle de Gumes, Cumana, « aux
seins pendants et lourds » (hg. 314).
Cet adolescent tient un sac de glands
significatifs : des feuilles de chêne
accompagnées de glands, d’après le chanoine Morel, seraient
l’image des avantages que l'on trouve au service du Seigneur.
Parmi les épisodes
de l’Ancien Testament,
plusieurs attireront et
retiendront notre at-
tention :
La C rca tionduso le i l
et de la lune (üg. 315).
L’attitude du person-
nage qui fuit, le Génie
du Chaos, chassé par
le Tout-Puissant, et
dont la draperie col-
lante accuse les ro-
tondités postérieures,
donne lieu à une équi-
voque : pour les esprits enclins à la malice, il semble personnifier
l’astre lunaire.
La Naissance d'Eve (hg. 31 h). La compagne d Adam fait son
entrée sensationnelle dans le monde par le flanc gauche de son
époux*, plongé dans un profond sommeil quasi anesthésique, imposé
Fig. 31G.
1. Les flagorneurs « fuministes » se refusent à voir Eve sortie de la côle d’un
homme ; « Ce sexe enchanteur, susurrent ces idéalistes, est émané, comme les fleurs,
n' A L T E
297
par le chirurg-ien céleste. Ignorant le péché, nos premiers parents
sont apudiques, aussi ne s’occupent-ils pas de cacher leur nudité ;
Michel- Ange s'est bien gardé de commettre la faute de Raphaël.
Adam et Eve manr/ent du fiuiit défendu et sont chassés du Paradis
(fig. dl7). Le démon tentateur prend ici la forme d'une femme
chevelue — ce qui est un contre sens sur lequel nous nous sommes
suffisamment expliqué. Les cuisses de cette lamie finissent en queue
cl un rayon céleste » ; mais les contempteurs du sexe qui nous mène par le bout du
nez et de ses nénets ripostent : « comme le gratte-cul de la rose cl la chenille du
papillon O.
298
l’art profane a l’églisk
de serpent et s’enroulent autour de l’arbre de la science du bien et
du mal.
Fig-.
319.
La position des g-énitoires d’Adam, à la hauteur de la figure d’Eve,
exprime d’une façon un peu vive l’ignorance où nos chastes parents
ITALIE
209
Fis-. 320 bis.
T I’JHm
ëT'^îfT ‘ vT/K
1 ' 11^
A ilim^ 1 < aBK-»"
M <^v
Fig-. 321. — Le prophète Daniel. Reproduite
par ArmengaïuL
Fig-. 322. — Jérémie.
300
i/art profane a l’église
étaient delà pudeur. Mais, par contre, Buonarroti, dans V Expulsion
du Paradis, toujours fidèle au texte, transforme leurs corps en ceps
de vig*ne.
Le Déluge. Les nombreux fugitifs sont tous strictement nus,
Fig'. 323. — Sibylle Delphica.
pour indiquer qu’ils ont été surpris durant leur sommeil par l’en-
vahissement des eaux, « quand toutes les fontaines du grand abîme
furent rompues et les bondes des deux furent ouvertes ». La femme
alfalée au premier plan (fig. 318) est la seule peut-être qui a du
linge, mais elle l’emploie à se couvrir la tête.
IJ Ivresse de Noé (fig. 319). Par une contradiction choquante, les
enfants du patriarche montrent sur eux-mêmes ce qu’ils veulent
cacher sur leur père : la poutre et la paille.
Les intervalles des tableaux de l’Ancien Testament sont occupés
par des scènes diverses, tel le Bonheur conjugal (fig. 320) où
se traduit surtout le bonheur d’un petit polisson qui fourrage le
I TALI E
301
corsag-e maternel. Mais c’est principalement dans le voisinage des
pendentifs consacrés aux colossales ligures des Prophètes ^ (lig. 321
1. Sous Ezecliiel, on voit, d’un côté, une femme au
dans le sommeil (fig. 320 his), et, de l’autre, la môme
et portant son enfant.
terme de sa grossesse, plongée
lemme eveillee, devenue mère
302
i/aut profane a l’église
322) et des Sibylles (lig. 323) que se réfugié le nu, à la retombée des
arcs de la voûte et sur les cariatides couchées ou debout de la cor-
niche. Tous ces motifs dévêtus se présentent sous les aspects les
plus variés : Michel- Ange, vous le savez, s’elforçait de « ne jamais
faire le même contour ». Delà, certaines attitudes forcées de « corps
convulsés », que nous rencontrerons surtout dans le Jugement et
qui rappellent parfois les contorsions de elowns, maillot bas.
Le Jugement dernier (fig. 324) h Cette immense cataracte de
damnés, suivant l’expression imagée d'Emilio Gastelar, qui tombent
blessés par l’implacable sentence du Juge incorruptible; ces gigan-
tesques tableaux vivants, agités par le souille d une inspiration
tumultueuse, où l’on reconnaît le lion à sa grille, ex linge leonem^
devraient être accompagnés, au dire d’Iluysmans, du Dies iræ,
« l’hymne désespérée du moyen âge ». Pour Delacroix, cette con-
ception de trois cents ligures titaniques, qui matérialisent le récit
dantesque, « c’est la fête de la chair! » D autres voient, comme dans
la Divine Comédie^ la fusion du paganisme et du christianisme, de
Zeus-Jésus tonnant et de Caron « aux yeux de braise », tous deux
courroucés, aux deux extrémités de la puissante et immortelle page.
Le Christ fulmine contre les damnés la terrible excommunication :
liecedite a me, maledicti,...
Quelques mitro ou microcéphales touchés de la grâce y décou-
vrent, celui-ci, (( une leçon de gymnastique » ; celui-là, « une col-
lection de grenouilles »; cet autre, « une scandaleuse peinture » ou
encore « des ordures irréprochables pour l’art, non pour la religion ».
L’un de ces sacristes elfarés place le Jugement de Fra Angelico, dont
le pinceau était un goupillon, bien au-dessus de toutes les composi-
tions similaires : <( le bienheureux de Fiesole, exulte cet exalté, a
surpassé tous les autres et s’est surpassé lui-même ». Comme chez
Nicole! ! « Dans ce fouillis de raccourcis audacieux, clame Simond,
dos et visage, bras et jambes se confondent; c’est un véritable pou-
ding de ressuscités h Nous préférons le jugement de l’abbé Boulfroy :
1. Celle planche, gravée au trait par Thomas Piroli, reproduit les persouuagcs
sous leur asjicct actuel, c’est-à-dire expurgés par l’Anastasie poutificalc. Les tîguies
3ï1G, 327 et 328, d’après une très aucieuue gravure, rétablissent, eu quatre zones
sensiblement parallèles, les personnages a leur premier état sans draperies. Nous
attirerons, plus loin, latteutioii sur les parties qui ont été postérieurement et
jdus particulièrement recouvertes.
2. Joignons à ces critiques sévères et injustes celle, non moins dure, mais plus
I
TALIK
303
« C’est le produit d'iiiie imagination fantastique en proie à un
délire sublime ». Facile è il criticar, difficile l’arle.
One les dévots, mitrés ou non, que les béats — dont l'anagramme
est bêtas — s acharnent contre ce chef-d’œuvre, rien de plus natu-
rel ; la cour des miracles des papes, « la sentine », disait Pétrarque,
si indulgente pour les simonies et les saturnales de certains d’entre
eux, à quelques exceptions prèsh a toujours redouté l’éclat de la
lumière, aussi bien le rayonnement des belles-lettres que celui des
beaux-arts, mais que « le divin » — nous dirons l’arlequin — Arétin,
poète lubrique par excellence, condottiere de la plume, fasse chorus
avec ces noirs Zoïles et s’encapuchonne, pour la circonstance,
dans le puritanisme exclusif de la règle cistercienne, voilà ce qui
provoque le bon sens, vodà le comble du cynisme et de 1 impudence!
L auteur et, selon la judicieuse remarque de M. Romain Rolland,
le modèle de 1 Hypocrite ^ écrivit donc à Michel-^Viige une lettre
peihde qu il publia quatre ans après 1 achèvement de la fresque, en
novembre 1545. 11 était, en ellet, peu satislait du maître florentin
qui avait eu le tort de ne tenir aucun comjDte d’une esquisse envovée
par lui pour \q Jinjeinent^ et surtout de ne pas le combler de cadeaux,
à l’exemple du Titien h
impartiale de Sigalon qui a lait du Jugement une excellente copie, exposée à l’Ecole
des Beaux-Arts : « Maintenant que je contemple à l’aise l’immense tableau de
Michel-Ange... je trouve qu’il porte un caractère frappant de hâte... Avant la fin de
œuvre, 1 impatience avait gagné l’ouvrier. Beaucoup de figures du dernier plan ne
sont que des ébauches ; pour se distraire et s’exciter à finir, l’artiste a eu recours à
a antaisie. La fresque de la chapelle Sixtine... est moitié une œuvre d’art moitié
une caricature. Il est évident que ces scènes, qui dépassent quelquefois les limites
du ridicule, ces poses grotesques ou obscènes, indiquent la lassitude du sujet et la
nécessite de rester dans l’actualité pour achever l’œuvre au moyen d’une inspiration
factice. Ces hommes qui grimacent, ces figures qui se tordent, ce sont des ennemis
des envieux auxque s Michel-Ange a imposé la vengeance de ses pinceaux, comme
autrefois le Dante leur avyit imposé celle de sa plume... Michel-Ange avait com-
mence un tableau, il a signé un pamphlet. »
PoujpuLAT, Toscane et Home, lettre 28. Cf.
1. loutefois, rendons aux Césars du Vatican ce qui est aux Césars du Vatican *
rendons justice au zèle artistique des papes qui, depuis Clément XII jusqu’à Pie VIl’
travaillèrent a 1 accroiseinent des collections et principalement à' Clément Xiv’
lequel installa le Miiseo Pio CLementmo, avec la galerie organisée par Pie VI
-. Vous trouverez cette lettre in extenso dans le Michel-Ange de M. llomain Bol-
and , nous n en extrairons que les passages les plus suggestifs
«Dans une si haute histoire, vous montrez les anges et les saints ceux-ci sans
aucune honnêteté terrestre, ceux-là privés de tout ornement. Voyez’ les Gentils-
quand Ils sculptent, je ne dis pas Diane vêtue, mais Vénus nue, ils ha fon^ecm^^^^
avec la main les parties qui ne doivent pas se découvrir : et Voici qu'm
i
304
l’art prop\\ne a l’église
Trop de g’eiis <( rentrog'iiez et contristez » ont suivi Texemple de cet
ex-larbin d'Ag-ostini Chigi à qui il vola une tasse d^argent’, de ce
vil contempteur, dont « la plume endiablée crache et éclabousse »,
comme celle de Giboyer. Ces gens d’esprit borné voient dans la
robuste conception michelangesque, d’une réalité si saisissante et si
tragique, un impudent outrage public à la pudeur et se récrient, en
se signant, contre ce (( chaos », cet « abus du nu ». Certes, une
pareille conception n’est pas immaculée; elle a ses taches, comme le
soleil, et d’Agincourt donne la note juste en appliquant à ce « pin-
trissime », pittorissimo, ce que Voltaire pense d’Homère qui som-
meille quelquefois :
Plein de beautés et de défauts,
Le vieil Homère a mon estime,
11 est, comme tous ses héros ;
Trop souvent outré, mais sublime.
Que si jamais la chaste nudité de Part fut obligatoire, c'est bien
dans la scène de la résurrection : les morts ne peuvent sortir de leurs
tombes en habit de cérémonie. Il faut que les croyants en fassent
leur deuil et qu'ils se résignent à comparoir devant le tribunal
suprême sans la moindre liquette ou bavette, et Murillo, lui-même,
qui, vous le savez, préféra la mort à la honte de se découvrir devant
estimant l’art plus que la foi, tient pour un spectacle royal de ne pas observer une
semblable décence envers les martyrs et les vierges, aussi bien que le geste de
faire saisir un homme par les parties génitales, — tant qu’une maison de débauches
fermerait les yeux pour ne le point voir ! C’est dans une salle de bains voluptueux,
non dans le chœur souverain, qu’un tel style était à sa place.
(( Ce serait un moindre crime de ne pas croire, que d’attenter ainsi à la foi chez
autrui. Mais, jusqu’à présent, l’excellence de ses impudentes merveilles n’est point
restée impunie, puisqu’elles ont fait le miracle de tuer votre gloire. Aussi, ressus-
citez votre nom, en faisant des flammes de feu avec les parties honteuses des
damnés, et des rayons de soleil avec celles des bienheureux, ou bien imitez la
modestie des Florentins, qui cachent sons des feuilles d’or le ventre de leur beau
Colosse : et pourtant il est placé sur une place publique et non en un lieu sacré.
Que Dieu vous le pardonne ! »
A l’accusation d’impiété, l’Arétin-Basile ajoute celle de vol, lui reprochant d'avoir
gardé « le trésor » laissé par Jules II pour l’érection de son mausolée inachevé ;
bien mieux, il ramasse dans la boue la calomnie répandue contre les mœurs anti-
physiques de Michel-Ange, et insinue que Gherardo Perini et Tommaso dei Cava-
lieri, « seuls peuvent disposer de lui ».
1. Ce chaste incontinent qui aimait la vertu chez les autres, ce « fléau des
princes » ne chantait les louanges du Seigneur ou des seigneurs qu’après les avoir
fait « chanter » ; il se vautrait indistinetement dans la dévotion ou dans l’abjection,
selon l’occasion et le prolit.
H»n«üW'
mm
Fig. 327. — Zone III.
Fig. 328. —
I ' i
lili
Zone IV
ii'ALiÈ
305
un médecin, sera bien déçu quand il verra que son sacrifice pudique
était inutile. Aussi le thème du Jugement dernier.
Jour grand, où l’on verra le fils
Naistre aussi tost comme le père,
est-il naturellement fertile en nudités : élus et réprouvés ne seront
parés que de leur peau jusqu’à la consommation des siècles.
D ailleurs, le nu de Michel-Ange n’est pas inspiré par le désir
malsain de flatter les sens ; nous connaissons l’immuabilité de ses
^ principes artistiques sur ce sujet. C’est aussi l’avis de Stendhal :
Une seule figure nue s’adresse presque sûrement à ce qu’il y a de plus
tend] e et de plus délicat dans 1 ame j une collection de beaucoup de
figures nues a quelque chose de choquant et de grossier. Le premier
aspect du Jugement dernier a excité chez moi un sentiment pareil
à celui qui saisit Catherine II le jour qu elle monta au trône, lorsqu’en
entrant dans les casernes du régiment des gardes, tous les soldats à demi
vêtus se pressaient autour d elle. Mais ce sentiment qui a quelque chose
de machinal, disparaît bien vite, parce que l’esprit avertit qu’il est impos-
sible que l’action se passe autrement.
Poui la composition de son poème, Michel-Ange s’est inspiré de
la Divine Comédie, œuvre de vengeance que Dante, le poète gibelin,
écrivit de a sa plume taillée avec son épée », dit A. Dumas. Puis, il
s’est efforcé de varier les attitudes et d’éviter les sentiers battus ;
aussi, comme dans certaines de ses œuvres de sculpture, la crainte
de la banalité, des répétitions et des réminiscences le fait-elle sou-
vent tomber dans la recherche de la, singularité.
Mais déjà, selon la remarque d’E. Gastelar, la réaction commen-
çait contre la Renaissance ; « l’hypocrisie allait reprendre le suaire
du moyen âge pour ensevelir de nouveau la nature ». La papauté
passa de la parole à l’action, comme l’Arsinoé de Molière,
bille fait des tableaux couvrir les nudités,
Mais elle a de l’amour pour les réalités,
et plusieurs de ses représentants firent subir au chef-d’œuvre de
Buonan-oti les derniers outrages. Dès lors, ces figures athlétiques
evmrent aptes à chanter dans la même chapelle, en perdant les
signes extérieurs de la virilité L
1. Il est au moins curieux de constater que c'est précisément dans la chapelle du
l’art profane. — II.
20
Paul III (*i* 1549) eut un instant l’idée de faire couvrir d’un badi-
geon le Jugement dernier^ sur les insinuations répétées de son
maître de cérémonies, messer Biagio ou Biazzo da Gesena, qui décla-
Fig’. 329, 330. — Details du Jugemenl, d’après l’œuvre originale de Michel-Ange.
rait l’œuvre digne de figurer dans une étuve ou dans une hôtellerie,
opéra da stufe o d’osteria. Michel- Ange se vengea de son mordant
critique en le plaçant au premier rang des démons (fîg. 330), sous la
forme de Minos — stj^avi Minos orribilmente e ringhia, selon la
fiction dantesque. Il le peignit avec les oreilles d’âne de Midas et un
serpent qui lui dévore l’appendice « par où il a péché ^ ». Comme le
Vatican, qui contient le plus de nudités, que se réunissent les interprètes des
sublimes inspirations de Palestrina. manifestation vivante de l’art musical, lesquels
précisément sont privés de leur sexe parce que le rituel prohibe les voix de femme
à Saint-Pierre. Mais il paraît que le recrutement de ce bataillon de sopi'ani, qui
ont la ressource après la perte de leur voix de se faire gardien de sérail, devient de
plus en plus difficile. Autrefois, à Rome, on voyait à la porte des barbiers,
Alexandre Dumas le raconte, des écritaux avec cette inscription illustrée d'un
rasoir : « Ici, on perfectionne les garçons » ; euphémisme ignoré de nos « coupeurs »
de chats.
1. Un moine visionnaire, sous Charles le Chauve, eut la révélation qu’une bête
immonde rongeait la même partie du corps de Charlemagne, en punition de son
libertinage honteux.
ITALIE
307
jii^e (les enfers, le chef du protocole pontifical assigne leur place aux
réprouvés t|ue Caron, « le nocher du marais livide )), chasse de sa
barque à coups d’aviron, après le passage du Styx. Le camérier
déconfit supplia Paul III d’intervenir, mais le pontife lui répondit
avec esprit que, s’il était souverain maître sur le ciel et sur la terre,
et si son pouvoir s’étendait au Purgatoire, il ne pouvait rien en Enfer.
Toutefois, le pape engagea Michel-Ange à retirer du gouffre infernal
le malheureux cardinal qui était devenu l’objet de la risée publique.
Mais Buonarroti refusa net en s excusant par cette fine réplique In
Infenio nulla redemptio (dans l’Enfer, il n’est pas de rédemption).
Par contre, il fait figurer son ami le Tasse parmi les élus.
Ce mode de vengeance n'est nouveau ni dans les arts ni dans les
lettres. Dante en a usé largement avec ses ennemis, que son immor-
telle épopée chrétienne a cloués au pilori de l’histoire.
Autres espiègleries. En l’an 1329, maître Pierre de Gunerys ou
Gugnières, avocat du roi Philippe de Valois, plaida contre les pri-
vilèges de 1 Eglise, tendant à lui ôter la justice temporelle. Les
ecclésiastes 1 appelèrent, par dérision, « du Gu ignet » et donnèrent
son nom à a une petite et laide figure qui est à un coing du jubé de
Nostre-Dame^ et- n’est aucun réputé avoir veu ceste Eglise s’il n’a
vue ceste grimace ».
Nous savons comment Andrea Orcagna, poète, sculpteur, peintre
et architecte, tira vengeance d'un huissier sans entrailles, qui avait
saisi ses meubles, en le piloriant dans son tableau de VEn fer. Le même
peintre, ainsi que Giotto, dans leurs tableaux de Santa-Groce, à
Florence, se payèrent la tête de Gecio d’Ascoli qui s’était permis
de critiquer Dante, leur inspirateur et ami.
Lucas Signorelli s est aussi vengé d une infidèle en la représen-
tant nue, en proie à un démon qui Femporte à tire d'aile sur son
épaule. Ge groupe, que Michel-Ange a imité, est encore emprunté à
Sa légende
V. cathédrale de Sens, cette figure est appelée Jean du Cognot.
a c e ciansonnee par le cabaretier Bruand, Sénonais, qui la grava, paroles et
V ique, avec illustration, sur une jiierre lithographique conservée au Musée ’SMici
le premier couplet de cette chanson :
Or sous Philippe de ^'^alois,
L intègre Pierre de (hignières,
Avocat, déiènseur des lois
Et des coutumes séculières,
Au nom du roi s’est insurgé
(Contre les princes du clergé.
308
L^ART PROFANÉ A L^ÉGÉISÉ
niomère du moyen âg-e : « Et je vis venir derrière nous un diable
noir. Ah ! comme il me semblait terrible. Les ailes etendues et le
pied léger, il emportait fièrement un pécheur sur son épaule pointue
et le tenait fortement attaché par les nerfs des pieds. »
A la Badia de Fiesole, ancienne cathédrale de cette ville, on voyait
un tableau de Gio da San Giovani représentant le Christ dans le
désert : des anges, parmi lesquels il en était du sexe féminin, s’ef-
forçaient de chasser le démon ; le peintre avait donné à ce dernier les
traits d’un moine de l’abbaye qui lui avait servi du vin piqué, tandis
qu’il peignait sa toile.
L’église des Capucins, à Rome, possède un Saint Michel sur soie
du Guide, qui, pour se venger des critiques du cardinal Pamfîli,
futur Innocent X, à la face rubiconde et bourgeonnée, horrible
compagnon dont le nez trognonne, que Vélasquez a enluminé de son
pinceau puissant et original, représenta le prélat sous les traits
hideux de Satan. Pour se justifier, le Guide attribuait cette ressem-
blance au hasard ; simple coïncidence, disait-il, imputable à 1 extrême
laideur du cardinal.
Dernier exemple de représailles d’artiste. Léonard de Vinci
passait parfois des journées entières devant sa Cène sans y toucher.
Le prieur du couvent auquel la fresque était destinée s impatientait
de cette façon de travailler et se plaignit au duc. Léonard répondit :
(( Je n’ai plus que deux figures à peindre, le Christ et Judas ; je ne
savais comment les représenter ; pour Judas, je n’hésite plus, je lui
donnerai la figure du prieur. » Et le duc se mit à rire.
Paul IV qui, cardinal, contribua activement à l’établissement de
l’Inquisition, osa le premier porter une main sacrilège sur la fresque
de Buonarroti ; il lui fît dire qu’il trouvait ses figures trop nues et
qu’il fallait les modifier. « Au lieu de s’occuper de quelques indé-
cences de mes peintures, répondit fièrement Michel-Ange, le Pape
ferait bien mieux de songer à détruire les désordres qui régnent
dans le monde. » Le pape, blessé, voulut faire piquer la muraille
profanée de la chapelle, ou tout au moins faire recouvrir la fresque
incriminée d’un enduit. Daniello Ricciarelli, autrement dit Vol terre,
élève de Michel-Ange, pour sauver de la destruction l’œuvre de son
maître, accepta, en 1555, la tâche ingrate de couvrir de draperies
quelques pubis subversifs. On l’appela le Bracchettone ou Braghet-
ITALIE
309
tone^ c’est-à-dire « Gulottier », et ce surnom lui est resté. C’est
ainsi qu’une culotte est devenue une robe de Nessus.
Salvator Rosa, dans sa troisième satire, a consacré à cet incident
grotesque des vers qui ne manquent pas de piquant b II fut d’ailleurs
un de ceux qui blâmèrent « les tragiques fantaisies » de Michel-
Ange. Vint ensuite Pie V 1572), qui trouva à son tour que cette
peinture murale n’était pas morale, et chargea Girolamo da Fano, —
Stendhal nomme Dominique Garnevale, barbouilleur de Modène, —
d’ajouter de nouveaux linges pour couvrir les nudités dont la pudeur
de l’Arétin avait été blessée !
Clément VIII (d* 1605), animé du même zèle destructeur, eût
sacrifié la fresque en entier, sans la protestation de l’Académie de
Saint-Luc. Enfin, Clément XIII trouva encore des coins de chair à
vêtir et confia ce travail de confection au pinceau maladroit de Sté-
phane Pozzi. L’abbé Richard, dans son Voyage en Italie^ raconte
qu’il vit « de très médiocres artistes occupés à recouvrir de draperies
les plus belles figures nues du tableau et du plafond. »
Depuis, l’œuvre de destruction du vandalisme pontifical a été con-
tinuée par le temps, l’humidité, l’explosion de la poudrière du château
Saint-Ange, mais surtout par la fumée des cierges ou de Pencens^
et aussi par un raccord d architecture qui a supprimé la partie
supérieure centrale, réservée primitivement au Père éternel et au
Saint-Esprit. La fresque ainsi détériorée, défigurée et obscurcie par
« les outrages conjurés des événements et des hommes », n’est plus
qu’une vaste « croûte » de noir de fumée. En cet état négatif, il est
à l’abri de nouveaux accès de pudibonderie du Saint-Siège. Un
(( accommodement » a d’ailleurs tourné la difficulté au Vatican :
selon la formule tartufienne, on cache ces seins artificiels, que l’on
ne saurait voir, avec une tapisserie représentant V Annonciation de
la Vierge^ par le Baroche. Tous les dimanches, cette immense
E pur eni un error si hrutlo, e grande,
Che Daniele di poi fece da sarto
In quel Giudizio a lavorar mutande.
2. « Il y a telle grande fête, dit un auteur, où il se brûle à Saint-Pierre pour
plus de 14.000 écus romains (60.000 fr.) de bougies, dans un seul jour. » Mais, quoique
lassent les adorateurs de l'agneau pascal, aussi bien que ceux du veau d’or ou de la
vache à Colas, ils n’y verront pas plus clair dans les mystères de la religion et ils
n en continueront pas moins à éclairer le culte : c’est le plus clair de l’affaire.
310
l'art profane a l’éolise
draperie est clouée au-dessus de l’autel, à la messe papale \ Ingres,
en 1827, a exposé un tableautin de valeur qui donne une idée de
cette cérémonie. C’est précisément cette toile qu^une détraquée
vient de mutiler.
III
IV
V
ÉLUS
CHRIST
ÉLUS
SAINTES-SAINTS
VIERGE
SAINTS-SAINTES
VII
SEPT TROMPETTES
GREFFIERS
Fig. 330 bis. — Schéma des 4 zones et des 10 groupes du Jugement dernier.
1, Cf. Stendhal, Promenades dans Rome.
I T A r. I E
311
Entre temps, nous avons omis de parler d’Adrien VI (1522-1523),
dont le règ'iie fut si court, heureusement pour les amis des arts. Mais
rendons à Adrien ce qui est à Adrien, il ne perdra rien pour attendre.
Fig-. 331. — Zone 1-.
Ce barbare iconoclaste l’antithèse de son prédécesseur Léon X,a23rès
avoir mutilé ou anéanti de nombreux antiques, en marmottant entre
deux patenôtres: « Sunt idola antiquorurriy » voulait détruire aussi le
plafond de la Sixtine. Il croyait entrer, disait-il, en pénétrant dans
la chapelle, dans l’étuve d’un baigneur. Qu’eût dit et qu’eût fait cet
ostrogoth, ce fossile, s’il avait vécu assez de temps pour voir le
Jugement deniier, le finis coronat opus de ladite chapelle ? Bone
De U s I
Passons maintenant à l’examen des détails, qui laissent moins à
désirer que l’ensemble et Lunité du tableau. Pour plus de clarté,
nous avons divisé la planche de Thomas Piroli (fîg. 324) en 7 groupes
(fig. 254 à 260), procédant de haut en bas et de la gauche du lecteur
à sa droite. On établira facilement les comparaisons avec les quatre
zones de la vieille estampe (fig. 325 à 328).
Première Zone (fîg. 325 et 331). — Deux groupes d’anges, avec
les instruments de la Passion : la croix, la colonne de la flagella-
tion, etc.
Groupe I (fîg. 331) une seule draperie intempestive a été ajoutée
a 1 ange qui se présente de face sur la grande branche de la
croix.
Groupe II. L’ange qui de face embrasse la colonne se montrait
aussi à pubis découvert. Les fessiers très développés de son voisin
312
l'art profane a l’église
étaient recouverts dune draperie transparente qui dessinait ces
rotondités comme au naturel.
Deuxième Zone (fig-. 326, 332, 333). — Le Christ (fig. 332,
Gr. IV) châtiant les réprouvés était primitivement nu, en Jupiter
Olympien, ou en Apollon vengeur, et les chairs de la Vierge rayon-
naient comme celles d'une Vénus antique. Michel- Ange consentit à
revêtir Marie d’une robe et fît flotter un lé^er voile sur le bassin de
O
son Fils, le Rédempteur tonitruant dont on cherche les foudres. Il
est entouré, principalement du côté gauche fhg. 333), des Apôtres,
des Prophètes, des saints martyrs et des élus. Ces personnages ont
été costumés après coup, selon la mode vaticane. On reconnaît
facilement saint Pierre à ses clefs, au voisinage de Moïse, et le
vieillard Enoch; tous montraient leur sexe.
Le haut de la cuisse gauche de saint Barthélemy, placé au-des-
T T A T. I E
313
SOUS et à la gauche du Christ, tenant sa peau disséquée, a été enve-
loppé d’une bande protectrice.
Fig. 3:33. — Zone 2% côté droit.
Adam (lig. 332, Gr. 111), taillé en Hercule, accompagné d’Abel,
se présentait sans la moindre feuille de vigne ; un misérable cor-
recteur dissimula u son impureté » sous le bout de la queue d’une
peau de lion, ce qui l’assimile encore davantage au héros de la
fable. Sur ce colosse on peut remarquer avec quel soin Buonarroti
314
t/art profanr a r/Ér.r.FSE
réduisait les organes de la génération à leur plus simple expres-
sion, au lieu de les conformer à la taille du personnage. De ce côté,
Adam-llercule a été traité comme un petit Jésus.
D'autre part, le retoucheur a barbouillé la fesse droite du martyr
qui tient sa croix et tourne le dos à Adam.
Le Groupe 111 (fîg. 332) semble réservé au sexe féminin — côté
des dames ; — il comprend les pécheresses repenties et les âmes
confîtes en dévotion, filles de joie ou de foi. Chose incroyable, ce
groupe n’a eu à subir aucune modification de la part des tailleurs...
d’images et pourtant son centre est occupé par une femme tout à
fait nue. En haut du même groupe, l'une des deux femmes âgées a
la poitrine découverte ; plus bas, Eve reçoit dans son giron et ras-
sure une des sœurs d'Abel, dont l’épouvante contraste avec la
figure souriante de sa mère : la seule du tableau qui' ait le sourire.
Toujours zone 2® (fig. 333). « Côté des hommes », des bienheureux;
tous ceux qui sont de face ont été recouverts par ordre papal. Au-
dessus de l’admirable figure qui est appuyée sur la croix (fig. 333,
G. V) et semble représenter saint André, bien que l’instrument de
son supplice ne soit pas en X, deux personnages paraissent s'em-
brasser — des parents, des époux ou des amis qui se reconnaissent
après tant de siècles de séparation. Mais des esprits malinten-
tionnés y virent tout autre chose, par exemple des coupables enti-
chés du « péché philosophique^ ». « 11 était naturel, dit Stendhal,
que des prêtres du xv® siècle blâmassent ce transport et soupçon-
nassent un motif honteux. »
La draperie de saint André, retenue par une cordelette, faisait
défaut à l’origine, comme pour toutes les figures qui se présentent
de face.
Dans le Groupe V, de la figure 333, saint Sébastien, ses flèches
1. On lit clans le Journal de Barbier, octobre 1720 : » On me comptoit, ces jours
ci, en inc parlant du general d’Uxelles, c[u’il avoit toujours été tort entiché du
péché philosophique. (Ce genre n’a pas laissé d’avoir des grands hommes pour
amis). Qu’un jour, ils étoient trois en partie de débauche, et que le deuxième, qui
n’étoit pas de ce goùt-là, le fronda fort, et ne vouloit pas croire qu’il y eût des
b « Pardonnez-moi monsieur, lui dit le tiers, il y en a si bien, qu’il y en a
« même de trois sortes : il y a de riches b , comme M. le maréchal d Uxelles ,
« il y a de pauvres b comme moi, et il y a de sots b comme ^ous. » bu
sorte qu’il eut son paquet pour avoir méprisé le parti des deux autres ; et cette
histoire aura ici sa place par récréation, a cause du bon mot. » C est au même titre
c[uc nous risquons cette citation, reproduite par Pic, dans ses Heures libres.
ITALIE
315
en main, se fait remarquer par une facture au-dessus de tout éloge.
Al' origine, il était complètement nu, comme ses voisins et ne sem-
Fig'. 334. — Zone 3®, côté gauche.
blait en éprouver aucune gêne : n a-t-il pas l’habitude de « poser
pour le torse », à la façon d Apollon ? Combien dut-il être importuné
par l’addition de l’étoffe imposée !
A sa droite, on signale une étrange distraction de Michel- Ange,
ou la clericature mal disposée vit encore une scène renouvelée de
Sodome (fîg. 338). Primitivement, saint Biaise, porteur de ses
peignes de fer, se penchait sur sainte Catherine, entièrement nue ;
celle-ci tenait la roue, armée de rasoirs, de son supplice et se retour-
nait vivement vers lui. Daniel de Volterre se chargea de modifier
1 attitude équivoque du saint frôleur : la tête de l’innocent incriminé
regarda dès lors vers le Sauveur et la sainte fut vêtue plus conve-
nablement. Voilà comment au Vatican se tripatouillent les oeuvres
d’art !
Troisième Zone (fîg. 327, 334, 335). — Les sept anges, sans
ailes (fîg. 334, Gr. VII), donnent, au son des trompettes, le signal
du réveil des trépassés. L un d’eux accuse son sexe féminin par des
mamelles exubérantes ; des autres, un seul, campé en avers, mon-
316
l'art profane a l’église
trait ses organes (le comptable qui tient le plus petit grand-livre
des élus), on les lui a cachés.
Les prévenus (fig. 334, Gr. VI) qui viennent de ressusciter s’en-
traînent pour monter au tribunal suprême ; tous ont eu à subir le
travestissement pudique ; même celui qui tourne son côté pile,
généralement toléré, n’a pas échappé à la distribution des voiles.
Le plus terrible des groupes (fig. 335, Gr. Vlll) est celui des
damnés qui personnifient les péchés capitaux. Ges impudents
réprouvés, toute honte bue, ne cachaient rien de leur turpitude cor-
porelle. 1^’ Avarice ^ la tête en bas, les clefs de ses coffres pendantes,
et ceux qui se montrent de dos, sauvent maintenant les apparences
ou mieux les réalités à Laide d’écrans en étoffes qui écartent les
ravons visuels.
c/
Les badigeonneurs ont masqué en partie la punition du vice a
tergo^ le long de la bordure (fig. 335, 339).
Emporté par son sujet, dit Stendhal, l’imagination égarée par huit ans
de méditations continues sur un jour si horrible pour un croyant, Michel-
i rÀLlii
317
An^e, élevé à la dignité de prédicateur, et ne song-eant plus qu’à son salut,
a voulu punir de la manière la plus frappante le vice alors le plus à la mode.
L’horreur de ce supplice me semble arriver au vrai sublime du genre.
Fig-. 33G. — Zone 4®, côté g-anche.
Le peintre de la chair musclée a mis ici, on peut le dire, les
poings sur les i, more canino (fîg-. 339).
Quatrième Zone (fîg‘. 328, 336, 337). — Au son des trompettes
à’ Aida, les morts sortent de leur sommeil (Gr. IX). Vers la droite
(lîg. 336), une série de pécheurs s’échappent, en rampant, de la
caverne infernale, où tentent de les attirer des démons avant le
jugement. L un cl eux, ignorant les règles les plus élémentaires de
la pudeur, a été muni de sa compresse protectrice des bonnes
mœurs. Il en est de même d’autres ressuscités que les anges dispu-
tent aux démons; chacun a son cache-sexe.
Michel-Ange s’est représenté lui-même, à gauche du tableau,
sous les traits du moine qui montre le ciel.
Au côté opposé (fîg. 337, G. X), le vieux Caron, dernonio conocchi
di hragia, nocher des enfers païens, conduit dans sa barque sur le
Styx les damnés après avoir donné l’obole qu’il était d’usage de
mettre dans la bouche des cadavres avant de les ensevelir ; ils sont
nus comme les démons qui les accompagnent.
318
L ART PROFANE
A L ÉGLISE
Buonarroti a placé sur les bords du Styx — où devaient errer
cent ans, avant d’entrer aux Enfers, ceux qui n'avaient pas reçu
Fig-. 337. — Zone 4^, côté droit.
les honneurs de la sépulture — son détracteur messer Biag-g-io,
tout près de la tête grimaçante d’Ugolin, rongeant le crâne de son
bourreau — d'après la version du Dante — et au-dessous du châ-
timent infligé au vice contre nature. Le serpent qui le mord cruel-
lement (( indique », d’après Stendhal, <( le chemin qui La conduit en
enfer ». Inutile de faire remarquer que, depuis les rapiécetages pon-
tificaux, l’ophidien ne mord plus que le vide. Ce critique, d’une
sévérité excessive, se demande si le nom de ce grand-maître des
cérémonies pourrait donner la clef « de l’action » de saint Biaise ?
3^^ Sainte-Agnès. — Cette église a été édifiée sur l’emplacement
d’un ancien cirque, où sainte Agnès a subi son supplice. Le martyre
de cette vierge a inspiré au Dominiquin une de ses plus belles
toiles ; elle est aujourd’hui au Musée de Bologne. (( On se sent
frémir, écrit Paul Musset, en voyant le geste furieux de ce bourreau
qui enfonce le poignard dans le sein virginal d’une enfant de seize
ans ! » Une autre tradition veut que l’église fut construite sur le
terrain même du lupanar, où le préfet Sinfronius fit conduire la
jeune fille. Dans l’une des chambres souterraines, pavée de débris
de mosaïques, on a établi une chapelle dont l’autel est orné d un
ITALIE
319
admirable bas-relief d’Alexandre Algardi. Agnès est représentée
nue, entre deux « grands coquins de houzards », dit le président de
Brosses, « avec de petits seins naissants, tout un corps plein de
jïioj hidezzs, et très palpable », au moment où. elle fut couverte
miraculeusement d une longue chevelure qui poussa en un instant
et lui fit (( un vêtement de miséricorde ». Au dire de Lalande, le
mouvement de pudeur qui la porte à croiser les bras pour cacher
sa gorge en rend le tour très gracieux. « Ce n’est point du marbre,
conclut le premier voyageur, mais de la chair molle et flexible sous
les doigts. »
Une statue antique représentant un Apollon a été convertie par
Paolo Campi en Santo Sehastiano ; il n’y a pas que les personnes
qui opèrent des conversions.
4» Saint-André {San Andrea délia Valle. ) — Autour des quatre
Evanrjélistes, du Dominiquin, « s’étalent », dit Taine, de superbes
320
l'art PROP'AiNE A l’ÉGLISE
femmes allég-oriques ; lune, poitrine et jambes découvertes, lève
ses bras nus vers le ciel. « (3n ne peut rien voir de plus agréable,
Fig. 339. — Châtiment de la Sodomie, conçue par Michel-Ange; avant sa restauration.
s’exclame, d’autre part, de Lalande, que la femme que saint François-
Xavier baptise dans l’un des tableaux du Baciccio, des côtés. »
Pie II y est enterré entre la Charité^ dont le buste est découvert
jusqu’au pubis (fig. 340), et la F’of, au torse nu, mais masculin;
représentation singulièrement rare.
5® SS. -Apôtres (SS. Apostoli)^ . — Au-dessus de l’entrée de la
sacristie est placé le tombeau de Clément XIV, sculpté par Ganova :
1. Valéry rappelle un jeu grossier qui eut lieu jusqu’au xvi« siècle dans cette
église, le mai, jour de la fête de S. Philippe, son patron. On suspendait, par une
corde, un porc et l’on jetait du haut de la voûte des potées d’eau à ceux qui
essayaient de s’emparer de l’animal.
il’ALii:
321
la Clémence ou la Douceur assise à côté d’un agneau, et la
Modération owXix Tempérance éplorée (fig. 341) ornent ce monu-
ment. Celle-ci est strictement drapée, mais l’étoffe est si collante
qu’elle accuse les formes au lieu de les dissimuler. Le temple
d Apollon qui fut consacré au culte des SS. Apôtres en avait vu
bien d’autres avant sa transformation !
b° Saint-Bernard. — Des écus à forme de torse féminin, comme
ceux d Urbain VIll, se rencontrent sur les sépultures de certains
personnages de marque. Ici, la tiare est remplacée par un casque de
chevalier et des rosaces sont substituées aux abeilles pontificales ;
de plus, les régions thoracique et abdominale sont séparées par une
ceinture de Vénus.
Le tombeau de Gatherina Nobilis Sforza est décoré d’un écusson
semblable : la poitrine et le ventre bombent sous l’étranglement
d une sangle qui les sépare, et l’écu est sommé d’une tête de femme.
Est-ce encore le symbole de la papauté ou de l’Eglise en gésine,
très honoré confrère havrais ? 11 se pourrait que ce fût une allusion
au trait d héroïsme que Catherine accomplit à Rimini, quand elle
i/aUT profane, — II. gv.
322
L'ART PROFANE A l’éGLISE
obtint des conjurés la permission d’entrer dans la ville pour don-
ner l’ordre de capituler à ses partisans. Mais une fois dans la place,
elle releva la tête et opposa la plus vive résistance aux révoltés qui
Fig. 341 bis.
la menaçaient de tuer ses enfants retenus en otages. Elle leur répondit,
en frappant sur son ventre, « qu’il lui restait encore de quoi en faire
d’autres ».
7® Sainte-Cécile {Santa Cecilia in Transtevere). — On y admire
l’étonnante statue de la patronne des musiciens, représentée mou-
rante, par Stefano Maderno, son chef-d’œuvre exécuté sur nature,
tel que le corps de la martyre fut trouvé à l’ouverture de son
cercueil au xvE siècle (fîg. 341 bis). « Au mérite d’une admirable
pose et de l’expression, dit Fulchiron, elle joint, au plus haut degré
la souplesse du marbre ; il semble transparent, et les vêtements,
d’une extrême légèreté, dissimulent à peine des formes que leur
beauté rend trop séduisantes peut-être. » On voit encore la salle
de bains où le préfet Almachus tenta de faire asphyxier la jeune
vierge et où le bourreau essaya de lui trancher la tête après trois
reprises vaines.
Mentionnons à la nef le tombeau du cardinal Sfondrati, auteur
d’un poème profane intitulé V Enlèvement d’Hélène, et dont le second
fils, venu au monde par l’opération césarienne, porta la tiare neuf
mois — la durée d’une gestation — sous le nom de Grégoire XIV.
H"" Saint-Charles {S an Carlo A" Catinari.) — Sur les pendentifs
du dôme, le Dominiquin a peint en fresque les Vertus cardinales :
la Force, la Prudence, la Tempérance et la Justice. Au-dessous de
cette dernière se trouve une femme qui exprime le lait de ses
mamelles. Elle symbolise sans doute la Charité ou mieux la Prodi-
ITALIE
323
(J alitée car c'est du lait répandu en pure perte, à moins qu’il ne
serve à tracer la voie lactée, à la façon d’Héra.
d*’ Saint-Clément {San Clémente). — Près du g-rand autel, le sarco-
phage du cardinal Roverella est historié de faunes et autres créatures
fabuleuses; au voisinage, sur la mosaïque absidiale, de jeunes tritons
chevauchent des dauphins et des pâtres traient des brebis.
Dans la crypte, du milieu d’un bassin émerge le groupe en pierre
du dieu oriental Mithra, immolant le taureau Maintes fois nous
avons observé cette union surprenante de l’élément païen et de
l’élément chrétien. Combien d'édifices religieux, en Italie, ont été
construits avec des matériaux provenant de monuments du paga-
nisme. Les pierres du Colisée n’ont-elles pas servi à l’édification de
de San Affostino, et le Panthéon, le temple païen de toutes les idoles,
n'a-t-il pas été converti en église de tous les saints ? Comme le
certifie Athanase, bibliothécaire de Boniface IV, cité par Saint-Yves,
« les temples païens furent accommodés au culte chrétien ».
Une peinture de la même crypte montre une mère qui présente
son fils à saint Biaise et frappe sa poitrine à nu, en signe de
douleur-.
10° Sainte-Croix de Jérusalem {Santa- Croce in Gerusalemme). —
A la voûte de l’abside, une vaste fresque du xv° siècle rappelle les
1. Une importation de l’Asie lut le culte de Mithra. Les monuments mithria-
ques représentent tous un sujet semblable : l’immolation, par un homme portant
un costume asiatique, d’un taureau mutilé par un scorpion et dont un serpent vient
lécher le sang'. Ces monuments singuliers ne sont pas rares dans les collections de
Rome... C’est pendant les IIU et IV® siècles de l’Empire que paraît s’être propagé le
culte de Mithra, culte accompagné de mystères homicides remplacés ensuite par des
représentations où le meurtre était simulé. Cette époque était à la fois sceptique et
inquiète, incrédule et superstitieuse; elle cherchait le surnaturel dans l’inconnu. On
se sentait entraîné vers les cultes les plus étranges par le besoin religieux qui
remuait sourdement les âmes... et par l’attente d’une foi nouvelle que le christia-
nisme allait apporter. Telle était la cause de cette extension des cultes impudiques
de l’Orient, dans une société dont elle hâtait la chute...
(Ampère, l’Empire romain, à Rome.)
Confrérie de la Mort. — En 1704, « deux gentilshommes suédois » décrivent
une singulière g;alerie souterraine. Les murs étaient re\êtus de papier roug-e; les
bases et les chapiteaux des pilastres étaient formés de tètes de mort ([ui contenaient
des lumières vascillantes et constituaient runi([ue éclairage de la galerie. Des niches
étaient occupées par des S({uelettes, parmi lesquels on remarquait celui de la belle
Paule,^ couverte de sa longue chevelure rousse. On voyait sur la poitrine de cette
beauté, émule de Lucrèce, le coup de poignard qui fut la récompense de sa vertu.
divers épisodes qui se rapportent à la Découverte de la vraie croix
(fîg. 341 ter). La mère de Constantin est en prière devant celle des
trois croix qui a rappelé à la vie une femme morte, en costume de
ressuscitée. La « vraie » était pourtant bien facile à disting-uer de
celles des deux larrons puisqu'elle est en tau — et aussi en toc —
sur la composition.
11° Saint-Etienne le Rond [San Stefano Rotondo). — Tempesta
et Pomerancio se sont plu à reproduire avec un réalisme brutal et
« sans aucun ménagement » les scènes d’horreur des supplices subis
par les martj^rs, depuis Hérode jusqu’à Dioclétien. A signaler parti-
culièrement : Agathe, « dont je ne veux pas nommer le supplice »,
écrit un narrateur tartufPien ; Marguerite, étendue et déchirée sur
son chevalet, sans autre vêtement que « celui de l’honneur et de la
force » [Prov.^ xxx); Bibiane, nue, liée à une colonne et flagellée
jusqu’à ce que mort s’en suive; Blandine, vêtue de son réseau, à la
ITALIE
325
merci d un aurochs furieux; enfin, sainte Eulalie, couverte de ses
cheveux et « du manteau de pourpre
de son sang' »
J2« Saint-Eusèbe (San Eusebio^).
Fi«-. 342-
13® Eglise du Gesu. — Transept,
bras g'auche. La Religion terrasse
V Hérésie qui, dans son désarroi, laisse
dévaler de son corsag-e le sein gauche
en entier. Les murs de cette église
sont couverts d anges femelles, por-
teurs de mamelles volumineuses.
1 4® Saint-Grégoire (San Gregorio).
— En Italie, la courtisane et la
dame de qualité jouissaient des mêmes privilèg-es, parce quelles
recherchaient les qualités du cœur et de l’esprit et observaient en
public la plus grande réserve. Il n’est donc pas étonnant que, sous
Jules II, l’Aspasie du siècle, la jeune et séduisante Imperia (fîg. 342),
ait eu son tombeau dans une église. On y lisait une inscription
tombale, imitée de 1 antiquité, en l’honneur de ses charmes : imperia,
CORTISANA RO.MANA, QUÆ DIGNA TAN'TO A'OMINE, RAR.E INTER IIOMINES FORMÆ
SPECIMEN DEDIT, VIXIT ANNOS XXVI, MES XII, OBIIT 1511, DIE 15 AVGVSTI.
(Imperia, courtisane romaine, digne d’un si grand nom, donna aux
hommes 1 exemple d une beauté accomplie, vécut vingt-six ans,
douze jours et mourut en 1311, le 15 août 3.)
La fille d Imperia, aussi belle, mais plus vertueuse que sa mère,
eut une fin tragique qui la plaça entre Porcia et Lucrèce. Stendhal
nous raconte que « plutôt que de céder au cardinal Pétrucci, qui
1 avait entraînée dans une de ces maisons où Lovelace conduit
V Si’rnouille et un lézard ,sc jouent dan.s les volutes d’un chapiteau de la
nel. D apres ^ mckelmaim, il fut tiré du portique d’Octavic — lille de Messaline e'i
.■pouseclo Néron - bâti Saurus et Batracu., noms latins de ces animaux rënré-
sentes comme signatures de ces artistes.
2 Médaille que l'on suppose représenter Imperia. Reproduite par Roscœ in VhV
de Leon A et E. Rodocanachi. in Courtisanes et Bouffons. ’
O hulchiron place, à tort, le tombeau de cette horizontale de marque à Santa
ana in Donitnica ou delta Namcella et la fait vivre sous le pontiticat^de I éon \
dont l’exaltation fut célébrée deux ans après la mort de renehanteresti ’
32G
l’art profane a l’église
Glarice, elle prit un poison qui, k l’instant, la fît tomber morte k
ses pieds. » Pétrucci n’était de Pierre que de nom.
Fig-. 343.
15® Saint-Jean-de-Latran (San Giovanni in Laterino). — La
métropole de Rome fut construite sur remplacement du palais de
Plautius Lateranus, exilé par Claude pour avoir flirté de trop près
avec sa volage épouse, Messaline. La basilique a conservé le nom du
galant, de sorte que le vocable de la maison de Dieu, la première de
la chrétienté — Mater et caput eeclesiariini urbis et or bis — évoque
le souvenir folichon d’un sénateur libertin et d’une gourgandine
couronnée. Autre contraste de l’ironie du sort, toujours, k propos
de l’origine de ce monument : c’est Constantin, personnage d’une
immoralité non douteuse, qui l’éleva. Ne vous étonnez donc pas
d’apprendre bientôt que le Vert-Galant fut chanoine de cette basi-
lique h
1. Bizarre contradiction : en 1762, le cnré de \a basiliCti Constantina lit un service
pour Grébillon, qui venait de mourir; or, l’autorité ecclésiastique le condamna à
une amende de 300 livres et à trois mois de séminaire, pour avoir admis les comé-
diens dans son église, où on leur refusait le mariage; « singulière façon de les
moraliser », répéterons-nous après Diderot.
ITALIE
327
^[ausolée de Clément VIII. L’écu de ce pontife ressemble à celui
d'Urbain VIII : il est sommé de deux têtes d’angelots, cravatés de
Fiff. 344 L
leurs ailes rabattues, et*se termine par deux masques de satyres,
mais cette fois sans intention licencieuse.
in-fol^T83=>'^^ PcT^r/arcn/e hasilica Laieranense, par Filippo Gerardi ; 2 vol.
328
l’art profane a l/ÉfiLISE
Chapelle et sépulture de Clément XII. Ce Corsini fut le dernier
pontife enterré dans cette basilique. Son admirable sarcophag-e^
éclairé par la coupole, est, paraît-il, une baignoire antique provenant
du Panthéon. Plusieurs des
figures allégoriques qui font partie de cette sépulture ont le torse
nu (fig. 343).
Un autre mausolée, celui du cardinal Julio Aquævivæ, est embelli
d’une femme nue, parée d’un léger voile sur le pubis et la jambe
droite ; elle tient une coupe d’une main et un vase de l’autre, comme
la Tempérance. Cette figure symbolique se retrouve un peu plus loin
(fig. 344) ; elle est destinée à inspirer la sobriété dans Pusage des
aliments et des boissons ; mais ne craint-elle pas, par sa nudité,
d’éveiller d’autres désirs non moins coupables ?
Un groupe remarquable est adossé à l’une des colonnes de la nef
et représente le Déluge (fig. 345) : un époux désespéré soutient le
cadavre de sa compagne, dont le sein rigide d’une fermeté marmo-
réenne se refuse k suivre les lois de la pesanteur.
Le trésor conserve le linge qui couvrit la nudité du Sauveur sur
la croix, c’est-k-dire le voile même de la Vierge ! Mais les voiles
portés par les femmes en Orient sont transparents et ne cachent rien.
Au surplus, le geste maternel est contesté par Renan. Néanmoins,
ITA LIE
329
ce voile protecteur existe en double à Chartres ; quelle est la contre-
façon ?
En outre, Latran, comme l’église de Saint-Marc, d’après Mgr
Barbier de Montault, possède une cassette d'ivoire, sculptée de per-
sonnages profanes, en relief.
Quoique Ticonographie en soit complètement profane, des reliques y
sont conservées. Les sujets, empruntés aux romans de chevalerie, repré-
sentent pour la plupart des scènes d’amour et autorisent à supposer
que, dans le principe, ces colfrets servirent à renfermer les présents de
mariage.
Au cloître de Saint- Jean-de-Latran, on conserve un siège de
porphyre rouge (tig. 346), avec ouverture circulaire, en usage dans
les bains anciens et c[ui provient des thermes de Garacalla. Ce siège
servait au pontife dans la prise de possession ; on l’appelait sella
stercoi'aria, soit en raison de sa forme de chaise percée, soit par
allégorie pour rappeler pendant cette cérémonie pompeuse les misères
humaines. Peut-être aussi était-ce une allusion aux paroles du psal-
miste : De stercore erigens pauperem.
Plusieurs auteurs, qui s’inspirent les uns des autres, font remonter
l’usage de ce siège pontifical à l’accouchement de la papesse Jeanne
— de fictive mémoire, — afin qu'un examen in corpore vili du
nouvel élu empêchât toute supercherie. M. Chevreau, au xviii^^
siècle, se donna beaucoup de peine pour démontrer que la légende
attachée à cette chaise percée n’avait aucun fondement.
Une épigramme de Jean Pannonius, évêque des cinq églises en
Pannonie, explique, avec la liberté que tolère le latin, pourquoi
l’usage de cette épreuve a cessé :
Non paierai quisquam reservantes yEthera claves.
Non exploratis sumere tesiiciilis.
Cur igitur nostro mos hic nunc tempore cessai ?
Ante probai quocl se quilibei esse inarem.
Les petits Enfans qu’ils font,
Sont preuves assez réelles,
Que les Saints Pères ne sont
Ni coqiiaires, ni femmelles.
Pasquin a brodé des variantes falotes sur le même thème, à
l’adresse de Paul 11 et d’innocent VIII.
330
l’art profane a t/ É g L T s e
Dans une salle de rancien palais épiscopal attaché au flanc droit
de la basilique, on a reconstitué une immense mosaïque découverte
aux thermes de Garacalla. On y voit une trentaine de figures entiè-
rement nues des vainqueurs aux jeux olympiques, gladiateurs ou
conducteurs de chars.
Un portique à trois arceaux, construit par Sixte-Quint, abrite la
statue en bronze de Henri IV qui fut élevée j3ar les soins du chapitre,
en mémoire des bienfaits du sceptique et bambocheur Béarnais.
G est au meme pontife que Ton doit l’érection singulière, devant
1 ex-domicile des papes, d une obélisque consacrée au dieu Ammon-
Ra par Thoutmosis dans le temple de Thèbesb
16« Saint-Louis-des-Français. — L’auteur du Nu dans Vart
chrétien demande, avec Erasme, à propos de la fresque du Domini-
quin (fîg. 347), quelle raison peut pousser un artiste à montrer
dans un tableau ce que 1 on cache partout ailleurs, <( par une honte
bien entendue ? » Il ne s explique pas comment les draperies de
1 ange qui couronne sainte Gécile et saint Valérien, au moment où
ils consacrent leur virginité au Seigneur, « peuvent bien demeurer
suspendues » ? Le même critique oppose à cette fresque de Saint-
Louis-des-Français, 1 ange de la chapelle Sainte-Gécile, à Bologne,
dont le Dominiquin, selon lui, n'aurait fait que s’inspirer (fîg. 348).
Mais c’est précisément pour ne pas imiter Lélève, peu connu, de
Francia que le Dominiquin a déshabillé son ange, un peu selon la
1. Chapelle des Jésuites. — Duclos, secrétaire perpétuel de l’Académie française,
assista, en 1791, à la dévotion des Caravites, imaginée par le jésuite Caravita. On
distribua des disciplines aux fidèles rangés en lile indienne et, après une courte
allocution, les deux seuls cierges qui éclairaient la chapelle furent placés sous l’autel;
puis, au milieu de la plus profonde obscurité, on entendit un bruit analogue au
roulement lointain du tonnerre, bruit d’ouragan produit par la grêle des coups
redoublés des flagellants. Dans la semaine sainte, un jour était réservé aux femmes
pour se fustiger, « avec la différence qu’elles font sur leurs fesses ce que les hommes
exécutent sur leurs épaules. J’ignore quels péchés elles prétendent expier par là,
mais ce ne doit pas être un préservatif contre l’aiguillon de la chair, si l’on en croit
l’auteur du traité. De usu fln(jri in re venereâ. »
Le même auteur raconte les exploits du F. Pépé, un jésuite thaumaturge dont le
P. Koch, dominicain, fut le successeur; il vendait des papiers bénits de sa main,
qui avaient la vertu de faire pondre les poules auxquelles on les faisait avaler.
S. Laurens in Palisperna. — Dans cet ancien temple de Junon Lucine. au dire de
Du Val (1G5G), on y montrait une pierre portant des trous multiples produits par les
larmes de saint Pierre, en contrition d’avoir renié le Sauveur, comme ce dernier,
du reste, avait renié sa mère à Gana. Tout de même, reconnaissons que cette pierre
était aussi « tendre » que le prince des apôtres.
ITALIE
331
coutume de ces habitants du ciel. Ce censeur rigoriste et gymno-
pliobe se garde bien de se plaindre des mille et une draperies péri-
néales ajoutées aux ligures du Jiicjoment de Michel-Ange. Il ne se
demande pas non plus « comment elles peuvent se tenir ainsi suspen-
dues ». Le séraphin incriminé n est pourtant pas trop immodeste,
en comparaison de maintes représentations du Christ, son divin
maître ; mais, nous l avons dit, l’esprit d’intolérance, quoique bien
pensant», raisonne souvent comme un tambour.
C est dans la première chapelle, à gauche, de cette église que
Chateaubriand, en novembre 1803, inhuma Pauline de Montmorin,
comtesse de Beaumont, à qui le style de hauteur du Génie du
Christianisme îaisaii éprouver une espèce de frémissement d’amour:
« Il joue, disait cette pauvre phtisique exaltée, du clavecin sur
toutes mes fibres ! » Au-dessous d’un bas-relief ciselé dans la dalle
funèbre et qui représente la jeune extatique étendue sur sa couche
d agonie, on lit cette épitaphe réclame :
D. O. M.
APRÈS AVOIR VU PERIR TOUTE SA FAMILLE,
SON PÈRE, SA MÈRE, SES DEUX FRÈRES ET SA SOEUR,
PAULINE DE MONTMORIN
CONSUMÉE d’une MALADIE DE LANGUEUR,
EST VENUE MOURIR SUR CETTE TERRE ÉTRANGÈRE.
F. A. DE CHATEAUBRIAND
A ÉLEVÉ CE MONUMENT A SA MÉMOIRE !
332
i/art profane a i/église
N’est-ce pas plutôt à sa propre mémoire qu’il a élevé ce monument ?
C’est du moins l’avis de M. Paléolog-ue : « Quel besoin avait-il de
se nommer dans l’épitaphe ? Tout l’orgueil, tout l’égoïsme du person-
nage s'étale sur cette plaque de marbre. » Ne pourrait-on pas repro-
cher un travers analogue à Lamartine au sujet de Graziella ? L’orgueil
étouüe la passion.
Le tombeau du cardinal de Bernis, — qui a un cénotaphe en
h rance, — est enjolivé d’un bas-relief où un Génie présente à la
Beligion, un rouleau en forme de papyrus. Que contient ce rou-
leau; les œuvres du cardinal ou les poésies légères de l’abbé, favori
de Mme de Pompadour, qui lui valurent le surnom, décerné par
Voltaire, de Bahet la Bouquetière^]
17® Sainte -Marie-de-la-Paix. — L’une des chapelles est ornée de
la fameuse fresque des quatre Sibylles que Raphaël exécuta sur la
prière d’Agostino Ghigi, l’amant d’imperia. Cette idole de Rome et
du banquier des papes ligure sous les traits de la Phi'yqienne, comme
déjà dans la fresque du Parnasse et dans celle d'IIéliodore.
18® Sainte-Marie-des-Allemands {Gennanorum) ou Des-âmes-du-
Purgatoire [de lie Anime). — Au chœur, les Vertus théologales et
cardinales, compris la Justice et son autruche, assistent Adrien VI
sur son tombeau. Mais par quelle inadvertance une nudité, la Foi
(fig. 349), qui porte la croix et « la bannière », domine-t-elle le monu-
ment du plus grand ennemi du nu artistique ? Si bien qu’à sa
mort, considérée par le peuple romain comme une délivrance, on
eût pu compléter ainsi l’inscription écrite sur la porte de son méde-
cin : (( Au libérateur de la patrie... et de l’Art ».
19® Sainte-Marie*des-Anges. — Cette basilique est une des salles
des thermes de Dioclétien, e comme l’indiquent encore suffisamment
les peintures obscènes de la voûte, cachées par un badigeon », dit
J. -B. Huysmans (1857).
1. Saint-Marc. — L’auLcur de V Itinéraire d'un voyage en Ilalie (1819) a assisté à
un sermon sur la Conception, prêché par un moine polysarcique qui joignait la mimique
au verbe. « Il arrondissait ses bras en avant de son ventre, et désignait l’ampleur
({u’avait dû prendre celui de la Vierge, à mesure qu’elle avançait dans sa grossesse. »
Dans le même ordre d’idées, n’avons-nous pas la Vie de la Vierge, ab oro, par Marie
d’Agreda, dont un des chapitres jiorte pour titre: « Ce qui arriva à la Vierge pen-
dant neuf mois qu’elle fut dans le sein de sa mère? »
ITALIE
333
20® Sainte-Marie-du-Peuplier*. {Madonna del Popolo). — De
Lalande signale la légèreté des huit tableaux de Lattique où figurent
l'histoire à' Adam et Eve et les Quatre Saisons : « Tous ces sujets,
dit-il, sont très nuds et rendus de la manière la plus indécente. »
Et ce voyageur n’est pas un hypocrite pudibond, loin de là. Effec-
tivement, vous pouvez constater sur la figure 350 la tenue immo-
deste d’Adam, assis les jambes écartées à côté d’Eve, et, à la première
fenêtre de la nef, en pendant à la Naissance d’Eve, vous distinguerez
un autre Adam irascible qui réprimande vertement sa compagne,
au sujet de sa désobéissance et lui inflige la première raclée (fig. 351).
Quant aux Quatre Saisons, de Lalande doit confondre avec les Jours
de la Semaine que nous allons décrire.
Chapelle Ghigi (fig. 350). Raphaël a peint sur les parois de la
coupole les sept jours de la semaine, présidés par le Créateur et
personnifiés par Jupiter (fig. 352), Mars (fig. 353), Mercure (fig. 354),
Saturne (fig. 355)^ Diane (fig. 356), Apollon (fig. 357) et Vénus,
celle-ci en compagnie de l’Amour (fig. 358). Ces antiques symboles
cosmologiques sont adaptés au dogme chrétien grâce à la présence
d’anges, en nombre égal, qui semblent communiquer à chacun
d’eux, observe M. Paléologue, « l’impulsion de Dieu. »
Ne quittons pas cette merveilleuse chapelle sans mentionner une
singularité dont la signification nous échappe : une femme nue
saisit le glaive brandi par un enfant qui menace un homme nu, en
fuite (fig. 359).
Chœur, côté gauche. Le tombeau du cardinal Ascanio Sforza, par
Andrea Sansovino, porte plusieurs statues allégoriques de Vertus
« pas bégueules », comme l’était Mme Ango, montrant au moins
un sein en entier (fig. 360, 361 etô/s). Les angles du sarcophage
sont occupés par des chimères chargées de puissantes mamelles.
Du côté opposé, le mausolée élevé par Jules II au cardinal Jérôme
Bassus (Hieronymo ou Girolamo Basso) est agrémenté de torses plus
ou moins découverts d’autres vertueuses allégories (fig. 362). xVu
milieu du soubassement, deux génies décoratifs, en bas-reliefs,
s’appliquent à exhiber leurs organes génitaux.
La sépulture d'un autre cardinal, Giovanni de Castro, est ornée,
entre autres allégories, d’une banale Charité (fig. 363), dont le buste
Et non du Peuple, parce qu’elle lut établie, comme la place du même nom, sur
l’emplacement d’un bois de peupliers.
334
l’art profane a l’églisl
Fig'. 350. — Chapelle Gliigiaiia.
l T A L l E
335
Au XMi^^ siècle, existait encore dans cette ég'lise le tombeau de
Julie, concubine du pape Alexandre VI. Ce monument portait ses
armes en marbre, écartelées avec celles des Borgia ; on v lisait
cette inscription :
1). O. M.
JULIÆ VA^’UCCIÆ, MATRI, DUCISSARUM FERRARIÆ ET URBINl,
FILIORUM ALEXANDRI SEXTI, RARÆ,
VIXIT 66 2.
1. Ceux qui lont venir la syphilis d’Egypte invuqueiit rinscriptioii que porte un
cenotaphe erige dans cette église à la mémoire d’nn noble romain, mort de la
peste inçfuinnria sur la terre des Pharaons en IbSa, six ans avant le retour de
Colomb du nouveau monde. La voici : Mnrco Anlonn equitis romani filio ex nohili
ALheitonnm familia, corpore luumoqne insicfui, qui annum aqens XXX peste
inguinarta interut anno salutis christianæ M. CGC. LXXXV die XXH hilli
hæredes B. M. P. Mais rulcération des ganglions de l’aine s’observe surtout dans la
peste et accompagne « comme son ombre », disait Uicord, le chancre mou qui n’est
pas syphilitique. quincsu
Autre curiosité médicale. L’épitaphe d’une pierre sépulcrale indique que le "isanf
a succombe aux suites de la morsure d’un chat enragé et comporte une moralUé :
Hospes disce noviini morlis genus, improha felis
Dum trahitnr, digitnm mordet et intereo.
± Leur tille, Lucrèce Borgia, sœur de César, surnommée la Messaline du moven
’i
[
i;
I
336
L ’ A R T P R O F A IS K A É G 1. 1 S F
Sainte-Marie in Cosmedin (Sainte-Marie-du-Soleiiy .
9
22"Sainte-Marie-de-la-Minerve. {Santa Maria sopra Minerva)-.—
Fig. 353. — Marte. Fig-. 354. — iMerciirio.
Léon X ne pouvait choisir pour ses cendres un asile dont le vocable
mi-chrétien, mi-païen, répondît mieux aux goûts artistiques du
âge, faisait riutérim de son père, au Vatican, en cas d’absence. Son épitaphe,
contrairement à Fusage, est dépourvue de louanges dithyrambiques :
IIoc iiimulo dormit Lucrelia nomiiie. sed re
Thaïs, Alexandvi jilia, sponsa, inirns.
(Dans ce tombeau repose Lucrèce, par le nom, mais en réalité Thaïs, tille, épouse
et bru d’Alexandre.)
1. Remarquable par son mude de satju’e en marbre veiné, connu sous le nom de
Bocca délia verita. Une ancienne tradition veut que l’on prête serment en intro-
duisant la main dans la bouche du masque. Depuis, les mères et les nourrices
racontent aux enfants que s’ils passent la main par la bouche de la ^V*rité, après
avoir fait un mensonge, ils ne pourront plus la retirer; c’est ainsi que l’on fait
mentir la bouche de la vérité.
2. Ou mieux Sur Minerve, parce que cet édifice, la seule église gothique de Rome,
fut élevé sur l’emplacement d’un temple dédié à Minerve, par Pompée.
t TALiE
337
pontife qui a contribué, pour une si g-rande part^ à pag-aniser l’art
chrétien.
Sous le vestibule latéral, la face principale du tombeau de Gio-
vanni Arbermi (fig. 364) montre Hercule, avec l’attribut bien
évident de la virilité ; le fils de Jupiter et d’Alcmène étouffe le
lion de Némée.
L’une des statues qui décorent la sépulture d’Astorgio Agnense,
se fait remarquer par son déshabillé presque complet (fig. 365) ; la
bégueulerie en art, à l’époque où cette figure fut sculptée, était
alors inconnue. L’observation s’applique encore au Saint Sébastien de
Michel Maini de Fiesole, au torse d’Apollon, qui porte une dra-
perie pour la forme (6g. 366).
Au maître-autel, une sculpture d’un caractère tourmenté, modelée
par Michel-Ange représente le Christ tenant sa croix. Une draperie
de fer-blanc, confectionnée par un chaudronnier intrépide, voile
aujourd’hui la nudité du Rédempteur. On a même muni d’une
chaussure de bronze le pied droit, qui s’avance et que les pèlerins
l’aUT I'UOKANE. — II.
338
l'aut l'iioFANto A i/éc;lisf
peu dégoûtés, couvrent de leur salive, comme Torteil de saint Pierre.
C’est apparemment pour le protéger de l’usure qu’on l’a recouvert
ainsi.
Cependant, le Saint André de Michel Maini a conservé sa nudité,
Fig. 357. — Apollü.
Fig. 358.
— Veiiere.
(( ce qui était, écrit M. Paléologue, une audacieuse innovation
pour l’époque, 1480 ».
Il est question du Christ précité dans une lettre qu’Alexandre
Lenoir adressait, le 18 thermidor, an x, au Ministre de l’Intérieur,
« sur les objets demandés pour l’église de Choisy » :
Citoyen Ministre,
Par votre lettre en date du 16 du courant b vous m’invitez à vous faire
connaître si l’on peut mettre à la disposition du curé de Choisy un Christ
en marbre, réclamé par cette commune.
J’ai l’honneur de vous observer. Citoyen Ministre : 1'^ que cette statue,
représentant une figure nue, peut être utile pour 1 étude du dessin, puis-
qu’elle met en évidence toutes les formes du corps humain ; qu’elle est
la seule copie qui soit eu France de ce chef-d’œuvre de la main de
Michel-Ange, qui se voit à Rome, dans l’église dite de la Minerve.
J’ai fait connaître ces observations au citoyen Ameilhon, membre de
l'Institut, qui s’est chargé de cette
réclamation au nom de la commune
de Ghoisy, en l’invitant de proposer
à la place les objets suivants qui ne
sont d’aucune utilité pour les arts,
dont le déplacement ne peut nuire
à la collection que j’ai formée dans le
Musée des Monuments français,
savoir : une statue en marbre de
saint Louis ^ patron de l’église de
Ghoisy ; une idem de saint Maurice
et une statue de la Vierge (en
pierre).
J’attendrai votre adhésion, Gitoyen
Ministre,
pour remet-
tre ces ob-
jets aux personnes chargées de cette opération au
nom de la commune précitée.
Salut et respect.
Lenoir.
Fi«'. 3G1 bis.
23». Sainte-Marie-de-la-Victoire' . — Une chapelle du transept,
1. La façade fut élevée aux frais du cardinal Scipion Borghésc comme prix de
»
340
l\\rt propane a l’église
« parée comme un boudoir » abrite dans son cadre élégant le
fameux groupe d autels où Bernin fait revivre la psvcho-névrosée
sainte Thérèse (PL XIV), en extase de Lamour divin ou du divin
amour. C’est une des plus vivantes imitations de la nature que
ciseau de sculpteur ait jamais rendu : le marbre semble respirer ou
mieux soupirer, car « la vie de cette vierge, suivant Diderot, se
trouve résumée tout entière dans ce mot : amour! » Passion
qu^Esquirol qualifie scientifiquement à' érotomanie ou folie de l’amour
chaste^.
Un ange touche de la flèche emblématique le sein de la vierge
d Avila, dont les prunelles chavirent dans le blanc. Le Bernin tra-
duisit fidèlement la vision que la sainte, alors âgée de 44 ans, décrit
dans sa Vie, lorsqu’elle reçut au monastère de l’Incarnation une
faveur si extraordinaire que l’Eglise fête sous le vocable de la
Transverbération du cœur de sainte Thérèse :
Voici une vision dont le Seigneur daigna me favoriser à diverses re-
prises. J’apercevais près de moi, du côté gauche, un ange sous une forme
corporelle... Il n’était point grand, mais petit et très beau; à son visage
enflammé, on reconnaissait un de ces esprits d’une très haute hiérarchie,
qui ne sont, ce semble, que flamme et amour. Il était apparemment de
ceux qu’on nomme chérubins... Je voyais dans les mains de cet ange un
long dard qui était d'or et dont la pointe en fer avait à l’extrémité un
peu de feu. De temps en temps il le plongeait au travers de mon cœur,
l’enfonçait jusqu’aux entrailles ; en le retirant il semblait me les emporter
avec ce dard, et me laissait si embrasée d’amour de Dieu que la violence
de ce feu me faisait jeter des cris ; mais des cris mêlés d’une si extrême
joie, que je ne pouvais désirer d’être délivrée d’une douleur si
agréable...
Tous les écrivains voyageurs ont décrit ce chef-d’œuvre et
s’accordent à lui trouver un caractère ultra-voluptueux ; ils le citent
V Hermaphrodite trouvé clans le jardin voisin des Pères carmélites. Ceux-ci, pense
Valéry, embarrassés sans doute d’une telle statue, la cédèrent au cardinal pour la
galerie de son palais où elle ligure encore aujourd’hui.
1. Les Seins à l’église, üg. ill!J.
2 En peinture, VExlase de sainte Micheline, par Boroccio, est aussi un chef-
d’œuvre ; mais on ne peut pas en dire autant de la suite de pâmoisons maniérées
de Sainte Catherine, la lille de saint Domiuicpie, ciue le Sodona a représentée dans
l’une de ses fresques. On cite aussi un admirable tableautin du Dominicpiin montrant
sainte Catherine de Sienne en pâmoison extaticiue, soutenue par deux anges jouant
le rôle de carabins, tandis que le Christ, en dépit de toutes les règles de l’antisepsie,
lui tire le cœur de la poitrine à travers son habit de jacobine.
J^I.ANCIIK XIN’
1
P'iG. 367, ])age 340.
Fragment de la
1 ransverbcratioii du cœur de sainte
'rhérèse.
Fhot. Axi)i:ks()x.
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ITALIE
341
342
l’art profane a l’église
comme l’exemple le plus frappant de la fusion du mysticisme et de
l’érotisme, u Quand la figure de la sainte serait nue », dit de Lalande,
Fig. 364.
«
Fig. 363.
elle ne serait pas plus
licencieuse ; le sculpteur y
a mis une expression que
le papier ne peut soutfrir. »
Que ces âmes trop sensibles, écrit à son tour
Dupaty, qui craig’iient tout ce qui rappelle
l’amour, n’entrent jamais dans Téglise de la
Victoire, elles y verraient la statue de sainte
Thérèse. La Vierge est à moitié couchée ; tout
son corps s’abandonne... sonreg-ard, ses traits,
surtout ses mains et ses pieds lang-uissent...
Ma pensée commence à rougir ; détournons-la.
M. Paléologue dépeint
l’extase quasi-lubrique de
la vierge d’Avila avec exac-
titude :
La sainte est dans son habit
de carmélite, pâmée, tombant
à la renverse, sa bouche entr’-
ouverte, les yeux mourants et
presque fermés ; elle n’en peut
plus, l’ange s’approche d’elle,
tenant en main un dard dont il
la menace d’un air riant et un
peu malin.
Fig. 365.
Fig. 366.
C’est la paraphrase de l’exclamation malicieuse échappée au
ITALIE
343
pr
ésident de Brosses : « Si c’est ici l’amour divin, je le connais ! »
Alpho lise Karr, dans son jug'ement sur la sainte hallucinée, g^arde
moins de courtoisie et le tableau marmoréen, avec la bouche de la
Vierge en chose de poule, ne lui suggère qu une réflexion mordante i
Saillie Ihérèse^ cette Sapho chrétienne, physiquement amoureuse du
Christ, prétendait être descendue dans l’Cnfer et disait, dans une de ses
élucubrations éroticpies : « On n’y aime pas et ça pue. »
Ce chef-d’œuvre de la statuaire laisse à l'auteur satirique des
Guêpes une impression si fugitive que, dans ses Notes de Voyage^
il 1 accroche aux murs d’une église de Venise!
344
i/art profane a i/église
Plus précis, le chef du naturalisme, Zola, aveugle admirateur de
cet artiste a puissant et exquis », auquel il reconnaît « une verve
toujours prête, une ingéniosité sans cesse en éveil, une fécondité
pleine de grâce et de magnificence », — mais qui vise trop souvent
à la recherche de Peffet tourmenté, du théâtral boursouflé, — charo-e
un de ses personnages de Rome, Narcisse, d’exprimer son enthou-
siasme sur ce merveilleux tableau vivant, que le cavalier Bernin ht
jaillir du marbre :
Ah ! cette süiule J fierese. le ciel ouvert, le frisson que la jouissance
divine peut mettre clans le corps de la femme, la volupté de la foi poussée
jusqu’au spasme, la créature perdant le souflle, mourant de plaisir aux
bras de son Dieu !... J’ai passé devant elle des heures et des heures sans
jamais épuiser l’infini précieux et dévorant du symbole.
Moins emballé, M. Paléologue, déjà nommé, nous fournit la note
juste sur cette merveille d’expression :
Nul doute sur ce sujet. Ce n’est pas à une scène de cloître ou d’oratoire,
c’est à une scène d’alcôve que Bernin nous fait assister. Les mouvements
secrets dont cette belle créature exténuée semble tressaillir encore n’ont
rien de mystique. Ce n’est pas une visionnaire en extase que nous avons
sous les yeux ; c’est une jeune mondaine qui défaille aux bras de son
amante
L’extraordinaire est qu’on s’y soit mépris d’abord, et qu’une œuvre
aussi profane ait pu être considérée comme l’expression suprême du sen-
timent religieux. Dans ce marbre tout frémissant de vie sensuelle, on ne
voyait que le spectacle d’une âme absorbée en Dieu, au point que, vers
1750, un prêtre écrivait tranquillement : (( L'expression de cette statue
démontre la vérité de cette pensée de saint Augustin : Irrequielum est
cor nostriim tlonec requiescat in te. »
Le mysticisme prête à ce genre de malentendus. C'est ainsi que
le Cantique des Cantiques a été considéré comme un dialogue entre
Jésus et son Eglise, et que cette pastorale passionnée, ce poème
brûlant n'est, pour Athanase, « qu'un hymne en l'honneur de f incar-
nation du Verbe ». Or, cette œuvre a inspirée » est, nous Lavons
1. En elTet, le réalisme de cette scène délirante prête à l’équivoque et suggère de
malicieuses interprétations. Ce groupe érotico-éthéré pourrait tout aussi bien s’inti-
tuler VAinour et Psyché, et cette épouse de Jésus transportée au septième ciel,
évoque le souvenir d’abbesses émancipées, telles Jeanne de Parme et Louise Hollan-
dine, abbesse de Maubuisson qui, raconte Madame, dans une lettre de 1716, avait
eu tant de bâtards qu’elle ne jurait que « par ce ventre qui a porté quatorze en-
fants ! »
démontré ailleurs, un drame satirique et amoureux. « Il est de viles
décences », a dit J. -J. Rousseau, surtout dans la Bihlc^ ajouterons-
nous ; comment voulez-vous que des gens dont le jugement est
obnubilé parla discipline du dogme qui interdit de raisonner, voient
juste ?
Pour conclure, la Sainte Théî'ôse du Bernin, hypnotisée par son
Cupidon angélique, est Pimage de la religion mondaine, tortement
imprégnée de sensualisme.
Quant à la question de savoir si la vierge d’Avila fut une « grande
hystérique », il n'y a pas le moindre doute à cet égard, et le
D*' Gabanès, notre maître Trublet en compilation, se donne beau-
coup de mal pour prouver le contraire h
Il nous semble que c’est en pure perte, et nous allons donner nos
raisons. Tout d’abord, c’est de grand cœur et au pas accéléré que
nous nous rangeons dans le parti de ceux que notre aimable confrère
traite généreusement de « cliniciens à courte vue ». Sans doute,
sainte Thérèse ne souffrit pas exclusivement d’hystéro-épilepsie,
caractérisée par des crises d’hystérie - les plus nettes, avec perte du
sentiment, sommeil profond, douleurs excessives, angoisses, délire
et convulsions successives se prolongeant parfois quatre jours. Son
cas est beaucoup plus complexe ; mais nous ne pouvons garder aucun
doute sur la nature du mal essentiel dont elle fut atteinte. Exami-
nons ce cas pathologique en détail.
Après ces « effroyables crises »^ sa langue, écrit-elle, était en
lambeaux, à force de l’avoir mordue ; ses (( nerfs se contractaient
tellement, qu elle était ramassée en peloton » ; ses os (( se séparent
et demeurent déboîtés » ; ses mains sont si roides qu elle ne peut
(( les joindre; il m'en reste », ajoute-t-elle, « jusqu’au jour suivant
une douleur aussi violente que si mon corps eût été disloqué ».
1. Les Indiscrèlions de l’IIisloire, 4'“' série. Notre cher confrère paraît donner rai-
son à J. -K. Hnysmans, ce plaisant déséquilibré qui s'évada dn naturalisme pour
sombrer dans le mysticisme et croyait enfermer les détracteurs du satanisme,
des succubes on du miracle dans ce dilemme : une femme est-elle possédée parce
quelle est hystérique ou est-elle hystérique parce qu’elle est possédée? Personne,
constate triomphalement l'auteur de VOhlat, parmi les scientifiques n’a répondu à la
question; « seule l’Eglise peut répondre, dit-il, la science pas ». La science répond
à de pareilles billevesées par un haussement d’épaule et le conseil de consulter un
aheniste; quant à l’Eglise, qui vit dans le bien, elle ne peut renier ses conceptions
irréelles.
2. Pour le D’’ Bernheim, de Nancy, il n’y a pas d’hystérie, mais des crises
hystériques.
i/art profane a l’église
34G
Elle se plaint d’une contracture qui l’empêche de rien avaler.
N’était-ce point la douleur spécifique du spasme œsophagien, que le
lang-age populaire a si bien caractérisé depuis par l’appellation de
la boule? La chose existait déjà bien que le terme fût ignoré. Rien
n’achèvera mieux de nous convaincre que l’examen des autres maux
dont soulFre la sainte. Pendant vingt années consécutives, nous la
voyons incommodée tous les matins par des pituites nerveuses ;
elle restituait ses aliments, « qu’elle ne pouvait, nous dit-elle, gar-
der que l’après-midi ». Chacune de ses crises était suivie d'un « tor-
rent de larmes » ; ce qui ne l’empêchait pas, dans les intervalles,
d’être aussi larmoyante que Madeleine.
Mais ce n’est pas tout : durant trois longs mois, sans répit,
« des pieds à la tête, elle éprouve une égale torture ». Elle est
atteinte d’une hypéresthésie cutanée qui lui rend insupportable le
contact le plus léger d’une main. On ne pouvait « la remuer qu’à
l’aide d’un drap ».
Survient ensuite une paralysie qui l’accable au moins trois années.
C’est alors qu’elle se décide sur le tard à demander sa guérison à
saint Joseph qui, paraît-il, ne lui refuse jamais rien. Elle implore
aussi Marie-Madeleine, « la glorieuse amante de Jésus-Christ ». Par
un vrai phénomène d’auto-suggestion, dans sa confiance en ses appuis
suprêmes, elle finit par marcher; elle est apparemment guérie.
N’avons-nous pas ici un cas assez clair d’hystérie épileptiforme ?
D’autant que ces troubles physiques se compliquaient chez Thérèse
de dérangements psychiques. Elle est sujette à la lévitation; comme
Marie-Madeleine^ elle sent son corps flotter et voler dans l’espace ;
elle souffre d’hallucinations de la vue et de l'ouïe. Le Seigneur lui
apparaît; elle tombe en extase; elle est ravie. « Je ne veux plus,
lui susurre une voix divine, que tu converses avec les hommes, mais
avec les anges. »
Nous ne pensons certes pas, cher confrère, que « sainteté soit
synonyme d’hystérie » ; mais vous conviendrez qu elle se tra-
duit maintes fois sous des formes qui sont de simples variétés de la
folie mystique, dont les manifestations relèvent exclusivement de la
médecine mentale h La folie érotique, surtout à forme hallucina-
1. Tels encore les cas des grandes amonreuses extatiques, Catherine de Sienne,
Catherine de Ricci (lig. 368), sainte Chantal, Marguerite-Marie Alacoque, etc.
rr A L 1 E
347
tüire, s’associe souvent au délire religieux^ selon l’enseig-nement
du professeur Bail.
Ajoutons que sainte Thérèse était atteinte de chloro-anémie con-
stitutionnelle, aggravée par les jeûnes, les veilles et les macérations
pieuses; elle était minée par le paludisme. Et si nous rappelons que
son père, confit en dévotion, lui laissait une hérédité plutôt chargée,
nous aurons tous les éléments nécessaires pour expliquer la psychose
protéique et les séraphiques ardeurs de notre brillant sujet. Elle est
le portrait vivant, ressemblance garantie, que Charcot a tracé de
main de maître de la grande hystérie.
L’ambition de notre bienheureuse qui a imaginé l’adoration d’un viscère était « de
se consumer en la présence du Seigneur comme un cierge ardent, afin de lui rendre
amour pour amour », écrit-elle dans son Mémoire. Plus loin, elle raconte qu’un
jour, en temps de carnaval, elle se déguise pour assister à une soirée ; mais au
retourelle s’administre, pour expier « son grand péché », de sanglants coups de
discipline sur le corps. « Le soir, ajoute-t-elle, quand je quittais ces maudites
livrées de Satan, mon souverain Maître se présentait à moi comme il était à sa
flagellation... », donc in jjiiris naturalihiis. « Je t’ai choisie pour mon épouse, lui
disait le Seigneur, et nous nous sommes promis la fidélité lorsque tu m’as fait vœu
de chasteté. » Sa mère veut la marier, Jésus intervient et lui fait une scène de
jalousie : « Si tu me fais ce mépris, lui dit-il, je t’abandonne pour jamais. » Crainte
de rupture avec son céleste époux, elle renonce à tous les partis excepté un : elle
prend celui d’entrer au couvent de la Visitation de Paray. « C’est ici, lui signifia son
divin amant, que je te veux ! » Et elle se « donna » à Jésus qui lui avait déclaré,
à vingt ans : « Je serai pour toi l’amant le plus tendre » ; qui lui disait à sa prise
d’habit : « C’est aujourd’hui le jour de nos fiançailles... Jusqu’ici je n’ai été que ton
fiancé ; à partir de ce jour je \eux être ton époux ! » Un dernier extrait, pour finir
comme tout par une chanson ; « Le Cœur adorable de mon Jésus me fut présenté
plus brillant qu’un soleil. Il était au milieu des flammes de son pur amour, envi-
ronné de séraphins (ou mieux de cupidons) c{ui chantaient d’un concert admirable :
L'amour triomphe, l’amour jouit,
L’amour du saint Cœur réjouit ! »
En l’espèce, il nous paraît diflicile d’établir la limite qui sépare l’amour divin de
l’amour humain. Au surplus, consultez son Mémoire et aussi V Histoire de cette
sainte par Mgr Em. Bougaud. Le meme auteur a écrit VHisioire de sainte Chantal,
où il raconte ce trait dégoûtant de son héro'ine, dont tout le bonheur consistait à
poser ses lè^■res sur les ulcères les plus repoussants, tel le lys sort parfois du
fumier : « Un jour qu’elle soignait une moribonde atteinte d’un cancer à l’estomac
et qui ne pouvait rien garder, elle nettoya le vomissement de cette malade avec
sa langue... » Pouah ! Après tout, n’a-t-on pas glorifié les poux de saint Labre ?
C’est dans l’ordre ou, si vous préférez, dans les ordres.
Parmi les exemples de macérations écœurantes, relevons les austérités que s'im-
posaient d autres douces toquées qui se rabaissaient à l’état de l'animal herbivore ;
sainte Marie d’Alexandrie ne mangeait qu’une feuille de chou crue — comme une
lapine — chaque dimanche ; Catherine de Cordoue, assure le « docteur de l Eglise »
sainte Thérèse, se réduisit à paître l'herbe comme les bêtes et, durant le carême,
elle ne se permettait pas de s’appuyer sur ses mains pour brouter avec plus de
fatigue ; enfin, les carmélites réformées, entre autres extravagances mystiques, se
nourrissaient, les unes, de glands, les autres se contentaient de feuilles de vignes
— rien des statues.
348
l’art profane a l église
La vierge d Avila est donc une hystérique de la plus belle eau
bénite qui soit, et, pour finir par un mot plaisant, au risque de
passer, après cette palabre, pour un Joseph Prudhomme, un père
Grandet, voire un Homais renforcé d un Bonneau de Molinchard,
permettez-nous de piquer sur son cas particulier l’étiquette néolo-
gique à'hystérésie.
24« Sainte-Marie de l’Ara Gœli {Santa Maria in Ara Cœli).— Cet
édifice occupe 1 emplacement du temple de Jupiter Capitolin, et la
tioisième colonne a gauche de la nef porte encore une inscription
qui trahit son origine profane : a cvbicvlo avgvstorvm. Ce monolithe
viendrait donc de la chambre à coucher impériale du palais des
Césars ! Un autre vestig'e de l’antiquité se retrouve dans une singu-
lièie céiémonie mystico-païenne célébrée dans ce temple chrétien et
décrite par 1 auteur du Voyage dans l’ Italie méridionale (1843) :
Tous les ans, le jour de VEpiphanie, et du haut de l’escalier de l’Ara
Gœli, on montre au peuple agenouillé sur les marches et la place le
Santissiino Hani bino , qui, depuis la fete de Noël, est exposé dans une
crèche, ainsi que les .figures de l’empereur Auguste et de la Sibylle de
Gumes h.. A sa vue, les Romains baisent la terre, se frappent la poitrine,
et leur émotion va jusqu’aux larmes.
Que fait Auguste à côté de Jésus se demande Fulchiron \ Jean de
la Paye va lui répondre. Cette église doit son vocable à un petit
autel placé du côté de l’Evangile, qui aurait été consacré à Dieu
par Auguste. Voici dans quelle circonstance :
Ge prince, ayant consulté l’Oracle de Delphes pour savoir qui gouver-
neroit l’himpire après lui, fut longtemps sans avoir de réponse. Enfin,
après plusieurs instances, fOracle déclara que l’Enfant Hébreu, Fils de
Dieu, lui ayant ôté la parole, il n’avoit plus rien à révéler et que l’Empe-
reur eût à se retirer. Auguste, dit-on, ayant trouvé ce langage conforme
aux Prophéties des Sibylles, bâtit aussitôt un autel au Gapitole en l’hon-
neur de l’Enfant Hébreu dont lui avoit parlé l’Oracle, et appela cet autel
Ara priinogeniii Del.
Depuis 1870, le Bamhino boude dans son oratoire et ne sort plus
de sa crèche.
i. Cette somnambule extralucide passe pour avoir auuoucé la venue du Messie;
mais vous n’ignorez pas que cette prédiction a été, par fraude pieuse, interpolée
dans les vers sibyllins à la fin du premier siècle de notre ère.
ITALIE
349
Tombeau JTIonorius III. Le soubassement est occupé par trois
génies ; celui qui occupe le centre se dresse de face et étale nette-
ment ses organes ombragés
(fig. 369).
Fig-, 370.
F i^’
36Ü.
Chapelle Savelli (.xiii' siècle). Un sarcophage orné de satyres et
de bacchantes célébrant une fête de Bacchus renferme les restes du
père et de la mère du pape Honorius IV.
Gregorovius a relevé cette inscription sur la sépulture du sénateur
Petrus Jacobus Ginna.
nie CORPVS LINQVENS ANIMA REPETIVIT OLYMPVM
Et sur le tombeau de Paolo Boccapaduli (xv'' siècle)^ ce distique :
JVPITER HVNC PRIMVM SACRIS PREFECERAT .* ILLVM NVNC SVPERI
gavdent astra tenere poli
L alliance de I élément païen et de l’élément chrétien est naturelle
a cette époque ou les poètes appelaient Dieu, Jupiter ; le Christ
Esculape; Marie, Diane, etc. Erasme ne comparait-il pas Jules II à
Zeus ^ Gomme plus tard Voltaire donnera à Catherine les noms de
Sémiramisou de Minerve du Nord, de Sœur d’Apollon, etc.
L auteur d'Un mois en Italie constate dans la Communion de
saint Jérome du Domimquin la « bizarrerie » de la nudité absolue
350
i/ari’ profane a 1/ église
du Père de TEg-lise, au milieu de persoiinag-es richement vêtus de
costumes sacerdotaux. Ce contraste jurait tellement à coté de la
pudique Transfigiiralion de Raphaël que les moines de l’Ara Cœli
reléguèrent dans un coin le tableau du Dominiquin ; ils l’oltrirent
même au Poussin comme une toile qu’il pourrait recouvrir !
215^ Sainte-Marie-du-Transtevère {Santa Maria in Transtevcrc.)
— Les colonnes coniques de la nef du premier sanctuaire de Rome
qui fut élevé à la Vierge, proviennent en grande partie d’un temple
d’Isis et de Sérapis dont les têtes ornent les chapiteaux païens,
llarpocrate, fils d’Isis, le dieu grec du silence, y figure à côté des
divinités égyptiennes. Nouvel exemple de la fusion du paganisme
et du christianisme dans le domaine de l art chrétien.
26^ Sainte-Marie Majeure {Basilica Liheriana). — Les colonnes
de cette basilique, « la plus grande » des églises de Rome dédiées à
la Vierge, sont tirées du temple païen de Junon Lucine, la protec-
trice des femmes en couches.
Sépulture de Clément IV. Le pape pontifie du haut de son mau-
solée et donne sa bénédiction urhi et orLi, assisté de la Foi et de la
Charité^ dont le sein dodu gave un gamin goulu tout nu.
Tombeau de Sixte-Quint. L’ancien gardien de moutons, qui
n’avait pas dû acquérir des goûts artistiques très prononcés dans la
société de ces doux quadrupèdes, voulait faire enlever du Vatican le
Laocoon et V Apollon^ à cause de leur mise négligéeL En revanche,
ce vaniteux parvenu atteint de « la maladie de la pierre » multi-
pliait ses armes parlantes sur les monuments qu’il édifiait sans
cesse : un lion tenant dans sa griffe trois poires — de bon chrétien
sans doute. Rappelons une réflexion quelque peu libre du pâtre de
Montalte au sujet du calvinisme : « On ne fait pas l’amour dans
cette religion », disait-il, « elle ne durera pas ». L’expression
l. Dans le ^raad hall de l’éculc de Danbury, du Goniieeticut, les éludianls et
étudiantes yaukees, sur leurs économies, avaient élevé une réplique eu marbre de
V Apollon du Belvédère, le même qui échappa à l’ostracisme du faux bancal
Sixte-Quint. Mais les membres du conseil scolaire, eu tournée d’inspection, tirent
revêtir le dieu un du Vatican d’un maillot de canotier moderne (fig.^ 370). Et sa
chlamydc, portée uéylig’emmeut sur le bras, « prit 1 apparence, dit René Rures, d une
serviette mouillée qu’il emporterait dans sa cabine après le bain. » Apollon en
caleçon, quelle leçon de ridicule I
ITALI i:
351
italienne est plus énerg-ique^ non si chiava in qiicsia religione^ et
choquerait partout ailleurs qu’au beau pays a des priapées et des son-
nets de dévotion^ où le si résonne » et où l’on voit du sang sous la
peau des femmes^ mais non du lait comme sous celle des Françaises^
au dire du Bernin. Pourtant, une boutade de Luther ne dit-elle pas :
(( Celui qui n aime ni le vin^ ni les femmes^ ni le chant, celui-là est
un sot et le sera sa vie durant » ?
A la chapelle du tombeau de Clément Vlll, deux adultes nus, en
marbre, se font remarquer par leur mauvaise tenue : ils écartent
leurs cuisses et semblent vouloir montrer leur sexe ou s’apprêter à
satisfaire quelque besoin pressant.
La Charité (lig. 371) du mausolée de Clément IX se distingue de
ses congénères, répandues à profusion sur les monuments funèbres,
par un geste qui, pour être naturel de la part d’une nourrice, est rare-
ment figuré , elle prend sa mamelle pour Fotfrir à son nourrisson
adoptif.
Il nous reste à visiter les tombeaux des cardinaux Santorio et
Cæsari Raspono. Au fronton du premier, l’un des angles est occupé
par une Chanté (tig. 372) qui abandonne son sein gauche à un
352
i/aUT PUOt’ANE A
L ÉGLISE
petit miséreux et, de la main droite, lève un cœur. Sursum corda !
L’autre sépulcre est orné d’un gracieux groupe de la Renommée,
au sein nu, accompagnant le Temps (fîg. 373).
La princesse Pauline Borghèse, sœur de Bonaparte, qui était à
ses yeux « la plus belle et la meilleure créature » de son temps,
est enterrée dans la chapelle de la famille Borghèse ; mais on s’est
bien gardé de décorer son tombeau de la statue, sculptée d’après
t r A L 1 K
353
nature par Caiiova^ qui alarme la pudeur et « rappelle tout ce que
les poètes prêtent d’attraits à la mère de l’Amour ». « C’est de la
Fig-. 373 bis. — Caricature de l’auteur des Tetoniana. Tirée du Rict
us.
Viande ! » disait en français un Romain^ avec un accent passionné,
à 1 auteur anonyme de V Itinéraire d’un voyage en Italie,
27® Saint-Martin. — A noter un curieux tableau de Cavalucci, le
Purgatoire. Parmi les âmes purifiées que les ang-es tirent des
flammes, une femme se distingue par sa nudité, bien qu’elle tienne
ses bras croisés sur les seins, en attendant sa délivrance. « Pourquoi,
se demande Kotzebue, fallait-il qu’elle restât si longtemps dans le
purgatoire ? Qu’a-t-elle pu faire autre chose qu’aimer ? » Or, comme
le chante Béranger, pas le sénateur :
Dieu lui-même ordonne qu’on aime,
Je vous le dis, en vérité.
l'akt profane. — II.
23
354
l'art I'RüFANE a i/éllisio
Saint-Nicolas-en-prison {San Nicolo in carccre). — Les
Fij;-. 373 1er.
colonnes de la nef furent empruntées, selon la coutume antique, au
temple de Juno Sospita.
La prison à laquelle cette basilique doit son vocable est celle qui
fut le théâtre, sous Claudius le Décemvir, d'un trait de tendresse
fdiale maintes fois rapporté sous le titre de Caritas Roniana
(fig-. 373 his^). Pline (vu, 3b) fait nourrir par sa fdle le père con-
damné à mourir de faim pour trahison, et Valère Maxime (iv, liv. 5)
veut que ce soit la mère prisonnière qui prolita de ce touchant
1. Anecd. hisi. sur les seins et rnllail., lig'. 31.
1 1 A L 1
555
dévouement filial. Ce cachot se montre encore sous le maître-autel^
et Kotzebue y a vu des traces d’une ancienne
peinture relatant ce fait.
29® Panthéon. — Ce temple « de tous les
dieux » que le servile Agrippa éleva à la
gloire de son beau-père Auguste, a été con-
verti en église et consacré à « tous les saints »
par Boniface I\ : c’est ce qui le sauva de la
destruction (fîg. 287 Lis).
Là reposent les cendres de
Raphaël près de sa fiancée,
Maria di Bibiena, laquelle,
dit l’abbé Boulfroy, le pré-
céda de trois mois dans la
tombe : assertion que con-
tredit la toile de Rodolfo
Morgari, exposée à l’Aca-
démie des Beaux-Arts de
1 lorence, et qui représente le a divin », F aimmortel » Sanzio mou-
rant (fîg. 373 ter).
Fit:-. 37:
Fi«-. 37
3Qo Saint-Paul hors des murs. — Le tabernacle ou ciborium^
qui date du xiii® siècle, porte une représentation curieuse d’Ève et
du serpent tentateur à tête de canard (fig. 374) ; est-ce une ironie
picturale relative à la véracité de la légende biblique ?
Des motifs hétéroclites, piqués çà et là au milieu d un gracieux
entrelacement d arabesques, de feuillages et de volutes, décorent les
tympans entre les archivoltes des arcades du cloître. Nous reprodui-
sons les plus fantaisistes de ces figures : trois visages portant la
même couronne (fig. 375)S sorte d'Hécate à « trois têtes dans le
même bonnet », et un petit Hercule nu (fig. 376), avec une a nature »
1. La Irinite chrétienne a exercé la fantaisie des artistes en France et à l’étran-f
Nous connaissons une peinture de la cathédrale de Saint-Pol de
.«ti.cuidie ue v^nicnester, une sculpture d’une double Trinité avec froi^
2rné Mary-S de Favcrshan,. le même m"Lre «
sculpte sous la ligure d un Zens à quatre yeux (lig. 375 quarte). ^
356
l’art profane a l'église
féminine, qui étouffe les deux serpents envoyés par
punir de son orig'ine adultérine^.
\
Fie-, 375 ter.
Fig-. 375 bis.
Fig-. 375 quarte.
dl"" Pères Pénitenciers (Padri Penitenzieri). — Ce palais délabré,
devenu couvent, fut construit pour le cardinal Donienico délia
Rovere, au xv® siècle. Le Pinturicchio, l’un des hôtes du prélat,
orna de peintures la demeure de son Mécène. Seules, les trois salles
du premier étag-e, d'après G. Lafenestre et E. Richtenberger, ont
conservé les traces de ses décorations : le plafond de la seconde
« renferme des personnages fantastiques et des animaux fabuleux »,
et à celui de la troisième sont représentés « des épisodes de la
légende, des animaux marins, combats ou scènes amoureuses, des
sirènes nageant, des nymphes montées sur des dauphins, des
amazones, etc. »
32^* Saint-Pierre-aux-Liens {San Petro in VincoU). — Sur le
monument commémoratif de Jules II, inhumé à Saint-Pierre de
1. Dans l’église de la Piazza Sciarra on Corso^ pendant la semaine sainte, un
sermon était exclusivement réservé aux femmes qui s'étaient écartées du droit
chemin ; les coupables se trahissaient par leurs larmes de repentir et bien peu des
représentantes du sexe que Milton appelle « un beau défaut de la nature », fair
defecto of nature, sortaient les yeux secs.
Rome, sont ciselés des
Mme de Genlis, puisqu’ils
re|3résentent les divinités
du paganisme ». Pendant
ses excursions en Italie,
la pruderie de ce délicat
bas-bleu a souvent eu
l’occasion d’être eltarou-
chée par une pareille
promiscuité.
Ce mausolée devait
être « une montagne d’ar-
chitecture ^ » ; il compre-
nait plus de quarante
statues, sans compter
les bas-reliefs en bronze ;
Fiff. 376.
tig. 377. — Reproduite par A. Dcmmin^in Encyclopédie
des Beaux-Avis plastiques.
mais son édification fut interrompue par la reconstruction de
1. Voici la description que Gondivi donne de ce tombeau ; elle est conforme au
dessin a executer, laissé par Michel-An^c (lig-. 380, 381). Sur chacune des quatre
faces devaient liH-urer qu enchaînés à des Ternes placés en arrière
. . Lntie les eschnes, des niches auraient abrité des Victoires terrassant à leurs
l>ieds des prusoimiers abattus. Au-dessus d’une corniche qui aurait terminé cette
t ecora ion, ilichel-Ange disposait huit figures assises, deux sur cluupic face qui
10')^ P'-°Phétes et des Vertus. La Prudence (onail un cL
le Moïse était au nombre de ces statues. Du sarcophage placé au milieu de ces
hgures s devait une pyramide dont le sommet supportait un am;e chargé comme
Atla.s, cl un globe sur ses épaules. De ce gigantesque projet, il ne reste ’à l’état
d execution que Mo:se, l'une des Victoires et deux Captifs. (Cf d’L ncouid
Hist. de VArl par les Alonumenls). ^ • u .•Xç,incoui i,
Saint-Pierre^ et, dans la suite, il fut réduit à sa plus simple expression
(fîg^. 377). Tous les arts libéraux, la Peinture, la Sculpture et
V Architecture y étaient représentés comme des captifs tombés en
esclavage après la mort de Jules 11b
1. Rappelons que la statue en bronze de ce bouillant pontife, destinée à son fas-
tueux monument, fut brisée à Bologne (p. 110). Nous savons qu’il voulut être
représenté une épée et non un livre à la main :
Eh quoi I Mathan, d'un prêtre est-ce là le langage ?
De tout temps, d’ailleurs, le sabre et le goupillon ne furent-ils pas deux inséparables.
ITALIE
359
Parmi ses richesses, le Louvre possède deux prisonniers nus
(h^‘. 378 et Lun cndonni^ l’autre éveillé^ qui occupaient les
pilastres du soubassements Ils furent
donnés à François F^’ par Robert Strozzi,
et plus tard le connétable de Montmorency
les oifrit au cardinal de Richelieu pour
orner son château; ce qui n’empêcha pas ^
ce prélat peu reconnaissant de lui faire
trancher la tête.
Le monument actuel est toujours do-
miné par le fameux Moïse^ en Jupiter
olympien, avec cornes et barbe de bouc,
à qui il ne manque que la parole ; mais
les captifs sont remplacés par des statues
de lemmes drapées, sculptées par Rafaele Montelupo, élève de
Buonarroti; elles représentent la Vie active.
Nous relevons, sans plus insister, un des détails décoratifs et
incongrus du soubassement (fîg. 379).
Fiji-. 379.
en dépit des maximes évangéliques; « Celui qui frappe de l’épée mourra par Fépée »
et Ecclésial nhhorret a sanguine ? Pour respecter ce précepte chrétien, le fameux
évêque Odon, frère utérin de Guillaume le Bâtard, prit part à la conquête d’Angle-
terre en assommant les Anglaisa coups de massue. L'Inquisition aussi, se gardait de
répandre le sang, elle brûlait les hérétiques; de même, les Frères de Moravie,
une secte des Anabaptistes, se conlormaieut au texte de l’Evangile en faisant
chatouiller le coupable jusqu a ce qu il mourût. Jules II n’avait pas ce scrupule et
ne visait d’autre modèle que saint Paul qui essorilla Malchus. Que les pourfendeurs
religieux méditent cette réflexion du roi Jacques; « On a bien \'u Notre-Seig'neur
battre des gens pour les chasser du temple, mais on ne trouve nulle part qu’il en
ait maltraité pour les y faire entrer. » La conduite de trop de pontifes, qui devraient
prêcher d exemple, est en contradiction avec les livres saints ; Sixte-Quint approuvait
le régicide et Grégoire XIII glorifiait le massacre de la Saint-Barthélemy que ce
dévot dévoyé, ce rat raté d’église, Joris Ilu^^smans, appelle allègrement» une partie de
chasse » et considère lo7i » comme une date glorieuse ». Aussi, ne nous étonnons
pas de voir ces oiseaux de paradis, qui suent le sang et l’hypocrisie, clonés au pilori
de 1 histoire par l’éclat et la vigueur du verbe de notre chantre national, — ne pas con-
fondre a\ ec notre << chantre mou ». François Coppée ;
Boniface a des fils de scs nièces; Urbain
Fait saigner et mourir cinq prêtres dans leur Jjain;
Borgia dans Gomorrhe y serait une tache ;
Grégoire tient la torche et Sixte tient la haclic ;
Félix est un désastre et Simplicius ment;
Cet Innocent brûlait les hommes, ce Clément
Les massacrait, ce Pie est un vendeur du Temple,
Jule est l'épouvantail comme Clirist est l’exemple
1. Baphaël semble s’étre inspiré de l’attitude de ce dernier pour V Apollon qu’il a
placé dans son Ecole d’ Athènes, au Vatican.
360
i/art profane a l’éoeise
On voit encore dans cette église un singulier tableau en mosaïque
représentant Saint Sébastien, le nimbé voué au nu, affublé d’une
longue robe comme une Vierge byzantine.
33^^ Saint-Pierre du Mont (San Pietro in Montorio). — Première
ITALIE
361
chapelle, du côté droit. La Flagellation (fig-. .381-0 /s), peinture à l’huile
Fig’. 381. — Moitié droite de la même face.
de Sebastiano del Piombo, d’après le dessin de Michel-Ange, qui
a dû y donner aussi quelques coups de pinceau, des coups de maître.
L un des deux bourreaux (celui de droite) frappant le divin Flagellé
avec des lanières, serait son portrait. On reconnaît l’intervention de
Buonarroti à l’exagération du nu, qui rappelle celle de ses person-
362
t/art propane a r/ÉnrjSE
nag-es athlétiques du Jiujemcnt de la Sixtine : la draperie du Ré-
dempteur est réduite à sa plus simple expression; quant aux caleçons
blancs des deux exécuteurs du premier plan, il est visible^ surtout
en considérant la peinture, qu’ils ont été .ajoutés après coup par
quelque Volterre complaisant. Nous avons fait pointiller les voiles
supplémentaires dont l’éclatante blancheur jure avec la teinte
foncée des personnages, due à la peinture qui a noirci, en raison de
l’inexpérience de Sel^astiano Luciani, qui tentait, pour la première
fois, l’emploi des couleurs à l’huile sur l’enduit des murs.
Quatrième chapelle. Des enfants entièrement nus soutiennent
deux à deux la corniche de la balustrade. « Cette balustrade, dit
de Lalande, conviendrait mieux dans un jardin que dans une église,
où elle est un peu indécente. »
Première chapelle à gauche. Deux anciens tombeaux vides sont
ornés de bas-reliefs singuliers. Sur 1 un, on voit « les danses et
les jeux obscènes » des faunes, des satyres, des bacchantes; puis,
la cérémonie des cendres et la mort au milieu de ses nombreuses
victimes. L’autre représente la désobéissance d Eve et le Jugement
ITALIE
3G3
dernier; les ressuscités forment des groupes bien divertissants,
paraît-il : « Je les examine souvent, dit un moine cicerone à l’auteur
de V Itinéraire d’un Voyage en Italie^ et ne m^en approche jamais
sans y découvrir de nouvelles facéties, plus burlesques les unes
que les autres, un peu trop libres peut-être pour un temple catho-
lique et pour des capucins. » Bah ! les bons frocards d’antan
n’avaient pas froid aux yeux; n’avaient-ils pas adopté pour juron
per Dio Bacco^ parce que les peines contre les blasphémateurs les
empêchaient de jurer per Dio. Nous savons que Benoît XIV, affolé
dans sa jeunesse par Mme Dubocage, avait toujours à la bouche le
mot le moins honnête de sa langue, et celui de sa contre-partie.
34° Le Saint Escalier (Scala Santa). — Sur la paroi de droite et
en haut du prétendu escalier de Pilate ', dont les pèlerins des deux
sexes — les dames au risque de montrer leurs dessous ^
vissent les vingt-huit marches^, à la façon des culs-de-jatte et aussi
de César quand il montait Tescalier de Jupiter Capitolin, un tableau
représente Eve sortant d’une côte « superflue^» d’Adam. Celui-ci
est couché sur le côté gauche et tourne le dos au public, pour dissi-
muler sa nudité antérieure. De plus, le peintre pusillanime a pris la
1. Cet escalier de Pilate a servi longtemps dans les représentations théâtrales de
la Passion ; de là sa réputation usurpée.
2. Un éditeur d’art nous contait qu’à sa visite dans cette église, une agenouillée
ambulante tomba à la renverse, en découvrant son architecture inférieure ; sa
femme, simple curieuse, se précipita à son secours et gravit, pedibiis cum jambis,
les sacrés degrés. Mais un prêtre la réprimanda vivement de la profanation qu’elle
venait de commettre. L’interlocutrice reprit sans désemparer qu’il fallait éti’e un
sérénissime — ou serinissime — imbécile pour ne pas aider à se relever une femme
«qui tombe ». Un autre jour, à Rome, la même personne sévit fermer la porte
d’une église, parce qu’elle était en costume de cycliste, mais le bedeau lui insinua
un « accommodement avec le ciel » celui de louer une jupe à son épouse. La propo-
sition fut acceptée et une fois dans la place, au beau milieu de l’édifice religieux,
la travestie retira la jupe de location, en disant d’un ton narquois au sacristain
ébaubi : « Maintenant que je suis entrée dans la place, je sors de vos hardes. »
Les Hamands qui, assure Nisard, se servent des prêtres, mais ne les servent pas,
gravissent d’une façon analogue la montagne sainte de Ghevremont, près de Ghau-
fontame, pour adorer la Vierge dans une chapelle : « les uns les pieds nus, les
autres avec des pois dans leurs souliers, ce qui est l’épreuve intermédiaire entre
monter nu-pieds et monter en souliers ; quelques-uns, les plus zélés, à genoux. »
3. A chaque marche, à chaque roulis de hanche, à chaque tangage de croupes, on
gagne neuf années d’indulgences.
4. Bossuet assure « qu’en prévision de la naissance d’Ève, l’Eternel avait donné à
Adam une côte superflue dans le côté » et l’aigle de Meaux ajoute, en s’adressant
dédaigneusement a la plus belle moitié du genre humain, qu’elle doit sans cesse se
souvenir de son origine, c’est-à-dire « qu’elle vient d’un os surnuméraire ».
364
l'art profane a l’église
précaution de cacher les organes prohibés par un petit nuage, qui
sort... on ne sait d’où. Eve se contente de croiser les bras pour
cacher ses seins au Créateur,
mais elle ne peut dissimuler
son ventre aussi développé
que celui d’une femme à
terme.
35^" Sainte Sabine. —
Mausolée du cardinal Monti
del Pozzo. Autour du sarco-
phage se tiennent la Vierge
Fis. 382.
Fig. 383.
portant Jésus tout nu, deux saintes et les Vertus cardinales : la
Prudence découvre son torse et une partie de l’abdomen pour se
faire piquer la mamelle droite par un serpent (fîg. 382),
Qui déchire son sein, qui dévore son liane.
36° Santo Stefano Rotondo. — Sur les parois de ce temple antique
qui date du v° siècle, Pomarancio, pour les figures, et Matteo di
Sienna, pour les paysages, représentèrent dans une suite de trente-
ITALIE
365
deux fresques mouvementées et tourmentées, les horribles tortures
appliquées aux martyrs dépouillés de leurs vêtements.
37*^ Trinité du Mont. — Les matériaux de cette belle ég-lise furent
tirés des Thermes qui portent le nom du plus acharné persécuteur
des chrétiens : (( Quel triomphe, exclame Ampère, et quelle noble
venai'eance du Christianisme ! »
La Descente de Croix est des plus... décentes; c’est à ce titre que
nous en parlons. Elle est due au pinceau-goupillon de Daniel Ric-
ciarelli, plus connu ou trop connu sous le nom de Daniel de Volterre
et le surnom de Bracchetone, sa « culotte » de Nessus. Les quatre
femmes de face, inclinées, ne montrent absolument rien de leur
gorge. Comparez cette composition avec celle de Rubens ^ et vous
vous rendrez compte de la distance qui sépare le peintre de la chair
de celui de la chaire.
IL — PALAIS ET VILLAS
Nous visiterons seulement les édifices privés qui ont appartenu à
de hauts dignitaires de TEglise.
Villa Albani. — Cette villa, sur le point de disparaître, fut
fondée par le cardinal Alexandre Albani, grand amateur d’art
antique. Napoléon cambriola trois cents des meilleures statues
qui furent restituées en 1815, et que le cardinal Joseph Albani
vendit au Musée de Berlin, à l’exception du célèbre bas-relief
à’Antinoiis^ pour couvrir les frais du transport !
Après avoir traversé la sala ovale du Casino^ où se trouve
V Amour bandant son arc, on arrive à la galleria grande dont le
plafond peint à fresque par Raphaël Mengs représente, dans le
champ du milieu, Apollon et les Muses de grandeur naturelle. « Le
Sanzio, disait Winckelmann, n’a rien produit qui puisse y être
comparé. » Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse ! Ce lourd critique
brandebourgeois, l’ami d’Alexandre Albani, ne pouvait juger autre-
ment l’œuvre d’un compatriote quTl écrase sous le pavé de Tours.
1. Réveil, tom. xi, 793.
3GG
i/art profane a l’église
Villa Borghèse. — Commencée par le cardinal Dezza, elle fut
terminée sous le pontificat de Paul V par son neveu le cardinal
Scipion. Avant d’être une galerie de peinture et de sculpture, elle fut
la demeure d’un prélat, et l’on y pouvait déjà contempler les toiles
et les statues les plus suggestives, entre autres : Jupiter et Danaé,
un des meilleurs tableaux du Corrège ; V Aurore^ du Guerchin ;
Vénus et V Amour ^ de Lucas Cranach ; V Amour sacre et V Amour
profane^ du Titien ; Léda (fîg. 383) ; les statues colossales de
Jupiter, Apollon, Julie et Sabine ; la Dispute d’Apollon et d' Hercule,
par Domenico des Angelis, à la voûte de la première salle ; la
Naissance de Vénus, fresque de Gaetano Lopis, à la voûte de la
troisième salle; etc. Cet édifice n'a donc pas changé de destination;
il n’a fait qu’étendre son hospitalité à l’art profane.
Palais du cardinal CesiL
La Farnésine. — Cette demeure de plaisance, édifiée par le ban-
quier des papes, Augustin Chigi, devint la propriété des Farnèse.
On y admire encore les douze fresques où le pinceau magique de
Raphaël développe les différentes phases des Noces de Psyché, et où
le maître des maîtres prouve que la foi n’est pour rien dans les
manifestations artistiques de la peinture religieuse. Il ne serait pas
question, ici, de ce palais, si l’amphitryon n’avait souvent réuni
et « régalé » Léon X et divers cardinaux, en noble compagnie des
nudités de l’Olympe, à la tête desquelles brillent les Trois Grâces,
une brune, une blonde, une châtaine, à qui l’amour fait admirer
Psyché dont il est épris (fîg. 384).
Palais Farnèse. — Ce palais fut construit en face de la Farnésine
sur la rive opposée du Tibre, par le cardinal Alexandre Farnèse, qui
devint pape sous le nom de Paul III. Les fresques lascives
d’Annibal Carrache.son chef-d’œuvre, dont le Triomphe de Bacchus
et d’Ariane occupe le centre, se déployaient à l’aise sur les murs de
ce palais, sans crainte de faire rougir davantage la pourpre cardi-
nalice. Les amours mythiques étaient célébrées sur les parois de la
1. L’auteur des Délices d’Ilalie y a « admiré » une sculpture antique représentant
J linon, dite V Amazone parce qu’elle a une mamelle coupée. Nous ne connaissons
aucune ligure d’Amazones olTrant la section mammaire à laquelle cette peuplade
fabuleuse devrait son nom.
ITALIE
367
galerie des fêtes*. Il suffit de considérer les sujets d’ornementation
de la chape de ce pontife^^ pour avoir la mesure de son libéralisme
artistique et de sa moralité.
Cet édifice n’a pas, non plus, beaucoup changé en devenant un
Musée national, où Ton rencontre, par exemple^ Apollon et les Trois
Grâces qui ont des draperies sous la main, mais se gardent bien de
s en servir, à la satisfaction des amis des beaux-arts.
Palais Spada. — Il fut élevé pour le cardinal Gapo di Ferro sous
le pontificat de Paul III et décoré par le cardinal Spada. On y
1. La chaste plume de Du Pays proteste contre les sujets de ces peintures - „
un des caractères de l’époque où elles furent exécutées que ce eoût prédomin-nU
pour la mythologie, mais il uc .juslilic pas (pour parlor'le lougC rer^uc de
La Bruyere), ces saletes des dieux peints pour les princes de l’Eglise. » Et cha-
noine de Bleser ajoute : « C’est une des plus belles œuvres de la Benaissance mais
1 est bien permis d fifïirmer sans témérité que de pareils scandales ne s’étaleront
du moTdr» «“-'qi'cls il O Ole dit d.etre la lumière et le sel
2. Les Seins el l’AUailenienl à L’Église^ lig. 1.
admire la Mort de Didon du Guerchin ; la poitrine de l’héroïne
apparaît en entier sous la draperie qui recouvre le reste du corps.
Palais Barbarini. — Date de l’exaltation du cardinal MalFeo
Barberini, devenu pape sous le nom d’Urbain VIII, dont nous con-
naissons les armes parlantes. Ce palais est situé sur l'emplacement
du cirque de la courtisane Flora et est fameux par les fêtes noc-
turnes qu’on y donnait. Il ne déroge donc pas en abritant dans ses
galeries des toiles telles que les Bacchanales de FAlbane, écho
lointain des orgies qui se passaient au même lieu, et la Fornarina^ ^
la robuste maîtresse du divin Sanzio, lequel postulait, comme
FArétin, au chapeau de cardinal.
Palais Rospigliosi. — Construit par Je cardinal Scipion Borghèse,
neveu de Paul V, cet édifice devint plus tard la propriété du
cardinal de Mazarin. Actuellement, il donne asile au Temple de
Vénus par Claude Lorrain, et à la sensuelle Léda du Gorrège. On
y voit aussi Vénus et F Amour du Dominiquin, à côté du Péché
originel, interprété par le même pinceau mi-païen, mi-chrétien.
Le jardin est rempli de marbres antiques : V Enlèvement de Proser-
pine, Méléagre et le sanglier, etc. Benoît XIV avait l'habitude d’y
prendre son café ; de là le nom de Coffee House donné à ce buen
retiro par les touristes d’outre-Manche.
Palais Corsini. — Il dut sa magnificence à Clément XII qui
l’acheta pour son neveu, le cardinal Neri Corsini. Sous ses lambris
mourut Christine de Suède, la célèbre Messaline repentie. Ce palais
est aujourd’hui un Musée et renferme bon nombre de nudités pictu-
rales ou marmoréennes.
Nous en dirons autant du Quirinal construit par Grégoire XIII
pour servir de palais pontifical d’été, où réside en ce moment le
terrible « geôlier » de la papauté, le roi d’Italie, et du Palais Doria
qui appartint à Innocent X. Le portrait de ce pontife, avec son nez
enluminé, « piquante parure », y figure en bonne place, à côté de
sa belle-sœur, donna Olimpia Panfili par le Bernin.Que si l’existence
de la papesse Jeanne est douteuse, celle de la papesse occulte
Olimpia est des plus authentiques : cette intrigante gouverna
l’Eglise pendant dix ans.
1. Curios. méd. liltér. et art. sur les seins, fig. 60.
itÀLiE
360
Salerne. Cathédrale ^
San Salyi. Monastère. — Dans la Cène peinte en fresque sur les
murs du réfectoire de ce couvent, un grand cœur renversé est
représenté au-dessus de la tête du Christ ; l’usure du temps a
estompé la silhouette de ce viscère, que des gens malintentionnés
prennent pour la partie inférieure d'autres organes, sculptés en
profusion sur les ruines de Pompéi.
Sienne. D Dôme. — Une « orgie » de sculptures et de mosaïques,
écrit un voyageur ; la façade, comme le reste, est « d’une richesse
étourdissante ». De chaque côté de cette façade s’élèvent deux
colonnes corinthiennes surmontées de femmes dévêtues, les mains
liées derrière le dos. « L’artiste », dit Taine, « pour atteindre au
mouvement vrai, ne craint pas de gâter un peu le sein. » Ne
confond-il pas avec les ligatures des figures du bénitier disposé
à l’entrée (fîg. 385) ?
La cuve baptismale de ce singulier monument est l’œuvre de
Giacomo délia Quercia ; son pilier de support est constitué par un
candélabre antique orné de plusieurs femmes nues, ligottées comme
celles de la façade, ce qui les empêche de se protéger contre les
regards indiscrets. Elles ont à leurs pieds des têtes d’angelots ou
d’amour qui agrémentent aussi le haut du pourtour de la cuve.
Une chaire octogone en marbre blanc de Niccolo Pisano et son
fils Giovanni, est soutenue par des lionnes qui tiennent un anneau
dans leur gueule ou sont tétées par leurs petits. Du corps de ces
fauves s élèvent huit colonnettes sur lesquelles sont assises autant
de femmes portant, chacune, un enfant qui leur parle à l’oreille.
Les mosaïques du pavé offrent des dessins remarquables et com-
1. Sous les portiques de l’atrium qui précède cet édifice, l'attention est attirée par
un sarcophage antique enjolivé du combat des Centaures et des Lapithes; au-dessus
de cette sculpture pa'ienne, en 1427, on a gravé une croix et le nom d’un juris-
consulte de Salerne, Benoît Le Rond, versé dans la science des lois et du droit, à
la façon de Robert Macaire : « cette malle doit être à moi ». L’épitaphe de cet avocat,
habitué à jongler avec le pour et le contre, établit son droit à l'inviolabilité de sa
sépulture :
Qiiod liimuhnn fuit sil>i concessmn,
Nec poliiil alleri concedi cl in eo non del)ct aliiis sepeliri.
« 11 craignait sans doute, l’emarque judicieusement sinon juridiquement M. Lucien
du Bois, que quelque jour on ne lui rendît la pareille. »
l’akt phofaxe. — IL Qt
o70
L^ART PROFANE A l’éGLISE
prennent quelques nudités « qui mettent les curieuses dans un assez
grand embarras », assure un
observateur digne de foi. Elfective-
ment, dans la belle composition du
Pinturicchio, le Triomphe de la
Vertu (fîg. 380), qui a un air de
famille avec \ Empire du Temps sur
le Monde ^ de la basilique de Saint-
Denis, on remarque un mécontent
de son sort montrant le poing à la
Fortune. Celle-ci, à l’aide d’une voile,
Fig. 386.
se dirige où souffle le vent, se tenant en équilibre un pied sur
l’avant d’une barque désemparée et l’autre sur un globe, « pour
montrer, dit M. Lucien Bégule-, son peu de stabilité ».
La frise est ornée des bustes de tous les papes ; on v voyait
autrefois, paraît-il, celui de la papesse Jeanne, inventée par les
Réformés et métamorphosée en pape Zacharie, vers 1600.
Chapelle des Chigi. La Marie-Madeleine du Bernin se tient debout
et est presque nue (fig. 387). Elle était destinée à représenter une
Andromède ou une Niohé., à l’exemple de Martial, pour qui le
1.
2.
L’Art profane à l’éfflise, en France^ lig.146 .
Les Incriislations décoratives des cathédrales de Lyon et de Vienne: Picard, édit.
ITA LIE
871
sixième signe du zodiaque, celui de la Vierfje^ était Diane, Dca
Virgo. Cette Madeleine est trop jeune pour une pénitente ; à cet âge,
elle pratiquait encore la devise que prendra plus tard Mlle Gerny :
« Aimez-moi les uns les autres ».
Chapelle de Saint-Jean. Sur un pilastre en forme d’ara ou autel
païen sont retracés les divers incidents de V Enlèvement de Proser-
pine (fîg. 388).
Le plafond de la sacristie ou plutôt de la bibliothèque (lihreria)
est couvert de scènes mythiques. Au milieu de cette salle a long-
temps figuré le célèbre groupe en marbre des Trois Grâces (fig. 389),
attribué à Phidias et trouvé à Rome au xv*^ siècle'. 11 est assez
endommagé ; la Grâce du milieu a perdu la tête. Pie 11, amateur
passionné d’art antique envoya ce groupe de croupes à sa ville
natale « pour y perpétuer sa mémoire ». Depuis la Renaissance,
1. Ces trois cléités païennes qui personnifiaient ce (jii’il y a de pins séduisant
dans la beauté physique et morale, — de là le nom de Charilés (jni leur était encore
donné, — devinrent avec le Christianisme les Vertus Ihéoloçfales. Leurs images con-
tinuèrent à être très répandues chez le peiqile, comme dans l’antiquité, mais elles
changèrent de nom : en Belgique, ainsi qu’au nord de la France, elles de^ inrent des
Trois Pucelles, et dans le Midi, les Trois Nourrices •, à Narbonne, il existait une
auberge à cette enseigne et Rabelais, puis Molière, y logèrent.
372
L'ART PROFANÉ A l/ÉGLlf^Ë
les filles d’Aphrodite a faisaient l’admiration des fidèles et des infi-
Fiir. 389.
dèles » ; elles étalaient leurs charmes au beau milieu de l’église,
jusqu’au jour où l’archevêque François Piccolomini les relégua à la
sacristie. Mais Pie IX, à son passage en 1857, choqué de la présence
ITALIE
373
dans le saint lieu de cette sculpture païenne, qui pourtant, objec-
terait Calino, était en état de g-râces — la lit déposer à V Opéra del
Duorno, au voisinage de la cathédrale . Raphaël et Ganova, dit-on,
se sont inspirés de ce chef-d’œuvre de l’antiquité pour traiter le
même sujet ; ce fut d’ailleurs le premier tableau mythologique du
peintre d’Urbin. C’est donc en présence de ces beautés dévêtues que,
naguère, le prêtre se préparait à célébrer le sacrifice de la messe.
Sur la voûte du Baptistère jetons un regard sympathique à la Vérité
qui, un miroir à la main, découvre sa poitrine d’où émerge une tête
de prolîl : comme la Prudence^ cette allégorie a deux visages oppo-
sés, le passé et l’avenir.
2^ Saint-Dominique. — Chapelle Sainte-Catherine. Superbe dal-
lage sur lequel Orphée tout nu charme les animaux et les visiteurs.
3® Palais public. — A la chapelle située au premier étage, on
trouve, (( en bizarre compagnie », saint Christophe et Cicéron, Caton
et Mars, Jupiter et Judas; enfin, Apollon catéchisé par saint Am-
broise. Aux pans de voûte, parmi les Vertus peintes par Taddeo
Bartholi, la Chaj'ité se fait remarquer j)ar son absence presque
complète de voiles.
SoRiAr^oh
SUBIACCO. Saint-Benoît [San Benedetto). — Chapelle de la Vierge.
Un ermite, suivant la description de X. Barbier de Montault, n’a
d’autre vêtement que sa barbe et ses cheveux, d’une longueur déme-
surée. Tandis qu’il récite son chapelet, un ange tutélaire lui apporte
un pain et un vase plein d’eau.
Tortone. Cathédrale. — Jules Lecomte, dans ses Voyages çà et là
(1859), raconte plaisamment qu’il a vu sur les bas-reliefs d’un beau
1. Un portrait de saint Dominique est le but d’un pèlerinage annuel pour les
femmes qui prétendent être tourmentées de l’esprit malin. Pour beaucoup, c’est un
prétexte à ballade ou à rendez-vous et l’occasion de se faire payer par leur époux
une paire de souliers des dimanches, sans lesquels il ne serait pas séant de se pré-
.senter devant le saint guérisseur. Certaines pèlerines ont des motifs spéciaux; ainsi
l’une d’elles, vers 1777, conlia à Henri Swinburne qu’ayant été mariée contre son
gré à un gardien de chèvres, « qui puoit, à renverser, l’odeur de son troupeau et de
ses fromages », jouait la possédée afin de le dégoûter d’elle.
374
l’art profane a l’église
sarcophage antique Castor et Pollux et la Chute de Phaéton^ deux
sujets d’une mythologie assez imprévue dans un temple chrétien
Ceci me rappelle qu’à Cologne, dans les caveaux du dôme, on voit la
châsse des trois mages, Gaspard, Melchior et Balthazar, toute constellée
de pierreries de second ordre : topazes, améthystes, chrysoprases,
grenats, adamantoïdes, — plus, de quelques pierres dures : cornalines,
aigues-marines, onyx, camées... Or, parmi ces dernières, beaucoup sont
gravées, et il ne faut pas précisément de loupe pour reconnaître que plus
d’une olfre des sujets d’un paganisme si outré, que leur place serait plutôt
dans le musée secret de Naples que sur un reliquaire des hauts temps du
christianisme...
Un habitant auquel je fais remarquer Tinconvenance de bas-reliefs
mythologiques dans un temple catholique, me répond :
(( — Ne faites pas attention, nous sommes ici dans un pays de
rizières...
» — Eh bien ! quel rapport y a-t-il ?...
)) — On y riz de tout ! »
Et comme cette ineptie ne me fit pas rire... mon homme, croyant bien
s’excuser, ajouta :
(( Je vous dis ça, monsieur, parce que vous êtes Français, le pays des
farceurs, et que j’ai pensé que ça vous ferait plaisir à entendre ! »
Trévise. Saint-Nicolas {San Nieeolo). — Mausolée du comte
Agostino Onigo. Trois génies porteurs de cornes d’abondance
décorent l’entablement. Celui du milieu est absolument dévêtu, à
part une étroite banderole qui flotte autour de son corps sans en
rien cacher, mais sa tenue choque peut-être moins que celle de
deux autres : ils portent une courte chemisette plaquée sur leurs
organes dont ils accusent le relief.
Turin. — Les églises de l’ancienne capitale du royaume laissèrent
à M. Bordes, en août 1755, à peu près la même impression que celle
des autres villes importantes de l’Italie septentrionale h
1. A Gênes, entre autres, dit-il,
On ne voit que dans l’Italie
Tous ces temples que la folie
Ridiculement décora,
Vous diriez qu’on y sacrifie
Au joli dieu de l’Opéra.
O Vénus ! sous le nom de Vierge,
J’y vais révérer tes contours ;
Mille anges, sont autant d’amours.
Leurs llambeaux sont changés en cierge.
Tout est marbre et pieri'e de prix ;
Colonne, statue ou jieinture.
Tout feston, guirlande, dorure.
Tout pompon, jusqu’aux crucifix.
Dans ces régions si charmantes.
Il manque pourtant un grand point :
Les églises sont très galantes.
Et les femmes ne le sont point...
1® Saint-Jean-l’Evangéliste. Cathédrale ^ — Le chœur est rehaussé
de fresques reinarqua}3les ; rune d’elles représente les Sibylles. Le
corsage larg:ement échancré de la cartomancienne de Samos laisse
O O
voir un de ses seins.
2» Sainte- Christine. — Cette église des carmélites déchaussées
possède une statue de Sainte Thérèse par Legros. La vierge d’Avila
est en extase comme celle du Bernin; mais, ici, la visionnaire pâmée
ouvre ses vêtements pour découvrir au céleste amant son cœur en
même temps que son sein. Cette allégorie profane de l’amour
divin était d’abord placée à l’extérieur, où elle a été remplacée par
une réplique.
Un voyageur signale, en outre, au maître-autel un tableau d’une
étrange composition : il représenterait l’enfant Jésus tirant comme
Cupidon une flèche qui va percer le cœur de sainte Thérèse. Le
Bainbino est aux côtes de la Vierge et de saint Joseph, qui semblent
admirer son adresse. Y a-t-il confusion dans l’esprit de notre tou-
riste avec la statue de Textatique- ?
3° Saint-Esprit (‘San ^0 — 4® Eglise des Jésuites {San
Salutare)’^.
Venise. U Saint-Marc. — Extérieur^. — Ce vieil édifice « d’un
1. Près de la porte principale, un collier de fer est fixé à un poteau, sorte de
pilori religieux, où l’on exposait autrefois ceux qui refusaient de faire leurs ])àques.
:2. Valéry place cette peinture à l’église Saint-Philippe-de-Neri et sig-uale à Saint-
Charles-Borromée saint Joseph tenant l’Enfant Jésus, qui blesse d'un trait le cœur
de saint-Augustin à la façon du petit archer Eros.
3. C’est dans cette église que J. -J. Rousseau abjura le calvinisme eu 1728 ; le phi-
losophe de Genève, partisan des Confessions, ne pouvait conserver une religion qui
ne les admet pas.
4. Elle possède un carillon de dix cloches, qui fait entendre, comme en Belgique,
des airs profanes : c’est une rareté en Italie.
5. Tout d’abord on se demande ce que signifient au milieu d’une façade d’église
ces quatre Chevaux de bronze doré qui sont en cuivre et traînent un quadrige —
le seul qui soit parvenu jusqu’à nous. Cet attelage décorait primitivement l’arc de
triomphe d’un empereur romain, Néron ou Trajan ; puis il fut roulé à l’hippodrome
de Constantinople, d’où il vint relayer à Venise jusqu’au jour où Najioléon « l’em-
prunta » pour orner l’arc de triomphe du Carrousel; enfin, la Restauration le restitua
à Venise, où il fut remisé détinitivemcnt.
Sur la façade est raconté renlèvement du corps de saint Marc, apporté d’Alexan-
drie entre deux pièces de lard, comme un sandwich, pour faciliter son passage à la
douane des turcs qui ont horreur du porc. On y voit l’air déconlit des infidèles
bernés et la mine narquoise et exhilarante des chrétiens malicieux qui leur ont joué
le tour.
376
l’art profane a l’église
g’oût misérable », dit de Brosses, a cinq dômes, et non sept, comme
le veut le spirituel président qui les compare à des u chaudières »,
parce qu’ils sont revêtus à
l’intérieur d’un parement de
mosaïques à fond d’or. Nos
ingénieux symbolistes peu-
vent y voirTimage des chau-
dières de l’enfer; mais, dans
l’esprit du critique susnom-
mé, il ne s’agit que de vul-
gaires chaudron s b
Entre autres hors-d’œu-
vre incrustés sur la façade
principale, on reconnaît no-
tamment Gérés en char traî-
né par des hippogriffes, un
flambeau dans chaque main
pour rechercher sa fille,
et diverses représentations
d’Hercule. Ici, le fils de Ju-
piter porte les dépouilles de
la biche aux cornes d’or et
foule aux pieds l’hydre de
Lerne ; là, il charge ses épaules du sanglier d’Erymanthe et terrasse
le dragon des Hespérides. « Ne trouvez-vous pas très comique,
demande Ad. Lance, de rencontrer dans l’ornementation d’une
église chrétienne du moyen âge toutes ces images damnables des
faux dieux du paganisme ? »
Les arcs et les coupoles àe,V atrium sont surchargés de décorations
en mosaïques, dont les sujets, tirés des épisodes de l’Ancien Testa-
ment (fîg. 390, 391), sont rendus dans un style d’un réalisme affo-
lant.
Sur la voûte du porche de Saint-Marc, écrit Taine, des mosaïques in-
\. La symbolomanic a tout idéalisé : pour saint Meliton. le nez est l’emblème de la
discrétion; la bouche celui de la tentation; les ongles, c’est la perfection des vertus;
les mamelles, la doctrine évangélique ; le ventre, l’avarice ; les entrailles repré-
sentent les })réceptes de N.-S. ; le buste et les reins, les pensées de luxure, etc.; le
meme dément voyait dans la charrue l’image de la croix !
Fig-. 390. — L’ébriété de Noé.
ITALIE
377
nombrables étalent des corps réels et roides, des Eves g'rêles^ à la poitrine
tombante, des Adams maigres qui sont des ouvriers déshabillés, vingt
scènes bibliques d une indécence aussi naïve et d^une maladresse aussi
enfantine que les enluminures des plus vieux missels.
En effet, nulle part les représentations d Adam et de sa compag'ne
ne sont plus fréquentes qu a Venise, tant sur les édifices civils (fig-.392)
que religieux. Nulle part, aussi, nos premiers parents n’ont été figu-
rés d une façon plus réaliste. L’artiste cjui a imaginé ceux du porche
a peut-etre pris trop a la lettre les livres sacrés. Leurs organes
sexuels sont fortement accusés et ombragés d’un taillis pubien des
plus touffus ; cjuant aux seins d’Ève, ils ne nous ont pas paru
« grêles », bien au contraire.
Une autre mosaïque commente et met en pratique, sur fond d’or,
le précepte du psalmiste : Crescite et muliiplicamini. Dans un
premier tableau, (( 1 œuvre de chair » est figurée par un homme couché
auprès d une femme dont il caresse les seins ; puis, vient l’accou-
chement dans tous ses détails. Mais le tableau le plus cru et aussi
le plus cocasse est sans contredit celui de la C'/rconcwion (fig. 392 bis) :
Jésus est représenté à l’âge adulte et ithyphallique, comme
Osiris (fig. 392 a) et autres divinités égyptiennes (fig. 392 />, c) •
378
l’art profane a l’église
le grand prêtre coupe ostensiblement le prépuce volumineux qui
tombe à terre ! Flac !
Façade occidentale. Sur les archivoltes qui encadrent le tympan
de la porte sont sculptés des sujets d’une sig’iiification obscure. Une
femme nue enfourche un dragon, dont la queue est terminée par
une tête qui lui mord un sein. Elle est placée en regard d un homme
à moitié déshabillé qui chevauche sur un second dragon, dont il tient la
queue entre les dents : la Terre et V Océan ? D’autre part, l’un des
douze mois de l’année. Décembre, accompagné des signes du
Zodiaque, est personnifié par une femme nue, à tête d’oiseau, à
queue de poisson et dont un animal fantastique dévore les seins.
Entre les arcades, six bas-reliefs sont encastrés dans la muraille :
la Vierge y paraît sous la protection de deux Hercules nus ; 1 un
porte le sanglier d’Erymanthe, l’autre la biche Arcadienne.
1. Eve, aux flancs robustes, d’Autonio Uizzo; elle lait pendant à Adiiiu sur le
revers de la Porta delta Carta, à Venise.
ITALIE
379
Dans les retombées des arcades, des esclaves dévêtus jouent le
Fiir. 392 a. —
Lü Kcsurrectioii cl Osiris. llas-reliel du temple de Denderah.
Tirée de la Mission de lExpédiLion d’Egypte.
rôle de gargouilles et portent sur les épaules des vases penchés
auxquels s’ajustent les gouttières.
Iiitérieui . L arcade de la porte est occupée j)ar un JiKjcîiiGiit
Lig. 392/). Divinités du temple de Denderah
Fig-. 372 c
de/ nie? qui est une composition d Antonio Zanchi reproduite en
mosaïque par Pietro Spagna (1680). Les pécheurs sont refoulés par
les anges exterminateurs vers la gueule du monstre infernal, voi\it,
urit et agit Avernus. En tête du groupe figure une femme nue,
couchée sur le dos et munie d’une paire de mamelles monstrueuses
(6g. 393) ; elle résiste avec énergie aux démons qui l’attirent vers
le gouffre. Cette cohue de damnés se termine par une autre commère
1. Bas-relief du temple d’Erment. T. 1, pl. 97.
380
l’art profane a l’église
aux chairs non moins rebondies, dont le buste seul émerg’e surmonté
de deux g-lobes charnus de dimensions extravagantes.
Toutes ces singularités justifient la comparaison de la cathédrale
de Saint-Marc par Théophile Gautier à une grande bible d’or,
historiée, enluminée, fleuronnée, ou à un missel du moyen âge sur
une grande échelle.
Une des bizarreries de ce vaisseau byzantin est la belle porte en
bronze, à côté de l’autel, ciselée par Sansovino qui a buriné sa figure,
ainsi que les portraits du Titien et de l’Arétin — l’un le peintre,
l’autre l’écrivain de la chair — mêlés aux évangélistes et aux
prophètes. Quelle antithèse ! Une véritable gasconnade italienne.
A la gauche du sanctuaire, une large toile de Biscaino Bartolomeo
présente Jésus devant les pharisiens qui espèrent le mettre dans
l’embarras, en lui posant cedilemne, à propos delà Femme adultère'.
Et nous dis lequel debvons faire :
Ou la punir (la lapider), selon la loy
Ou luy pardonner, selon toy.
Jésus se baisse et trace du doigt sur le sable ces mots : « Terre,
terre, écrivez que ces hommes sont réprouvés ». Au premier plan
de ces « sépulcres blanchis », la coupable d’une grande beauté
ITALIE
381
expose à tous les regards plongeurs, en s’inclinant avec respect
devant son protecteur, la rotondité complète de son sein droit.
Chapelle Zeno. Le monument funéraire du cardinal de ce nom
est orné de bustes franchement féminins en bas-reliefs (fîg. 394) et
de statues dont une nymphe presque nue (fîg. 395) qui, comme la
Bettma de Gœthe, semble préférer la danse à la marche.
Campanile. La Loggetta, bijou marmoréen ciselé par Sansovino,
s elevait au pied du clocher de Saint-Marc qui vient de s’effondrer ;
on y remarquait, non sans surprise, quatre statues de bronze, la
Paix^ Apollon, Mercure et Pallas. Ces chefs-d’œuvre de la statuaire
du xvi*" siècle, qui occupaient les niches des trumeaux, n’étaient
pas, que nous sachions, des divinités chrétiennes (fîg. 395 bis à
399) .
Ces disparates se retrouvent encore au palais des Doges dans
1 escalier des Géants, où Mars et Neptune, qui lui ont donné leur
nom, ont pour vis-à-vis Adam et Ève chefs-d’œuvre d’Ant. Rizzo
(146ii). Eve tient la pomme de la main droite et voile, de la o-auche
« le jardin du péché », avec une attitude et un geste de coauetterie
pudique. ^
382
i/art profane a i/église
Mais revenons, avec Ad. Lance, aux pierres précieuses de la
Loggetta :
Les grands bas-reliefs de l’attique sont les plus charmantes composi-
tions qu’on puisse voir. Je me souviens surtout de celui du milieu :
Venise sous les traits de la Justice, assise sur deux lions et accompagnée
de deux vieux lleuves à longue barbe étendus à ses pieds, lesquels arro-
sent la terre de l’eau qui s’écoule à tlots de leurs urnes renversées. Celui
de droite représente Vénus à peine formée de l’écume de la mer et déjcà
courtisée par l’Amour (lig. 398). Une magnifique petite grille à deux
vantaux, fondue en bronze vers le miiieu du xviii® siècle par Antonio
Gai, ferme la balustrade d’enceinte de la Logette (fig. 396, 397).
2° Csrrn.6S. MonsstèrB. — Micliel Sobleo ou Uesubleo, né en
Flandre, décora plusieurs églises de Venise; sa composition la plus
estimée est la Suzanne siu^prisc au bain (fig. 400), qu il peignit
pour le couvent des carmes. Suzanne vient de sortir du bassin.
3® Saint-Etienne [San Stephano). — Ornementation curieuse a
I
ITALIE
383
1 entablement du sarcophag’e de Jacopo Suriano : deux robustes
i^'aillards de génies, en bas-reliefs, tiennent d’une main l’épitaphe
/V du défunt, et, de l autre, le
f\
flambeau de la vie que,
contrairement aux règles de
la statuaire funéraire, ils ne
cherchent pas à éteindre.
Saint-Georges-Majeur.
— Cinquième autel. Deux
candélal)res en bronze sont
Il
'g-
396.
Motü principal du vantail gauche
de la grille.
Lig. 397. — Motif qui surmontait
le vantail droit.
ornés, par Niccolelto Roccatagliata, d'enfants nus, amours, génies
OU anges sans ades ad lihitum.
Dans le couvent auquel appartenait l’église et qui a été trans-
iorme depuis en caserne d'artillerie, le marquis de Seignelav a vu
un tableau qui représentait « La Femme prise en adultère ,, de
Roche-Marcou : thème émoustillant et favori des moniaux.
C est au fond du réfectoire de ce couvent que se trouvait la gigan-
esque composition des Noces de Cana, par Paul Véronèse. D’après
une tradition écrite, conservée dans le susdit couvent, raconte
■li
1
384
l’art prof'anê a l’église
M. Villot, cité par M. Bourrand, auteur de VHistoire de l'Art
chrétien^ un g'rand nombre des personnages de ce tableau sont les
Fig. 398. — Bas-relief du soubassement (Campanile).
portraits de célèbres contemporains du maître vénitien : l’époux,
assis k gauche^ représenterait don Alphonse d Avalos et la jeune
épouse, placée près de lui, Eléonore d Autriche, reine de France. /
François coiffé d’une façon bizarre, est assis à ses côtés ; vient en-
suite Marie, reine d’Ang’leterre, vetue d une robe jaune. Soliman
empereur des Turcs, est près d’un prince nègre qui parle à un de ses
serviteurs ; plus loin, Victoire Colonna, marquise de Pescaire, tient un
cure-dents. A l’angle de la table, l'empereur Charles V, vu de profil,
porte la décoration de la Toison d Or.
Paul Véronèse, nous le savons, s'est représenté avec les plus
célèbres peintres de l’époque dans le groupe des musiciens . il est
en blanc et joue de la viole comme Tintoret, placé derrière lui;
Titien racle de la basse qui, par synonymie, eût dû échoir à Bassan,
muni d'une flûte; enfin, Benedetto Galiari tient une coupe de vin et
boit k la santé de ses bruyants compagnonsh
Grands- Augustins. —
tombeau antique surmonté
De Lalande y signale la présence d un
d’un groupe des Trois Grâces^ « dont
1 Sur un des pilastres de Saint-Georges-Majeur, une inscription, rapportée par
Valéry accorde « le pardon absolu de tous les crimes à celui qui visitera cet e
église c’est un encouragement au crime, comme la suppression de la peine de
mort.
385
ITALIE
deux, vues par-devant, montrent distinctement et fort en grand le
caractère de leur sexe ». Nous n avons pu découvrir cette église qui
doit être détruite.
6® Ssint-Joan-ChrysostoniB. — Au maître-autel, est accroché l’un
des premiers et des meilleurs tableaux de Sébastien del Piombo, où
figurent trois saintes, Catherine, Agnès et Madeleine, à côté de
quatre saints. « Un fait bien caractéristique pour ce peintre, dit
un critique d art, c’est qu’on reconnaît immédiatement qu’il a
voulu représenter la beauté sensuelle, surtout dans les saintes. Elles
ont conscience de leurs charmes et elles se présentent de façon à
rendre encore plus attrayantes leurs formes arrondies. »
7^^ Saint-Jean et Saint-Paul (NanZam/îo/o). — Cette église est la plus
importante de Venise, après Saint-Marc; l’œil est surpris et fatigué
de la multiplicité et de la richesse de ses décorations. C’est le Saint-
Denis des doges. Voici d’abord le tombeau de Marc-Antoine Braga-
1. statue placée à gauche de la porte d’entrée du Campanile.
l’art profane. — II.
25
386
l’art PROFAiA'E A l’église
din, mort en 1571, qui fut écorché vif sur l’ordre de Mustafa, comme
Fig. 401.
l'indique une statue d’un naturalisme excessif au-dessus du monu-
ment.
Sur le bas-relief du mausolée du doge Giovanni Mocenigo sont
sculptés une femme et un homme nus.
Dans le chœur, le tombeau monumental du doge Andrea Vendra-
min, banni de Venise pour faux, a été exécuté par Alessandro Léo-
pard!. Il est terminé par un motif bizarre : deux néréides ailées et
à queue double tiennent un médaillon où figure un Gupidon dé-
plumé (fig. 401). A travers le fouillis d'ornements qui l’enrichissent,
on distingue des enfants enfourchant des dauphins et d’autres sujets
profanes « n’ayant pour tout attrait », dit 1 auteur des Pierres de
Venise, « que la grossièreté de leur expression et l’absurdité de leurs
costumes, souvent d’une obscénité de détails repoussants. » Au-
dessous du sarcophage, des figurines vêtues comme « des déesses
païennes » personnifient les Vertus; l'une d’elles porte une draperie
qui découvre la plus grande partie de son torse.
Le mausolée du doge Valiero et de son épouse qui, contre 1 usage.
ITALlË
387
fut couronnée de la corne ducale, comprend une trentaine de sta-
tues. Lune déliés, la Charité de P. Baralta, « d’une suavité ravis-
sante », allaite un orphelin et offre des fruits à d'autres enfants.
A la porte de cette ég'lise s élève la fameuse statue de Bartolomeo
Coglioni ou Goleoni avec ses armes parlantes
et dont le nom a quelque analogie avec celui
de Mgr Gouillé, archevêque de Lyon.
Fig-. 405 his.
8° Saint-Job. [San Giohhc). — Au tympan de la porte de la
Schola Lonihardcsca^ Job, agenouillé, est sculpté en bas-relief. Il
paraît complètement nu en dépit d’une mince draperie qui entoure son
bassin (fîg. 402).
•P Sainte-Marie -des-Miracles [Del Miracolï). — A noter plusieurs
motifs d ornementation : deux néréides tentatrices entre deux hommes
1. Les Seins à V église, lig. Gl.
personnifient la Luxure (fîg. 403) ; sur divers pilastres, un g“énie,
sans ailes, mais non sans sexe, fait l’office de cariatide (fig. 404) ;
une gracieuse centauresse se complaît à cambrer son torse pour en
faire saillir les rotondités (fig. 405); et nos premiers parents se
tiennent sous Tarbre du bien et du mal, qui est ici figuré par un
palmier (fig. 405 his).
10° Santa Maria dei Scalzi. — Ancienne église des Cordeliers
qu’Alphonse Karr a dû confondre avec une autre, dans cette note de
voyage :
«
Eglise boudoir, où la Vierge ressemble à Vénus, où les anges sont des
Amours, et les saintes, de charmantes divinités païennes. H y a surtout
un groupe en marbre, où l’on voit l’ange transverhérant le cœur de la
sainte.
11 y a évidemment confusion avec le chef-d’œuvre du Bernin, que
nous avons signalé à Rome.
1 V Sainte-Marie-de-la-Santé {Délia Salute). — Cet édifice est situé
à l’extrémité Est du Grand-Canal ; son extérieur, avec sa population
de statues, a été décrit par la plume spirituelle et sensuelle de
Théophile Gautier :
Les coupoles blanches sont d’une courbe très gracieuse et s’arron-
dissent dans l’azur comme des seins pleins de lait. Une Eve, fort jolie, en
costume du temps, nous souriait tous les matins, du haut d’une corniche,
sous un rayon de soleil rose, qui teignait son marbre d’une rougeur
pudique. La religion n’est pas farouche en Italie et elle accepte volon-
tiers la nudité sanctifiée par l’art.
Le maître-autel est décoré d’un important tableau en marbre qui
se rapporte à l’édification de l’église; il représente Venise implorant
la Vierge, pour obtenir de son Fils la délivrance de la Peste (1731).
Vers la gauche, le fléau fuit devant un ange qui le poursuit, la
torche à la main. De nos jours, pour conjurer une épidémie, l’in-
tercession, au lieu d’être divine, est administrative et s’adresse au
Conseil d’hygiène L
1. A côté de cette église, Giacarelli a sculpté sa Minerve assise sur un lion qui
décore l’attique de l’Académie des Beaux-Arts. « C’est une grosse fille plastronnée,
d’appas robustes », et qui n’a rien de la sobre élégance de celle qui sortit tout
armée du cerveau de Zeus.
ITALIE
389
Sainte-Marie-glorieuse-des-Frères (Del Frari Franciscains).
— Tombeau du Titien, mort de la peste à 99 ans (fig*. 405 ter). Le
maître vénitien, assis à coté d un Eros de la Mort, soulève le voile
de 1 image de Sais ; il est entouré de quatre statues légèrement dévê-
tues qui personnifient la Xylographie, la Peinture, Y Architecture
et la Sculpture. Cette description empruntée à un auteur ne répond
pas à notre figure.
Mausolée de Ganova, principis sculptorum ætatis suæ. Ce monu-
ment a été exécuté par ses élèves, d’après le modèle que l’artiste
avait composé pour un tombeau du Titien. Un génie ailé qui sym-
390
l’art profane a l’église
bolise la Fragilité de la vie, s'appuie sur une torche qu'il éteint. Ce
« ^rand jeune homme en costume d’Adamite, dit Ad. Lance, qu’un
simple mortel ne se permettrait pas devant des dames », est le frère
de celui qui pleure sur le tombeau de Clément XIII, à Saint-Pierre
de Rome. Or, ce dernier mausolée
est de tous ceux de la basilique
le seul que décrive Une Chrétienne
à Rome et qu’elle qualifie avec
emphase de « chef-d’œuvre des
chefs-d’œuvre ». Cette préférence
serait-elle due au prestige de la
mâle académie qui décore ce
monument maniéré?
La sépulture de Benedetto Pe-
saro est couronné par la statue
du guerrier, en costume d’amiral.
Il est placé entre Hereule (fig.
406) et Mars (fîg. 407), tous deux
Fig. 406. en costume olympien h Fig. 407.
Sainte-Marie-Majeure. — Eglise supprimée. Charles Blanc
y signale un ex-voto où le Padouan avait représenté un miracle de
la Vierge en faveur d’une dame qui accoucha pendant une traversée
périlleuse. <( On y remarque, non sans quelque surprise, une figure
de femme assise avec grâce sur un cheval blanc et vêtue en satin
rayé qui plaisait tant à Giorgione ; le tableau est signé : Opus Varo-
tari ».
14'’ Eglise de l’île Saint-Michel. — Elle fut bâtie avec les deniers
de Marguerite Emiliani de Vérone, pécheresse qui renonça à Eros
et à ses pompes... après fortune faite. Le nombre des courtisanes
était considérable à Venise, ville où l’on se « gondole » sans cesse
1. Le.s réflexions de l’auteur des Guêpes sur cette église lyrique nous fournirout
la note pittoresque. « Une des ])lus pauvres au dehors et des plus riches au dedans,
le contraire du sexe féminin. J’y tombe bien, ou y chante un opéra. Au milieu, un
amphithéâtre d’une dizaine de rangs, de magniliques stalles chargées de sculptures
et de mosaïques. Au-dessus des stalles, l’orgue et un orchestre nombreux de musi-
ciens et un nombre suflisant de chanteurs, premiers sujets et chœurs, tandis que,
à un autel loin de là, un prêtre susurre des paroles latines. Après l’Evangile, la
musique est devenue dansante (1877). »
ITALIE
391
et dont le carnaval était quasi perpétuel : l'uspente et riispanti sui-
vaient à la lettre le précepte évangélique qui recommande d’aimer
son prochain comme soi-même.
15® Saint-Roch [San Rocco). — On y admire de nombreuses pein-
tures murales du Tintoret, le premier peintre vénitien qui paganisa
l’art chrétien et interpréta l’histoire sainte d\me façon naturaliste.
Au premier étage, se trouve la Piscine Prohatiquc ou Mu'aculeiisc ^
« tableau, écrit une jDlume austère, qui est composé avec toute
l'extravagance et l’indécence possible », où le Christ est entouré de
femmes nues. L’une d’elles, complètement dépouillée de ses vête-
ments, prend son bain dans un baquet; une autre lève la chemise
de sa compagne pour mieux montrer à Jésus le mal qui lui ronge le
haut de la cuisse. C'est ici que « la pudeur de la bedeaudaille se
met à braire », pour employer une expression chère à frère Jean
Jean Huysmans.
16® Saint- Sauveur (San Salvator). — Le tombeau du sénateur
André Delphin et de sa femme est orné des bustes en marbre des
deux personnages. Celui de l’épouse est fortement décolleté et exhibe
deux grosses mamelles qui débordent du corsage trop étroit.
Le monument du Doge Francesco Veniero est dominé par une
Pieta en marbre où le corps du Rédempteur est exposé sans le plus
petit voile. Aux deux extrémités du sarcophage se tiennent la
Charité^ le corsage hermétiquement clos, et la Foi dont le manteau
laisse à découvert toute la région abdominale (fîg. 408).
16® Séminaire patriarcal (Seminario patriarcale). — Une salle
sert d’exposition à l’ancienne galerie Manfredini ; elle possède un
des princijDaux tableaux du Giorgione, Apollon et Daphné.^ tous deux
en costume mythique.
17® Saint-Sébastien. — On peut l’appeler l’église de Paul Véro-
nèse ; les tableaux de cet artiste y sont nombreux, et l’on y voit son
tombeau. Dans le Martyre de saint Marc et saint Marcellin encou-
ragés par saint Sébastien, il a donné ses traits à ce dernier et a
représenté sa femme à la fleur de l’âge. Sa Piscine Prohatique
302
l’art profane a l’église
grouille de nudités élégantes; mais^le saint Jérome de l’église Saint-
18® Eglise de Tolentini. — Le mausolée bizarre de François
Morosini n’a de maurose que le nom du défunt ; « la figure du Temps^
enchaîné, dit Valéry, le nu de ce squelette, l’ensemble, les détails
de la composition tiennent vraiment du délire ».
Ib® Saint-Zacharie. — La sépulture d’Alessandro Vittoria a été
exécutée en marbre par l’artiste lui-même, qui vivens vivos duxit e
marmorc vultiis. Deux cariatides légèrement drapées tiennent com-
pagnie au buste du sculpteur (fig. 400) L
j. Alplionse Karr parle, dans scs Notes de voyage, d’une éf>lise des Jésuites,
à Venise, que nous n’avons pu découvrir. « Une chapelle à gauche en entrant,
écrit-il, au-dessns du portrait de saint Ignace, présente une statue, de marbre
blanc, de la Vierge-Mère, dont la robe collante révèle et exhibe tontes les formes,
ITALIE
393
20° Palais ducal. — Dans le Jugement dernier de Palma jeune,
on distingue parmi les damnés « une jolie personne dont les
blondes et fraîches carnations
sont livrées aux griffes des
diables ».
Vérone. 1° Sainte-Anastasie.
— Le bénitier est creusé dans
un chapiteau provenant d’un
temple païen et supporté par
un nain bossu, du statuaire
Gabriel Galiari, père de Paul
Véronèse.
2° Grande délia Scala. — Le
sarcophage de G an Martino II
est le premier qui ait été orné d’une Vertu cardinale, la Force.
La tombe de Gan Signorio, qui fut deux fois fratricide, porte
limage de cinq Vertus : la Foi^ la Charité,, la Prudence^ la Justice
et la Force ! Et voilà comment les monuments funéraires écrivent
Lhistoire.
ô° Sainte-Marie-Antique. (Santa Maria Antica). — Au tombeau
des Scaliger, une Charité inépuisable prodigue le lait de ses seins
à une multitude de petits affamés.
4° Santa Maria in Organe. — En considérant les boiseries sculp-
tées de la sacristie, le regard est particulièrement attiré vers une
néréide à double queue ; les bras sont remplacés par des ailes.
5° Saint-Zénon-le- Grand (San Zeno Maggiore). — Un chapiteau
antique sert aussi de bénitier.
Les portes en bronze du portail sont décorées de représentations
naïves empruntées à la Bible et à LEvangile. Ces grossiers bas-
reliefs intéressent par leur caractère grotesque. Sur les vantaux
tous les details du corps avec plus de précision, de franchise et de nudité (ju’il ne
semble convenir à une vierge tant soit peu chaste et honnête. »
l’art profane a l’église
:^94
sont sculptées deux femmes au buste nu, dont la sig-nification nous
échappe (la Mer qï la Terre?). Elles allaitent, la première, deux
poissons (fig-. 410) et, la seconde, deux enfants (fig-. 411).
Au-dessus du portail, les statues des fondatrices de l’ég-lise, la
mère, l’épouse et Ermengarde, une des filles de Charlemagne, sont
devenues les trois vertus théologales : F ides, Spes, Caritas.
ViTERBE. Saint-Ange in Spata. — Sur la façade, un sarcophage
romain orné d’une chasse au sanglier contenait le corps de la belle
Galliana, 1 Hélène du xii*^ siècle qui alluma la guerre entre Rome et
\iterbe. On rapporte qu‘après leur défaite, les galants Romains
demandèrent et obtinrent de voir une dernière fois avant leur départ
Galiana; la superbe créature se montra à l’une des fenêtres de
rancienne porte Saint- Antoine.
Volterre. Cathédrale b
SICILE
Un terme dénominatif quelque peu singulier vaut la peine d’être
consigné : les cathédrales, en Sicile, sont appelées Matrices, le nom
de l’organe de la conception.
Presque toutes les églises siciliennes, comme celles de Belgique,
exhibent une image terrifiante en relief ou peinturlurée des damnés
qui se tordent au milieu des flammes vengeresses.
Catane. Cathédrale Sainte-Agathe. — Du 3 au 5 février, à la
fête de la patronne de la ville, à qui Quintianus fit tenailler les seins
(fig. 412 Lis), le reliquaire en argent de la vierge martyre est promené
à travers les rues principales par des habitants revêtus d’aubes
blanches. Les femmes attachent leurs mantes devant le visage, à
1. Saint-Germain Leduc raconte, en 1830, que l’on y guérissait les morsures des
chiens enragés par rattouchement d’un clou de la vraie croix. De temps immémo-
rial ce remède était usité en Toscane; mais il faut tout dire pour expliquer ses
succès : avant d’appliquer la sainte relique sur la blessure, on la chaulTait au roug-e
et, de la sorte, elle agissait comme un vulgaire cautère. Le remède était plus ellîcace
que notre sérum antirabique, mais à la condition d'être appliqué immédiatement.
Par ailleurs, un simple clou à bateau eût sulli.
ITALIE
395
la façon des musulmanes; mais sous ce masque improvisé, elles
laissent un œil découvert pour intriguer les hommes à loisir.
Gomme Didon, remarque A. Dumas, la sainte compatit aux maux
qu elle a soufferts et tous les seins malades de Tltalie viennent
implorer son intervention miraculeuse pour leur guérison. Une pro-
fusion d ex-voto mamelliformes en argent, en marbre et en cire
sont autant de témoignages de son pouvoir sanitaire (hg. 411 Lis
et ter).
De curieux bas-reliefs en chêne datant du xv® siècle tapissent
le sanctuaire. Ils développent toute Thistoire de la sainte, depuis le
moment où, refusant d’épouser Quintianus, elle est frappée de
barres de 1er, brûlée par des torches ardentes et a les seins coupés
que saint Pierre lui réapplique dans sa prison, jusqu’à celui où son
396
i/art PR O faine a l’église
corps fut rapporté de Constantinople. Suivons toujours les bas-
reliefs dans la description qu’en donne l’auteur du Speronare :
On voit la sainte apparaître à Guilbert et lui ordonner d’aller chercher
son corps à Byzance. Guilbert obéit et trouve son tombeau. Embarrassé
alors pour emporter cette précieuse relique, il coupe le cadavre par mor-
ceaux et en met un morceau dans le carquois de chacun de ses soldats,
et le rapporte ainsi jusqu’à Gatane sans qu’il s’en égare autre chose qu’un
sein, qui heureusement est retrouvé et rapporté par une petite hile, de
sorte que la bienheureuse Agathe, à la honte des inhdèles,se retrouve au
grand complet.
A la porte septentrionale, la base des pilastres est ornée de motifs
païens ou s’ébattent dans des poses lascives des néréides, des tritons
et autres monstres marins qui constituent le cortège d’Amphitrite
(lîg. 411 quarte).
Cet auteur parle encore d’une église de la meme ville, mais sans
ITALIE
397
autrement la désig'ner, où il vit, couchés au pied des fonts baptis-
maux, deux lions g-othiques supportant une centauresse, qui repré-
sente les armes de la ville.
11 paraît que toutes les
statues de ces animaux
fabuleux , trouvées dans
les fouilles , appartien-
nent au sexe masculin ;
le musée ne possède
qu’une seule centauresse.
Cette ligure n’existait que
sur les bas-reliefs ou les
médailles.
Girgenti. — C’est dans
cette ville que s’élevait le
temple de Junon-Lucine,
où se trouvait le fameux
tableau que Zeuxis exécu-
ta, en choisissant pour
modèles, les cinq plus belles filles d’Acragas ; d’autres placent ce
chef-d’œuvre dans le temple du cap Laciniumh
Cathédrale. — A la porte de la sacristie est déposé un ancien
sarcophage en marbre, qui a servi de cuve baptismale; il est orné de
bas-reliefs représentant les aventures d’Hippolyte. Sur une des
faces, Phèdre en proie aux tourments de l’amour reçoit des conso-
lations de sa nourrice, tandis que des jeunes filles jouent du luth et
Cros décoché ses flèches. Il nous est difïîcile de dégager de
cette image païenne le rapport qui existe entre elle et le premier
des sacrements de l’Eglise.
Messine. Saint-François-d’Assise. — Derrière le maître-autel de
cette cathédrale, est aussi exposé un sarcophage antique, orné de
bas-reliefs se rapportant à V Enlèvement de Proserpine. De même à
la cathédrale Saint-Mathieu de Salerne, on voit au côté droit de la
1. Les Seins à l’église., fig. l(j.
308
i/aRT PROFA^E A l’ÉGLISE
nef deux sarcophages ornés de scènes bachiques qui servent de
sépultures k des évêques.
Monréal. — Saint-Pierre
Nouvelle (Pietro Novelli). —
Dans un tableau de la Fuite
en Egypte^ on remarque sur le
seuil de sa porte une femme, le
sein droit ballant, qui offre
riiospitalité k la sainte famille.
Paler3ie. lo Compagnia di
San Lorenzo. — On y trouve
une Charité richement capi-
tonnée (fig. 412) ; elle possède,
selon la locution euphémique
et restrictive du Fils de Gi-
hoyei\ « de ces attraits péris-
sables qui prêtent une grâce
de plus k la vertu » . Son buste
est entièrement découvert ; elle
presse un sein gonflé de lait,
tandis que l’autre sert d’oreil-
ler k un marmot de passage
gavé outre mesure qui jouit
d’un dolce far niente absolu et
profite d’une existence ouatée
de tout repos, mais combien
éphémère. Ce groupe plein de charme et de vie se distingue encore
de ses congénères par un détail réaliste amusant ; nous voulons
parler de la solution de continuité — le clair de lune que
présente la culotte du gamin impatient et affamé qui réclame son
tour. C’est k travers de semblables ouvertures ménagées par les
haillons de Diogène que Platon disait apercevoir... son orgueiD.
1. De nos jours, en France, le dernier cri de la statuaire pour l’image de la Chii-
rilé est de la représenter vêtue, dans toute la rigueur dii puritanisme. Voyez le
monument élevé au docteur Roussel, au dos de la Maternité. Par contre, il présente
une innovation que nous n’avons jamais rencontrée ailleurs : au lieu de la marmailU
ITALIE
399
2° Couvent des Capucins. — Ses caveaux jouissent de la pro-
priété de momifier les cadavres. Leur dessèchement s’opère dans
quatre caveaux appelés pourrissoirs qui contiennent chacun trois
ou quatre corps. Le personnage soumis à cette opération, homme
ou femme, laïque ou religieux, est entièrement nu et attaché sur une
espèce de grille de fer, sous laquelle coule un ruisseau d’eau vive. Le
corps met environ six mois à se dessécher, après quoi il est habillé
selon sa condition et placé dans des galeries spéciales. On y voit
surtout de nombreux capucins revêtus de leur robe de bure et, sous
des cloches à melon, des femmes en parure de bal et des jeunes filles
en robe blanche, avec leurs couronnes de vierges. Ces catacombes
modernes décrites par Alexandre Dumas ont sans doute cessé d’exis-
ter . les itinéraires récents de la Sicile n’en soufflent mot.
masculine qui grouille communément aux pieds de la iiremière des Vertus
qu une jeune pucelle d’une dizaine d’années, absolument nue.
on ne
RUSSIE
Saint-Pétersbourg. Saint-Isaac. — Les Russes, selon la remarque
de Viardot, sont des « iconoclastes à demi ». Le Synode n'autorisa
qu’à l’extérieur de cette ég-lise impériale
une ornementation avec des statues d’an-
ges en tout semblable à celle de la coupole
du Val-de-Grâce. Aucune image plastique
ne décore donc l’intérieur ; le « nu » des
murailles y est absolu ; c’est le seul qu’on
V observe.
Lubocknta. — L’église de cette ancienne
ville polonaise possède un bas-relief re-
marquable par ses nudités séraphiques :
des anges « très mâles » et d’autres « vi-
siblement femelles » poursuivent un lièvre
à la chasse.
Fig. 413.
Moscou. L’Annonciation. — L’une des trois cathédrales de cette
ville où s’élevaient (( quarante fois quarante églises ». On rencontre,
non sans surprise, dans une fresque du Paradis, saint Pierre et
saint Nicolas voisinant avec Anacharsis, Socrate, Aristote, Pto-
lemée, Ménandre, poète comique grec, auteur de comédies imitées
par Térence. « Les Chrétiens grecs, dit Viardot, se montraient cer-
tainement, il y a quatre siècles, plus tolérants que ceux de l’Eglise
apostolique et romaine. »
Nowgorod. Sainte-Sophie. — L’une des portes est illustrée d’une
Naissance d’Eve (lig. 413) peu banale. Le Créateur tocologue
RUSSIE
SUÈDE
401
l'aide à sortir de la rég-ion dorsale dWdam qui se tient debout ^ et
n'en peut mais. Il en a déjà plein le dos.
X
SUÈDE
1 énurie de documents : une seule figure sculpturale d^un Christ
nu, mais asexué, est reproduite sans autre indication d’origine
dans \ Histoire de l Art par les Monuments (fîg. 415).
1. Cette posture obstétricale est fréquente dans les tliéo^-onies j-recquc et indou.
Sur un l)as-rclicl trouve à Sanghao (Musée de Lahorc) cl reproduit par M A Foi
' tihur,irn ',n"' lndo-Af,jl,.ne, Maya accouche,' dana la
.tt tude do Bouddha qui sort do la hanche di-oite de sa more; ccllc-ci s’aiipui,
d’urbrc’'n’- et s’accroche, de l’autre, à une brandi
L ART PKOFANE. — II.
20
XI
SUISSE
Andernacii. — Félix Regamey a rencontré à la porte d’une com-
munauté religieuse un Christ sur la croix, mais non crucilié,
(( comme je n’en ai vu nulle part ailleurs », dit l’auteur D’Alx en
Aiæ (lig. 416). Un pagne ne recouvre que le recto de son périnée,
le verso reste exposé aux regards indiscrets et aux intempéries des
saisons.
Bale. U Cathédrale. — Extérieur. Façade occidentale. Deux
statues colossales adossées aux contreforts symbolisent la Luxure
ou la Mondanité (lig. 417, 418), sous les ligures d’un riche libertin
ganté, qui, du haut de son pilier, répond à l’œil aguichant d'une dame
galante. Cette beauté facile « à Fair canaille et drôle », suivant l’ex-
pression d’Anatole France, lui découvre son sein droit par la fente
de son vêtement : elle « fait de l’œil et du sein ». Le dos du débauché
est nu et couvert de reptiles (lig. 419) qui expriment son caractère
diabolique. Il en est de même de l’élégant gentilhomme qui accom-
pagne les Vierfjes folles sur les portails latéraux de cet édifice.
Cette tentation terrestre est plus compréhensible que celle du serpent
édénique : la fille d’Eve, ici, olfre à croquer une pomme charnelle.
Remarquez le jet de flammes qui sort de la gueule du monstre
infernal, placé à ses pieds, et consume les organes des jouissances
sensuelles.
La Luxure est aussi allégorisée sur la porte Louis XII du Châ-
teau de Blois ; mais, en Loir-et-Cher, l’agent provocateur est un moine
qui présente les armes de Vénus devant une jeune béguine, comme
un érotomane de la variété dite exhibitionniste. Quant au groupe de
SUISSE
103
l>àle, c'est le triomphe de l’amour profane aux portes du temple de
l'amour divin
Sur la façade principale, d’après
^ . Hugo, il y a quatre curieuses sta-
tues de lemmes : « deux femmes saintes
qui rêvent et qui lisent ; deux fem-
mes folles, à peine vêtues, montrant
leurs belles é})aules de Suissesses
fermes et grasses, se raillant et s’in-
juriant avec de grands éclats de rire
des deux côtés du portail gothique.
Cette laçon de représenter le diable
est neuve et spirituelle. » Les stalles
attirent aussi l’attention de notre
poète: « Ces petits édifices en bois
ciselé sont pour moi des livres très
amusants à lire ; chaque stalle est
un chapitre. La grande boiserie
d xVmiens est l’Iliade de ces épopées. »
Intérieur. A l’extrémité orientale
des bas-côtés, une table en pierre qui
a fait partie d un autel de Saint-
Vincent, rappelle par ses bas-reliefs
le supplice que ce martyr subit en
Espagne, sous Dioclétien (fig. 420-
422). Le corps du saint fouetté, brûlé
d abord par des torches ardentes
(fig. 420), puis sur le gril (fîg. 421)^
est nu; mais le sculpteur a évité de
le présenter de face et pour cause.
Une néréide (fig. 423) réfugiée
sur le tailloir d’un chapiteau allaite son petit qui tient un poisson
a la main. Ce jouet enfantin, ou cet accessoire, rappelle simplement
1. Dans un édifice religieux de Grcat Malvern, en Angleterre exislo nn .
Fig. 41G.
404
l’art profane a l’église
rorigine aquatique de ces êtres fantastiques. Mais les symbolistes y
voient une image de la rapidité fugitive du plaisir qui ne laisse,
après lui, que remords ou peines ! La meme explication s applique
à Loiseau qui remplace parfois le
poisson dans ces scènes (fîg. 426), et
qui, comme le poisson, échappe si
facilement.
D’après le Bulletin Monunicntal^
les stalles du chœur olîrent « des
scènes satiriques de la vie monas-
. tique )). Bien que le capuchon n’ap-
partienne pas exclusivement aux
moniaux, nous devons reconnaître que les réguliers ont long-
temps eu « une mauvaise presse » graphique ou figurée.
SUISSE
405
2° Saint-Jean. — Décrochons deux des tableaux à fresques de la
Danse des Morts (fig. 424, 425) qui enluminait le mur du cimetière
de cette église, comme celui du Charnier des Innocents de Paris.
Ils sont accompagnés de quatrains gouailleurs, relevés d
de libertinage.
'une pointe
donncryour les
40G
l’art P R O ] ' a N R A L ' p] G L I S E
Fiî
Fi^‘. 425.
LA MORT AU MEDECIN 424).
Des morts, dont vos talents ont peuplé mon empire,
Mon squelette mouvant vous olïre tous les traits ;
Leur corps du corps humain vous apprit les secrets ;
Quelque jour sur le vôtre on pourra s’en instruire.
RÉPONSE DU MÉDECIN.
Les deux sexes chez moi venaient avec mystère
M’apporter certaine eau qui m'apprenait leur mal ;
Qui voudra voir la mienne, et me tirer d’affaire ? —
Hélas ! il est trop tard : voici l’instant fatal.
LA MORT A l'abbesse (fi". 425).
Dites-nous, Dame Abbesse, honneur du monastère,
D’où vient cet embonpoint qui semble vous gêner ?
Je ne veux rien imaginer :
Mais enfin pour jamais je vais vous en défaire.
RÉPONSE DE l'abbesse.
Au pied du saint autel, dans un pieux accord,
Les vierges du Seigneur et moi-même à leur tête.
Nous chantions tous les jours les hymnes du Prophète.
Oh ! si ces chants divins pouvaient fféchir la mort!
I
SUISSE
407
Cette Danse macabre, qui date du milieu du xv® siècle, est faus-
sement attribuée à Holbein, né à la lin de ce siècle.
Fribourg. Cathédrale. — Sous Fabaque d"un chapiteau, une néréide
allaite encore son rejeton qui, ici, tient un oiseau (fi»*. 42b). D’après
Fia-. 426.
Fia-. 427.
le Père Cahier, ee groupe familial personnifie les dangers de la vie
mondaine, c’est-à-dire tous les genres de séduction. Nous persistons
à considérer le poisson précité et le volatile — une mouette sans
doute comme des jouets de l’enfance appropriés au caractère
maritime des personnages.
Saixt-Gall. Monastère. — A la bibliothèque on conserve précieu-
sement un diptyque en ivoire, habilement fouillé par le moine
Tuotilon qui possédait tous les talents, au point que le roi Charles
maudissait ceux qui l’avaient tonsuré. Le motif n’est pas nouveau
mais il offre de curieux détails, surtout des figures de la mytliolo^Ae
romaine. Le Sauveur, pour indiquer qu’il est V Alpha et YOmécja
le maître du Ciel, de la Terre et de la Mer, est placé au-dessous
d Apollon-Soleil et de Diane-Lune; mais, il domine une femme
assise, Tellus, qui allaite un nourrisson avide (fip-. 427) en f^iop
d’un vieillard barbu, l’Océan, lequel s’appuie sur iin’monsü^e
marin et tient une urne renversée.
IIiN'DELBANCK. — Le tomheau de Mme Langhans (fig. 428) imaginé
0 execute par I. Nahl dans l’église paroissiale de cette localité,
408
l’art profane a l’éotjse
Fig. 428. — Le jour de la UésurrccLion.
olfre un caractère crime puissante orig’inalité. La pierre tombale se
brise au Jour de la. Résurrection, et une mère, vraisemblablement
1
SUISSE
400
morte en couches, s’échappe par la fente du sépulcre avec son
uouveaii-ué. C’est une lugubre, mais heureuse trouvaille.
Fig. 429.
Lausanne h
1. En 1479, l’évêquc de Lausanne et son chapitre citèrent devant leur tribunal les
hannetons qui faisaient de grands ravages. Nécessairement, les inculpés firent défaut
et un jugement les condamna à rexcommunication majeure et au bannissement du
diocèse.
Ces hannetons — nous parlons de l’cpiscope et de sa sequelle — n'ont rien
I
410
l’art profane a t/ église
Locarno. La Madona del Sasso. — En quittant cette église de la
Suisse italienne, G. Vanor tombe sur un moine « qui adapte à sa
hampe un étendard représentant deux esclaves, un homme et une
femme, nus ; depuis trois siècles, on quête pour leur rançon, bien
que 1 esclavage soit suppriméj mais les dons enrichissent la commu-
nauté ». C’est ce qu’en correctionnelle on qualifie d’abus de
confiance.
La Maloja. — Le peintre Giovanni Segantini est mort en 1899
près de la Maloja. Ses admirateurs ont commandé au sculpteur
Leonardo Bistolfî un monument (fig. 429) qu’ils destinent au tombeau
du peintre voué à l’interprétation des cimes et des glaciers, mais le
curé de la modeste commune refuse d’admettre dans son cimetière
une allégorie dont la nudité lui paraît déplacée sur une tombe
chrétienne.
SlONh
innové: le 7 fév. 1314, un autre bras séculier confirma la décision du comté de Valois
qui avait condamné un taureau homicide à être pendu. Plus tard, en 1522, le
^rand vicaire d’Autun intenta un procès aux rats qui ravageaient les campagnes;
comme les hannetons de Lausanne, ils furent assignés à comparoir et excommuniés
par contumace. Ghassenée, qui devint premier président du Parlement de Provence,
fut constitué d’office leur défenseur. Gomme quoi les confits en dévotion le sont
également en bêtise.
1. Autrefois, dans la capitale du Valais, un débiteur insolvable était obligé de
s’asseoir — podice niido eL coram populo — trois fois de suite sur une borne en
forme de phallus antique et placée devant le palais épiscopal.
XII
TURQUIE
Mont- Al nos. 1° Couvent de Saint-Grégoire. — Dans la chapelle
funéraire de ce couvent, le Libertin^ au lieu d'être représenté avec
un serpent qui lui dévore les organes coupables, est figuré pendu la
tête en bas comme un porc à l’étal d’un charcutier; deux diables
sont occupés à lui couper les parties naturelles, « dont il a trop
souvent abusé », écrit Didron aîné, à qui nous empruntons ce docu-
ment.
Couvent de Coutloumoush — Les moines du mont Athos ont
mutilé la Babylone^ « la grande prostituée », « la cité de Satan »,
peinte sur le mur du porche de l’église principale. La mère « des
fornications et des abominations » de la terre, tirée de la description
de 1 Apocalypse et qui personnifie Bab\done, est représentée par une
courtisane assise sur une bête à sept têtes. « Moines, ils ont eu peur
de sa beauté et de sa nudité ; ils lui ont crevé les yeux, barbouillé la
figure et arraché les seins, que le peintre, moine aussi, avait un peu
trop mis en évidence-. »
1. Près de Rares.
2. Ne quittons pas la patrie de Mahomet sans constater, une fois de plus, qu’en
Orient comme en Occident l’érotisme frôle parfois de très près le mysticisme : c’est
précisément à l’époque du Ramadan ou Ramazan, consacrée au jeûne, que paraît en
scène le cynique Karagucuz, descendant de Priape, précédé de son monstrueux
phallus.
4
ADDENDA
I. — L’ART PROFANE A L’ÉGLISE. EN FRANCE
Paris. Notre-Dame (p. 36). — Pour notre confrère rouennais
P. Nouiy, à Fimag-ination vive et pleine d’imprévu, le groupe
occupant le premier plan du tympan de la porte Saint-Etienne
(lîg. 20) représenterait un ménage à quatre : « la Vierge est arro-
gante, l’archange cherche le moyen de tout arranger, Joseph boude
et songe à la fuite ». Mais, où l’aviateur Gabriel a-t-il mis ses ailes?
Essommes (Aisne) (p. 154). — Les trente-huit stalles de cette
curieuse église du xiii« siècle sont richement sculptées d’ara-
besques et de motifs capricieux, grotesques ou fantastiques, qui
valent bien quelques mots de description. Nous suivrons celle
qu en a donnée A. Barbey (1873), et nous ne retiendrons que les
numéros les plus pittoresques qui enjolivent et égayent les dos-
siers des stalles et leurs miséricordes.
N"" 6. Monstre bipède, pansu, la tête tournée en arrière et « pa-
raissant se dévorer lui-même ». Ne serait-ce pas plutôt l’image de
V Onanisme? — N« 11. Griffon ailé et mamelé. — - N« 29. Génie
caché derrière un bouclier et armé de sa fronde (la Calomnie). —
N® 30. Enfant assis, les yeux bandés, tenant une bouteille :
VIvrorjnerie qui obnubile le jugement. — N« 32. Cupidon porte son
carquois en bandoulière et tire de l’arc. — N« 33. Femme nue,
couverte seulement d’une légère draperie ; elle fouette deux
monstres.
Les hauts dossiers offrent des tableaux décoratifs qui n’ont aucune
signification corrélative avec les sculptures des sellettes. N*^ 5.
Homme et femme entièrement nus, assis dos à dos et se frappant
de verges. — N"" 6. Cupidon et mascaron, entre deux amours en
114
L ART PROFANE A L EGLISE
cariatides : au sommet, cœur percé d’une flèche. — 8. Autre
Cupidon, aux ailes éployées, entre deux sphinx. — N° 13. Caria-
tides ailées et cornues, accostées de deux têtes d’amours. — N® 14.
Deux néréides dont les queues se mêlent à des feuillages enroulés.
— N® 17. Homme et femme nus jusqu’à la ceinture; le reste se perd
dans des feuillages. — 25. Tête d’amour sur une colonne; au-
dessous, une femme en cariatide se coupe les seins avec une serpe ;
à ses côtés, deux griffons ailés la fixent d^un air féroce. — N® 32.
Cariatide féminine. — 37. Autre cariatide et monstre qua-
drupède à mamelles pendantes.
Dans ce symbolisme « un peu grivois », Tabbé Poquet (1842j
voit « une espèce de scène mythologique, où l’amour, sous différents
attributs, semble jouer le principal rôle. C’est Cupidon qui, les
yeux bandés, tend son arc et décoche ses traits, ou bien semble,
avec un petit air riant et malin, offrir et distribuer ses faveurs; il
est entremêlé de guerriers, de religieux, d’hommes, de femmes, de
monstres fantastiques. Ne pourrait-on pas voir dans cette repré-
sentation allégorique à caractère profane un enseignement frappant
sur l’origine et les suites malheureuses, déshonorantes du péché de
luxure? » Jeu de dame damne.
Semer (Côte-d’Or) (p. 205). Notre-Dame. — D’après le Père Cahier,
la scène du banquet au portail représenterait le festin donné par le
roi Gundaforus à saint Thomas, et le personnage qui semble tomber
à la renverse ne serait autre que la bayadère de la légende.
Chartres (Eure-et-Loir) (p. 217, fig. 274). Cathédrale. — Les
trois premières statues de la baie de gauche foulent aux pieds d’inex-
plicables êtres. Leroi, hermaphrodite par sa tête de reine, (( marche
sur un homme nu enlacé de serpents » ; le souverain voisin « pèse
sur une femme qui saisit, d’une main, la queue d’un reptile et ca-
resse, de l’autre, la tresse de ses cheveux » ; enfin, la reine bedon-
nante a pour piédestal « deux dragons, une guenuche, un crapaud,
un chien et un basilic à visage de singe ». La Lubricité châtiée par
la ménagerie infernale.
Brétigny (Eure-et-Loir) (p. 225). — Une source qui passe sous
l’église est réputée contre la rage et les épidémies. Au grand scan-
A I ) D E M> A
115
(laie (lu curé, dit E. Lami, on vit un jour ce quatrain gravé sur la
pierre par un éthylique impénitent :
De ta vertu, fontaine,
Je serais plus certain,
Pour soulaj^er ma peine,
Si tu coulais du vin.
Le malade guéri se rendait à la chapelle « des balances » ; il se
l^laçait dans 1 un des plateaux et mettait, dans l’autre, un poids
équivalent au sien d’objets qui restaient la propriété de l’église.
hoLGOAi (^hinistère) (p. 22b). — Un bas-relief de l’église repré-
sente un sujet des plus banals, reproduit à Pencran et sur la porte
de la chapelle de la Fontaine-Blanche, à Landerneau : la Vierge,
couchée dans un lit, présente aux mages l’Enfant Jésus qu’elle tient
par le bras, tandis que Joseph, rêveur comme toujours, joue ^^rès
de la couche avec le gland de 1 oreiller. Or, un avocat en renom de
Brest, M. Gilbert de \illeneuve, dans son Itinéraire du Finistère y
donne cette interprétation ultra-fantaisiste i « Le Père éternel v
remplit les fonctions de chirurgien. Jésus sort du sein de la mère par
les pieds, accouchement contre nature dont le Nouveau Testament
a omis de faire mention. D une main, Dieu le père tient un des
pieds du Sauveur, qui lui-même saisit la queue du Saint-Esprit ;
1 âne et le bœuf ont la tête dans une auge, et saint Joseph est là
comme il est représenté partout, avec une physionomie bonasse ».
Ce chat fourré se fourre le doigt dans l’œil et nous espérons qu’il
interprète avec plus de clairvoyance les articles du Code que les
sculptures. Mais pourquoi se moquer de celui qui se trompe? Errare
hu manu ni est. Seuls, ceux qui ne font rien ne se trompent jamais, et
<( Qui n a pas son coin d ignorance grossière? » dit Hugo.
D ailleurs, en Bretagne, on ne manque pas d’imagination; ainsi,
a Saint-Pol-de-Léon (Finistère), assure H. du Cleuziou, le jeudi de
la semaine des Quatre-Temps de l’hiver, les habitants soupent deux
fois en mémoire d’une envie de femme grosse qu’eût autrefois la
Sainte Vierge. Détail tocologique généralement ignoré ; mais les
Bretons, confits dans le vinaigre de la dévotion, sont mieux rensei-
gnés que quiconque sur les faits et gestes célestes, grâce à un « fil
spécial », un fil de la Vierge.
416
l'art profane a l'église
Landivisiau (Finistère). Saint-Thuriaff. — Des cariatides (fig. 505),
autrefois adossées à la paroisse, maintenant dans l’ossuaire voisin,
ont été prises pour des Vénus,
des démons, des reines Gathe- ^
rine. H. du Cleuziou y voit
Fig-. 505.
Fig. 506.
l’homme placé entre le Vice, en costume espag-nol, et la Vertu,
coiffée à la l)retonne ; pourquoi pas Hercule entre la Volupté et la
Vertu? Le champ des conjectures reste toujours ouvert :
Devine, si tu peux, et choisis, si tu l’oses.
Saint-Laurent-du-Pouldour (Finistère). — Au voisinag-e de la
chapelle se trouve une fontaine sacrée (fig-. 506), où les femmes
reçoivent une douche sur la poitrine, en invoquant saint Laurent
pour qu’il les g’uérisse de leurs maux et les préserve des maladies,
sauf la bêtise. Les al^lutions des hommes in iinturRlibus se font dès
l’aurore.
Saint-Paulien (Haute-Loire) (p. 247). — H. Malè^ue (1866)
sig'nale un frag’inent étrang'e incrusté dans le mur septentrional de
l’église paroissiale : une statue priapique, a phallus immonde qui
donne une idée de l’abrutissement du polythéisme de la décadence »,
vitupère ce rigide critique, lequel oublie que c’est par ce canal qu’il
sortit du néant.
A b D E i\ 1) A
417
Saint-Léonard (Haute-Vienne) (p. 254). — Curieuses stalles
décrites dans V Histoire monumentale du Limousin.
Fig. 507.
Ghinon (Indre-et-Loire) (p. 257). Saint-Mesme. — Peintures
murales, diaprés un croquis à la plume du comte de Galembert :
le Crucifiement (fig-. 507), traité d’une manière mystique, et le
Jugement dernier, côté des damnés (fig. 508). Le Sauveur est placé
entre Marie-Madeleine et Marie l’Eg-yptienne ; ces saintes qui
détiennent le « ricord » de la débauche, expliquent chacune la
pensée de 1 auteur par une lég'ende versifiée.
En 1851, cette chapelle servait de débarras à l’école de Frères.
Blois (Loir-et-Gher). — Ajoutons aux exemples d'incongruités
sculpturales, civiles et religieuses, exposées en public et citées
page 194, deux ornements bien connus de l’aile Louis XII du château
de Blois. L’un, dans l’escalier d’honneur, est la Correction mater-
l’art profane. — II.
418
L^VRT PROFANE A l' ÉGLISE
iielle sans étrivières (lig. 509) et l’autre, un culot (fig. 510),
qui, comme la Chouette de Germinal, montre le... portrait de la
belle fdle de la Palestine : « Elle ressemble, écrit cette plume pétu-
Fig. 509 et 510. — Communiquées par le D‘‘ Le Double.
lante, met verlojf, à un cul comme deux gouttes d eau * elle est
toute bistournée ».
Nous connaissons la fessée pédagogique du minster de Som-
merset (fîg. 68), et qui est analogue à celle dune patience de la
cathédrale de Rouen. Cette correction n est pas nouvelle, Plaute
dit déjà d’un pédagogue qui menace un écolier de lui « zébrer le
cuir» : Fieret coriiim tam maculosum quam nutricis pallium (Aussi
maculé de bleus que le tablier d’une nourrice).
A D D I*: N D A
119
\ KNiJOMU. La Trinité (pag'e 277). — Nous avons accusé, à tort, un
viliail (le 1 abside d avoir été expurgé par ordre épiscopal ; mais il
s aj,nt tout simplement d'un saint Sébastien nu, dont la résfion pel-
vienne est voilée d’une bande d’étoffe. Toutes nos excuses.
Heims (Mm-ne) (p. 285). — .\u-dessus des anciennes portes de « la
cathédrale des cathédrales ,,, dans l’espace ogival qui contenait
cm<ï bas-rehefs, entre le second lia nésurrecHon) et le quatrième
{ ii Paradis ei\ Enfer), .se trouvaient les opposées aux Vices.
Ceux-ci ont été mutilés jrar le chapitre avant la tourmente révolu-
lonnaire , ils représentaient « des scènes de sodomie ou le dernier
acte des amours de Loth et ses filles : E Amour a vaincu Lof /i, mots
de Çon^onnance malencontreuse de la tragédie lyrique de JepJué,
par 1 abbe Pellegrin « qui dînait de l'autel et soupait du théâtre „.
Epernay (Marne). — Une verrière raconte l’ivresse de Noé aussi
crûment que le font les motifs sculptés blottis dans la voussure du
calvaire de Guimihau, en Bretagne ; le patriarche grisé par la
eur e acchus, flore Lihcri, « repose dans une posture plus
qu mdecente qui motive de la part de ses fils un geste étonné »
Meme scene tirée de la Bible, « le livre le plus frivole des livres
serieux a la Martyre, à Pencran et aux églises du Léon.
420
l\vRT PROFANt: A f/ÉGLlSfe
Abbaye de Notre-Dame- de -l’Epine (Marne). — Garg-ouilles
particulièrement curieuses ; celles de l’abside personnifient les péchés
Fig. 512.
capitaux : « la Luxure, écrit l’auteur du Rhin, jolie paysanne beau-
coup trop retroussée, a dû bien faire rêver les pauvres moines ».
Saint-Mihiel (Meuse). — La figure 511 représente le Sépulcre
sculpté par Ligier-Richier et décrit p. 295.
Douai (Nord) (p. 50b). Musée. — Une sculpture peinte, du
treizième siècle (fig. 512), en commémoration de la Fête des Fous,
provient d’un ancien édifice religieux picard: Nous sommes sept,
sous-entendu « fols )), dit ce rébus lapidaire, compris le specta-
teur.
ViLLEFRANCHE (Rhône). Notre-Dame-des-Marais (p. 357). —
Parmi les gargouilles du xni'^ siècle, qui allégorisent les sept
péchés capitaux, celle qui a le plus grand succès de curiosité est la
Luxure (fig. 513). Dans la localité, on l’appelle Le bouc et la nonne,
bien que le personnage féminin et passif ait plutôt l’apparence
d’une bergère; mais, moines et nonnes se trouvent souvent au fond
A DDENDA
421
des satires médiévales, et il y a une légende versifiée sur ce vieux
cabri scabreux que propage une carte postale :
«
1 our calmer ses ardeurs, ne trouvant pas un homme,
G est au beau Idouc barbu c|u’elle a donné la pomme.
Le J. Gruzu a eu 1 amabilité de nous communiquer la reproduc-
tion de cette joyeuseté ecclésiale, refusée par l’austère Chronique
Fig-. 513.
medicale, « crainte d'encourir les foudres de M. Bérenger^ » ! Trop
souvent, on a découvert des attitudes équivoques où il n’en existe
pas l’ombre, comme le motif d’un chapiteau de la cathédrale de
Brioude, qui représente un ange serrant de près Lame d’un élu ;
1. Autres signes des temps. Le « Comité de rédaction » de la Presse médicale
lelnse 1 autorisation d’insérer une analyse de nos Seins à Véylise, par le D-- Martinet
n/r ^ ^ prétexté que le sujet était paramédical, alors que le professeur
à l’Académie de médecine. Enlin, le Correspon-
^ consent à risquer qu’un compte rendu écourté de notre Arl profane
-(J ise, en t rance, et se garde d’en reproduire la moindre illustration sons les
memaces de docteurs (en théologie) de boycotter les spécialités préconisées par ce
le do-me*— 'fellM sourdine à l’éloge d'œuvres en contradiction avec
ri ’ ./esiz.s — et s’il ne couvrait d’un voile épais ses reproduc-
® 1, acüstiques, choquantes pour ces Tartutfes qui eussent pu servir de
modèles a Gutherms, auteur de VEloçfe de la hélise. C'est ainsi qu’iu xx^ sLie
^ nouveau est encore maîtrisé par la terreur noire et que la
pres^se medicale, en particulier, est à la merci d’une bande occulte de révc?rcnds
conFreres an , ■ v-uni. uc ic\crcnas
genoux calleux, aux chc-
^ ‘ t c* Xix. LJ. UUU JJcl
conh reres au regard oblique, à l’échine cvphosique, aux
veux p1 £1111- ïM-r.no ' 1 1 A, . A ’ .
veux et aux pieds plats, à la boîte
, . , 1 ‘ ^ cri'inienne fissurée de microcéphale nui tan
mépris de la physiologie) croient ou feignent de croire, avec Agnès, qu’une Vemme
peut etre « fécondée par l’oreille » à l’aide d’un oiseau de paradis -
h. enfants, et qu’enx-mômes à
< (.on des cucurbitacés, sont venus au monde sous des gourdes !
ce n’est pas un Azazel. Quant à notre bouc, il ne laisse aucun doute
sur ses intentions.
Meaux (Seine-et-Marne) (p. 343). Cathédrale. — Au curieux
tympan du grand portail, la reine Jeanne, une cathédrale à la main,
se présente à la porte du paradis. « Saint Pierre, raconte Hugo, la
lui ouvre à deux battants ; son beau mari Philippe la suit la tête
basse ; la reine semble dire : « Bah I laissez-le entrer par-dessus le
marché.
•
Champeaux. Saint-Martin (p. 315). — Pour montrer quhl n’y a
rien d’exagéré dans notre figure 412, nous donnons une photogra-
vure de cette sedicula d’après la photographie de M. F. Martin-Sabon
(PI. XV).
Presles (Seine-et-Oise) (p. 363). — De même, la photogravure
de Idisuhsellia ornée du Conflit de la culotte (PI. XVI) convaincranos
lecteurs que la « jupe collante », entrevue par l’abbé Marsaux pour
atténuer la légèreté de ce motif religieux^ est une vue de l’esprit ;
les hachures qu'il signale sont purement subjectives (fig. 441).
Rouen (^Seine-Inférieure) (p. 370). Cathédrale. — Notre érudit
confrère P. Noury nous transmet deux documents précieux, à
classer parmi les ohscena. Dans un coin sombre, sous le palier de
l’entrée du Trésor, se cache un Onan à tête de porc ; en plein jour,
il faut une lumière pour le dénicher. A l’entrée de la Bibliothèque,
au niveau du linteau, côté gauche, au bas de l'ogive en feuillages
qui encadre le tympan de la porte, se trouve « une vulve entr ou-
verte qui fait pendant à un phallus très fruste ; les petites lèvres,
le clitoris et son capuchon sont très visibles, l’hymen paraît intact
et imperforé ».
En examinant à un fort grossissement les détails de la carte pos-
tale communiquée par notre aimable confrère, nous distinguons les
contours de deux quadrupèdes à mufle humain ; l’image vulvaire
qui baille proviendrait, nous semble-t-il, de l’usure, par vétuseté,
du dos d’un de ces animaux fantastiques.
Saint-Ouen (page 3). — Réhabilitons Alexandre de Berneval, qui
1 ^LANGUE XV
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Page 422. — Petite pluie abat grand vent.
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ADDENDA
4 28
passe pour avoir assassiné par envie son « apprentif », sorti vain-
(jiieur du concours institué pour la rose d une croisée de cette
église ; on dit avoir trouvé la preuve que ce maître maçon fut victime
d'une calomnie, d’un canard à la rouennaise.
Saint-Florentin (Yonne) (p. 443). — Deux figures d’anges adultes
de l’époque Louis Xlll choquent les yeux pudibonds par leur
nudité et leur attitude équivoque ; ils sont étendus sur les grilles
qui ferment les deux côtés du chœur, « comme sur une couche de
mollesse ».
Sens (p. 451). Palais Synodal. — 11 est bien évident, comme le
veut M. Deroye, qu’Abeilard, étant mort en 1142, n’a pas pu être
enfermé dans les cachots de TOfficialité construite en 1231, mais
bien dans l’édifice où saint Bernard, en 1140, obtint une seconde
condamnation de sa doctrine. En outre, il est entendu que l’arche-
vêque de Sens et sa famille n’habitaient pas le palais synodal, mais
l’archevêché qui y est contigu et donne sur la même cour; sommes-
nous assez précis, cette fois ?
II. — L’ART PROFANE A L’ÉGLISE. ÉTRANGER
AllemaCxNE. — Aix-la-Chapelle. Cathédrale (p. 1). — Descrip-
tion du sarcophage de Charlemagne (fig. 1), par V. Hugo : « A l’ex-
trémité de la composition, quatre chevaux frénétiques, à la fois
infernaux et divins, conduits par Mercure, entraînent vers un gouffre
entr’ouvert dans la plinthe un char sur lequel crie, lutte et se tord
avec désespoir Proserpine saisie par Pluton. La main robuste du
dieu presse la gorge demi-nue de la jeune fille qui se renverse en
arrière et dont la tête échevelée rencontre la figure droite et impas-
sible de Minerve casquée. Pluton emporte la Proserpine à laquelle
Minerve, la conseillère^ parle bas à l’oreille. L’Amour, souriant,
est assis sur le char, entre lesjambes colossales de Pluton. Derrière
Proserpine, se débat, selon les lignes les plus fières et les plus
sculpturales, le groupe des nymphes et des furies. Les compagnes
de Proserpine s’efforcent d’arrêter un char attelé de deux dra^j-ons
424
i/art profane a i/église
ailés et ignivomes, qui est là comme une voiture de suite. Une des
jeunes déesses, qui a saisi hardiment un dragon par les ailes, lui
Fig', 514.
fait pousser des cris de douleur. Ce bas-relief est un poème. C’est
de la sculpture violente, vigoureuse, exorbitante, superbe, un peu
emphatique, comme en faisait la Rome païenne, comme en eût fait
Rubens. Ce cercueil, avant d’être le sarcophage de Charlemagne, avait
été, dit-on, le sarcophage d’Auguste. »
Mersehourg. — Un pendant au mot historique de Charles IX à
Montfaucon : u L’odeur d’un ennemi mort est toujours bonne ».
ADDENDA
425
L'empereur Henri IV, en visitant l’église, s’arrêta devant le tombeau
de Rodolphe, son compétiteur; un courtisan lui conseilla de détruire
ce monument « trop su-
perbe pour un rebelle »,
le monarque lui répondit
finement : « Plût à Dieu
que tous mes ennemis
fussent aussi pompeuse-
ment enterrés ! »
Munich (p. 29). Musée.
— Nous donnons en en-
tier le Jugement dernier
de Rubens, gravé par
Réveil (fig. 514), dont
nous n'avions reproduit
qu’un groupe (fig. 35).
Angleterre. — Reverley (p. 49). — Déjà du temps de Montaigne,
les bonnes femmes étaient plutôt rares : « Il n’en est pas à dou-
zaines, disait hauteur des
Essais^ et notamment aux
debvoirs de mariage ». De
tout temps, en effet, les
femmes ont provoqué la lutte
et changé le ménage en mé-
nagerie, pour disputer la
suprématie au sexe « no-
ble ». avons-nous pas vu
lord By ron, battu et con-
tent, prendre pour de tendres
caresses les raclées de sa bien-
aimée Margherita Gogni, au
nom prédestiné ? Aussi, l’image de cet abus de pouvoir, de ce
jiu-jitsu matrimonial, est-il souvent reproduit sur les édifices
civils et religieux sous les aspects les plus variés. La reine de
Chypre, Catherine Cornaro, après son abdication, se retira à
Asolo; elle eut la malice de se faire peindre à cheval sur son mari,
Fiii’. 5 J G.
Fig’
. G15. — Un mari aux prises avec un serpent
à sornettes. Symbole du pugilat conjugal,
moral et physique.
42G
l’art profane a l’église
bridé ù la façon d’Aristote. Sur une indulgence de la cathédrale de
Rouen, le philosophe est remplacé par un lion, sa barbe et sa che-
velure sont transformées en crinière. Dans le rninster de Be-
verley, le mari marche à la baguette (lig. 515), et, à la cathédrale,
de Ripon, l’épouse altière se fait rouler en chariot par son époux
débonnaire, pour le mieux « rouler » (lig. 516). Pourtant, il nous faut
trouver l’exception qui confirme la règle, et voilà le rninster de York
qui nous la fournira : c’est la revanche d’un mari contre une ména-
gère oisive et coquette (lig. 517).
Boston. — Le renard mitré, allégorisant l’hypocrisie et la ruse
épiscopales, se rencontre fréquemment en Angleterre ; nous en avons
cité plusieurs représentations à Sommerset (p. 54). A Boston, le
renard rusé attire une poulette pour la plumer (lîg. 518) ; Nantwich,
nous offre un renard capucin, au retour d’une chasse fructueuse
(fig. 519) ; mais, à Sherborne, les rôles sont intervertis et les oies
révoltées par les abus procèdent à l’exécution du canidé déconfît
(%■ S20),
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris.
Londres. Westminster Abbey. — Sur une miséricorde, la Luxure
est représentée par une courtisane, une vide-bourses, qui débat le
prix de ses faveurs et cote sa cotte (fîg. 521).
A D 1) K > I) A
427
Nortiiamptoasiiire. Rotiiwell (p. 53). — Un dragon allégorise
prosaïquement la Médi-
sance (lîg. 522).
Oxford (p. 54). U New
College. — Deux person-
nages à béchevet, analo-
gues à ceux de la cathé-
drale de Rouen, forment
un groupe de quatre per-
sonnes (lîg. 523).
2^ Chapelle des Trépas-
sés. — Un Diogène sans
gêne qui étale son c...y-
nisme : un anus Dei (lig.
524
Fij^.
Fig. 521.
IsLE OF Thanet. Eglise
Sainte - Marie. — Une
sculpture symbolise la Vanité (lîg. 525)% portant la coiffure à
cornes ; les genoux du démon simulent les seins de la coquette.
Belgique. — Gand (p. 77). — Alphonse Karr a vu dans une des
1. Tiiidall Wilclridg-e, dans The Grotesque in church art, a reproduit tous ces
ornements d édifices religieux, ainsi qu’une centauresse qui allaite son petit (lîg. 520).
428
i/aRT PROFAISE A l’ÉOLTSE
ég-lisesde la ville le porti'ait de Sainte Ayaya^ peu connue en France,
où elle a pour concurrent saint Yves. « Elle a pour état et pour
fonctions de faire ga-
gner les procès aux plai-
deurs qui déposent dans
Fi«-. 525.
Fig-.
52G.
le tronc qui est à ses pieds, des offrandes convenables. — Elle est
représentée, sur le tableau, entourée de sacs à procédures, et de
papiers timbrés, assignations, déboutés, commandements, juge-
ments, procès-verbaux de saisie et de carence, etc. — J’avais
vu souvent des saints représentés avec les instruments de leur
martyre ; le peintre ingénieux a préféré entourer sainte Avaya des
instruments de martyre de ceux qui ont recours à son intervention ;
de même que le nom de la sainte semble un mot imitatif des
doléances des plaideurs. Je suppose que si deux adversaires recom-
mandent également leur affaire à la sainte, c'est celui qui dépose
1 offrande la plus forte qui gagne le procès. »
Dans l’Avertissement de notre premier volume, nous engagions
les archéologues et les amis des arts, des autres nations, k compléter
nos recherches documentaires à l’étranger. Nous avons la satisfac-
tion d’apprendre que M. L. Maeterlinck, conservateur du Musée
des Beaux-Arts de Gand, a répondu à notre appel et va publier une
étude sur les miséricordes satiriques et licencieuses de la Belgique
qui servira de complément k nos notes trop clairsemées sur la
Flandre. On y trouvera, k côté des proverbes et dictons flamands,
des moralités k forme inattendue, mais vive, voire grivoise ; telle
cette Lucrèce qui, pour refroidir les ardeurs d’un galant qui la
poursuit, le phallus en main, verse dans ses chausses une cruche
AUDE N D A
429
d'eau, en g-iiise de douche anaphrodisiaque. Une autre, jiour affirmer
la toute-puissance féminine, a fixé une corde à la corde sensible de
son époux et Tentraîne tout penaud où bon lui semble : une variante
gaillarde du lai d’Aristote. La satire des tournois est figurée notam-
ment par un groupe de femmes nues chevauchant des hommes et
rompant des lances entre elles ; les scènes scatologiques sont natu-
rellement nombreuses, ainsi que les satires les plus risquées sur les
moines, les juifs et les démons. Ces miséricordes, absolument igno-
rées en France et même en Belgique, sont très artistiquement
ciselées ; elles comportent un plaisir et un enseignement comme
tout tableau pictural ou sculptural d’ordre religieux.
Liège (p. 83). Musée. — D’après une communication de M. Albin
Body à la Chron. mcd., dans le tableau de Weenix, Lazare et le
mauvais riche, un gamin, par signe de mépris, urine sur le dos du
miséreux.
Tournai. Notre-Dame (p. 86). — Le D*" Desmons signale au même
journal une particularité de YEcce homo, attribué à Fourbus : « Un
des personnages, pour insulter Jésus, lui tend le poing, en donnant
a ses doigts une disposition obscène dont la signification est bien
connue ».
Espagne. — Barcelone (p. 90), Cathédrale. — Dans le cloître,
au milieu d un bassin, s’élève une colonne sur laquelle est perché
un saint Georges à cheval, ou plutôt à jument, si l’on en juge par
la courbe d’un filet d’eau qui s’échappe sous la queue du coursier.
Escl'rial (p. 92). San Lorenzo. — L église des Iliéronvmites
forme le manche du gril que représente l’ensemble du colossal mo-
nastère de granit élevé par Philippe IL
Le sarcophage le plus intéressant du Panthéon de (( la huitième
merveille du monde » est celui de Gharles-Quint, avec couvercle formé
dune glace sans tain. Le souverain qui fit trembler l’Europe apparaît
dans toute sa hideuse nudité, sans l'ombre de majesté ; <( un coin
de linceul est relevé sur le ventre ». Le pudique et fanatique san-
guinaire Philippe II, ce sinistre Scapin qui couvrait ses fourberies
politiques du masque de la religion, a voulu, comme Pierre le
Cruel, que sa nudité fût recouverte d'un costume de franciscain, pour
130
i/aUT PKOFAiNE A l'ÉELISE
en imposer à saint Pierre, usag-e assez répandu et imité des Athé-
niens qui voulaient être enterrés en habits d'initiés ou d’hiérophantes.
P. Imbert (1875) raconte qu’il s’était muni d’une autorisation du
roi pour visiter le musée ; le prêtre auquel il la présenta répondit
avec impertinence : « Le roi !... Qu’est-ce que ça nous fait, le roi?...
Nous allons d'abord déjeuner et bien déjeuner, puis nous vous
ouvrirons parce que cela nous plaît. Quant à la recommandation de
notre cher monarque, vous devinez à quel usage je la destine ! »
Cette galerie artistique contient, entre autres tableaux de maître,
une Sainte Famille, de Ribera, remarquable par son coloris brillant
et surtout par la jeunesse et la physionomie joviale de saint Joseph
qui montre ses dents en souriant; Arachné, de Luca Giordano,
représentée par une femme se métamorphosant en araignée, et un
rétable de Bosch, où se débride la fantaisie souvent extravagante
du peintre : on y voit des hommes à corps de crapaud, des gre-
nouilles à tête de femme, « et beaucoup d'autres choses infiniment
plus surprenantes que ma plume se refuse à détailler ».
Teruel. San Pedro. — Dans cette église d’Aragon, furent en-
terrés les Roméo et Juliette de l’Espagne. Quand, cinq siècles plus
tard, on exhuma leurs dépouilles pour les transporter dans le cloître,
on vit avec stupeur, d'après P. Imbert, qui raconte la légende \
leurs squelettes enlacés, comme pour une valse macabre! Sur leur
pierre sépulcrale, on lit : Ici sont déposés les corps des célèbres
amants de Teruel : Don Juan Diego Martinez de Marcilla et Doua
Isabel de Segiira, morts en D2T7 . Ils ont été placés en ce lieu en
nos.
Gastel-Braaco. — Lors du siège de cette ville portugaise, les
habitants, exaspérés de voir que saint Antoine laissait les Espagnols
la bombarder, détruisirent toutes les images de leur patron ; ils
abattirent le chef de la plus révérée et le remplacèrent par celui de
saint François. De même, à Naples, saint Janvier ayant cessé de
plaire % on substitua pour un temps à son efïigie celle de saint Antoine
de Padoue.
1. L'Espaifiie^ splendeurs el misères.
-. Quand le miracle de la liquéracLioii de son sang Lai’de trop, les lidèlcs, nous le
A DD EN DA
131
Italie. — Florence'. Santa Groce (p. 122.) — Machiavel, ])ré-
curseur de raiitimililarisme, tient une balance où le poids d’un
rouleau de papier l’emporte de beaucoup sur celui d’une épée, indi-
quant par là que la gloire des lettres reni])orte sur celle des armes :
Anna cedant scripturis.
San Giovanino. — Cette église et son couvent furent fondés par
le grand sculpteur l’Ammanato, à Fàge du ramollissement général,
en expiation des nudités commises par son ciseau, qui pourtant
n avaient pas choqué Florence, qualifiée de sohria c pudica par
Dante .
San Loranzo (p. 126). — Près de la porte du cloître, une fresque
du Bronzino représente la grillade de saint Laurent. Les plus belles
Horentines contemporaines du peintre figurent au premier plan et
s occupent peu du saint ; mais ce n’est certes pas par pudeur qu elles
lui tournent le dos : ces caillettes sont occupées à caqueter entre
elles et a coqueter avec les spectateurs, « auxquels elles font des
agaceries ».
Chapelle des Médicis. La turgescence des seins de la Nuit (p. 130),
ne semble pas être en rapport avec le défaut d’activité de cette
allégorie. De même, le naturalisme de Buonarroti a reculé devant
l’expression adéquate de la vie dans toutes les parties du Jour, qui
tourne, il est vrai, le dos pour dissimuler en partie sa virilité ; quant
au Crépuscule, tous ses organes, vus de face, sont au repos et
s harmonisent avec la signification de la figure allégorique.
savons, montrent le poing- au buste du thaumaturge et le traitent de fujLio di putana.
En 1791, pendant l’occupation des Français, comme le miracle tardait M d’Avarev
envoya dire an chanoine qui tenait le reliquaire attaché à son cou qu’il serait
pendu haut et court si la liquéfaction ne s’opérait pas, et illico le tonsuré cria : Il
miracolo è fallo ! Ordre à Dieu, de faire miracle en ce lien ; c’est la contre-nartie
de la défense du cimetière de Saint-Médard. ^
A l’ég-lise du couvent des Jacobins de Saint-Maximin, dans le Var il existait nue
fiole de sang du Seigneur recueilli par Marie-Madeleine aux pieds de la croi.x Tons
les ans, le Vendredi saint, « on voit », assure le marquis de Marveil (1043) « nue
cette phiole boust comme si elle estoit sur le feu! » Encore un tour à la RobeH
lioudm qui se payait la « phiole » des crédules.
1. A l’église de l’Annonciade, le tableau de la Vierge était recouvert de cina
rideaux ; on saluait leur ouverture par des acclamations enthousiastes, dont le délire
allait crescendo. ’ mure
32
i/art profane a l’église
Santa Maria Novella (p. 133). — Une des fresques de Vasari
retrace l’image de la Laure de Pétrarque, avec une flamme sur le
sein, dans le groupe des Voluptés assises.
San SpiritO (p. 136). — La première église du Saint-Esprit fut
détruite par un incendie dû aux langues de feu d’un mystère, la
Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, qui y fut représenté en
1471, en l’honneur de Galeas Sforza, duc de Milan. « La multitude,
raconte Machiavel, ne manqua point d’attribuer ce funeste événe-
ment à la colère du ciel, indigné de l’excessive licence des mœurs
florentines. » Le licencieux auteur de la Mandragore s’emporte
avec un zèle aussi comique que catholique sur la conduite scanda-
leuse des courtisans de Sforza qui, pendant tout le carême, avaient
fait usage de chair intus et extra : belle chair et bonne chère ne
vont-elles pas toujours de pair à compagnon?
Chapelle Gavalcanti, la Madeleine au jardin, du Bronzino, est le
})ortrait d’une grande dame llorentine, l’une des maîtresses du don
Juan Pierre Bonaventuri, le mari de Bianca Gapello, dont l’un des
parents assassina ce coureur d’aventures ; il y a des noms prédestinés.
Académie des Beaux-Arts. — Ce musée, enrichi des dépouilles
des couvents, possède un tableau de sœur Plantilla Nelli (xv® siècle)
qui montre le Christ mort, entouré de saintes femmes et des saints
en pleurs. Ses seuls modèles étant des religieuses de son couvent,
les personnages masculins ont une physionomie et des formes
féminines.
Milan (p. 156). Couvent des JacobinsL — Pendant la campagne
d'Italie, on y avait enfermé des prisonniers de guerre gardés par des
hussards du 6*^ régiment. Ces vaillants et intelligents cavaliers
hrent une cible delà Cène et exercèrent leur adresse au tir du pistolet
sur ses personnages ; Simond y a constaté les empreintes de balles.
Même stupidité sous la révolution, cjuand les Napolitains occupèrent
le Vatican, au nombre de trois mille, sous la conduite de RutFo,
Culo et Fra Diavolo : les chambres de Raphaël leur servirent de
cabinets non inodores.
1. Certains disent des Dominicains.
At»bEN DA
433
Uo-ME^ Chambres de Raphaël (p. 276). — Dans un coin de V Ecole
iV Athènes, au-dessous du bel Apollon nu, comme motif de décora-
tion, on surprend un triton en
bonne fortune (fig*. 527).
Saint-Pierre-aux-Liens( P . 3 5 6 ) .
— Tandis que saint Ambroise,
par crainte de répandre du sang,
s armait d’une simple discipline
lors de son apparition à cheval
dans une bataille, Jules II, pour
son mausolée, voulut que Michel-
Ange le représentât avec une
, ^ . Fig. 527.
épée à la main. Il pouvait ainsi
symboliser la nation germanique et matamore, raillée par Schiller :
« Toujours la main sur son épée, un bruit de feuilles Telfrayant ».
Sardaigne. Osilo. — En 1855, Edmond Delessert vit dans la
chambre du curé de cette ville deux lits, 1 un pour lui, 1 autre pour
sa servante, afin de mieux opérer sa conversion apparemment. En
outre, cet ecclésiastique du dernier bateau alliait Eesprit d’industrie
productive et reproductive à ses saintes fonctions : « il tirait bon
parti d’un étalon noir en sa possession et dont il vendait les saillies ».
Que pensent de ce papelard paillard et roublard les « ganaches de
sacristie », — - selon une invective cinglante de Joris Pluysmans
— à la bouche bée en valves de moule ?
l’art profane. — II.
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POST-SGRIPTUM
FRANCE
Evreux (Eure). Cathédrale (p.
Fig-. S28.
4). — ^ La figure 528 complète
le groupe dont fait partie le
(( Grimpeur » des Florentins
surpris par les Pisans (fig.
270).
Toulouse (Haute-Garonne).
t ig, 529. Vénus Fig. 530. — Bacchus
et son pigeon L en casse-noisettes.
Musée (p. 242). — Le châtiment de la Luxure (fig. 309) peut être
envisagée par les croyants, ou mieux les crédules, pour atténuer
l’immodestie de cette sculpture religieuse, comme une figuration du
songe de Clytemnestre qui vit, durant son sommeil troublé par le
remords, un serpent sortir de son sein et s’attacher à sa mamelle ;
mais, au lieu de lait, le reptile vengeur n’en tirait que du sang.
1. La colombe et la panthère symbolisent à la fois la chasteté et la Inxnre.
436
t/art profane a l’église
Amiens (Somme) (p. 405). Couvent des Prémontés (Lycée actuel).
— D'un recueil de dessins où M. de la Paye a reproduit un nombre
considérable de détails provenant de ce monastère, nous avons tiré
les croquis de deux bibelots hétéroclites s sujet profane (lig-. 529,
530), qui décèlent le caractère épicurien des goûts artistiques de ces
réguliers. Trahit sua qucmque
ÉTRANGER
Italie. — Rologne. Mendicanti di Dentro (p. 111). — Un
tableau de Gavedone représente un miracle singulier de saint Eloi :
le saint prend par le nez le diable sous la ligure d’une femme. Une
verrière de la cathédrale du Mans (lig. 401 bis^ p. 341) traite le
même sujet; mais, dans la Sartlie, la femme est remplacée par son
Sosie l’esprit malin.
P0ST-SCRIPTU3I
437
Florence (p. 115). Saints-Apôtres. — Une Conception^ Vœuwve
maîtresse de Vasari, a été «-âtée par un méchant barbouilleur,
« eharg-é de donner plus de pudeur à la figure d’Adam ».
PisE (p. 197). Sainte-Marie del Carminé. — A l’Ascension du
Fig-. 532, 533.
Fig. 534.
CAr/s^,par Alexandre Allori,le peintre a inscrit dans la gueule d’un
chien cet avis impertinent à l’adresse de ses critiques : Si latrahis^
lairaho. Si tu aboies, j’aboierai.
Rome. Chapelle sixtine (p. 299). — Ajoutons aux peintures
de Michel-Ange celles du pendentif du prophète Ezéchiel (fig. 531).
Il est entouré d’une femme à terme et d’adultes qui s'efforcent,
dans des poses acrobatiques^ à démasquer leur nudité la plus intime.
Nous donnons (fig. 532, 533) le fac-similé d’études, faites par
Buonarroti, de deux personnages qu’il est facile d’identifier sur sa
fresque du Jugement dernier (fig. 326 et 322, fig. 327 et 334),
(p. 302, 312, 315). La figure 534 représente le supplice de saint
André, par le même maître florentin; le martyr est absolument nu.
Sainte-Marie-de-la- Victoire. — A propos de la paralysie hystéri-
que de sainte dhérèse, guérie par saint Joseph, nous avons omis
l’observation personnelle d’une cure similaire, que l’on attribuera
SI l’on veut à l’intervention du même saint, notre patron, mais, que
la logique rapporte à la secousse psychique produite par la brusquerie
438
l’art profane a L ’ É Cx L I s e
de notre intervention. Faisant, un jour, l’intérim de l’interne de
garde à l’hôpital de la Charité, on apporta sur un brancard une
jeune blonde qui venait de tomber parah-sée dans la rue, à la vue
d’un accident de voiture. La paraplégique mise au lit, nous rejetâ-
mes vivement les couvertures pour examiner lês membres inférieurs.
Soudain, la révolte de la pudeur chez cette névrosée fut si violente,
que la paralytique sauta du lit, s’habilla à la hâte et partit sans
demander son reste. Ces guérisons miraculeuses ne sont pas rares à
Lourdes sous l’influence de Lexaltation de la foi.
GORRIGËNDA ET OBSERVATIONES QUÆDAM
I. — L’Art profane à l’Eglise. France
Page 3,
ligne 18, au lieu de
Loris,
lisez
Loris.
—
10,
— 20,
—
di,
—
divin.
—
16,
- 18,
—
mundalia.
—
mundana.
—
24,
9
—
insexué,
—
asexué.
—
98,
- 2,
—
Pardon,
— •
Paradis.
—
99,
— 35,
—
ou cuvette.
—
et cuvette.
—
112,
- 2,
—
deniande.
—
demanda.
—
131,
- 4,
—
Neurdein,
—
Giraudon.
—
149,
- 15,
—
emljrenner.
—
embrener.
—
186,
»
— 1 5
—
Pas de bégueulerie,
—
Pas bégueules, com-
197,
me la mère Angot.
—
- 31,
—
Samblin,
—
Hugues Sambin.
—
199,
- 13,
—
Joannes du Perljisey,
—
Etienne Barbiseu.
—
199,
— 28, M.
Krau, de T4avigny-sur-Ozerain nous fait oijserver que
le tombeau de Jean fut achc
vé en 1411 et celui de
Philippe
en 1470.
—
201,
— 2, au
lieu de
IU5,
lisez
(/ U3-I45I).
—
204,
— 33,
—
Brétinières,
Brétenières.
—
204,
- 34,
—
Phaf
Fidolus.
—
240,
— 33,
—
pour les.
—
aux.
—
264,
— 23,
—
exibition.
—
exhibition.
—
319,
— 21, lisez : N’’ g
aurait-il pas confusion entre ce petit sans-
culotte et un motif.
—
323,
— 21, au
lieu de
une cartouche
lisez
un cartouche.
—
324,
à Fig. 383 bis, ajoutez V. p. 319.
—
364,
au lieu de Fig. âl2.
lisez Fig. 4il .
—
395,
ligne 5, au
lieu de
Gauteleu,
- —
Gauteleu (dont l’ori-
fflnc est Chante
loup.
IL (rordon et Coiirpon, — Corpon.
474, 29, M. Rrau assure que, contrairement à l’assertion de
V. Hugo, les tombeaux ne furent jamais transportes à
Notre-Dame.
II. — L’Art profane à l’Eglise. Etranger
Page !)4, ligne 10, au lieu de PI. 1, lisez PI. II.
— 215, la note 1 se rapporte au premier chiffre 1 de la page 21G.
- 216, ligne 14, au lieu de Gozolli, lisez Gozzoli.
— 217, — 1, _ et surmonté, — est surmonte.
— 244, — 4, supprimez le premier chiffre 1 relatif à la note.
— 311,-15, — Fig. 251 à 260 — Fig. 331 à 337
— 400, — 1, au lieu de VIll, lisez IX.
ORDRE DES MATIÈRES
Avertissement t
I. — Allemagne. Alsace-Lorraine j 4^03
II. — Amérique
III. — Angleterre. Ecosse. Irlande. Islande 49 425
IV. — Austro-Hongrie. Tyrol 91
V. — lielgique 05 -427
VI. — Espagne. Portugal gg 4^9
VII. — Hollande jq4
VIII. — Italie 108 431
IX. — Russie 4QQ
X. — Suède
XI. — Suisse
XII. — Turquie
Addenda ^I3
Post-Scriptum ^33
Gorrigenda 439
L'jl
la liOCllE-SUR YON, IMPRIMERIE CENTRALE DE l’oUEST, 56-60, RUE DE SAUMUR.
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